‹ La médaille miraculeuseChapitre 33 sur 65 · DE MADEMOISELLE ÉLISE BOURGEOIS · texte numérisé non relu

DE MADEMOISELLE ÉLISE BOURGEOIS

Lettre de la supérieure des Filles de la charité, à Troyes.

« Troyes, 4 mars 1842.

a Monsieur, « En i838 nous avions dans notre ouvroir une jeune personne, nommée Elise Bourgeois, âgée de dix-huit ans, qui, après de fortes douleurs, fut atteinte d'une ankylose au genou. Il y avait sept mois et demi qu'elle souffrait et que son mal s'accroissait par des crises très-violentes. Sa jambe s'était retirée de deux pouces, et elle ne pouvait marcher qu'à l'aide d'un bâton ou d'un bras, quand le 8 avril, qui était le lundi saint, une de nos jeunes sœurs me dit que dans la Notice il était parlé d'un Frère des écoles chrétiennes à qui on devait faire l'amputation d'un pied, et qui se trouva guéri par la seule application de la médaille miraculeuse, pendant une nuit qu'il souffrait beaucoup. Je me reprochai alors d'avoir laissé si longtemps cette pauvre enfant sans avoir prié Marie pour demander sa guérison; et montant à l'ouvroir, je racontai aux enfants tout ce qui concernait le Frère, je dis à la jeune personne de ranimer sa foi, de mettre toute sa confiance en Marie Immaculée, de placer sa médaille sur son genou, et de commencer une neuvaine avec ses compagnes. Dans la nuit du mardi au mercredi, elle éprouva de si fortes douleurs, qu'il lui

semblait que tous ses os se disloquaient. La journée suivante se passa sans qu'elle pût avoir un seul moment de repos. Il sortit de son genou une grande quantité de sérosité par un petit trou qui s'y était formé. Le lendemain elle se leva avec beaucoup de peine, on la porta à la chapelle où elle entendit la sainte messe. Au moment de l'élévation, elle posa son bon genou sur le banc, disant de tout son cœur au bon Dieu : « Puisque vous êtes présent, veuille^ bien « me guérir pour que je sois à vous tout à fait. » Aussitôt il lui sembla sentir une main qui remettait ses os dans leur état naturel, et qui rallongeait sa jambe; mais elle n'osa pas encore s'appuyer, dans la crainte de se faire mal. A la fin de la messe, elle s'agenouilla pour recevoir la bénédiction du prêtre; le genou malade s'appuya malgré elle sur le banc. Elle resta à la chapelle après ses compagnes, pour faire ses prières et remercier la sainte Vierge de la grâce qu'elle venait de lui obtenir. Dès ce moment elle n'éprouva plus aucune douleur et il ne parut plus rien à sa jambe.

a Sitôt que les enfants s'aperçurent qu'elle était guérie, elles crièrent au miracle, et l'émotion et la reconnaissance pénétrèrent tous les cœurs. Elise demanda d'aller se confesser à la cathédrale; je ne le lui accordai qu'avec peine, quoiqu'elle m'assurât ne souffrir aucunement; mais il y avait sept mois et demi qu'elle n'était sortie, et je ne pouvais encore croire à sa guérison. Plusieurs messes furent dites à

notre chapelle, en actions de grâces, et à la première il y eut exposition du Saint-Sacrement, et le Te Deum fut chanté. Le bruit de ce miracle se répandit dans toute la ville, plusieurs personnes vinrent voir la miraculée. Elle me demanda d'aller chez un de ses oncles, qui avait pour voisin un impie, et à qui on avait raconté ce qui s^tait opéré en faveur d'Elise, sans qu'il voulût y croire avant d'avoir vu la jeune personne et son genou; il fut tellement saisi à la vue de ce miracle, qu'il avoua ne le pouvoir nier, et ajouta qu'on devrait en actions de grâces chanter un Te Deum à la cathédrale.

« J'oubliais de vous dire que j'avais fait voir cette jeune personne à M. notre médecin deux mois avant sa guérison, et qu'il m'avait assuré que le mal était incurable. Je l'avais aussi fait examiner par un chirurgien qui avait ordonné beaucoup de vésicatoires volants, sans laisser espérer de guérison. »

Suivent les signatures de sept sœurs de la Charité, et de vingt-trois autres personnes, témoins de la sué ri son.

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