CELEBRATION DU CENTENAIRE
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DISCOURS DK M. G0BL1:T, ANCIKN PRKSIDENT DU CONSKIL
Dix années s'étaient écoulées depuis l'érection de la statue de Rouget de Lisle à Ghoisy-le-Roi, quand le iS mai 1890, M. Tanguy, premier adjoint au maire de cette commune, ht à ses collègues du Conseil municipal la proposition d'organiser une fête d'un caractère national pour célébrer le premier centenaire de /a Marsci/hiisc composée par Rouget de Lisle à la tin d'avril i7()i.
La proposition fut votée, agréée peu après au Parlement où un Comitc J initiative composé de sénateurs et de députés se forma bientôt : on y remarquait MM. Ch. de Freycinet, Henri Brisson, Léon Bourgeois, Yves (iuyot, Falliéres, Barodet, Clemenceau, Le Royer, R. Poincaré, Ranc, Ed. Lockroy, Mesureur, Ribot, Goblet et plusieurs autres notabilités des deux Chambres.
Le 24 avril i(S()i avait été désigné pour le jour de cette célébration (i) qui se lit au milieu d'un grand concours de population des communes voisines, Montrouge, (>harenton. Villejuif, Vitry, des habitants de Choisy même. Dès le matin étaient arrivés des détachements militaires : une section du 1" régiment du génie, Tarme à laquelle avait appartenu Rouget de Lisle; un bataillon du iq" chasseurs, un demi escadron de la garde républicaine à cheval, une compagnie de la garde à pied avec leur musique, une batterie du I >« d'artillerie et plusieurs brigades de gendarmerie à pied et à cheval.
Le président de la République, M. Sadi-Carnot, s'était fait représenter par le commandant Courtès-Lapeyrat; le ministre de la Guerre par le général Derrégaraix, sous-chef-d'état major; le ministre de la Marine par
^l) Rouget de Lisle avait compose la Marseillaise dans la nuit du 25 au 26 avril 1792. La nouvelle de la déclaration de gueri-e était arrivée à Strasbourg dans la journée du 23. La déclaration même, on le sait, avait ét.é faite par le roi et sanctionnée par l'Assemblée législative le 20.
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le capitaine de vaisseau (>ourréjolles; le ininisiie de l'inslruciion publique ei des Beaux-Ans par M. Massenet.
Après une excellente allocution du maire de Choisy. Al. Rostaing, M. Goblet, ancien président du Conseil, prononçait le discours suivant devant le cortège rassemblé au pied de la statue de Rouget de Lisle :
<< Messieurs. Choisy, résidence royale au dernier siècle, s'honore d'être devenu la seconde patrie de lauteur de la Marseillaise; car c'est ici, sous ces beaux ombrages, qu'il avait trouvé le repos de ses derniers jours.
n Non content de garder ses cendres, vous rendiez, il y a dix ans, un nouvel éclat à sa mémoire en lui élevant cette statue. Aujourd'hui, nous célébrons son œuvre, le chant sacré qui doit faire vivre éternellement son nom. En tète de ses <f cinquante chants français », il avait écrit cette déclaration qui ne laisse aucune incertitude : « Je ris les paroles et l'air de ce » chant à Strasbourg dans la nuit qui suivit la proclamation de la guerre, rin » avril 1792. >'
>i Cette proclamation du 'jo avril avait été reçue avec enthousiasme d'un bout à l'autre de notre territoire. Rouget de Lisle, otï'icier du génie à l'armée du Rhin, pressé par le digne maire de Strasbourg, répondit à l'élan de la nation en faisant" le Chant de l'armée du Rhin ». Entonné par les Fédérés marseillais le 10 août à l'assaut des Tuileries, il reçut le nom de Marseillaise.
0 Un mois plus tard, Ihymne patriotique triomphait à sa vraie place, a la bataille de Valmy, puis à Jemmapes, Hondschoote, à Fleurus, àWissembourg. Et Carnot pouvait dire à Rouget : << Citoyen, avec votre Marseillaise, >y vous ave/, donné cent mille soldats à la patrie! « Les(jirondins la chantèrent , " en allant à la mort, les marins du Vengeur en sombrant dans les flots. « lui >> Marseillaise, dit Edgar Quinet, fut la réponse au manifeste de Brunswick. - - Ce fut, dit Michelet, comme un éclair au ciel; le monde, tant qu'il y aura » un monde, la chantera. »
» Messieurs, quelle gloire plus noble et plus pure peut-on rêver tjue celle d'avoir été un jour, dans un grand péril national, l'interprète inspiré d'un peuple levé pour son indépendance! Vous avez admirablement traduit ce sentiment inscrit sur sa tombe : Quand la Révolution française en i'/<)2 eut à combattre les rois, il lui donna pour vaincre le chant de la Marseillaise.
•> Le 26 messidor an lll (14 juillet 179(3), la Convention avait décrété quelle serait désormais le chant national de la France. Proscrite sous les gouvernements monarchiques, la Marseillaise vivait dans la mémoire du peuple. On l'entendit en i83o et nous l'avons surtout entendue en 1848. Mais elle retombait dans l'oubli. Un jour cependant, à l'Exposition de 1867, une musique étrangère se mit à la jouer. Trois ans plus tard elle se réveillait de nouveau en face de l'invasion.
» On lui a reproché des allures violentes. Mais elle est avant tout le cri du patriotisme qtii, devant le danger, ne se mesure pas. Elle ne menace, au dedans, que les tyrans et les traîtres; au dehors que l'ennemi envahisseur.
» En 1879, le ministre de la Guerre déclara qu'il ferait appliquer le décret de messidor. Elle est redevenue l'hymne national. Elle préside à nos fêtes publiques, elle accompagne nos rcgimtvns et nos vaisseaux, et les
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plus puissants souverains Tentendent avec respect. Lxi Marseillaise est universelle. Et ceux-lù la chantent qui luttent pour la liberté, pour l'affranchissement, pour la justice. Il était juste de lui rendre les.honneurs. On les lui doit comme au drapeau, car elle est le cantique de la Patrie dans la paix comme dans la guerre.
» C'est en honorant les glorieux souvenirs d'autrefois qu'on entretient les nobles sentiments dans le cœur des générations nouvelles.
» Vienne le jour d'épreuves redoutables, ce chœur sublime saura leur inspirer les même vertus, et comme il y a cent ans, faire la France libre et victorieuse. »
Le discours de M. Goblet était couvert dapplaudissements.
Le bref discours de M. Massenet était également acclamé : « La Marseillaise, avait dit en terminant l'illustre musicien, c'est le cri sublime d'un peuple réclamant sa liberté. »
LA JOURNÉE DU 14 JUILLET igiS
LK CONSKIL MINICIPAL l)!'! PARfS HT UOIGKT DK IJSLK (SKANCE DU 5 JUIl.LKT IQO)
l 'œu tendant au transfert des cendres de Roiii>et de Liste au Panthéon te Jour de la fête nationale
M. Henri Rousselle. — Messieurs, au nom d"un grand nombre de mes collègues j"ai Thonneur de déposer la proposition suivante, pour laquelle nous demandons le vote d"urgence :
« Le Conseil, » Émet le vœu :
» Qu'à l'occasion du 14 juillet les cendres de Rouget de Lisle soient transférées au Panthéon.
» Signé : Henri Rousselle, Deslandres, Henri Galli, Poirier de Narçay, Delavenne, Adolphe Ghérioux, Dherbécourt, Georges Fiant, Louis Lagache, Georges Pointel, André Gent, Delpech, Deville, Hénaffe, Reisz, Louis Dausset, Gay, Lalou, Ranvier, Ghassaigne-Goyon, Chausse, Adrien Mithouard, Lampué, Aucoc, Camille Rousset, Miniot, Poiry, Alfred Lallement, Alphonse Loyau, Rebeillard, Levée, L.Achille, Louis Peuch, Le Corbeiller, Paul Virot, Georges Lemarchand, Georges Girou, Le Menuet. »
En adoptant ce vœu, le Conseil fera de la journée du 14 juillet un peu celle de la Marseillaise.
M. Poirier de Narçay. — Messieurs, notre collègue Galli aurait vivement désiré appuyer à cette tribune la proposition de M. Rousselle, proposition qui, d'ailleurs, se défend d'elle-même. Il m'a chargé de vous transmettre ses regrets d'être retenu hors de cette enceinte.
Il ne s'agit pas, bien entendu, d'une manifestation ou d'une fête. Il ne s'agit même pas de ranimer le courage de la population parisienne, qui n'a pas besoin d'être soutenu. Il s'agit simplement de donner l'impression que Paris est toujours vibrant, prêt à aller jusqu'au bout, selon la belle expression répétée à la tribune de la Chambre et à celle du Sénat.
Si j'interviens, c'est pour que M. IcPrésident du Conseil, auprès de qui
-\.Ot) LA MARSKILÎ.ATSK
le groupe des députés de la Seine a fait une démarche, soit bien pénétré de lintention qui nous guide.
Nous croyons répondre au désir de tous en préconisant une pensée d'union, et de force par suite, en évoquant, pour la dégager, le souvenir de celui qui donna à la patrie en danger l'hymne de la Marseillaise, dont les strophes sont aussi actuelles qu'au moment de la Révolution. La France, menacée et envahie comme aujourd'hui, avait besoin de l'héroïsme de tous. Cet admirable chant lésa soutenus; il nous soutient encore contre des barbares qui n'ont rien respecté; les enfants, les femmes, les vieillards n'ont pas été épargnés et les monuments se sont écroulés sous les obus et dans le feu des incendies. Célébrons-le, cet admirable chant, en transférant au Panthéon lès cendres de son auteur.
Quelques objections nous ont été faites, mais aucune n'était bien sérieuse. Et plusieurs ministres, que nous avons consultés, sont nettement favorables à notre projet.
.Je crois savoir que M. le Président du Conseil a donné son assentiment, .le crois que le vote unanime du Conseil municipal ne pourra que confirmer sa décision. La population parisienne tout entière assistera avec enthousiasme, le 14 juillet, au transfert des cendres de Rouget de Lisle au Panthéon. Elle montrera qu'elle est unanime dans sa résistance contre ceux qui affichent le mépris que vous savez du droit, de la liberté des peuples et même de l'humanité.
Et si l'on pouvait décorer au Panthéon un drapeau de nos vaillants régiments, aux accents de la Marseillaise, la cérémonie serait grandiose et scellerait, si je puis m'exprimer ainsi, l'union de tous les Français devant le danger et pour l'avenir, sorte de serment sur les cendres de celui qui incarnait dans une musique vibrante et des paroles sublimes Tamour sacré de la patrie.
M. LE Président. — .le mets aux voix la proposition déposée par M. Henri Rousselle.
Adopté (pr.-v. n" 7"-^).
La séance du 5 juillet igi5 était présidée par M. Adrien Mithouard, président; secrétaires : MM. Delpech, Reisz, Paul Virot, Delavenne.
Ce vœu du Conseil municipal de la Capitale ne put être réalise, le temps ne permettant pas d'obtenir des Chambres la formalité du vote d'une loi. Par simple décret le gouvernement décidait la translation des cendres de Rouget de Lisle du cimetière de Choisy-le-Roi à la crypte de l'église des Invalides. Ce n'était dans la pensée de tous qu'une halte. Le cortège devait se former sur la place de l'Étoile : ainsi Rouget de Lisle, comme Victor-Hugo, partirait de l'Arc-de- Triomphc pour recevoir, en personne, les dernières acclamations des foules populaires reconnaissantes.
APPENDICK 4c 7