‹ La médaille miraculeuseChapitre 29 sur 65 · NOTRE -DAME- DES -VI CTO IRES · texte numérisé non relu

NOTRE -DAME- DES -VI CTO IRES

On comptait à peine six ans depuis l'apparition de i83o, et déjà les desseins de la Providence s'étaient réalisés : la médaille miraculeuse avait ranimé la dévotion à la très-sainte Vierge, la croyance à l1 Immaculée-Conception avait pénétré dans toutes les classes de la société, et d'innombrables faveurs accordées à ceux qui récitaient avec piété la prière révélée par Marie, avaient fait comprendre le prix qu'elle attache au premier de ses privilèges. Mais jusque-là ses serviteurs restaient isolés, sans aucun lien qui les unît entre eux et sans un centre où ils pussent se rencontrer; la plupart de ceux qui portaient la médaille comme la livrée de la Vierge sans tache, ne savaient même ni le lieu, ni le mode, ni la date de son origine.

Dieu allait bientôt compléter l'œuvre commencée, en donnant au culte de l'Immaculée Marie une organisation et des exercices déterminés qui favoriseraient son développement et augmenteraient l'efficacité de la prière par la puissance de l'association.

Sur la fin de i836, un homme fut suscité pour exécuter la pensée divine, cet homme fut M Dufriche- Desgenettes, curé de Notre-Dame-des-Victoires, à Paris. De 1820 à i832, chargé de l'église de Saint- François-Xavier, il avait parmi les établissements

religieux de sa paroisse la maison-mère des Filles de la Charité où-la sainte Vierge s'était manifestée. Il fut des plus ardents à bénir Dieu de cette grâce et des plus empressés à répandre la médaille. Il aurait désiré que la chapelle privilégiée devînt un but de pèlerinage, mais, n'ayant pu l'obtenir, il fut choisi par la Providence pour y suppléer.

Laissons- le raconter lui-même comment il fut amené à fonder l'Archiconfrérie du très-saint et immaculé Cœur de Marie : « Il y a dans Paris une paroisse, presque inconnue, même d'un grand nombre de ses habitants. Elle est située entre le Palais-Royal et la Bourse, au centre de la ville; sa ceinture se compose de théâtres et de lieux de plaisir. C'est le quartier le plus absorbé par les agitations intéressées de la cupidité et de l'industrie, le plus abandonné aux criminelles voluptés des passions de toute espèce. Son église, dédiée à Notre-Dame-des-Victoires, restait déserte, même aux jours de solennités les plus augustes de la religion Point de sacrements administrés dans cette paroisse, pas même à la mort Si,

à force d'employer des sollicitations étrangères, le curé obtient d'être admis auprès d'un malade en danger, c'est à la condition d'attendre que ce malade ait perdu sentiment, et encore qu'il ne se présentera qu'en habit séculier. A quoi bon sa visite? Il ne ferait que tourmenter inutilement le moribond » '.

i. Manuel de l'Afchiconfrérie, édit, de 1855, p. 84.

Telle était la paroisse confiée à M. Desgenettes. Le pauvre curé employa, pendant quatre ans, tous les efforts du zèle le plus actif pour ramener quelques âmes à Dieu; rien ne lui réussit. Triste, désolé, il songeait à quitter ce poste ingrat, lorsqu'une communication surnaturelle vint relever son courage.

Le 3 décembre, fête de saint François-Xavier, fortement préoccupé de l'inutilité de son ministère, il disait la messe à l'autel de la sainte Vierge, qui est

aujourd'hui l'autel de l'Archiconfrérie Après le

Sanctus, il entendit très-distinctement ces mots prononcés d'une manière solennelle : « Consacre ta paroisse an très-saint et immaculé Cœur de Marie. » Ces paroles ne frappèrent point ses oreilles mais retentirent seulement au dedans de lui-même. Aussitôt il recouvra le calme et la liberté de l'esprit. Quand il a terminé son action de grâces, craignant d'être dupe d'une illusion, il essaye d'éloigner le souvenir de ce qu'il a éprouvé, mais la même voix intérieure se fait entendre de nouveau. Rentré chez lui, comme pour se délivrer d'une pensée importune, il se met à composer les statuts de l'association, et à peine a-t-il mis la main à la plume que le sujet s'éclaircit et l'organisation de l'œuvre ne lui coûte que la peine d'écrire1.

Les statuts dressés sont soumis à Mgr de Quélen qui les approuve et, le 16 du même mois, une ordon-

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