A PARIS, APRÈS LE Q THERMIDOR
(novembre-décembre 1704)
Une polémique entre journalistes alors connus Méhée lils. rédacteur de l'Ami des citoyens, et Salaville. rédacteur des Annales patriotiques, tous deux républicains, s'était élevée après la clôture du club des Jacobins : les deux écrivains discutaient l'état d'esprit public en frimaire an III (novembre et décembre 1794). Salaville surtout est intéressant : le 21 novembre (i" frimaire) il constate en ces termes les difficultés de la vie populaire : « Dans ce moment où le froid se fait sentir, la foule est plus grande que jamais
APPKNDIC K
aux lieux où l'on distribue le bois et le charbon. On assure que ces jours derniers une jeune tille a été étouffée en allant à la queue du charbon, au port ci-devant Saint-Bernard. Ce qui est certain, c'est que les malheureux courent toute la nuit pour avoir une voie de bois ou de charbon. Entre minuit et une heure, les rues sont aussi fréquentées qu'en plein midi, et hier matin nous avons vu une femme éplorée qui s'écriait: « C'est une horreur, » je crois que l'on veut nous faire tous périr ce matin... » Une citoyenne a été si foulée au charbon qu'elle vient de donner le jcfurà un enfant qui n'a pas vécu un quart d'heure. »
Dans le numéro suivant celui du 22 novembre (i frimaire) le môme Salaville soulignait par quelques traits d'observation également bien relevés la rjaction pt3st-thermidorienne, et le silence gardé maintenant sur la Marseillaise lui servait de signe des temps. Après quelques mots à Méhée, le rédacteur des Annales patriotiques continuait :
« Il n'existe déjà que trop de symptômes d'un mouvement rétrograde : si j'en crois les habitués des spectacles, on en a banni les hymnes patriotiques, les chants républicains; les vers qu'on couvrait naguère d'applaudissements, passent sans qu'on les salue du moindre claquement des mains. On ne se gène pas dans quelques journaux pour calomnier la Révolution. Vna feuille très répandue a osé l'appeler une Saint-Barthélémy philosophique de cinq années, ce qui comprend bien, je crois, toutes les époques révolutionnaires, à partir du 9 thermidor au 14 juillet inclusivement.
» Arrêtez-vous un moment auprès des chanteurs qui attirent la foule à tous les coins des rues; chantent-ils la gloire de nos armées, le courage de nos braves, nos triomphes sur nos ennemis? Non, c'est la romance du ^[ont- Joiirdain.
>y Mais je n'ai pas besoin de sortir de chez moi pour m'apercevoir qu'il s'est fait un changement remarquable : J'ai à ma porte un instituteur qui réunit dans son école un assez grand nombre de jeunes é\Q\es; l'Hymne des .\farseillais était pour eux de fondation à l'ouverture et à la rin de la classe; ils m'assourdissaient quelquefois de leurs voix discordantes : depuis quelque temps je n'ai plus cette incommodité, car ils ne chantent plus.
» Je pourrais ajouter bien d'autres observations, d'après lesquelles il me paraît évident que nous rétrogradons.
» Il était bon sans doute de nous présenter le tableau de nos malheurs, mais peut-être ne Tétait-il pas de nous y clouer comme on le fait; peut-être l'intérêt de la chose publique exigeait-il qu'on nous épargnât ce rart'olemcnt de toutes les atrocités révolutionnaires qui semblent moins avoir pour but de nous ramener dans les voies de la justice que de nous conduire à l'abnégation (sie) de la Révolution... »
AVIS AUX DIKFERKNTS THEATRKS DK LA REPUBLIQI E INSÉRÉ AU « MONITEUR » DU j(") GER;tf INAI. AN Itl ' 1 3 AVRIL I Jt).")) •
« On continue de chanter sur les théâtres le Réveil du peuple. C'est le seul moyen de nous tenir éveillés: un jour de sommeil, un seul jour, pourrait nous perdre peut-être à jamais.
» Mais l'Hymne des Marseillais, on ne l'entend plus! Contradiction
302 LA MARSKILLAISK
étrange! Comme si les ennemis de rintérieur, ces terroristes, auteurs du j^i mai, et les ennemis de l'extérieur, ces rois /ligués contre la République, n'étaient pas également nos ennemis, puisqu'ils n'ont cessé de s'entendre et d'agir de concert.
» Il faut commencer par chanter le Réveil du peuple pour les terroristes et finir par Vlhnine des Marseillais pour la coalition. »
DÉCRET PORTANT QUE LES AIRS pT CHANTS CIVIQUES QUI QNT CONTÇIIBUÉ AU SUCCES pE LA RÉVOLUTION
SERONT EXÉCUTÉS PAR LES CORPS DE MUSIQUE DES GARDES NATIONALES ET DES TROUPES DE LIGNE