ACTE PREMIER. SCENE IV
Monstre à vendre parmi ses monstrueux élèves, Télrinius Latro, le Samnite aux deux glaives.
(Le dernier vers accompagné d'une figure d'escrime à moulinet ambidextre.) FLAMMEOLA .
Si c'est moi qui t'achète, en souffriras-tu?
LATRO
Non.
Quand tout Tamphithéâtre eut acclamé mon nom, Et que le donateur des jeux m'eut fait remettre Le sceptre m'octroyant le droit d'élire un maître, Pouvant être à César, je ne l'ai point voulu.
(Montrant Sphoragmas.)
Mais lui, m'offrit d'entrer chez toi. Cela m'a plu.
FLAMMEOLA.
Pourquoi?
LATRO
Te souviens-tu qu'un soir, chez les Ligures, Voilà trois ans, des gens aux sinistres figures. Masqués de noir, hurlant, le poignard à la main, Assaillaient ta litière au tournant d'un chemin?
FLAMMEOLA.
Oui. La troupe de mes esclaves prit la fuite. Moi, je m'évanouis, épouvantée.
Ensuite?
FLAMMEOLA .
Quand je revins à moi, j'eus cet étonnement, Qu'on ne m'avait rien pris ni fait de mal. Comment Me retrouvai-je, saine et sauve, et, mieux encore, Ma litière, dans une auberge, je l'ignore:
LATRO
Apprends-le. Tu gisais, pâle et morte à moitié.
Pour la première fois, je connus la pitié.
D'où pouvait naître, au fond de ma brute cervelle,
L'étrange éclosion de cette fleur nouvelle?
D'où venait à mon cœur, dans le meurtre endurci.
Ce tendre et doux besoin de s'amollir ainsi?
Je ne sais pas. On a de ces troubles sans cause.
Tu me parus très bonne et très belle. Une rose
Était dans ta main. Puis, ton nom, Flammeola,
Qu'on m'avait dit, chantait en moi. C'est tout. Voilà.