ACTE. IV. SCÈ>E VI. l
Parle! Oh! parle-moi, tout bas!
Ma tête est lourde, et si légère est ton haleine !
FLAMMEOLA, lui prenant les deax mains.
Donne-les-moi, tes mains. Ainsi que Madeleine Caressa les pieds nus du Maître, je voudrais Répandre sur tes mains en feu mes cheveux frais. Laisse- toi faire, laisse un peu, je t'en supplie! C'est rhumble chose par Madeleine accomplie; Et me la refuser, tu n'en as pas le droit.
Sont-ils frais à tes mains, dis?
JOHA^?iÈS, très troublé.
Ils m'y donnent froid.
Et la flamme à présent, une flamme de forge.
C'est dans mon front que je la sens, et dans ma gorge. Et dans mes yeux brouillés au regard obscurci.
Et dans ton cœur peut-être?
JOHANNÈS, de plus en plus troublé.
Oui, dans mon cœur aussi.
Il me semble qu'en moi mon sang bout et fermente.
l66 L\ M\RTYRB.
FL.iMMEOLA, qui a cueilli au bord du vase un brin de plante qu'elle mordille, et en pressant Johannès de plus en plus, jusqu'à la fin du ooaplet, à la fois coquette, câline, douloureuse et passionnée.
Si lu cueillais à mes lèvres ce brin de menthe.
Tu désaltérerais l'âpre soif de ton sang.
Tel du sable au baiser d'un ruisseau jaillissant.
Si tu cueillais à mes lèvres ce brin de menthe!
Ne veux-tu pas? Pourquoi souffrir? Ta soif augmente,
Je le vois. Tes grands yeux sont pleins d'égarement.
Sois bon pour toi. Sois bon pour nous. Rien qu'un moment!
Et tu le guérirais, le mal qui nous tourmente.
Si tu cueillais à mes lèvres ce brin de menthe.
Car je souffre, mon Johannès, je souffre aussi;
Et pour mon cœur, brûlant tour a tour et transi.
C'est comme pour le tien, c'est la fin de nos fièvres,
Si tu le cueilles, ce brin de menthe, à mes lèvres.
(Elle s*est couchée peu à peu, en arrière, de façon que sa tète soit posée sur les coussins, la face vers celle de Johannès incliné, et lui offrant sa bouche.)
JOHAî"îNÈS, comme attiré par un gouffre, où il tombe enfin, en posant ses lèvres sur celles de Flammeola.
Oui, oui, je le veux, donne!
(Ils demeurent éperdus dans un long baiser.)