SOUS LA PRESIDENCE DE JULES GREVY
CIRCULAIRE DE M. LE GENERAL GRESLEY, MINISTRE DE LA GUERRE, SUR LA RÉINTÉGRATION DE LA MARSEILLAISE DANS lVrmÉE
.1//.V ffotircr/iclirs militaires de Paris et de Lyon, au gouverneur général de l'Algérie et aux généraux coiiiinandant les corps d'armée
Paris, le 24 février 187g.
Mon cher Général, Un décret-loi en date du 26 messidor an III (14 juillet 1795) inséré au Bulletin des lois, et qui n'a jamais été rapporté, porte que le morceau de musique intitulé Hymne des Marseillais sera exécuté par les musiques militaires. En conséquence, il y a lieu de se conformer à cette loi dans toutes les circonstances où les musiques militaires sont appelées à jouer un air officiel. Toutes les dispositions contraires à cette prescription seront considérées comme non avenues.
Recevez, mon cher général, etc.
' il^ Au quatrième anniversaire de la guerre, en août lQï8, les grandes orgues de l'Église Saint-Louis des l'rançais à Rome, après les prières du clergé national pour la victoire des Alliés, faisaient entendre la Marseillaise devant la colonie française convoquée à celte cérémonie religieuse et patriotique... Nova lenifora, iioiiis ordo.
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(Mélodie, harmonie, orchestration et paroles )
■ La Marseillaise reconnue, — selon le mot spirituel de Bérenger en i83o, — « d'utilité publique » et redevenue une sorte d'institution de l'État républicain, il fallait retenir un texte poétique, le texte original naturellement, celui de Rouget de Lisle, au milieu de variantes que la collaboration civile et militaire avait introduites dès 1792. Les mêmes éditeurs pendant la Révolution vendaient des exemplaires dont le texte était parfois notablement dissemblable. On avait eu le texte de l'éditeur de Strasbourg, de Dannbach, reproduit à Paris par Bignon, celui du Journal des départements méridionaux n" 48, 23 juin 1792) où l'on relève des substitutions de mots, et même la substitution de quatre vers à la lin de la quatrième strophe. Nous ne revenons point sur l'ensemble de cette première question à laquelle nous nous sommes précédemment arrêté. L'unilication complète des textes entre les variations — ou mieux variantes — s'imposait.
Pour l'orchestration même, il y avait des différences notables dans plusieurs points; de même, il y avait des versions quant à la mélodie et l'harmonie.
La première orchestration, celle de 1792, l'orchestration de Gossec avait été remplacée par celle de Berlioz., et l'une et l'autre étaient le plus souvent mises de côté par des arrangements et un rythme issus du caprice des chefs de musique. Les orphéons civils ne jouaient pas comme les musiques militaires : ce fut encore le cas en 1882 à- Lons-le-Saulnier lors de l'inauguration de la statue de Rouget de Lisle par Bartholdi au Cours de la Chevalerie. Les musiques militaires elles-mêmes dans les revues ne jouaient avec aucun ensemble, aucune règle (i). Cette discordance était inacceptable et dès que la Marseillaise devenait obligatoire pour les musiques militaires, une version identique, une orchestration unique en fanfare ou en harmonie s'imposaient également.
Tout d'abord une commission nommée par le ministre de la (jucrrc se mit à l'œuvre et elle aboutit à un texte musical, à. un ensemble instrumental (il ne pouvait être question ici d'un texte vocal) dont les critiques les plus difficiles acceptent l'accord heureux pour les notes, la belle har-
(i) C'est ce qu'aitcslaicnl pour l'année 187Q les souvenirs d'un officier qui assistait à la revue du 14 juillet : « Le 1.4 juillet 187g eut lieu à I.ongchamp, à la revue annuelle de l'armée de Paris, la distribution des drapeaux, écrivait quelques années après le lieutenant-colonel Cuneo d'Ornano. Tous les corps étaient représentés par leur colonel et la garde du drapeau. A chacun on remit le nouvel insigne, .le crois aussi que ce fut ce jour-là qu'on )oua pour la première foi^ la Marseillaise comme hymne national. Si l'on avait prescrit à tous les corps de jouer la Marseillaise au passage du Président de la République, on avait oublié d'en prescrire le rythme. Aussi lorsque M. Grévy arriva au champ de course, ce fut une véritable cacophonie ; certaines musiques précipitaient la mesure, d'autres la rendaient très lente; chacun enfin jouait ii sa façon... a (Mes IviAl'ES, notes d'histoire militaire, 1870-1S80, p. 33t-332. Paris i()io.)
monie d'ensemble, où la version originale est en même temps intelligemment respectée.
Cette orchestration nouvelle, avec fixation de mélodie et d'harmonie, est, depuis le i5 mai 1887, d'ordonnance dans l'armée française.
Nous donnons ci-dessous, le texte de l'éditioh conforme à l'orchestration réglementaire approuvée par le ministre de la Guerre : il nous paraît 'indispensable que le lecteur ait sous les yeux d'abord ce texte musical (i) bien qu'ici dans l'exécution, les paroles mêmes ne l'accompagnent pas-.
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La nation française étant, selon le mot de j.-.l. Rousseau, une nation chantante, il fallait que les musiques municipales, les fanfares civiles, les sociétés orphéoniques etc., enfin et surtout les écoles publiques où l'enseignement de la musique et du chant est obligatoire, eussent, elles aussi, un texte établi ne rarictur (paroles et musique) qui leur permit de jouer ou de chanter le chant national d'une manière uniforme et correcte.
M. Maurice Faure, ministre de l'Instruction publique, voulut d'abord se mettre dans la tradition même de la Révolution française en n'oubliant point les « Espoirs de la patrie » :jil institua en décembre iqio une com-
(l) Dans l'orchestration des musiques militaires, la partie que nous donnons-ci-dessus est celle du premier piston, qui, comme on sait, est ici l'instrument directeur. L'orchestre militaire complet (nous ajoutons ces détails pour les organisateurs de concerts civiques qui ont le droit de trouver quelques informations techniques dans un livre sur la Marseillaise) comprend : deux pistons, deux trompettes, quatre trombones, grande et petite flûtes, trois altos, C. B. grave, trois bugles, un hautbois, deux barytons, deux basses, quatre saxophones (ténor, baryton, soprano, alto, quatre clarinettes, deux bombardons, deux cais.ses, soit trente-quatre exécutants. (Mar^ueritat, Edit. Paris.)
mission chargée d'établir, à Tusage des écoles, une version officielle de la Marseillaise. Cette commission, dont M. Julien Tiersot fut rapporteur (r), termina rapidement ses travaux et, en février 191 1, l'honorable ministre faisait tenir aux inspecteurs d'académie la circulaire suivante :
« Je vous adresse sous ce pli un certain nombre d'exemplaires de la Marseillaise, paroles et musique, d'après la version que j'ai fait établir à l'usage des écoles publiques. Elle est précédée d'une courte notice explicative rappelant l'historique de ce chant, dont la République a fait notre hymne national.
« J'estime que cet hymne, qui est non seulement le plus célèbre de tous par les souvenirs qu'il consacre, mais encore le plus beau par la flamme patriotique qui l'anime, doit être appris et chanté dans toutes les écoles où le chant est compris parmi les matières obligatoires de l'enseignement.
» Vous remarquerez que la version ci-jointe ne comporte l'adaptation des paroles à la musique que pour trois couplets, qui sont les parties les plus populaires de notre chant national. Quant aux autres strophes, il suffira qu'elles soient lues et commentées.
» Je vous invite à faire insérer la version officielle de la Marseillaise dans le plus prochain numéro du Bulletin départemental. »
Cette version officielle.^ on le remarquera tient compte pour la musique et même les paroles des quelques moditications subies par la Marseillaise, du fait de la tradition populaire. Ces modifications, rappelons que Rouget de Lisle en avait accepté les plus répandues au moins pour les paroles et notamment dans lo'refrain. Quant à la strophe des Enfants, désormais elle prend rang officiellement à côté des strophes de Rouget de Lisle, sans que la Commission ministérielle, après érudit débat sur le cas, ait positivement tranché la question de paternité et proclamé l'auteur soit Dubois, soit l'abbé I^essonneaux. Le rapporteur M. J. Tiersot penche cependant, avec M. Anatole France, pour Dubois {2).
Voici cette version officielle :
(1) Élaient membres de cette commission : MM. Gilles, inspecteur général de l'Instruction publique, président; H. Maréchal, inspecteur des écoles nationales de musique, vice-présisidenl ; Maurice Bouchor, homme de lettres; Chapuis, inspecteur principal du chant des écoles de la ville de Paris; Parés, chef de musique de la garde républicaine; Julien Tiersot, bibliothécaire du Conservatoire national de musique; Baud, sous-chef de bureau au Ministère de l'instruction publique, secrétaire. La Revue pédagogique (numéro d'avril 191 1. Delagrave, édit. Paris, p. 340- 34H) a donné de longs extraits de l'excellent rapport de J. Tiersot sous le titre la Marseillaise à l'école.
La version de l'édition nationale (paroles et musique) a paru chez l'éditeur Hachette avec notice de Julien Tiersot (in-8° de 8 p.), 3« édit. en igô.
(2) La décision de la commission et du ministre de l'Instruction publique attirant une fois de plus l'attention sur cette question de la paternité du « Couplet des enfants » nous donnerons ici quelques indications bibliographiques. On consultera : Louis Dubois, notice sur la Marseillaise, Lisieux, broch., 1H48, dont l'Intermédiaire des chercheiirs et des curieux, lo nov. 1878, a donné des extraits; Julien Tiersot, Rouget de l.isle (Delagrave, in-l8, p. I ig, 397I ; du même, le Couplet des enfants dans la Marseillaise (revue la Révolution française dii 14 avril 1901) ; Anatole France : l" la Marseillaise ; 2" le Septième Couplet de la Marseillaise, dans la Vie littéraire, journal le Temps, 3l juillet et 28 août 1892 ; K.-J. Savigné, Un couplet de la Marseillaise et l'abbé Pessonneaux, Vienne, broch. 1872 et iqoi ; Alfred B. Bénard, la Marseillaise et Rouget de Lisle (in-8°, revue biblio-iconographique. Paris, 11)07, chap. IV, p. 25-32* opine pour l'abbé Pessonneaux.