‹ La médaille miraculeuseChapitre 42 sur 65 · I. — Notre-Dame de la Salette · texte numérisé non relu

I. — Notre-Dame de la Salette

ans sa première manifestation à sœur Catherine, le 19 juillet î83o, la Vierge Immaculée annonçait les malheurs dont la France était menacée; la tristesse était peinte sur son visage, les larmes étouffaient sa voix, elle recommandait instamment de prier pour apaiser la colère de Dieu.

Seize ans plus tard, cette Mère de miséricorde, apparaissant à deux petits bergers sur un des sommets des Alpes, renouvelait d'une manière plus solennelle

les mêmes avertissements et les mêmes recommandations. La première apparition était restée dans l'ombre, la seconde fut connue du monde entier et obtint de consolants résultats dont l'influence se fait encore sentir. L'événement de la Salette a donné une nouvelle extension au culte de la très-sainte Vierge, et a fait mieux comprendre aux chrétiens les grands devoirs de la pénitence et de la prière qui résument toute la pratique de la religion.

Nous empruntons à M. l'abbé Rousselot, l'historien le plus autorisé de la Salette, le récit des faits qu'il avait lui-même recueillis de la bouche des enfants.

« Deux enfants de la contrée, Mélanie Mathieu, âgée de quatorze ans, et Maximin Giraud, âgé de onze ans, tous les deux simples et ignorants, comme on Test à cet âge et dans cette condition, se rencontrèrent sur la montagne de la Salette dépendant d'un village où ils étaient en service chez des maîtres différents. Ils se connaissaient à peine, s'étant vus l'avantveille pour la première fois. A l'heure de midi que leur annonçait le son de la cloche de Y Angélus, ils allèrent tremper leur pain dur dans l'eau d'une source. Après leur repas champêtre, ils descendirent un peu plus bas et déposèrent leur panetière près d'une autre fontaine alors tarie. Il y avait là quelques pierres superposées, ils s'y assirent à peu de distance l'un de l'autre et s'y endormirent.

« C'était un samedi, 19 septembre 1846, la veille du jour où tombait cette année la fête de Notre- Dame des Sept-Douleurs.

« Après avoir fait boire nos vaches et avoir goûté, raconte Maximin, nous nous sommes endormis à côté du ruisseau, tout près d'une fontaine tarie. Puis Mélanie s'est éveillée la première et m'a éveillé pour aller chercher nos vaches. Nous avons passé le ruisseau, nous avons monté vis-à-vis et nous avons vu de l'autre côté nos vaches couchées. Elles n'étaient pas loin. »

« — Je suis redescendue la première, dit Mélanie; lorsque j'étais à cinq ou six pas avant d'arriver au ruisseau, j'ai vu une clarté comme le soleil, encore plus brillante, mais pas de la même couleur, et j'ai dit à Maximin ■ « Viens vite voir une clarté làbas, » et Maximin est descendu en me disant ■ « Où est-elle? » Je lui ai montré avec le doigt vers la petite fontaine, et il s'est arrêté quand il l'a vue. Alors nous avons vu la clarté s'ouvrir, et nous avons aperçu une dame dans la clarté ; elle était assise, la tête dans ses mains — Et nous avons eu peur, continue Maximin, et Mélanie me dit : a Ah ! mon Dieu » ! et elle laissa tomber son bâton. Et je lui dis ; « Garde ton bâton, va ; moi je garde le mien. S'il nous fait quelque chose, je lui donne un coup de bâton. » Et la dame s'est levée Elle a croisé ses bras et nous a dit : « Avance^, mes enfants, naye\ pas peur Je suis ici pour vous conter une

« grande nouvelle. » Et nous n'avons plus eu peur ; « puis nous nous sommes avancés et nous avons « passé le ruisseau, et cette dame s'est avancée « vers nous autres, à quelques pas de l'endroit ou « elle était assise, à l'endroit où nous nous étions « endormis. Elle était entre nous deux et elle nous a « dit en pleurant tout le temps qu'elle nous a parlé : « — J'ai bien vu couler ses larmes, ajoute Mélanie »

« Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je « suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il « est si lourd et si pesant, que je ne puis plus le « retenir. Depuis le temps que je souffre pour vous « autres, si je veux que mon Fils ne vous abandonne « pas, je suis chargée de le prier sans cesse Et pour « vous autres, vous n'en faites pas cas

« Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous « ne pourrez récompenser la peine que j'ai prise pour c vous autres Je vous ai donné six jours pour trace vailler : je me suis réservé le septième et on ne veut « pas me l'accorder ! C'est cela qui appesantit tant le ce bras de mon Fils.

ce Ceux qui conduisent des charrettes ne savent pas ce jurer sans mettre le nom de mon Fils au milieu.

ce Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le ce bras de mon Fils.

ce Si la récolte se gâte, ce n'est rien qu'à cause de " vous autres. Je vous l'ai fait voir l'année dernière « par la récolte des pommes de terre. Vous n'en avez ce pas fait cas. C'est au contraire quand vous trouviez

N.-D. de la Salette, bronze placé sur la montagne.

D'après la photographie de M. Dardelet, à Grenoble. « Elle a pleuré tout le temps qu'Elle nous a parlé, j'ai bien vu couler ses larmes. •

« des pommes de terre gâtées, que vous juriez, que « vous mettiez le nom de mon Fils. Elles vont contia nuer à pourrir, à Noël il n'y en aura plus. »

ce — Ici, remarque Mélanie, je ne comprenais pas « ce que cela voulait dire : des pommes de terre « (dans le patois du pays on les nomme des truffes) « J'allais demander à Maximin ce que cela voulait s dire. Et la dame me dit : «

«Ah! mes enfants, vous ne comprenez pas? Je « m'en vais vous le dire autrement. »

« La sainte Vierge reprend l'alinéa précédent et daigne le répéter en patois. Le reste du discours est aussi en patois. Nous ne donnerons ici que la traduction. ))

« Si vous avez du blé, il ne faut pas le semer Tout « ce que vous sèmerez, les bêtes vous le mangeront. « Ce qui viendra tombera en poussière quand vous a le battrez.

« Il viendra une grande : famine. Avant que la « famine vienne, les petits enfants au-dessous de sept ce ans prendront un tremblement et mourront « entre les mains des personnes qui les tiendront « Les autres feront pénitence par la famine Les <e noix deviendront mauvaises, les raisins pourrice ront. »

ce Après ces paroles, la belle dame continua de parler à Maximin à haute voix. Tout en voyant le mouvement de ses lèvres, Mélanie ne l'entend plus. Maximin reçoit un secret en français. Bientôt après

la sainte Vierge s'adresse à la petite bergère, et Maximin cesse de l'entendre. Elle confie aussi à Mélanie un secret également en français, mais plus long, paraît-il, que celui de Maximin. Puis continuant son discours en patois, et de manière à être entendue des deux bergers : « S'ils se convertissent, a dit-il, les pierres et les rochers se changeront en « monceaux de blé, les pommes de terre se trouve- « ront ensemencées par les terres. »

ce La Reine du ciel s'adressa ensuite plus directement aux petits bergers :

« Faites-vous bien votre prière, mes enfants? »

« Tous deux répondirent : « Oh! non, madame, « pas guère... »

« Notre divine Mère continue : ce Ah ! mes enfants, « il faut bien la faire soir et matin. Quand vous n'au- « rez pas le temps et que vous ne pourrez pas mieux ce faire, dites un Pater et un Ave Maria; et quand ce vous aurez le temps, il faut en dire davantage.

« Il ne va que quelques femmes un peu âgées à la ce messe ; les autres travaillent le dimanche, tout l'été; « et l'hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne « vont à la messe que pour se moquer de la religion, ce Et le carême, ils vont à la boucherie comme des ce chiens. »

ce Après quelques paroles encore pour rappeler à Maximin qu'il avait déjà eu l'occasion de voir du blé gâté, l'auguste Reine termina ainsi son discours en français : ce Eh bien ! mes enfants, vous le fere\

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L'apparition de la Salette, comme il arrive pour tous les événements extraordinaires, fut diversement appréciée, même parmi les catholiques; les uns l'accueillirent avec une confiance mêlée d'enthousiasme, les autres s'attachèrent à en contester la réalité. Mais depuis longtemps les contradictions sont tombées, la Providence a confirmé la foi des croyants par de nombreux miracles et la montagne sanctifiée par la visite de Marie ne cesse d'être visitée par de pieux pèlerins accourus des contrées même les plus lointaines. Mgr de Bruillard, évêque de Grenoble, jaloux de prévenir toute illusion sur une question si importante, nomma une commission composée des personnes les plus compétentes pour examiner le fait de la Salette. Les conclusions de l'enquête ayant été affirmatives, Sa Grandeur, dans un mandement du 19 septembre i85i, déclara ce qui suit : « Nous jugeons que l'apparition de la sainte Vierge à deux bergers, le 19 septembre 1846, sur une montagne de la chaîne des Alpes, située dans la paroisse de la Salette, de l'archiprêtré de Corps, porte en elle-même tous les caractères de la vérité et que les fidèles sont fondés à la croire indubitable et certaine.

« C'est pourquoi, pour témoigner à Dieu et à la glorieuse Vierge Marie notre vive reconnaissance,

1. Plusieurs détails de cette notice ont été fournis par les Pèlerinages illustrés.

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églises les plus célèbres : Sainte-Agnès-hors-les-murs. Les associations d'Italie y sont toutes inscrites et représentées par un groupe d'Enfants de Marie, entourant la jeune sainte qui fut au troisième siècle martyre de la virginité ; elles semblent lui dire : « Agnès, vous êtes notre sœur aînée, la bien-aimée de Jésus- Christ et de sa Mère. »

Cette place d'honneur, cette représentation, disent éloquemment que les Enfants de Marie forment dans l'Église une famille aussi ancienne qu'elle est catholique.

Il y a bientôt dix-neuf siècles, le Sauveur Jésus était près de mourir sur l'arbre de la croix, que son amour avait Choisi pour nous racheter; voyant, dit l'Écriture, que tout était consommé pour notre salut, il voulut mettre le sceau à son œuvre en faisant son testament.

Regardant tour à tour Marie sa Mère, et le disciple qu'il aimait, il institua Jean Enfant de Marie, par ces mémorables paroles : « Ecce mater tua, ecce filius tuus . Voici votre mère, voici votre fils. »

Telle est l'origine des Enfants de Marie.

Nous croyons, avec la sainte Église, que le Verbe éternel, après s'être incarné pour rendre les hommes rachetés de son sang Enfants de son Père céleste, leur a encore donné en mourant, pour Mère, sa propre Mère, Mais nous savons aussi que parmi les enfants d'une même famille, il en est qu'une affection plus tendre attache à la mère : témoin Jacob près de Rebecca, Jean près de Marie.

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