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ACTE. IV. SCE5E T

Pour verser dans l'azur l'or de ses javelines.

Du haut de son quadrige au grand vol emporté.

Dont les chevaux ont pour crinière la clarté

Et des gouffres flambant de rubis pour narines ;

Et Bacchus, couronné de grappes purpurines,

Bacchus, consolateur des soucis orageux.

Père du vin, des chants, de la danse et des jeux ;

Et Vénus Aphrodite enfin, au corps de perle

Hors des flots dont l'écume autour d'elle déferle,

Qui surgit, les seins nus et lé ventre au soleil.

Dans ses cheveux flottant comme un manteau vermeil,

Vénus dont le sourire entre\Ti met en fêtes

Le monde entier, les dieux, les hommes et les bêles,

Vénus dont le regard est la splendeur des cieux.

Etant fait de tous les regards de tous vos yeux.

Etemels suppliants de Vénus étemelle.

Amoureux éperdus qui vous fondez en elle!

(S*apercevaiit qu'elle s'est trop enthousiasmi'e, et se rassevani près de Johannès avec humilité.)

Mais pardon! Je m'exalte; et peut-être tu crois Que j'oublie, en louant nos dieux, Christ et sa croix.

ZYTHOPH.OIÈS, vivement.

Non, ce qu'elle t'en dit, c'est pour te faire entendre Oii, même inconscients, nos cultes pouvaient tendre.

l58 LA MARTYRE.

FLAMMEOLA.

Certes ! Car Dieu, dont Christ est le fils mort pour nous.

Le vrai Dieu, devant qui tu m'as mise à genoux.

C'est lui que Ton aimait déjà sans le connaître

En aimant la beauté des choses qu'il fait naître.

Toi-même, lu ne peux penser qu'en adorant

Ces choses, le plaisir soit mauvais, qu'on y prend.

Puisque à se délecter ainsi de la nature

C'est vers le Créateur que va la créature.

Christ en personne, avant la croix et le tombeau,

Ne fut pas insensible à ce qu'il trouvait beau.

Ne nous as-tu pas dit qu'en des jours moins moroses

Il se complut parmi les palmes et les roses

Quand devant lui Jérusalem se prosterna...

ZYTHOPHANÈS.

Et qu'il a bu du vin aux noces de Cana...

FLAMMEOLA;

Et qu'enfin, aux parfums versés d'une urne pleine,

Il répondit par un sourire à Madeleine,

Et laissa Madeleine ensuite, sans courroux,

Lui caresser les pieds de ses longs cheveux roux.

JOHANNÈS

C'est vrai. Christ lui fut bon.

4CTE IV. iSCÈNE V. iS^

ZYTHOPHA^ÈS.

Madeleine était belle.

JOHA?i]SÈS.

C'est encor vrai.

FLAMMEOLA.

Pas plus que lui ne sois rebelle.

Toi, son fidèle apôtre et son imitateur, A cet attrait du beau dont son père est Fauteur. Goûte-le sans remords; et, puisqu'il te l'envoie. Rends-lui grâces plutôt de t'en offrir la joie. Ces musiques, ces fleurs, dont le charme te prend, La santé qui revient, douce, à ton corps souffrant, Ton esprit qui somnole en de molles paresses, Mes soins t' enveloppant ainsi que des caresses. Accepte tout d'un cœur bon, oui, même cela.

ZYTHOPHANÈS.

Tu sais, elle n'est plus cette Flammeola

Dont le baiser, trop plein d'ardeur, brûla ta bouche.

Sa tendresse à présent n'a rien qui t'effarouche.

Elle s'exprime encor comme une amante un peu;

Mais l'eau du repentir a transformé ce feu

En la plus délicate et tiède et fine cendre

D'un pur amour de sœur où tu peux condescendre.

l6p LA MARTYRE.

• JOHA^?iÈS.

Je sais, je sais, et sans crainte j'y condescends. Et de même, apaisé, je les trouve innocents Ces plaisirs savoureux à ma chair affaiblie, Où mon austérité pour quelque temps s'oublie.

ZÏTHOPHA>'ÈS.

Christ a, voulu sans doute en ces plaisirs nouveaux Accorder quelque trêve à tes rudes travaux.

Bientôt tu reprendras la force qui t'exalte.

Comme un soldat plus brave après un jour de halte.

FLAMMEOLA.

C'est cela, c'est cela, mon Johannès. Demain, Reposé, tu pourras te remettre en chemin Vers le but lumineux auquel tendent nos rêves; Et les étapes pour y toucher seront brèves.

Puisque nous le ferons désormais, ce chemin, Allègres, côte à côte, et la main dans la main.

JOHANNÈS

Oui, la main dans la main; quand le ciel sera sombre. Comme deux pèlerins qui se tiennent dans l'ombre.

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