ACTE DEUXIEME
M \DAME MARÈZE.
Tu m'avais promis de ne plus la voir ici.
MARÈZE.
Je t'avais promis... je t'avais promis de ne plus la voir ici sans une raison sérieuse... Eh bien, il y en avait une... Elle venait me montrer les compositions de ses élèves. Ça me prend deux minutes et ça lui rend service, pauvre petite !
Ça n'est pas une raison pour lui tapoter les mains pendant des heures.
Je lui ai tapoté les mains? C'est possible...
.hi l'aï VU.
Je ne (e dis ptj « jn.- lu ne l'as pas vu, puisque je te dis que c'eri possible... Seulement, tu te
figures... Tiens, je vais te dire une chose extraordinaire : je lui ai tapoté les mains, mais je ne l'ai jamais embrassée.
MADAME MARÈZE.
Il ne manquerait plus que ça !
MARÈZE.
Pourquoi : il ne manquerait plus que ça? Est-ce que ce ne serait pas tout naturel ? Est-ce que je 'aurais pas le droit, à mon âge, paternellement... h bien, non, c'est drôle, je n'oserais pas.
MADAME MARÈZE.
Tu n'oserais pas ?
Non.
MAREZE
MADAME MAREZE.
Alors, mon ami, c'est que tu es encore plus pris que je ne croyais.
Tu as une logique ! Tu préférerais que je l'embrasse ?
MADAME MARÈZE.
Ah ! non.
MARÈZE.
Alors, quoi ? alors, quoi ?
MADAME MARÈZE.
Je suis bien malheureuse.
MARÈZE.
A cause d'elle ? Pauvre petite !
MADAME MARÈZE.
Tu sais que tu m'agaces avec tes « pauvre petite ».
M A li k z e .
Je ne peux pourtant pas l'appeler pauvre vieille
LA MA s s 1ERE.
MADAME MAREZE
.Non, mais tu n'as pas besoin non plus de l'attendrir tout le temps en parlant d'elle.
Je ne m'attendris pas. Mais j'ai pour elle de la sympathie, je le reconnais... Et, vraiment, je ne comprends pas que tu l'aies prise en grippe à ce point. Pourquoi, mon Dieu?
MADAME MARÈZE.
Pourquoi ? Parce que lu ne penses qu'à elle ; parce que tu ne parles que d'elle, même à moi ; parce qu'il suffît qu'elle dise une chose pour que tu sois de son avis... enfin, parce que je ne compte plus, parce que je ne suis plus rien dans ta vie et qu'elle y est tout... Je suis bien malheureuse.
MARÈZE.
Tu l'as déjà dit, et ça n'a pas de bon sens. Quand il serait vrai que j'ai du plaisir à la voir, à causer avec elle, à lui rendre de petits services... qu'est-ce que ça fait?