‹ La martyreChapitre 15 sur 117 · ACTE PREMIER. SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. SCENE IV

FLAMMEOLA, à Sphoragmas.

Écarte de mes yeux ce hideux exemplaire De rhomme. Un monstre doit être beau pour me plaire. Si tu n'as à montrer que de ces horreurs-là, Va-t'en !

SPHORAGMAS, après avoir renvoyé le nain.

Du beau! J'en tiens aussi, Flammeola.

(Se tournant vers la seconde litière.)

Parais, Thomrysî

(A cet appel, Thomrys sort de la litière, d'un pas voltigeant, et l'allure néanmoins farouche. Elle est vêtue d'un corselet en peau et d'une petite jupe en fourrure, le tout gris sur blanc. D'un bonnet rond, en fourrure aussi, qui lui calotte le sommet du crâne, s'échappe sa longue, épaisse et blonde chevelure, qu'elle ramène sur son visage.)

TOUS, avec admiration.

Ah!

SPHORAGMAS, d'un ton de triomphe.

Ah!...

(Reprenant la voix de boniment.)

Thomrys, dompteuse Scythe !

Dompteuse, et danseuse !

a8 LA MARTYRE.

TOUS, même jeu que plus haut.

Ohl

SPHOR AGM AS , continuant •

Des ours blancs, qu'elle excite.

Sont l'effroyable attrait de ses folâtres jeux, Quand, bondissant parmi les grands fauves neigeux. Entre leurs crocs aigus que son charme bâillonne. Elle-même, flocon de neige, papillonne.

THOMRYS.

Seulement...

FL AMMEOLA .

Seulement?

THOMRYS.

Ce qu'il ne te dit pas.

C'est que rien, ni les coups, ni la peur du trépas, Ni personne, qui que ce soit qui m'y convie, Ne me fait danser, quand... je n'en ai pas envie. Je suis comme mes ours, moi, sans en avoir l'air. Sous mes cheveux légers en or fluide et clair. Avec mes yeux d'enfant et ma voix argentine.

Avec mon teint de lait où flotte une églantine.

A.CTE PREMIEll. SCENE IV. 29

Je suis sauvage. Il faut me charmer. Et, mon pas, N'espère point le voir. Tu ne me charmes pas.

TOUS , indignés.

Oh!

FLAMMEOLA.

C'est tant pis. Car toi, tu me charmes, petite.

ZYTHOPHA]\èS, à Flammeola.

Très curieuse, elle!

Oui, d'une grâce inédite.

ZYTHOPHANÈS.

Tu l'apprivoiseras.

FLAMMEOLA.

M'en préservent les Dieux!

Cet air lui va si bien, farouche et radieux!

(Elle détache de son cou un collier de perles et le lui jette.)

Tiens!... Ces perles feront à merveille sur elle.

THOMRYS, qui a attrapé le collier au vol.

Oh ! comme c'est joli !

(Elle s'accroupit, joue avec les perles, les fait rouler dans ses mains.)

3u LA MAHTYIIE.

Blanc!.... Tout rond!...

(Hrusquomeni, d'un geste enfantin, elle brise le fil du collier et Taii >iuter les perles en l'air autour d'elle, puis se pelotonne en imitant avec SOS lèvres le bruit de la grèle.)

Grrr! Il grêle.

SPHORAGMAS.

Es-lu folle! Un collier de perles à trois rangs!

FLAMMEOLA.

Elle est exquise! C'est entendu, je la prends, Sphoragmas.

SPHORAGMAS, se frottant les mains.

Bien!

ZYTHOPHATSÈS.

Et ton troisième monstre, qu'est-ce?

SPHORAGMAS, d'un air mystérieux et alléchant.

Oh! celui-là!...

(Avec enthousiasme.)

Que n'ai-je un tambour à la caisse Couverte d'une peau d'onagre, un buccin d'or. Des sistres, et moi-même une voix de Stentor, Pour vous tonitruer son nom et son histoire

Page 1