OPÉRÉE A SANTORIN ( GRECE
Lettre de M. N., prêtre de la Mission, à Santoriiu
a Madame Marie Delenda, femme de M. Michel Chigi, fils du vice-consul de Hollande, à Santorin, souffrait depuis sept ans de cruelles douleurs qui avaient communiqué à son système nerveux une telle sensibilité que les moindres émotions la mettaient hors d'elle-même. Elle avait eu plusieurs enfants, mais tous étaient morts avant de voir le jour et de recevoir le baptême. Les médecins qu'elle avait consultés déclaraient unanimement que sa maladie était incurable et que jamais aucun de ses enfants n'arriverait à terme. Désolée d'une situation si pénible pour elle et pour les siens, elle eut recours à la médaille miraculeuse et obtint ce que la médecine ne pouvait lui donner; bien plus elle eut le bonheur de mettre au monde un enfant plein de vie et de santé. Son mari, aussi pieux qu'elle-même, en fut transporté de joie et de reconnaissance; prenant alors le médecin qui avait soigné sa femme, il le conduisit devant l'image de la Vierge Immaculée. « Voilà, lui dit-il, notre protec-
« trice et notre libératrice, voilà la mère de notre « enfant ! » Le médecin se prosterna, fit sa prière et se retira. Depuis, la mère va bien ; du moins elle est guérie des maux qui la tourmentaient jusqu'alors, ce qui est suffisant pour attester la protection de Marie Immaculée. Pleins de gratitude, les deux époux n'ont cessé de demander l'érection de son autel et l'inauguration de son image selon la promesse qu'ils en avaient faite.
Plusieurs guérisons miraculeuses opérées en faveur d'autres personnes, ont eu lieu par l'invocation de Marie Immaculée. Je me suis assuré de ces faits, dont quatre sont très-avérés et offrent réellement quelque chose de merveilleux. Mgr l'évêque, le clergé, le peuple de Santorin sont tous prêts à attester ce que j'ai dit. Et il n'y a personne qui n'eût à y ajouter plutôt qu'à diminuer. Lorsque Monseigneur alla visiter la famille Chigi, après la naissance de l'enfant, il demanda à voir l'image, et dit en la regardant : « Voilà le second miracle opéré à Santorin « par la Vierge Immaculée. Le premier m'est connu a par la voie de la confession, et je ne puis le faire « connaître »
« C'est le 28 mai qu'a eu lieu l'inauguration de l'image de l'Immaculée-Conception. Monseigneur lui-même en a fait la translation après la grand'messe et la procession qui venaient de terminer la cérémonie des quarante heures à la cathédrale L'image était placée sur un autel préparé à cet effet dans la
cour de la maison du donateur. De l'autel à la porte extérieure, on avait pratiqué, au moyen de tapisseries, une allée voûtée très-bien décorée, et sur le seuil même un arc de triomphe. Tout le pavé, non-seulement dans la cour, mais encore jusqu'à notre église, était couvert de rieurs et d'herbes odoriférantes. Monseigneur, précédé du clergé et suivi de tous les catholiques et de quantité de grecs schismatiques, se rendit au lieu où l'image était exposée. Après l'avoir encensée, il entonna VAve, maris Stella, et on se mit en marche. Le clergé, avec la croix en tète, commença à défiler. Ensuite venaient deux jeunes filles portant deux pavillons de soie blanche, au milieu desquels on voyait la Vierge sans tache, et qui furent suspendus en diagonale à l'entrée du sanctuaire. Ces deux filles étaient suivies de deux autres qui tenaient étendu le devant d'autel représentant le revers de la médaille. Enfin paraissait l'image portée par le donateur et un de ses plus proches parents. Monseigneur marchait immédiatement après, et derrière lui venait madame Chigi tenant son enfant sur ses bras, accompagnée de sa sœur.
Le peuple n'était pas en ordre de procession; mais il s'était rangé sur les deux côtés du chemin, pour voir l'image à son aise et la baiser au moment où elle passerait; ce qu'il faisait avec un empressement et un enthousiasme qui nous firent craindre quelque accident pour l'image; nous la garantîmes cependant à force de précautions et nous arrivâmes
enlin à l'église. A l'entrée on avait élevé un autre arc de triomphe très-beau, surmonté du revers de la médaille, représenté en grand avec cette inscription sur une banderole flottante : Ave, Maria Immaculata. La porte de l'église était tapissée de draperies, ainsi que toute la face intérieure, et ornée de fleurs, de couronnes de verdure et de guirlandes. L'image fut placée sur le trône provisoire qui lui avait été préparé, en attendant qu'on pût lui en élever un plus digne d'elle. Aussitôt après on célébra encore une grand'messe, à la fin de laquelle quelques enfants chantèrent alternativement avec le chœur, le Te Mariam laiidamus qui fut entendu pour la première fois dans ce pays. Les personnes que j'ai dit plus haut avoir été guéries par l'intercession de l'Immaculée Marie, ont offert chacune un présent à son image. L'une a donné un voile; une autre une jolie croix en or qui décorait le sein de la Vierge pendant la cérémonie; une troisième est venue proposer de lui faire faire une couronne en argent, selon le vœu qu'elle en a fait; mais on lui a conseillé de donner autre chose, puisque d'autres personnes ont déjà voué une couronne d'or aussi belle qu'elle pourra l'être. »
GUÉRISON