ACTE QUATRIÈME
jamais arrivé de te voir toi-même, en pensée, plus jeune de vingt ou trente ans, auprès de Juliette... et que tu ne tes jamais arrêté sur cette idée-là?... Eh bien, mon ami. on ne fait pas de ces rêves à ton âge, ou, si on les fait, on ne s'y complaît |>;is. on les écarte quand on a du bon sens; et surtout on ne leur permet pas d'agir sur votre vie réelle, sur votre vie de famille, de la troubler, de faire souffrir les autres autour de tous.
Tu es dure, ma femme.
MADAME MARÈZE.
Mais non, mais non. Je te dis tout cela pour l'éclairer, pour te guérir. Tu m'accusais de jalousie: et tu avais raison, mais ma jalousie était toute simple, toute béte. toute ronde... La tienne, c'esl autre chose. Bien que Juliette ne soit pas ta fille, tu es pour elle comme ces pères qui ne peuvent pas se décider à donner leur fille à un homme, parce que... enfin, j'aime mieux ne pas her pourquoi... Ces pères-là finissent par se lier pourtant, par accepter une loi de nature plus forte queux...
MARKZ
C'est à un étranger que ceux-là donnent leur fille... Il me semble qu'il me serait moins difficile de donner Juliette à un étranger qu'à mon fils...
MA DAME MARÈZE.
Bref, tu es à la fois jaloux d'elle et de lui... Quelle pitié! Tu me disais un jour que tu rougissais pour moi et que tu nie défiais d'exprimer ce que j'avais dans la pensée. . . Moi aussi je pourrais te défier de dire... Eh bien, mon ami, il ne faut pas consentir secrètement à ce qu'on n'ose pas exprimer tout haut... Mais va, n'aie pas peur, ce mariage, qui t'effraye, te guérira... Songe que tu verras Juliette tous les jours, si tu veux, qu'elle travaillera auprès de toi, qu'elle te soignera... Quand tu l'auras à ton foyer, future mère de tes petits-enfants, quand elle sera de la famille, eh bien, tout s'arrangera, tout rentrera dans l'ordre. .. Enfin, de quelque façon que tu l'aimes aujourd'hui, tu ne dois pas vouloir qu'elle souffre pour loi, tu ne dois pas accepter son sacrifice... Et puis... malgré tout... tu aimes Jacques, je suppose?
\( Ti: QUATRIÈME. 231
M AKEZE.
Jacques? Évidemment je l'aime tout de même... Mais sapristi! pourquoi diable...
MA DAM I- M \ REZE.
Pourquoi est-ce celle-là qu'il a choisie?... Pour que tu sois plus heureux un jour... Allons, un petit effort... Moi aussi, depuis une demi-heure, je sacrifie pas mal de choses...
MA RÈZE.
C'est vrai, ma pauvre femme.
MA DAME M Ali KZE.
Alors?
Brouhaha à l'extérieur.
SOLANGE, entrant.
Monsieur, c'est l'atelier!