DE M. N..., A LIMA
Lettre d'une Fille de la Charité de Lima (Pérou). — 1876.
M. N*** était atteint depuis longtemps d'une hypertrophie du cœur; les médecins, après avoir épuisé les ressources de leur art, furent réduits à avouer leur impuissance à la famille du malade, en avertissant qu'il était temps qu'il mît ordre à ses affaires, triste nouvelle à annoncer à un père de famille et à un homme sans foi. En vain ses parents et ses amis abordèrent avec toute la délicatesse possible la question des sacrements, il ne voulut rien entendre; un prêtre
ami de la famille crut pouvoir tenter un essai qui semblait tout à fait de sa compétence, mais il fut mal reçu ; toute parole de religion exaspérait le malade : celui-ci blasphémait tout ce qui y avait trait, il n'épargnait que la sainte Vierge.
Un jour qu'une personne rapportait, devant les parents du malade, la conversion de M. N***, de Lima, ceux-ci exprimèrent le désir de recourir aux mêmes moyens pour celui qui leur était si cher. «C'est bien simple, leur dit-on, demandezla sceurN*** à l'hôpital Sainte-Anne, c'est elle qui a procuré la médaille pour M. Pierre, elle n'en refusera pas une semblable. » Un des neveux du malade s'y rendit aussitôt, et rapporta en effet ie précieux trésor. Une nièce du malade lui offrit la médaille : « Maman, lui dit-elle, vous envoie cette médaille en vous priant de la porter. — Bien, dit-il, je la porterai parce que c'est ta mère qui me la donne, mais qu'on sache bien que ce n'est pas pour me confesser. »
La nuit suivante fut très-bonne; le lendemain, tout satisfait de se trouver mieux : « Euloge, dit-il à l'un de ses neveux, quels sont les préparatifs nécessaires à celui qui va entreprendre un grand voyage? » Celui-ci, qui croyait rêver d'entendre son oncle parler de la sorte, s'informa de quel voyage il s'agissait. « Eh bien, dit-il, je veux parler de l'éternité. » Le pauvre jeune homme, tout heureux du changement qui s'était opéré dans le cher malade, lui répondit qu'il n'y avait rien de mieux à faire que de mettre ordre à
sa conscience par une bonne confession. « Je veux faire ce que tu dis, repr.it son oncle, va me chercher un prêtre. » Celui-ci arriva bientôt et, après avoir confessé le pauvre moribond, il alla prendre le saint viatique; rémotion gagna tous les assistants quand on vit le malade, presque à l'agonie, vouloir recevoir à genoux, soutenu par ses enfants, le Dieu qui venait de lui pardonner tous les péchés de sa vie. Quelques moments après, il bénit ses enfants, leur donna ses derniers conseils et mourut dans les sentiments d'une foi aussi grande qu'avait été son impiété. Il laissa toute sa famille vivement touchée de reconnaissance pour une si singulière faveur dont toute la gloire revenait à Marie Immaculée.
CONVERSION
d'une demoiselle incrédule.
Lettre d'une Fille de la Charité de Lima {Pérou). — 1877.
Une vieille demoiselle, dont la jeunesse avait été pieuse, s'était éloignée des sacrements depuis trente-cinq ans. Elle avait perdu la foi en se nourrissant de lectures impies, et vivait avec sa sœur, qui lui fut enlevée après cinq jours de maladie. On pouvait croire que la mort chrétienne d'une personne qui lui était si chère avait attendri son âme, au contraire, l'épreuve l'irrita et elle alla jusqu'à blasphémer le ciel. Une sœur de charité, témoin de
ce scandale, et ne pouvant, par ses paroles, agir sur la pauvre créature, eut la bonne pensée de lui donner la médaille de la sainte Vierge. La demoiselle l'accepta, la porta durant quelques jours, 'pendant lesquels elle parut très-préoccupée et un peu ébranlée; mais une inspiration diabolique la lui fit bientôt quitter, pour faire cesser sans doute les remords et tout le travail de la grâce. Elle retomba bientôt dans son endurcissement habituel et dans la morne tristesse qu'elle appelait sa paix. La sœur la revit et s'aperçut aussitôt de sa disposition : « Portez-vous toujours la médaille? » lui dit-elle, et, sur sa réponse négative, elle lui représenta le danger que courait son âme ; elle ne gagna rien, mais fit promettre à la demoiselle qu'elle reprendrait la médaille. On priait beaucoup pour elle ; à quinze jours de là, la sœur, qui était très-préoccupée de l'état de cette personne, retourna pour la voir; elle s'aperçut aussitôt que ses dispositions étaient les mêmes, aussi, sans aborder d'autres objets, elle lui demanda si elle avait repris la médaille. La pauvre fille, qui était très-farouche, n'osa pas répondre, mais elle fit un signe de tête qui révélait tout, ce Qu'avez-vous fait de cette médaille, lui dit la sœur, où est-elle ? » La demoiselle lui répondit que k médaille était dans son armoire et que plusieurs fois elle avait fait des efforts pour la reprendre sans pouvoir y réussir. La sœur comprit que cette pauvre âme était sous l'empire du démon, qui éloignait d'elle tout ce qui pouvait la ramener à
Dieu; elle sentit qu'il fallait agir énergiquement et dit avec une grande fermeté : « Eh bien, puisque vous ne voulez pas porter la médaille que je vous ai donnée, je vous abandonne tout à fait. » Ces mots produisirent l'effet qu'en attendait la sœur, la demoiselle courut à l'armoire et passa à son cou la médaille qu'elle ne quitta plus. Alors elle commença à sentir la douce et puissante influence de Marie Immaculée, si justement appelée la porte du ciel. Quelques jours après, elle assistait au saint sacriiice et entendait l'instruction du prêtre. Dès lors, elle fut toute transformée ; elle se confessa, fit ses pâques, et la componction et la reconnaissance sont depuis les deux sentiments habituels de son cœur. Elle voulait se tenir toujours à la porte de l'église, et ce n'est qu'à grand'peine qu'on put la décider à accepter une place plus voisine de l'autel. Elle ne cesse de remercier Dieu et Marie, car elle avoua à la sœur que dès qu'elle se mit la médaille au cou, elle n'eut plus un instant de tranquillité tant elle était pressée par la grâce et par l'amour de celle qui est souverainement la terreur des démons.
| CONVERSION
d'un pécheur scandaleux a moirans. 1877.
La supérieure des sœurs de charité de Moirans rapporte en ces termes une conversion bien consolante
et toute à la gloire de Marie Immaculée. « L'industriel le plus considérable de notre village, qui occupe de quatre à cinq cents ouvriers et ouvrières, vient de mourir dans des sentiments que personne n'eût pu prévoir. Il était impie, immoral, attirait dans ses ateliers des employés débauchés qui faisaient dans le pays un mal incalculable, et agissait avec tant de rudesse que tout le monde tremblait devant lui. Il avait une femme et deux filles très-pieuses qui gémissaient en silence à son sujet, et quant à moi je ne conservais avec lui que les relations suffisantes pour me ménager un accès près de lui dans un cas pressant.
« Un matin, en toute hâte, on vint me chercher de sa part, me disant qu'il était très-malade et réclamait ma présence. Je ne me le fis pas dire deux fois ; mais le mal était si grave et ses progrès si rapides que je voyais sa fin très-proche, sans avoir pu trouver le moyen de le faire songer à son éternité; j'avais prié sa femme et ses filles de lui faire accepter une médaille de l'Immaculée-Conception, mais il l'avait refusée, et nous nous vîmes réduites à la placer à son insu sous son oreiller. Le matin du troisième jour, j'allais me retirer après avoir donné au malade les soins qui étaient en mon pouvoir, quand il voulut me donner une poignée de main dans TerTusion de sa reconnaissance ; je saisis ce moment pour lui dire combien il me rendrait heureuse s'il voulait consentir à recevoir M. le curé qui était venu le visiter ; il me fit un signe affirmatif avec un sou-
rire qui n'avait jamais effleuré ses lèvres. Il le reçut parfaitement; nous sortîmes de la chambre, et une demi-heure après le prêtre revint en bénissant Dieu, car le malade s'était confessé. Celui-ci consentit à porter la médaille, et le soir il reçut l' extrême-onction seulement, le saint viatique ne pouvant lui être administré à cause des suffocations. Je priai sa femme de faire entrer les employés dans la chambre pour qu'ils s'édifiassent de la conduite de leur patron ; ils étaient peu nombreux, les ateliers étant fermés à cette heure; mais ils prièrent quelques instants. Le lendemain la famille était dans la joie, croyant à un mieux dans l'état du malade ; mais l'amélioration n'était qu'apparente, et l'agonie commençait. On donna le salut à la paroisse pour le pauvre moribond, tout le village s'émut, ses employés demandèrent à le voir, ce qui leur fut accordé; la foule se renouvelait de quart d'heure en quart d'heure autour du mourant, et nous récitions à haute voix le chapelet qui convenait si bien près d'un homme que la sainte Vierge avait changé et qui rendit le dernier soupir au milieu de ce concert de louanges à Marie. Les frères des écoles chrétiennes, auxquels il avait été si hostile, voulurent nous aider à lui rendre les derniers devoirs.
wmm