ACTE DEUXIÈiME
dait pas sa peinture. Aujourd'hui, c'est bien différent.
JACQUES
Mais c'est aujourd'hui, au contraire, que papa peut le mieux s'offrir le luxe d'être indépendant.
MADAME MARÈZE.
Les portraits de ton père valent aujourd'hui cinq mille. Ils en vaudront dix, quand il sera de l'Institut.
JACQUES
Et c'est pour cela que papa va aller s'aplatir devant des Garnoteau et des Champguillou, devant un tas de gens qu'il méprise, au fond, et qui font presque tous de la sale peinture !
Tu parles comme un gosse.
MA DAM i; MARÈZE.
Il ne s'agit pas de s'aplatir. Ce que tu dis là est
ridicule
ASSIÈ11E.
JACQUES
Vous vous êtes parfaitement aplatis devant Garni >leau. Vous n'osiez pas ouvrir la bouche crainte de lâcher quelque chose de contraire à son opinion... Et quand je risquais un mot — très juste pourtant, — maman en blêmissait. Ce que je me suis retenu quand il se disait accablé d'ouvrage! Tu penses, si on se les dispute, ses navets! Je comprends qu'il lui soit dévoué, au Gouvernement : il ne mangerait pas de pain sans lui, le pauvre vieux! Et maman qui l'appelle «cher maître » ! Si ça ne fait pas pitié !
MADAME MARÈZE. Elle est sortie un instant et rentre en mettant son chapeau.
As-tu bientôt fini?
JACQUES
Si encore papa était sûr d'être nommé en faisant les simagrées nécessaires! Mais il est trop bon, trop simple, trop confiant... Et puis, il a trop de talent pour eux... Quand le vieux, tout à l'heure, disait que sa femme était malade, est-ce que vous n'avez pas compris qu'il n'a pas voulu qu'elle vienne, pour ne pas se trouver trop en-