Manuel de l'Archiconfrérie, p
nance archiépiscopale érige canoniquement l'association du très-saint et immaculé Cœur de Marie, pour la conversion des pécheurs. La première réunion eut lieu le dimanche, 1 1 décembre. En l'annonçant, à la grand'messe, le pieux pasteur s'attendait à voir le soir tout au plus cinquante ou soixante fidèles. Quel n'est pas son étonnement lorsqu'il trouve dans l'église, à l'heure indiquée, de quatre à cinq cents personnes, et dans cette assistance un grand nombre d'hommes ! Qui les avait amenés ? La plupart ne savaient pas de quoi il s'agissait. Une instruction ou étaient exposés les motifs et le but de l'exercice fit une impression profonde; le salut fut chanté avec effusion de cœur, il y eut surtout un redoublement d'ardeur pendant les litanies de la sainte Vierge et notamment à l'invocation trois fois répétée : Refugium peccatorum, ora pro nobis. La cause était gagnée, Marie prenait possession de la paroisse de Notre-Dame-des-Victoires.
Cependant le bon curé doutait encore; pour s'assu^ rer que l'association était bien l'œuvre de Dieu, il demanda un signe: la conversion d'un grand pécheur, vieillard sur le bord de la tombe, qui plusieurs fois avait refusé sa visite. Sa demande est exaucée, le vieillard le reçoit avec bonheur et se convertit sincèrement. De nouvelles grâces ne tardèrent pas à venir augmenter la confiance de M. Desgenettes, les pécheurs en grand nombre changèrent de vie, les indifférents se ranimèrent, les offices de l'église furent suivis, les sacrements fréquentés, la foi qui semblait
éteinte se 'réveilla et la paroisse devint bientôt une des plus pieuses de Paris,
La confrérie du très-saint et immaculé Cœur de Marie ne devait pas embrasser seulement une paroisse, Dieu voulait qu'elle s'étendît à toute la France et même à l'univers entier. M. Desgenettes qui comprit ce dessein, s'adressa au Souverain Pontife et en obtint, le 24 avril 1 838, un bref qui érige l'association en archiconfrérie, avec pouvoir de s'affilier des associations du même genre dans toute l'Église et de les faire participer aux faveurs spirituelles qui lui sont accordées. A partir de ce jour, l' Archiconfrérie prit des développements prodigieux et devint une source intarissable de grâces. L'église de Notre-Dame-des- Victoires fut dès lors comptée parmi les sanctuaires les plus célèbres du monde. On y voit à toute heure du jour de pieux fidèles dans l'attitude du recueillement et de la prière. Les réunions qui ont lieu chaque dimanche au soir présentent un spectacle attendrissant : une foule compacte composée de personnes de toutes les conditions, après avoir chanté avec amour les louanges de Marie, écoute attentivement la longue série des recommandations reçues dans le courant de la semaine, de diverses contrées de la terre.
C'est le tableau de toutes les misères, de toutes /es souffrances, de tous les besoins corporels et spirituels, auquel s'ajoutent de nombreuses actions de grâces en reconnaissance des bienfaits obtenus par les prières
des associés. Ces recommandations sont si multipliées qu'on ne peut les énoncer que d'une manière générale et par catégories; elles s'élèvent actuellement, chaque semaine, à vingt-cinq ou trente mille et forment, pour Tannée entière, un total d'un million et demi. A l'époque de la mort du fondateur, l'Archiconfrérie comptait quinze mille confréries agrégées, sur tous .les points du globe, et plus de vingt millions d'associés. Au commencement de cette année 1878, le chiffre des confréries agrégées est de 17,472.
Un bulletin, qui paraît chaque mois, rend compte des progrès de l'Archiconfrérie, des exercices qui ont lieu à Notre-Dame-des- Victoires, des grâces obtenues, etc. Les neuf premiers numéros furent publiés par M. Desgenettes lui-même, mais à des intervalles irréguliers; ils sont pleins d'intérêt et d'édification.
Au milieu des prodigieux succès de son œuvre, le vénérable pasteur, loin de s'en attribuer la gloire, ne songe qu'à s'humilier; il se regarde comme un simple instrument, il avoue même ses résistances aux inspirations de la grâce, ses doutes, son incrédulité *; il n'admet pas qu'il puisse être appelé le fondateur de cette œuvre de miséricorde, c'est Dieu qui a tout fait, c'est l'immaculé Cœur de Marie qui a ouvert aux pauvres pécheurs une nouvelle source de grâces, pour lui il n'en avait même pas eu la première pensée.