ACTE m. SCENE V. II
FLAMMEOLA.
Mon salut et le tien ne sont pas seuls en jeu.
Songe, si iù me fais chrétienne, songe un peu
De combien d'âmes, par ma féconde entremise,
La moisson glorieuse et sainte t'est promise.
Non, ne prends pas ces mots pour de l'orgueil mauvais î
Écoute mes raisons et ce que je rêvais
Et comment, si tu veux m'en tendre, tout s'arrange.
Tu n'as jusqu'à présent pour la céleste grange
Glané que des épis perdus, esclaves, gueux.
Gens de rien.. . Ah ! je sais, je sais, je vaux moins qu'eux,
Sans doute... Mais n'est-il pas vrai que mon exemple
Germerait en moisson plus superbe et plus ample?
Fille d'un sang fameux depuis les temps anciens.
J'amènerais à Christ, moi, des patriciens.
Des riches, des puissants, peut-être mieux encore.
César lui-même ! Auprès ée César qui m'honore
J'ai libre accès. Je peux t'en obtenir le droit.
La vois-tu, la moisson qui s'apprête et qui croît?
César gagné par Christ et lui gagnant l'empire.
Voilà quelle est pour toi l'œuvre immense où j'aspire;
Et puisque à l'accomplir par moi ton Dieu t'élut.
Tu dois y risquer tout, jusqu'à notre salut,
dar c'est un pauvre enjeu que mon âme et la tienne
Près de l'humanité tout entière chrétienne.
JOHANNÈS, rêveur, puis enthousiaste.
Qui sait, pourtant, qui sait?... Dans mon ciel agrandi
Jamais un horizon plus beau n'a resplendi.
César, l'omnipotent César, catéchumène !
Que de maux épargnés à la souffrance humaine!
Quel chemin raccourci, doux, sous des jours sereins.
Au lieu des noirs sentiers longs aux las pèlerins!
Troupeau maigre, troupeau de brebis lamentables.
Comme tu remplirais les célestes étables,
Riche, heureux, vite accru, si le divin pasteur
Avait ainsi César pour premier serviteur!
Et c'est moi qui l'aurais conquis a, son service!
FLAMMEOLA, tour à tour pressante et soumise.
Oui, toi, mon Johannès. Et par le sacrifice De peu de chose. Rien qu'un moment d'abandon! Rien que me dire un mot de pitié, de pardon, D'espoir... Non, pas d'espoir! Je suis trop exigeante... Mais de tendresse au moins, qui soit encourageante. Et ne me livre pas au désespoir non plus...
Par exemple, ceci, tiens, que pour ses élus Christ admet d'autres lois que celle dont je pleure. Qu'un jour, je ne sais quel, ni quand en viendra l'heure. Plus tard, oui, j'attendrai tant que tu le voudras.