‹ La massière; comédie en quatre actesChapitre 57 sur 118 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

MADAME MARÈZE.

Ça t'a i t i|iie ça me fait souffrir.

MARÈZE.

Tu es jalouse, ma pauvre femme ?

MADAME MARÈZE.

Oui, je suis jalouse.

Mais c'est abominable detre jaloux. Ça veut dire que tu m'aimes pour toi toute seule, et à condition que je n'existe pas pour d'autres que pour toi. Etre jaloux, c'est aimer les gens comme si on les détestait.

MADAME MARÈZE.

Mon ami, on n'aime pas autrement. Aimer, c'est être jaloux .

MARÈZE.

Voyons, voyons, j'ai passé cinquante-cinq ans, ma femme ; je me sens ridicule d'être aimé comme ça, à mon âge.

MADAME MAHEZË.

Ce n'est pas toi qui es ridicule, c'est moi. Tu me parles toujours de ton âge... d'abord parce qu'il t'ennuie, ton âge, et puis, surtout pour me rappeler le mien... quoique je ne sois pas encore vieille, après tout. Mais moi, ça m'est égal que tu ne sois plus jeune ; et ça m'est égal d'être ridicule... Tu m'as toujours dit que j'étais « nature», et que c'était pour ça que tu m'aimais. Tu me l'as dit pour la première fois il y a vingt-quatre ans, tu te souviens ? Tu étais venu là-bas, dans mon Morvan; tu étais descendu dans l'auberge que tenaient mes parents, une auberge d'autrefois, avec une ferme, un verger, des champs... Tu courais le pays — mon pays — avec ton chevalet et ta boîte à couleurs, et tu rapportais des petites études, comme tu disais, où je reconnaissais les endroits qui me plaisaient le mieux... C'était moi qui te servais à diner... J étais gentille, tu étais beau, tu étais bon. Et puis, tu étais « un artiste » et ça m'impressionnait... Je te croyais du génie... D'ailleurs je t'en crois encore... Un jour, tu as voulu faire mon portrait... trois mois après nous étions mariés. Nous avons été bien heureux les années suivantes, chez mes parents. C'est là que Jacques est né. Puis, nous

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