VI PRÉFACE
On pensera peut-être que tout savant, tout professeur digne de ce nom peut, quand il lui plaît, faire œuvre de vulgarisateur, qu'il y est même conduit par la force des circonstances. Rien n'est moins exact. Certains savants éprouvent une difficulté étrange à exposer leurs découvertes même à des adeptes. C'est pis encore s'il s'agit d'écrire. Je connais des chercheurs qui, doués des plus belles qualités d'invention, de l'esprit critique le plus affiné, voient cependant dans la rédaction du mémoire qui doit couronner leurs efforts quelque chose comme un épouvantait, un effroyable pensum. Ils l'esquiveraient, si la chose était seulement possible.
J'ajouterai qu'à mesure qu'une pléiade de chercheurs plus nombreux se presse à la porte de laboratoires devenus trop étroits, il semble que la belle tradition, le goût même du pur style scientifique, je parle du style que les Laplace, lesArago, les Dumas, avaient su créer pour en revêtir leurs découvertes, s'il subsiste encore dans les œuvres d'un Poincaré par exemple (je ne veux citer que des morts) n'a