ACTE III. SCENE V
Coupable, que par toi je croyais partagé?
Hélas! de cette erreur vient le remords que j'ai. Car mon crime n*est tel que si tel il te semble. Ce n'en serait plus un, l'ayant commis ensemble.
JOHANNÈS
Je ne te comprends pas. Je ne puis supposer...
FLAMMEOLA.
Si! Si! Dis-moi qu'il fut criminel, mon baiser, Infâme, sacrilège, et digne qu'on l'abhorre.
Et tout ce qu'en a dit Aruns, et plus encore; Dis-moi qu'en m'exaltant vers ton Dieu j'ai menti. Soit! Mais ne me dis pas que tu n'as rien senti, Et que rien ne te reste, et que rien ne te touche. De ce baiser d'amour sanglotant sur ta bouche!
Assez! Ton crime affreux m'apparaît à présent. Ne le redouble pas, femme, en t'y complaisant.
FLAMMEOLA.
Pourrais-je l'avouer et ne pas m'y complaire? Ah! cet aveu, que ta clémence le tolère!
Ne le repousse pas d'un visage irrité.
Sois pitoyable au moins pour ma sincérité.
Il8 L\ MARTTRE.
Ce que mon âme trouble et folle porte en elle, C'est en le le cachant qiie j'étais criminelle. Mais puisque désormais rien ne t'est plus caché, Tu dois connaître les motifs de mon péché, Et comment, l'avant fait, je m'en trouve innocente. Christ est conciliant, disais-tu. Qu'il consente A nous unir, l'espoir en est-il défendu .î*
JOHANNÈS
Oui. Sache qu'à lui seul tout mon amour est dû,
Que j'en ai fait le vœu pour être son apôtre.
Que ce vœu me prescrit de n'être h personne autre,
FLAMMEOLA..
Sa grâce a des façons sans rigueurs, disais-tu. Pourquoi tant de rigueurs, alors, dans ta vertu? Réfléchis, s'il me faut, pour devenir chrétienne. L'espoir, fiit-il rêvé, qu'un jour je t'appartienne. Remplis-tu ton devoir d'apôtre dans Ce cas, Pouvant me convertir et ne le youlant pas?
Est-ce un noble désir prouvant un ^œur qui m'aime. Celui, pour te sauver, de me damner moi-même?