‹ La martyreChapitre 83 sur 117 · ACTE IV. SCÈNE V. !ïBa · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE V. !ïBa

En elle peu à peu ma sagesse insinue

L'ellébore qui doit chasser de sa raison

Les fantômes fumeux du mystique poison.

Sa maladie enfin Ta rendu plus débile,

Et j'en profite. Éros ingénieux, habile

A se servir de tout, à ne rien négliger

Des moindres choses, dans son boire, son manger,

Son sommeil, par les chants, les parfums, le bien-être,

Ainsi qu'un philtre aux sucs lents et sûrs, le pénètre.

Bref, je veux que tu sois heureuse, et c'est l'instant

De lui donner le coup de grâce qu'il attend.

Dans ce dernier combat que vont livrer tes charmes,

Gladiatrice armée, à ce vaincu sans armes.

JOHANNÈS, s'éveillaut.

Ah!

FLAMMEOLA ,

Il vient de parler. Écoute.

ZYTHOPHANÈS, allant vers le lit.

Je suis là, Cher Johannès; regarde.

(En passant derrière le lit, il a fait de la main le signe convenu, avec Gap* padox, et, à partir de ce moment jusqu^à la fin de l'acte, la musiquo joue en sourdine, tantôt clairement perçue, tantôt arrivant seulement par bouffées sonores et vagues.)

l5a LA MARTYBE.

FLAMMEOLA, s'approcfaant du lit à son tour.

Avec Flammeola.

JOHANTIÈS.

Comme vous êtes bons! Votre bonté me touche.

Merci.

ZYTHOPHANÈS.

Ne veux-tu pas quitter un peu ta couche Pour voir si tes pas sont plus forts?

JOHA?i?iÈS, s'asseyanl sur le rebord du lit.

Je veux bien, oui, Oui.

(U se lève, et essaie de faire un pas.)

Mais qu'est-ce que j*ai? Je suis comme ébloui. Je chancelle.

FLAMMEOLA.

Permets que mon bras te soutienne.

Viens, et tu sentiras, ma marche aidant la tienne, "Sous tes pas allégés se fondre avec douceur Ces tapis de fourrure à la molle épaisseur.

(Elle le fait marcher comme un enfant.)

ACTR IV. — - SCENE V. l53

JOHANNÈS, marchant lentement jusqu'au fauteuil qui est à droite.

Oui, c'est vrai.

(En s'asseyant.)

Quelles sont ces musiques lointaines ?

FLAMMEOLA, assise sur des coussins aux pieds de Joliannès.

L'eau nocturne sanglote aux vasques des fontaines;

La brise chante dans les arbres en rêvant;

Et là-haut, sous les fleurs, un orchestre savant

Mêle, à ces bruits de vent qui passe et d'eau qui coule,

La flûte qui gazouille et le cor qui roucoule.

ZYTHOPHANÈS.

Wesf-ce pas très exquis.^

JOHANINÈS.

Presque trop, j'en ai peur.

Il semble autour de moi que flotte une torpeur Dans l'air où la musique aux parfums se marie. Et cet air, à travers ma chair endolorie, S'infiltre en le troublant jusqu'au fond de mon cœur.

ZYTHOPHA^iÈS.

Ce qui te grise, c'est la sève, ta vigueur Qui renaît.

l54 LA MARTYRE.

FLAMMEOLA.

Tel un lys, sur sa tige brisée ^ Se redresse avec peine, alourdi de rosée.

ZYTHOPHANÈS.

Lalsse-la remonter doucement dans ton corps.

Cette sève.

FLAMMEOLA.

Et parmi les senteurs, les accords.

Laisse voguer ton âme au flot des causeries Ou nous la bercerons dans des barques fleuries.

JOHA^îXÈS.

Soit! En vain contre vous ma raison se défend;

Car ma faiblesse fait de moi comme un enfant

Qui s'apaise d'un conte au rythme monotone,

Sans prendre garde au sens des mots qu'on lui chantonne,

ZYTHOPHANÈS.

C'est par le conte aussi, vaguement écouté.

Qu'elle crut en nos dieux, la jeune humanité. Et ces dieux, j'en conviens, sont de vains simulacres. Mais, comme un élixir trop fort, aux saveurs acres. Qu'on fait boire, pour en dissimuler le fiel, .

ACTfi IX, SCE!IE V. tOU

Dans une coupe en or aux bords sucrés de miel,

Ainsi, pour enseigner la nature des choses.

C'est par des fables qu'il fallut dire les causes,

Dont nos poètes, ces gracieux échansons.

Ont doré ramertuihe au miel de leurs chansons.

De là ces dieux sans nombre, et leur riante histoire,

Chère au peuple, mais dont le mensonge est notoire

Pour les sages, d'esprit sagace et radieux.

Qu'il existe ua Olympe aux multiformes dieux.

Crois-tu qu'ils y croyaient, si ce n'est en figure,

Pythagore, Thaïes, Heraclite, Épicure,

Et Socrate, et Platon, et tant d'autres encor.

Qui sous les fables, dont ils crevaient le décor,

Plus haut que tous ces dieux fictifs peuplant la terre,

Dans l'abîme, du ciel ont bu l'eau du mystère ?

JOHA^NÈS, se levant, se séparant d'eux et retournant vers le lit.

L'eau du mystère et du salut, celle où boiront Les petits et les grands agenouillés en rond. L'eau qu'attendait le monde après sa vaine course. C'est du pied de la croix qu'en a jailli la source.

FLAMMEOLA, le rejoignant.

Sans doute, et j'en ai soif, oh! soif, tu sais combien. Mais, en attendant l'eau chrétienne, il fallait bien Lui donner quelque chose à boire, au pauvre monde;

l56 LA MARTYRE.

El c'est à quoi servait l'autre source profonde Qui désaltère aussi les âmes : la beauté.

ZYTHOPHANÈS, qui a rejoint aussi Johannès.

Oui, voilà ce que nos poètes ont chanté.

Les dieux qu'ils inventaient n'en sont que les inaages ;

Et c'est à la beauté qu'en eux on rend hommages.

FLAMMEOLA.

Ils n'ont pas, en effet, la laideur des démons,

Ces dieux charmants, ces dieux joyeux, que nous aimons.

ZYTHOPHAISÈS.

Quelques-uns même ont une effigie exemplaire Dont la majesté haute est faite pour te plaire : Jupiter, aux sourcils que fronce l'équité, Foudroyant les méchants d'un éclair mérité...

FLAMMEOLA.

Diane, d'un coup d'œil, même chaste, offensée..-.

ZYTHOPHA?iÈS.

Et l'austère Minerve au front lourd de pensée.

FLAMMEOLA, debout et s*exaltaat peu à peu.

Tous, d'ailleurs, jusqu'aux moins sévères,- tous sont beaux, Tous, de ce monde obscur, ils étaient les flambeaux : Phœbus apparaissant aux crêtes des collines

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