LE « REVEIL DU PEUPLE » CONTRE LES TERRORISTES (JUILLET-AOUT
Paroles de S. -M. Sourîguieres Musique de P. Gareaux, artiste du Théâtre Feydeau
Peuple français, peuple de frères, Peux-iu voir sans frémir d'horreur, Le crime arborer les bannières Du carnage et de la terreur?
Tu souffres qu'une horde atroce Et d'assassins et de brigands, Souille par son souffle féroce Le territoire des vivants! ,
Quoi! cette horde anihr<^pophage Que l'enfer vomit de son tianc, Prêche le meurtre et le. carnage!
Elle est couverte de ton sang!
Devant tes yeux, de la patrie Elle assassine les enfants Et médite vme boucherie De les dignes représentants! (i)
Quelle est cette lenteur barbare?
Hâte-toi, peuple souverain, De rendre aux monstres du Ténare Tous ces buveurs de sang humain !
Guerre à tous les agents du crime!
Poursuivons-les jusqu'au trépas; Partagez l'horreur qui m'anime :
Ils ne nous échapperont pas.
(l) Cette iscconde strophe était supprimée dans le chant des rues, ouvertement contrerévolutionnaire, par les thermidoriens comme mentionnant avec estime les membres de la Convention ou du moins leur majorité que Souriguières voulait prudemment se concilier.
358 LA M A K s R I L L A I s E
Ah! qu'ils périssent, ces infâmes.
Et ces égorgeurs dévorants, Qui partent au fond de leurs âmes Le crime et l'amour des tyrans Mânes plaintifs de l'innocence, Apaisez-vous dans vos tombeaux :
Le jour tardif de la vengeance Fait enfin pâlir vos bourreaux.
\' Voyez déjà comme ils frémissent; Ils n'osent fuir les scélérats.
Les traces du sang qu'ils vomissent Décèleraient bientôt leurs pas.
Oui, nous jurons sur votre tombe, Par notre pays malheureux.
De ne faire qu'une hécatombe De ces cannibales affreux.
Représentants d'un peuple juste.
Oh! vous, législateurs humains.
De qui la contenance auguste Fait trembler nos vils assassins,' Suivez le cours de votre gloire; Vos noms^chers à l'humanité Volent au temple de Mémoire Au sein de l'immortalité (i).
NOTICE: SUIi SQUîflGUîPîlES ET ffAVEAUX
SouRiGuiÈREs DE Saint-Marc (Jeaii-Marie), né à Bordeaux en 1767, mort à Paris en 1837, était venu tout jeune à Paris où il s'occupa presque aussitôt de littérature dramatique. A la fin de septembre 1791 le théâtre du Marais donna de lui une tragédie en cinq actes et en vers Artémidore ou la Révolution tic Syracuse, qui, bien qu'écrite dans le sentiment politique du jour, eut peu de succès, mais lui donna figure d'homme de lettres; il parut dans les sections, se lia avec des écrivains royalistes tels que Claude-François Beaulieu (l'auteur des Essais historiques sur les causes et les effets de la Révolution française, un des auteurs de Y Histoire de la Révolution par deux amis de la liberté) et tiiitres éçriyains non sarjs va|pur, hostiles à la Révolution. Plus
(ij Même observation que pour la seconde strophe.
heureux que Beaulieu, emprisonné après le 2 juin et détenu jusqu'au 9 thermidor, il échappa à toutes poursuites, mais il avait eu grand'peur et il écrivit le Réveil du peuple qui en fit aussitôt une sorte de personnage dans les lettres et Ifi politique. On a remarqué dans le Réveil que Souriguières par ses invocations à l'Assemblée qu'il mettait ainsi au-^dcssus des partis, s'était habilement réservé l'assentiment de nombre de conventionnels thermidoriens de toute nuance, exception faite des Cretois, Montagnards ci membres des comités qui, après avoir abattu Robespierre, allaient les uns après les autres disparaître comme lui. Dès lors Souriguières aborde facilement la scène à Feydeau, à Louvois et le pifblic tenant sur Iheure le haut du pavé lui assure de vrais succès pour quelques comédies mêlées d'ariettes. En même temps le personnage préteii^lail h un rôlel pqlitique : il écrivit de nouveau dans les journaux opposé? au Directoire, notamnicnt dans le royaliste Mitoir, supprimé le 18 fructidor; il dut se cacher pour échapper au sort des çprédacteurs qui furent déportés. Sous rpmpire on le retrouve cpUaborant avec les chansonniers Désaugiers et Rjboutté à des ppêras-corniques et des comédies; il donna môme deux tragédies au Théâtre français : Octavie (1806) et Vitellie (1809) qui furent sifflées. Ces derniers insuccès qui lui ferrnaient les portes de l'Académie française où il avait espéré s'asseoir grâce au léger mquvement d'opposition qui y fera entrer (Chateaubriand en i8ri, à la place de M.-J. Chénier, le détournèrent définitivement des lettres. Soiiriguières s'occupa de finances; il y réussit mieux que sur la scène; quelques spçculationvS hqvireuses lui procurèrent la fortune cl retinrent ainsi encorp sur lui l'attention des contemporains. En 1814, après la choie de Napoléon, il coqiposa un Second réveil du peuple, qui, s'il ne témoignait pas plus que le premier de son talent poétique, attestait la vitalité d'un royalisme militant. Souriguières mourut en i8J>7, un an après Rouget Je Lisle.
(javkaux (Pierre), ne à Bé/.icrs en lylii, un insiani séminariste dans sa ville natale et destiné à la vie ecclésiastique vint étudier la musique religieuse à Bordeaux dans la classe de Beck et s'y lia avec Garât destiné à une grande célébrité vocale artistique. Détourné par quelque amourette. Caveaux s'engageait comme comédien et chanteur dans la troupe de Bordeaux, puis dans celle de Montpellier. Garât l'appela à Paris en 89. Pendant la Révolution, il joua s).iccessivemen|: dans les théâtre^ djî h| fojre Saint- (jermain et de Feydeau. Comme beaucovip de comédiens vivant largement de la Cour et du régime, Gaveaux s'était prononcé contre la Révolution. Ami de Souriguières il écrivit la niusique du Réveil du peuple qui allaitêire un an ou deux l'hymne enthousiaste des royalistes. Gaveaux resta attaché au théâtre Feydeau sous l'Empire jusqu'en 181 >, époque à laquelle une maladie mentale le rit interner comme aliéné. Il mourut fou paralytique eu 1825, Chanteur ordinaire, il passait pour meilleur comédien et compositeur : les contemporains avaient retenu de lui le (Ûnb des bonnes ^ens (1791); la lui mille indifçente (1793); le Diable couleur de rose (!79.'>); le Traité nul (1797) et dont la musique était qualifiée d'ngréabic.
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IN CHANT PRr.r.lRSErK Dl <( RKVFIL Dl IMll PLI': ))
Bien avam le Réveil du peuple^ non pas une parodie, mais une imitation tragique de la Marseillaise avait été chantée en 9?, à Paris et dans les départements, par des fauteurs de troubles antirévolutionnaires et antirépublicains. La furieuse énergie de cette pièce nous paraît fort supérieure à la composition de Souriguières ainsi qu'on en peut juger par cette strophe dont tout au moins le rythme et la passion s'inspirent directement de la Marseillaise :
Le jour de deuil pour la patrie
Le jour de honte est arrivé!
Du peuple aveugle en sa furie
Le couteau sanglant est levé.
Dans ce temps d'horreurs et de crimes
Pour servir d'infâmes projets.
Il ne compte ni ses forfaits ^ Ni le nombre de ses victimes.
Factieux citoveiis '. Rebelles bataillons! Tremblez! (bis), un noble sang vengera les Bourbons! A.-J. Paris dans son Histoire de Joseph I^'bon et P. (îaulot dans les Petites Victimes de la Terreur ont bien relevé que ce chant connu surtout par le vers Le Jour de honte est arrivé! a conduit plus d'un chanteur et d'une chanteuse devant le Tribunal révolutionnaire (procès de Philippe Caron, juge à Béthune; août-septembre lyg^; procès de Maric-C.laudine Lucas de Blaire; r' prairial an II; jo mai 17941.