SCÈNE IX
JOHANNÈS, LATRO, THOMRYS.
(On voit d'abord paraître, en haut du^ chemin montant, à droite, Latro, qui regarde tour à tour dehors, puis dedans, en homme qui guette. Il met la main à la garde d'un de ses glaives, Thomrys lui prend le bras. Toute la scène entre eux deux se joue là-haut, à voix étouffée et brève. Jobannès absorbé ne peut les entendre.)
THOMRYS.
Non, pas cela.
LATRO
Si! Si!
THOMRYS.
Non, te dis-je.
Il le faut.
THOMRYS.
Mon moyen est plus sûr. Il vaut mieux.
LATRO
Rien ne vaut Ce fer bien acéré qui d'un coup m'en délivre. Zythophanès nous croit occupés à les suivre De loin. Personne ici que toi pouvant me voir.
TliOMRYS.
Flammeola saura...
LATRO
Qui lui fera savoir.^ Toi?
THOMRYS.
Non.
LATRO
Alors ?
THOMRYS, très décidée.
Enfin, je ne veux pas.
Prends garde!
Pourquoi ne veux-tu pas, donc?
THOMRYS, élevant la voix.
Cela me regarde.
Ah! tais-toi!
^ACTE III. SCE^îE IX. 13(J
LATRO, la prenant à la gorge.
THOMRYS, se dégageant et crian.t.
Johannès !
JOHANNÈS, se retournant et d'une voix de rôve.
Quoi?
LATRO
Soit! J'aime encor mieux Le tuer face à face et mes yeux dans ses yeux.
(Pendant qu'il parle, Johannès s'est dressé à demi, lentement. Latro marche vers lui, sans hâte.)
JOHA?*^ÈS, très calme.
Frappe donc, si c'est là ta monstrueuse envie. J'ai l'absolution. Je peux quitter la vie, J'ignore d'où te vient cette soif de mon sang; Mais j'en ferai l'offrande à Christ en le versant.
THOMRYS, à Latro.
Encore un coup, mon plan est meilleur. Rends-toi compte. . .
LATRO, la repoussant avec brutalité.
Non, non, va-t'en. Il faut que je le tue.
(Il brandit son glaive, s'approche de Johannès immobile pour l'en frapper, puis laisse retomber son bras.)
l3o L\ MARTYRE.
honte !
Qu'est-ce que j'ai? Pourquoi mon glaive dans ma main Trenible-t-il?
JOHA^^ÈS, se relevant un peu.
C'est qu'en toi quelque chose d'humain S'émeut encor, pauvre être aux colères de fauve. N'y sois pas insensible, homme, et ton âme est sauve. En poussant jusqu'au bout ton horrible dessin. D'elle, autant que de moi, tu serais l'assassin.
LATRO
Je n'ai point d'âme.
JOHA^:nÈS, continuant à se relever peu à peu.
Si! C'est sa voix qui s'élève Et qui fait dans ta main trembler ainsi ton glaive. Ecoute-la, ton âme, ô mon frère égaré!
Et dans le bon chemin je te ramènerai.
Je ne comprends pas. Toi, mon frère!
THOMRYS.
Il te le prouve Par sa douceur.