HISTORIQUE
Depuis plus de trois siècles, le problème de la détermination de la masse sanguine retient l'attention des physiologistes.
C'est au début du XVII": siècle, en 1628. qu Harvey commençait son expérimentation en série sur l'animal. Son procédé de détermination de la masse sanguine consistait simplement à retirer par saignée la plus grande quantité de sang possible et à faire le rapport qui existait entre cette quantité de sang et le poids total de l'animal avant la saignée.
Cette méthode, bien que peu précise, ne fournissant qu'une simple approximation, fut la seule en vigueur durant deux siècles.
Ce fut Welcker, en 1854, qui, en la perfectionnant, lui rendit du crédit. Après avoir saigné l'animal, il faisait une injection intravasculaire d'eau distillée, ou pratiquait
après fragmentation un lavage de tous les organes. Le sang de la saignée et le liquide provenant du lavage des organes étaient réunis et l'on comparaît alors la concentration du mélange en hémoglobine avec un échantillon de sang prélevé au début de la saignée. Par cette méthode, Welcker évaluait la masse totale de sang au treizième du poids du corps.
Cette méthode ainsi perfectionnée donnait des résultats concordants mais avait le grand désavantage de ne pas être applicable à l'homme,
Vers cette époque, plusieurs physiologistes: Valentin, de Crinis, Blake, Vierordt et Malassez, présentent différentes méthodes indirectes. qui, elles ont le grand mérite de pouvoir se plier aux exigences de la clinique.
Tous ces procédés de détermination de la masse sanguine se résument en ceci: soit l'injection d'une certaine quantité de liquide et évaluation du degré de la dilution sanguine soit l'injection d'une quantité connue d'une substance étrangère dans le torrent circulatoire et mesure de sa concentration dans le milieu sanguin.
Valentin fait une injection intra-veineuse d'une solution isotonique et compare les variations de la concentration sanguine, avant et après cette injection. Plus tard, pour parer à la rapide élimination de la solution saline, d'autres auteurs, W. J. Meek et H. S. Gasser, remplacèrent cette solution cristalloïde par une solution gommeuse (solution à 20 % de gomme d'acacia).
Se basant sur les différences morphologiques existant entre les globules rouges du lapin et ceux de la poule (noyau) Malassez injecte au lapin une quantité détermirée de sang de poule et note le rapport qui s'établit entre les deux sortes de globules.
Cette méthode très ingénieuse, ne donna pas tout ce qu'on pouvait en attendre. Ses résultats comparés à ceux de la méthode directe (saignée plus lavage) donnent des
valeurs trop élevées de la masse sanguine. En effet, elle re tient aucun compte des phénomènes d'hémolyse et ceux-ci, d'ailleurs, sont indosables.
En 1882, Gréhant et Quinquaud ont recours à la méthode àl'oxyde de carbone. Celle-ci présente deux avantages:
a) l'oxyde de carbone contracte avec l’hémoglobine une combinaison qui est difficilement dissociable.
b) Cette carboxyhémoglobine ainsi formée est aisément décelable dans le torrent sanguin.
Le dosage de cette hémoglobine oxycarbonée se fait par la diminution de la capacité respiratoire du sang (Grébant et Quinquaud) soit au moyen d'une solution titrée de carmin (Haldane) ou par l'extraction des gaz du sang à l'aide de l'appareil de Nicloux.
En 1911, E. Von Behring propose l'injection de sérum antitétanique. On sait en RUE que ce sérum se prête à un titrage très précis.
Jrvine Mac Quarrie présente, en 1920, une méthode de détermination de la masse sanguine par réfractométrie du sérum non protéique, avant et après injection intraveineuse d'une quantité connue de gomme acacia ou de solution de gélatine.
Nous en arrivons ainsi aux différentes méthodes colorimétiques, qui, à présent, sont les plus fréquemment employées.
Le colorant à injecter — rouge vital, rouge vital brillant, rouge congo, etc, — doit réunir pluseurs qualités.
a) il ne doit pas être toxique.
b) il doit rester suffisamment longtemps dans le coutant sanguin.
c) il doit se mélanger convenablement au plasma.
d) il doit être aisément dosable par un procédé colo-
rimétrique.
C'est en 1906, par Kottman, que la méthode colorimétrique fut employée pour la première fois.
En 1915, Keith, Rowntrée et Geraghty reprirent cette méthode en employant le rouge vital.
En 1920, Hooper, Smit, Belt et Whipple modifient quelque peu la méthode et emplo'ent le rouge vital brillant.
Enfin en Allemagne en 1921, Griesbach remplace le rouge vital par le rouge congo.
Telles sont, très brièvement résumées, les différentes méthodes qui ont été employées pour: la détermination de la masse sanguine.
Nous allons étudier maintenant avec plus de détails les méthodes qui sont encore à l'ordre du jour actuellement: la méthode à l'oxyde de carbone et la méthode colorimétrique.