STATUES DE ROUGET DE LISLE
A CllOISV-LE-ROl KT A LONS-LE-SAUNIER
INAUGURATION DE LA STATUE DE ROUGET DE LISLi; l) A CHOISY-LE-ROI (23 JUILLET I 882
Allocution ilc M. Je Frcycinct, ministre des a(f'airvs clrani>crcs Président du (lonseil
0 En nous inclinant avec une émoiion respectueuse devant la statue de Rouget de Lisle, nous rendons hommage au plus pur de tous les sentiments, le patriotisme! Ce que nous célébrons, ce n'est pas seulement la mémoire d'un homme intègre, d*un grand citoyen, d'un véritable patriote à la fois poète et soldat, c'est aussi la mémoire des milliers de héros qui, aux accents de la Maiveillaise, reculèrent les bornes de la vaillance, du dévouement, de l'esprit de sacrifice, et portèrent au plus haut degré les vertus militaires et l'amour du drapeau. Ils ont été sous les armes les apôtres de la Liberté, de V Egalité et de la Fraternité. Le mérite de Rouget de Lisle est d'avoir résumé dans une œuvre immortelle les nobles sentiments qui exaltaient ces grandes âmes. Alors il fallait trouver un chant qui fût à la hauteur de cette situation héroïque, qui fût comme le cantique de l'abnégation, un chant qui eût un caractère à la fois guerrier et religieux, car le patriotisme est un culte.
» Ce chant, Ja France le cherchait. Rouget de Lisle le trouva. Ixi Marseillaise est l'hymne de la patrie. Elle nous rappelle l'héroïsme de nos pères et le glorieux héritage qu'ils nous ont laissé. Elle est pour nous une force, un honneur et un enseignement. Les peuples étrangers eux-mêmes apprécient le sentiment qui nous inspire quand nous entretenons pieusement la sainte flamme du patriotisme. Ils savent que la Marseillaise n'est plus un chant de guerre et que la République est un gouvernement de concorde et de tolérance. L'étendard que tient la France d'aujourd'hui n'est pas un <( étendard sanglant ». C'est un drapeau de progrès, de civilisation et de liberté.
» Honneur à la commune de Choisy qui a su se faire l'interprète des sentiments de la France entière! »
M. (Charles de Freycinet, qui avait accepté la présidence de cette fjite, était accompagné de M. le général Billot, ministre de la Guerre, de M. Goblet,
(1) Celle stiilue est due au ciseau de l'i.xcellenl artiste lorrain, Steiner (Lcopold-CIement) né en l833, mort en 1899. En dehors de la statue de Rouget de Lisle, Steiner a donné à la statuaire des places publiques, une autre belle œuvre, la statue de Ledru-Rollin, érigée ii Paris, boulevard Voltaire, devant la mairie du XI« arrondissement. Des œuvres gracieuses Berger et Sylvain, la Cigale, etc., sont dues de même à son ciseau.
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ministre do Ilntéricur, de M. Alphonse Pevrat, léniinenl liisloi ien-piiblicistc, vice-président du Sénat,
Entouré de la municipalité, M. Paul Carie, mairj de C^hoisv-le-Roi, avait, en une éloquente bienvenue, remercié les ministres cmprcTssés à « honorer l'illustre mémoire de l'homme en qui se sont incarnés un jour rame de la France et Tesprit de la Révolution »,
• A I.ONS-LK-SAINIIJI 27 AOIT I 882)
Un mois après linauguration de la statue de Rouget de Lisle à Choisyle-Roi, le 27 août 1882, le gouvernement célébrait une seconde inauguration une seconde apothéose de l'auteur de la Marscillciisc k Lons-le-Saunier. Ici, place de la Chevalerie, la statire érigée était due au ciseau d'irn artiste alsacien déjà célèbre, Hartholdi, de Colmar. le généreux auteur du Lion Je Bclfort et de la Liberté éclairant le nionJe (1). M. de Mahy, ministre de l'Agriculture, délégué, présidait la cérémonie, à laquelle assistaient l'illustre l^asteur, un compatriote jurassien de Rouget-de-Lisle, le général Woltt, commandant le 7" corps d'armée, entre autres personnages officiels et publics. Le maii'e de Lons-le-Sairnier. M. Camille Prost, après avoir rappelé en quels termes avait souscrit à la statue du soldat-poète de r79i uir héros contemporain, Garibaldi, le grand italien qui, comme Rouget de Lisle contribua à défendre, à fonder sa patrie (2), avait lui-même salué le bronze de Hartholdi en ces quelques paroles d'une touchante éloquence familière :
" ,.. Le chantre inrmortel de la ^LJrseillaise s"est éteint loin du pavs natal dans la pauvreté.
» Hier la tombe s'ouvrait pour rendre sa cendre à Timmortalité; aujourd'hui son berceau, où brille l'éclat des couleurs nationales, s'est paré de verdure et de fleurs pour abriter l'enfant bien-aimé qui lui est rendu. Car il était r-éservé à la Fr-anche-Comté de donner le jour au poète-soldat qui devait résumer les aspirations nouvelles dans un chant qui fut le cri de la patrie en danger, et qui restera le cantique de la délivrance.
» Au nom de rr.es concitoyens, je viens saluer Rouget de Lisle, revivant sous les mêmes ombrages qui ont abrité les rêveries du poète, au pied de sa colline chérie de Montaigu, en face de ces monts altiers qui ont souvent inspiré sa muse. Je le salue, se redr-essant pour fair-e retentir à
(11 Kn dehors du lAoïi de litlfuit, érigé à Paris, place l)enFcrt-Kuclicreaii, de la statue culossalc /j Liberté éclairant le monde, placée dans la rade de New- York, Hartholdi a donne d'autres belles u-uvres épiques : le monument de Hàlc, h Suisse secourant l'Alsace en i Syi, la statue de Vercinaclori.w celles de l.afayette, de V^auhjii, de Champollion, etc. Né en lS3 |, Baiiholdi (Frédcric-Au.nusiei est mon eo 1<K)|.
12) Garibaldi. en envoyant sa contribution au (Jomile d'iniliaii\e pour la statue de Ivoujjet de l.isle, l'avait accompagnée de ces quelques mpis :
« Mes chers amis, je vous envoie ma souscription fX)ur le nouveau tm)uume>u à l'auteur de l'hymne mondial de la Marseillaise, 'l'cuie ma famille a signé.
" ('jfrcra, le 14 août I S S 2 . >- Votre dévoué,
'j G. Gauiiixi.di. ■•
40i LA M ARSi; 1 LLAl Si;
Strasbourg son chant superbe de l'armée du Rhin. Ikiriné sur ce bronze, il restera, en nous rappelant de nos gloires et de nos deuils l'impérissable souvenir.
» En lisant ces slr<jphcs d'airain, qui ont t'ait le loui- du monde sui- les ailes de la victoire, dans les plis du drapeau iiicolore. nos entants i^randiront dans « Tamour sucré de la patrie ».