Tome I
itoire de (Ireiwble^ p. IBS, noie 3.
aco. -~- Volboaaais : Hisluira d»
aut medicis régis (i), Charles V, parlant de son médecin Gervais Chrétien (i372), qui était clerc, le désigne par ces mots : < Notre amé physicien ». Hufflbert aimait trop à imiter les princes plus importants que lui, pour ne pas prendre, comme flrc/iwî/ré?, un médecin qui répondait à ses idées religieuses.
Mais ces clercs médecins, sous prétexte que ecdesia abhorret a sanguine^ se gardaient de toute opération manuelle. Ce furent donc les laïques, moins lettrés d'abord, mais plus pratiques, qui faisaient la plupart des opérations, pas toutes cependant, car les moins difficiles étaient abandonnés aux barbiers, auxquels les c^irurj^j^w* laïques laissaient ''" l'infime besogne(2), tandis que les grandes opérations (cataracte, cure des
(1) En 1108, Louis VI avait pour médecin Obison, chanoine de Paris. En 1137, Louis VII, Lombard, chanoine de Chartres.
En 1180, Philippe II, Gilles, chanoine de Paris;
Rigord, moine de Saint-Denis;
Ernauld de Poitiers, chanoine de Saint-Quentin. En 1223, Louis VIII, Robert de Douai, chanoine de Saint-Denis. En 1270, Philippe III, Giefroy de Flavy, chanoine de Tours. En 130.i, Philippe IV, Guillaume d'Aurillac, évêque de Paris. En 1350, Jean II, Jean de Guisco, chanoine de Nantes ;
Pierre d'Auvergne, chanoine de Pau.
En 1360. Charles V, Gervais Chrétien, chanoine de Paris et de Lizieux. En 1380, Charles VI, Jean Tabari, évoque de Terouanne;
Clerraont Marie, chanoine de Laon.
En 1422, Charles VII, Jacques Desparts, chanoine de Paris;
Jean Avantaige, évoque d'Amiens.
En 1443, la reine Marie d'Anjou, Pierre Bachelier, évoque de Chartres. En 1483, Charles VIII, An^^elo (kitto, archevêque de Vienne et aumônier du roi.
(2) Les barbiers, qui étaient aloi*s aux chirurgiens ce que ces derniers étaient aux médecins, leur prêtèrent d'abord une assistance fraternelle (le nom de frater leur est resté); mais ils ne tardèrent pas à former une association fort bien organisée : à Paris, ils reconnaissaient pour chef le premier barbier du roi, qui portait le titre de maître et garde du métier. Pour devenir barbier ou maître en barberie, il fallait subir un examen sur la saignée, les luxations, les fractures, et passer huit jours chez chacun des examinateurs, pour qui on fabriquait une lancette. Lorsqu'il refusait le candidat, le patron brisait la pointe de la lancette (Malgai^ne, préface des œuvres d'Amhroise Paré). Grâce à l'ordonnance royale de 1373, il était permis aux barbiers <r d'administrer emplastres, ongucmcnts et autres médecines convenables pour boces, apostumes et toutes plaies ouvertes, car les mires jurés (médecins) sont gens de grant estât et de grant sallaire et les
Ïioure^ gens ne sauraient les payer ». Bien que leur diplôme, qui devait <>tre, à >aris, scellé du premier barbier du roi, ne coûtât pas clier, ils rendaient des 8er\ices : Olivier de Marrhe, dans Vcstal de la maison du duc de Bourgogne, raconte que Charles le téméraire n'avait, dans son armée forte d'environ 20.000 hommes, pour soigner les malades et les blessés, que 2G barbiers. Ambroise Paré, lui-même, n'était d'abord qu'un barbier.
Quant aux chirurrfims, dont la querelle avec les médecins dura plusieurs siècles, ils prirent de bonne beure, en France, une situation supérieure à celle des barbiers. Ce qui les ennoblit ce fut la fondation, en 1228, du collèj^re de Saint- CAmo, par Jean Pitard, qui, cependant, était clerc. D'abord simple collège de rhirurj^iens, le colléfi^e de Saint-Come devint bientôt, en face de la faculté des gens de robe, une sorte de faculté laïque.
- D' A. BORDIEÎt.
hprnîi'R, Liillfl), i^lnieut, pour IntiRtetnps encnnj, l'apanage d'opùra leurs ambulants (1). La plus grande paille do la clientèle populaire était faite par des empiriques et des charlatans |2). Dans plus d'une ville, el mftne beaucoup plus tard, od vit jusqu'au! Iiourrpaux taire de la chinirgie : Paracelse conseiliait à ses élèves d'apprendre auprès d'eux la ré- ' duction des luxations et des fractures dédaignée par les diinirgions , ot les liarlùers ; un vit même, eu 1775, le bourreau de Fojilenay-le- Conite jouir pour ces accidents d'une vt^ritable réputation, et celui du Mans prendre le lili'e paradoxal de chirurgUa restauri.Uiir.
W ne faut donc pas s'étonner si les médecins étaient rares .'i Grenoble, en l^ao. En IGW les comptes des consuls constatent avec regret que les malades sont ronfles aux liarbiers et aux empiriques (3). Il en était partout ainsi : en MU, par exemple, un médecin de Montpellier, du uom de Colne, envoie à llurdeaux comme médecin un nommé Jacmes Kam, disant qu'il avail appris, par un apothicaire, que les médecins de cette ville étaient morts, et qu'il avait choisi, pour le leur envoyer, un médecin distingiu^ (4). A Paris même, à la (in du xiii" siècle, pour environ ?50.(XM) habitants, il n'y avait que 20 mtrei et 151 barbiers.
A cûté des physieiens du Dauphin, des ■ mires de grant estât, trop chers pour les pourcs gens », il y avail un médecin qui semble avoir eu utie grande vogue, c'était Simon U magicien.
Simon, le magicien, était sans doute un juif, ainisi que parait l'Indiquer son nom, i|ui semble comparer son habileté merveilleuse il celle de Simon le thauniatui^e. Les juifs n'étiienl pas du reste, à celte époque, aussi mal vus qu'ils le furent plus lard : en raison de leur origine sémiliqnc.nnles croyait mèmedirectement héritiers des doctnnes médicales des Arabes, et ils étaient volontiers admis comme médecins ; Charles-le- Cliauve avait eu jadis, auprès de lui. un médecin juif du nom de Sédécias, etju»|u'au XI v° siècle, les rois d'Angleterre avaient toujours un juif comme archiâtre,
(Il On Ips aoinninit circulninres ou cii-cumffirnnei. Au Wil" siècle, Oclaviaa (te Villa (de Rome) avait été initia A l'extrnction Je la pierrr, par Mariana de BatietOf élève lui-même de Jean ilea Romainn. Il venait souvent travailler A Paris. Ce fut le inattre de Collot, le chef d'une dynastie (]ui eut, pendant plusieurs ■lictea, le monopole do l'cxlractioii de la pierre.
{%) Henri de Monilevilli!, chirurgien de I'liilip|>e le Bel, s'élève contre i les barbiers, sorciers, devins, alchimislee, courlissaties, vieilles femmes, juils convertis, sarravins, i)m font partout de la médecine ■. auiisî une ordonnance du roi ne tarda pas A interdire la chirurgie à une loule de « meurtriers, larrons, fauxmonnai^curB, espions, voleurs, abuseurs, arquemïstr>s et usuriers, qui se mêlent de pratiquer la chirurgie, mettent des bannii^res A leurs fenestrcs i. (Ordonnance de novemtiro 1301, citée par MalifaigDc : Préface de» œuvres d'Ambroisc Paré).
(3) Prudbomrac: Wûtoire de Grenoble.
li) Pcry ; iixitoire de la faculti! de Uvrdeawc.
A l'occasion de ce Simon, nous constatons à Grenoble l'existence d'une charge officielle de médecin municipal ou, comme on disait alors, de medicu9 pecunarius.
Il y avait longtemps que les rois et les princes avaient des médecins attachés à leur personne; les Cités, si jalouses de leurs intérêts et de leur indépendance, pouvaient bien se procurer le luxe d'un archiàtre municipal. Déjà, du reste, dans l'Empire romain, à côté des medici palatini^ médecins de la cour, il existait dans certaines villes des archiâtres urbains, populaires; l'Italie du moyen-âge conserva cet usage, car en 1:214, Hugues de Lucques s'engageait à serv?r, pendant sa vie entière, la commune de Bologne, moyennant 600 livres une fois donnties (1). Il était nu^me tellement lié par ses fonctions, (|u'il dut, en 1218-1223, accompagner en Terre-Sainte les troupes envoyées par la ville.
Peut-être Tinstitution du medicus pecunarius avait-elle été apportée d'Italie par Humbcrt; toujours est-il que Simon exerçait cette fonction à Grenoble en 1340. L'état des recettes et des dépenses des consuls pour cette date constate, en effet, que « firent examinar li dit cossel le nemmo Dei Goût d'Engins, qui erè acusas de meselli, per la man de Maytre Symon lo mejo et de un barber, tant per lo dépes de l'azamina-
tion que per lo salariés del mejo et del barber » (2). Plus loin, on
constate la dépense de 10 tournois d'argent, pour avoir fait visiter « la malade de dessus le pont * par Maytre Simon et Antoine le Barbier.
Simon le mejo pecuniarius ne se contentait pas de toucher ses « salaires » : il prêtait à la ville, et même à gros intérêts, ce qui n'infirme en rien mon hypothèse sur son origine sémitique. Les livres de compte enregistrent : « Payé à maytre Symon lo mejo per la meygain « de G flor. de 1 an feni lo xxvii jor de janver courant MCCC et XL « 10 flor. » (3).
Grenoble paraît avoir précédé la plupart des autres villes dans l'usage excellent de s'attacher un médecin municipal, car ce n'est qu'en 1414 que cette fonction est créée à Bordeaux (4) : le titulaire ne pouvait s'absenter de cette ville qu'avec la permission du maire. A la même époque, cette institution existait en Allemagne, où le médecin qui remplit cette charge est désigné sous le nom de phyaikus. Ses attributions étaient comme
(i) Malgaigne: Œuvres d'Ambroise Paré.
(2) Pilot : Histoire municipale de Grenoble.
(3) Pilot : Histoire inunicipale de Grenoble,
(4) Pery : Histoire de la Faculté de Bordeaux.
NOBLE. - D' I padout, \^^ trailrmriil des jiimvifs, hi surveillance îles épidèniips..
l'hygitîne. elc
LVsislenœ. ne tdl-cv: {]\\'en miniature, de ce que nous noiiimerinm
I aujourd'hui, en style administra tir. tni service ujunicipal de sanlË, noua
l moutre que Gronoljle jouistiait ài-'yd à celte époiiue d'ini degré de culture
I assez élevé : Si la médecine y était apprédiV propler mcexsUalan, le droit
l y était déjà fort en lioiineur, sans doitle pour la môme cause, car
les plaideurs ont au moins autant û cœur leurs procès que leur santé ;
en I2T7, un cCTtain .Isapies liorgarel, s'intitule : Profeasor Legiim (i). Le
même titre est pris en nm par Berenger Clievalier, et en 13i2 par
Nicolas Constant. En IS-lït, Anihlard 'do HeaumonI, le protonotaire du
Dauphin, son conseiller intime, celui qui le pousse là où il veut, jirend le
tilre de l'rofetsor juru civilia. Il existait donc lîéjà un enseignement, que
nous nommerions supérieur, et ou comprend que lorsque vers 13:w,
[luuilJL'rt II fonde l'Université de Grenoble avec la permission du pape
Benoit XH, il fasse allusion aux anciens privilèges des études à Grenohie
en disant : Olim in conceMione privilegiorum tludii nottri Gralianopolitani,
et ailleurs : Gralianopolh, nH nvpcr sittdia generalia ivipelravimus (2).
Il semble donc que c'est en perfectionnant un enseignement, qui esistall déjà, que le Dauphin créa l'Université en 133'.), afin d'imiter l'aris, Naples et Salerne. où il venait de voir les plus belles Universités d'alors. Bien que l'enseignement dut porter sur le droit civil, le droit canonique, la médecine et les arts, nous sommes très peu renseignés sur l.i nature des travaux de celte Université, mais il ne me semble pas, que la médecine y ail joué un bien grand rôle. Les éléments mangiaicnt évidemment : néanmoins, un titre du prieuré de St-Uiurent de Grenoble, daté de décembre 133(1, contient cette phrase (H) : Oomimim Ahmaiidi, priorem rtctoremque venerabilis Universilatù coliegii Mil corporin ttudii civilalis Gralianopolilan/e, On peut se demander si cet Aleman prior et r«/ftr n'est pas le même que le médecin Jacques Alleman, auquel en i;tâX le régenl Henri avait fait un legs. Ka supposant qu'il s'agisse du même personnage, cela prouverait que c'est moins le 7)%(tcu« quele clerc qui siégeait à l'Université. Il en était de même dans toutes tes Universités, môme à Paris.
Au surplus, l'enseignement de l'Université ne fut pas de longue durée. Dès 1340 (-1), les consuls se plaignent de la situation déplorable des
(1) Pilot : Hkloire municipale de Grenoble,
(SI Bernai SainlPrix: Histoire de l'anciettne Univeriiti de Grenoble.
(3) Berriat Saint-Priï.
(4) Archive» municipale», B B, 132.
finances de la ville, grevées par la récente construction de TUniversité (ratione studii novUer construcli in civilate)^ et, en 1348,1a pesle noire arrête la vie dans l'Europe entière (1). Humbert ne pense plus alors à son Université ; il songe plutôt à brûler les juifs (2), qu'on soupçonne d'empoisonner les fontaines. Enfin, en 1349, le Dauphiné perd son autonomie: il est cédé au roi de France par le Dauphin, réfugié dans un couvent de frères Prêcheurs, et notre Province aura besoin d'un certain temps, pour s'équilibrer dans sa nouvelle situation.