II.-I
.il l'ru,
(5) t'rij
1 1\ Hitloire de l' ■/'■''"■'<i de Givnoble, U'i-loirc de Gfenoble, icii>ales, B II, 20.
parvint partit à pelit, quoique non sans peine, à améliorer le senrice infîclical, et que, par les secours qu'il rendra i la population, comme par renseignement clinique, officiel ou non, dont il sera la source, il deviendra le laboratoire où s'élaborera la future Ecole de médecine. ^ I our suffire à tant d'occupations diverses, les médecins manquaient ailleurs; Aréoud était bien là, pour rédiger, suivant l'ordre des consuls, un n'îglement destiné à prévenir la contagion (1572) (1), mais '^^*^* Allard venait de mourir (2; ; on cherchait à le remplacer. Or, précisément un médecin, dont la réputation était venue jusqu'à Grenoble, LouU de VilUneuve, de Montéliraar, c où il faisait sa résidence prf» du lieu de sa naissance » (3), avait été appelé dans notre ville, pour Hoigner M»»* de Cordes. En 1573, les consuls décident r de le retenir et de lui fournir un logis commode durant trois ans • (4);, le Parlement de son côté lui alloue 300 livres par an (5). Cette invitation flatUmse fut acceptée, même non à la légère et sans oublier de compter toutes les dépenses accessoires, car en 1574, on trouve dans les comptes € à M. de Villeneuve, docteur médecin, 50 livres, qui lui ont été attribués l)our le parfaict de 500 livres, à lui accordées pour le débris et voycture de ses meubles venant demeurer dans la présente cyté > (6). Il est vrai que la môme année Louis de Villeneuve prête 200 livres à la ville (7).
A peine arrivé, il prend de suite à Grenoble une haute situation ; en 157G, < on a heu advertissement qu'on se meurt en Italie, à Turin et aultres lieux, en Allemagne et à Dijon ; sera bon d'adviser de prendre garde des passans de ceste ville > ; les consuls lui demandent donc, en 1577, dans le cas où on le ferait demander au conseil, de vouloir bien donner son avis, « pour le fait de la santé » (8). Sur ses conseils, on prend contre les voyageurs, qui viennent de Lyon, les mesures les plus sévères : la famille de La Marche a reçu, il y a quelques jours, un do SI 8 flls arrivant de cette ville ; tous les membres qui la composent sont expulsés (D). La peste étant à Bernin, et non encore à Grenoble, de Villeneuve va (1580), lui-même, à Bernin et à Crolles, visiter les malades
(l) Albin Grns: Institulions médicales de la xhUc de Grenoble^ 1&44.
(*2) Ses héritiers prêtèrent 1.000 livres à la ville.
(I{) Archives muuicipaleSy B B, 65.
(4) Archives tnmiicipales, C C. 083.
^rn Archives municipales^ B B, !25.
((») Archives municipalcSy CG, 091.
(7) Archives municipales, C C, 683.
(8) Archives de V Hôpital, E.
^9) Archives municipales, B B, S9.
I„\ MRPECIXE A CRENORLE, - Dr A. BORDIER. 33
et ordonne le transfert dans cotle dernière localité, où sont déjii les suspect», d'une femme soui)i;ounée ûo contagion, « qui est présentement dans ung cliamp tcrmée en l'isle ■.
S'il n'a pas à lutter, avec nne épidémie comme celle do l5Gi. de Villeneuve semble au moins avoir montré la plus grande vigilance dans l'application des mesures préventives ; les consuls en faisaient grand cas ; c'était d'ailleurs un catliolique fanatique et Cliorier, dont le récit est admis par Rochas, raconte, à son sujet, une anecdote, qui ne serait pas à son honneur, bien que l'illustre liisturien du Daupliiné le félicite el le compare ii Hippocrate ; Itérenger de Morges, commandant du fort de Bosani;ieu. pour les protestants, étant tombé malade et l'ayant fait appeler, de Villeneuve aurait refusé, « ne voulant pas que son sçavoir s'employât contre les siens, en contribuant à la guérison de leur plus dangereux ennemi ». 11 faut espérer pour de Villeneuve que ce n'est là qu'une légende. M. Pmdhonime le défend de celte accusation et pense que s'il n'est pas allé soigner de Morges, c'est que les consuls s'y sont opposés (I); en lout cas, s'il 3 commis cette faute, il n'avait pas l'excuse d'Hippocrate^ puisqu'il s'agissaitd'uneguerreciviieet non d'une guerre étrangère et d'ailleurs le père de la médecine, tui-mt^me, eiH beaucoup mieux, fait d'aller à la cour d'Artaxercès, tout en refusant les fameux présents, et d'y arrêter, s'il l'eut pu, l'épidémie. Cela eiU évité aux Grecs une énorme mortalité, et à nous.... une iiravure célèbre.
Quoiqu'il en soit, do Villeneuve, qui manifestait l'intention d'aller se flxer & Lyon, vit les avances des consuls redoubler pour le relenir. Il fut ennobli, sur les vives instances rie la ville de Grenoble; il est en outre conseiller et médecin ordinaire du roi et comme tel, exempté de la plus grande partie des tailles.
Les alertes militaires continuent : en l.'iSri, Pierre MoUard, chirurgien, est payé H écus par la ville, pour avoir pansé les blessés de Vif, pendant une sortie de la garnison (â). Les chirurgiens étaient d'ailleurs toujours Insuffisants à Grenoble : en 1580, on ne trouve dans les rôles des tailles, outre ceux que nous connaissons, que les noms des chirurgiens Guillaume Cuvilier, Clément Pingon, Jean du YiUard et Barthélémy liegnier ; cepen-
I dant la population de Grenoble vers celte époque (exactement en 1093).
( est estimée iUi.OOO (3).
Aussi les consuls cherchaient à faire venir des médecins on chirui^icns
(il Prudhoniinc : Histoire lU Grrnnhlr.
(2) ArcMveiÈ muninpoJrii. R B. :«.
[\i) l'ilol : Histoire iiiirnicipale 'le llrrnohli-.
même de Paris : c'est du moins ce qui ressort d'unelettre du 28 octobre 1584, où « Maître Vallier^ chirurgien de Paris, originaire de Grenoble, remercie ' les consuls de l'honneur qu'ils lui font en le priant de venir exercer dans cette ville. Il leur demande un délai pour se rendre à son poste ». Il ne semble pas qu'il soit jamais venu.
Le déficit de médecins est d'autant plus regrettable, que Tannée 1586 amène cette fois une épidémie de peste plus terrible que les précédentes. Suprême complication : le Drac déborde. La peste, la guerre, l'inondation ! La couidigïou fauche le peuple du Diois,dit un historien comtemporain. Les hostilîtés^furent suspendues (IV, à Grenoble les deux tiersde la population périrent (2), aussi les habitants demeurés en ville déclarent qu'ils sont ruinés et demandent à être déchargés de l'imposition de guerre levée pour l'entretien et la solde de la garnison (3). Les malheureux suspects, chassés, ne savent où aller. Un bourgeois, du nom d'Ennemond Charvet, fait le récit suivant, qui donne une idée des misère s du temps : « Comme après que cette même cité fut abandonnée d'un chacun, en la présente année 1586, pour la contagion de la peste, le suppliant, qui estait resté, alla loger au couvent des Jacopins, se voyant tout seul en la rue où est size sa maison, auquel couvent il séjourna jusques à la contagion (4), qui y arriva, comme chacun sçait, chose qui lui donna occasion d'absenter le dit couvent, et ne se povant retirer on deux petites maisonnettes qu'il a, à Gorget, pour l'infection notoire qui y estait, dont une sienne fille, femme du sieur Reynier, mourut, il fut contrainct errer par les champs et vagabonder pour trouver logis, chose très difficile, parce que pendant qu'il séjourna aux Jacopins, les logis champêtres furent enarrez, et si, d'adventure. il en resta quelqu'un, il estait suspect ou infect de la même contagion ; voire la maison de Chàteau-Revol, son gendre, en laquelle luy et sa femme firent deux quarantaines, avant que ledit suppliant y ose entrer ; pour quelles difficultés le suppliant fut contrainct fère sept ou
huit logis >
Parmi les chirurgiens et les médecins, qui donnèrent leurs soins aux malades, on retrouve les noms de Clerget, chirurgien, qui ne fut payé qu'en 1597 de 50 écus qu'il réclamait; de Cuvilier^ chirurgien, qui reçut 66 écus; de Raphaël, médecin, 100 écus. Il faut encore avoir recours à une taille supplémentaire « pour le fait de la santé ».
(1) Long^: La réforme et les (fuet*res de reUy'ion en Dauphiné,
(2) Long : La réforme et les guerres de religion en Dauphiné.
(3) Archives municipales^ C C, 705.
(4) La |»t'ste atteignit le couvent.
LA MÉDECINE A CnENOBLE. - D' A. BORDIER.
Pierre Aréouil(l)e3l mort; c'ust Villeneuve q»\ le roinpiaceet comme lui jadis, le médecin du roi est appoli' ,'i donner son avis en toutes circonstances, Hii 1587 il est prié * de duniier certains anUruictz et poiiictz de bous auteurs sur la ri^thorique el logique, pour fère [a lecture et disputer aux mattros (d'Ecole) qui se présentent pour être receuz. »
Une autre fois, on le prie ■ de dresser quelques poinctz eu l'ai t d'oratoyreet (llosophie pour Kre dispute dinicnclie procliain, pour apprcs clioisii' cellui qui sera treuvé ie plus soutllzant » pour remplir la charge de second régent des écoles (5). Les juges qui donnent cette mission au médecin nesont cependant pas des ignorants; cesoatle premier Président. Mv d'Emlinin, d'autres ecclésiastiques et des avocats.
L'épidémie, a a>ssé. La ville liquide ses comptes ■ pour le Tait de la santé »: de Villeneuve, 150 écus; Claude Basset |3), capilahie général de la »anté^ ses gages de janvier-juin, 116 écus 40 sous; portiers de la ville, gardiens chargés d'empéclier les iieslîrérés de sortir de l'Ile, émoluments
des galopin» pt)urenterrer les morts.etc La ville soutient procéaconlre
Guigues Sonnier, a|)olliicaire, qui réclame une indemnité pour avoir nourri et soigné des peslirérés entérinés dans l'Isle en 158C et 1581 (1). On ne rompt pas avec lui, cependant, car la même année, nons le voyons envoyé â Mens (5) pour • s'enquérir au vray sur le bruit semé que l'on s'estoyt'mort de nouveau de la contagion au dict lieu (6) ».
La trêve n'est pas de longue durée: en 158(1 la peste revient; le fermier de l'impôt de 9 sous par charge defarine expose qu'il n'a pu percevoir «tant à cause de la guerre quisurvint en la dicteannée conte les Savoyards, que de la contagion, qui eslail en celte ville, qui ilst igue la plus grant part des
< 1 ) Ar^ud ava'l H«s fils ou des frères qui iiMu|iaient iJea aituBUonii Élevées :
André Aréoud. avi>cat, arait élè consul en 1D74 [U B, JU); il avait été délégué aut Etats rie Itomans en 1575 (B B, "il); en 1585, il était prieur de Moidieu \Arrhm:H ,l,'pu,-l>-tm-nlaleg, B, 23'>).
Antoine An'aiiil, docteur en droit, piaillait souvent pour la ville (C C, fU8); en 15i9 noianiMieiit, En 15M0, on le trouve avec le titre de seigneur de Seysslus (Atthiveii lièiiarletftentaUt, 8,197) On trouve encore en 1582. Chriiilo/f Arèoud, et en iri93 Jai-quen Aréoud, juge des taxes et seigneur de Venladour. M. de llcrluc-Pe rusais {op. ni,) nous apprend que Antoine Aréoud a écrit quelques vers latins purnii les pièces liminaires d'iiu missel imprimé par l'ordre de l'évoque Laurent Allemnn. (let ouvrage se trouve dans k Bibliothèque d'Aix et dtins celle de Grenoble. Mi»sate tncutulum usum {/ratianopolitanum.
(î) Areltive» munkipates, G G, 708.
(3) Claude Basset est le premi«r capitaine de santé que nous reuconlrians qui ne soit pu m^ocia. Nous en verrons bientôt un autre. 4) Arehivfti municipaleg, C G, 717.
(51 Archinet j [B) Archive» t
ipalei, ce. 1083.
inw'pilci, C C, 7l7.
habitants d'icelle rabandonnèrcnt (i) ». La contagion s'étend de Saint- Jean-de-Vaulx à la Côte-Saint-André.
En 1597 elle éclate plus que jamais à Grenoble. Le surintendant de la santé est encore noble Louis de Villeneuve^ conseiller et médecin du roi; à C(Mé de lui apparaît comme capitaine de santé un homme nouveau, qui va, quoique non médecin, nous arrêter quelque temps : Guillaume de Lérisse
Il imprimera plus tard, en 1608, un livre sur \^ peste qu'il est intéressant de feuilleter (2) et qui nous renseigne sur l'épidémie de 1597. Ce livre est dédié à « Monsieur noble Loys de Villeneuve, conseiller et médecin ordinaire du roy, habitant Grenoble. > L auteur déclare tout d'abord, qu'ii n'est « médecin, appoticayre, ny chirurgien (3) », mais qu'il a souvent assisté de près à la peste. Il a vu celle de 1586, et voici dans quelles conditions : < Cependant que j'étois à Lyon (158G) occupé en affaires, ayant laissé ma feii femme avec aucuns de ma famille à Chasteau-Neuf de G^llaure, dans la maison de deffunct Monseigneur Montcheou, vivant chevalier de l'ordre du roi et son panetier ordinaire, le mal de contagion print dans la dite maison, en une jeune damoiselle, fille de Monsieur de Coulaux, de Vivarais, à présent seigneur de Peloux, laquelle morut, qui donna telle alarme à mon dict seigneur de Montchenu, que luy et toute sa famille s'écartèrent, qui sça qui là, et ma dicte femme et tous ceux qui estaient avec elle furent de la partie, et se retiraient dans une grange champestre où, le lendemain, sa chambrière se trouva frappée et mourut dans le quatrième jour couverte de tac. Incontinent cet accident survenu j'en fus averty, qui me donna occasion de prendre du seigneur Charles de Villeneuve, votre frère, un bon nombre de médicaments, pour aller au secours de mon dict seigneur de Montchenu, de ses domestiques, et de ma dicte femme et famille, et partis du dict lieu dans un batteau, qui en extrême diligence me rendit bientôt près d'eux, où je les secourus par la
(i) Archives municipales, C C, 10G3.
{t) Méthode excellcrrte et fort familière pour guarir Ja peste et se préserver d'icelle, avec un opuscule contenant l'ordre qu'on doit tenir pour désini'ecter les villes (fuand elles sont infectes et pour éviter que la peste ne fasse prop^rès en icelles. Composé par Guillaume de L Eriss'*, Dauphinois, cy devant capitaine de santé en la cité de Grenoble, ville capitale du dict pays A lirenoble, chez Guillaume Verdi er, 1(î08.
(3) Dans un quatrain « de l'authcur au docte lecteur », il est dit au début du livre :
Toi qui te ris de mon expérience Adjoutes-y Ui profonde science.
Lors on dira maljrré les envieux Que j'ay bien lait et toy encore mici;::.
LA MEDEUNli A imENOBLK. — U' A. RORDIER. 37
I grâce de Dieu, leur (ioiiiianl de rnes préservalifs si à propos, qu'aucun I d'eux n'en périlla '.
Voilà commuiit il ileviiil, en 1597, capilainu de santû & Grenoble, dej.uis [le il août juisqu'nu ^U uriobre, montrant, ainsi qu'il ledit lui-m^uie, f « que la nécessité a souvent fait changer de qualité et de couditiou aux hommes >. il a dune droit de prendre un instant rang parmi les inèdecius : il ne se tire d'ailleurs pas mal de son nouveau rôle, < et peut-on dire avec vérité que, selon le mal, ça a esté avec perte d'aussi peu de gens [ qu'on l'aurait pu souhaiter; car, aux autres pestes, il mourut dans la f dicte cité plus de personnes en huit jours, qu'il n'en morut eu la dicte I année, dans cinquante, ce qu'on doit attribuer à la toute-puissance et mi- 1 séricorde de Uieu i. Il ajoute modestement, s'adressant à Louis de Villeneuve : * Ce qui! vous avez pu S(:ftvoir comme médecin de la santé, à la i la même cité, m'as«istaut de votre bon et prudent conseil ».
Guillaume de Lérïsse nous peint bien tes horreurs de la peste et, comme il n'est pas du métier, sa ù-anchise Tie ménage pas les médecins. * Eu plusieui-s cndroictz, lorsque la peste arrive, apotieaires et chîmrgiens deslogent les premiers et peu s'en trouvent (si non aux bonnes et grosses villes) qui s'enferment aux iiilirmeiies et hospitaux pestiférés, et autres lieux. Si aucuns s'hasardaient, c'est pour l'espérance du lucre, et le plus souvent par faute de jugement et d'expérience, en tuent plus qu'ils n'en guérissent *.
Il voit d'ailleurs, en philosophe, combien dans les moments d'affoUement apparaissent à nu la couardise et t'égoïsmel 11 faut citer certains passages qui en valent la peine et qui font songer à Tacite et à Juvénal : « Ce qui est terrible, c'est la pauvreté et nécessité qui volontiers accompaigne ceux qui se trouvent en cette misère : au temps de la quelle, quels biens et moyens qu'ils ayent, le plus souvent sont abandonnés de tout secours de leurs voysins, pour avoir le chacun à penser  soyméme et encore abandonnés de leurs parens, par la même raison, et notamment des babils à succéder qui, soubs espéraitce de retirer les héritages, aymeni mieux le tombeau que l'ombre de l'affligé. Et s'il se trouve des personnes qui secourent les affligés, c'est soubz espérance qu'ils testeront à leurproflil, et, le mol dit, In poussent plus tôt au sépulcre que i llrer. »
Et plus loin : ' Kn temps de guerre, le laboureur qui sort de la charrue pour aller à la guerre, le premier logis qu'il fait sur ceiuy de son espèce, il le bat, desrobe, l'arranconne, et le traicle foit rudement ; en temps de guerre on ne voit que pilleurs, assassinats, bruslcmenls, prodilions et autres choses exécrables, '.
38 LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDIER.
« Au temps de famine, celuy qui a du bled à vendre, le cache attendant qu'il vaille 10 escus le setier, et verroit mourir de faim tous ses parents et amis plus tôt que de leur donner un morceau de pain, tant en ce tempslà la charité est refroidie. »
« Elle ne l'est pas moins en temps de peste. Quand le fils abandonne le père, le mari, qui par l'estroit lien du mariage doit suivre toutes les fortunes de sa femme, l'abandonne; le parant son parant, et le voisin son voisin. >
Mais le capitaine de santé n'était pas là pour deviser sur la bassesse humaine: De Lérisse savait, au moment voulu, faire montre de bon jugement et de décision. «Tout aussitôt que la peste soit connue, il faut establir un bon et solide conseil avec authûrilé, telle qu'il appartient, par Fadvis duquel toutes choses soyent mûrement disposées. > La première chose que doit faire le conseil, c'est de nommer un capitaine, «r ou maître de la santé, qui ait telle authorité, que tout ce qu'il commandera au faict de sa charge, soit incontinent exécuté et luy soit obéi comme au conseil même. * Il recommande d'établir la surveillance des habitants par les habitants : «r parce que en temps de peste, les pestiférés, le plus souvent, cachent leurmaljusquesàceque la mort de l'un de la famille le descouvre, ce que faisant en la fréquentation de leurs voisins, ils sont cause de beaucoup de mal.» Il veut que les médecins visitent les boutiques des apothicaires, pour voir si elles sont bien pourvues ; il recommande d'éviter que les maisons des pestiférés soient pillées ; il veut qu'on tue les chiens, les chats et qu'on bannisse les poules, chapons, poulets, pourceaux < parce qu'ils fréquentent partout et se vautrent sur les choses ordes et puantes ». Ces mesures étaient d'autant plus utiles qu'au xvii« siècle et même au début du XVIII* siècle on faisait encore du fumier dans les rues de Grenoble, on y teillait du chanvre et on y élevait des pourceaux (1). Insistant avec raison sur l'hygiène, il recommande de loger en lieu sain, au soleil levant, de parfumer la maison matin et soir, d'ouvrir les fenêtres au nord. <rOn ne sortira que quand le soleil aura battu la campagne une heure ou deux. >
Par le mot parfumerie on entendait alors la désinfection, même par des substances mal odorantes ; mais néanmoins, les parfums, au sens moderne du mot, passaient généralement pour désinfectants ; de Lérisse conseille, en effet, pour éviter la peste, des sachets de senteur, des pommes « ou boytes d'argent percées, plaines d*espoDges imbibées de l'odorat
(1) Pilot: Statistique générale du département de l'Isère,
de nos r^c«ptes, ou bieii des punîmes de scuteurs de bonne et siiavo odetir. »
Les maisons doivent être » parfnniées » avec « du bois de genièvre et
I do la graine d'iteluy », qu'on fait brûler avec « le mamibe blanc, la sauge, la lavande, le rosmariu. »
\u sujet du traitement, de Lérisse n'est pas plus banal et plus mauvais que
I les médecins de son temps : « le baume d'Orient, l'escaliieuse, le gérémaudrée» sont insignifiants; la diapliorèse, qu'il conseille pouvait Être bonne. Il use modérément Jes purgatifs et de la saignée, et on ne p^ut que lui en savoir bon gré. Comme tous les médecins de l'époque et même les modernes, il croit que l'apparition des bubons est salutaire, qu'il faut tout faire, par des vésicatoires, pour • attirer les humeurs k la surface » et provmpier les bubons : doctrine humorale d'alors, qui aujourd'tiui semble en rapport avec ce que nous savons do l'élimination salutaire des toxine* microbiennes par la pi^aii.
La médecine de toute cette époque, a lors qu'elle était faite par les mé,decins, n'était |)as meilleure que celle de de Lérisse; seule la doctrine qui consiste à i pousser aux butmns * semble rationnelle. Mais nous- mêmes, si ta peste venait parmi nous, serions-nous beaucoup plus avancés ? Ce sont encore les mesures d'Iiygiéne qui seraient le meilleur remède, et le plus sage précepte pour ceux qu'aucun service public ne retiendrait, serait encore celui de de Lérisse : » Desloger loti, aller loin et revenir tard. »
Convaincus de l'utilité de l'isolement, nos prédécesseurs pratiquaient [a séquestration avec un radicalisme, que nos mœurs accepteraient aujourd'hui difflfilement : « Le mal estant dans une maison, faire incontinent sortir les habitants d'icelle, et les faire conduire au cartier à ce destiné, logeant les fi'appés de peste dans l'infirmerie ou hospital des infects, et ceux qui ne seront frappés eu cabanes ou maisons, dans li'S quelles seront une demi quarantaine et l'autre demi quarantaine en lieu qui sera pour ce destiné, durant lequel temps on prendra garde qu'ils se nettoyent et désinfectent diligearament. »
Grâce à ces sages précautions, aubout de quelques mois l'épidémie s'arrêta pour un temps. Elle reviendra; nous reparlerons encore de guerre, famine et [wsle « les quelles, dit de Lérisse, volontiers s'entresuyvent, car delà guerre procède la famine et de la famine la peste. *
En novembre 1598, les conseils envoient à Romans prier les membres de la chambre des vacations, qui étalent réfugiés dans celte ville, de revenir à Grenoble € attendu que la santé y est fort bonne >. U n'y a plus qu'à régler les comptes.
40 L.I MtWXASV. S f;REXOBI,E. - IK A. BORNER.
Raphad^ le nH^ecïn, ^i mfpri de la coolagion.
Ile VilleneaTe, en raison des serrices qall a rendos pendant b pej^te a ) e»t dérhargé de la taille, qui! devait, qooiqae eiempt, sopporter 4 ponr la liante » : on troare à son nom an mandat de 6i) énis. On donne aux nettoyeurs, qui senaient en 1597 sous les ordresde M. de Lerisse, alors capitaine de la santé, 00 éeus ; an «r nauekier > qui, noorean Caron, portait dans sa liarque 1 *s expulsés qu'on rejetait dans nie, < pour aroir conduit les infectz sur sa penelle », 157 écus 20 sous. Tous les comptes ne se règlent pasd^ailieurs de suite, car, en 1603, de Kf/Z^ii^Mv réclame encore contre le droit dlndemnité qu'on veut lui faire payer pour ses lettres de noblesse (i»; il nip[>elle que lorsf|u1l a quitté Montélimar, en 1573, on lui avait promis une s^>mme de 50f) iiv,, une maison pour trois ans et l'exemption perpétuelle de toutes les tailles, gardes et l(^ementsde gens de guerre. Or il croit avoir rempli son devoir avec zèle, surtout en 1586, à la peste; c'est en récompense de ses services et pour le retenir à Grenoble que le roi lui a, en 1588, accordé des lettres de noblesse; il espère donc que le conseil le dispensera du droit d'indemnité qu'il lui réclame à ce sujet.
En If/ii, Autioê^ chirurgien, est envoyé à Montmélian, pour voir si la peste règne dans cette ville, mais l'alerte n'était pas sérieuse. Nous pouvons porter un instant nos regards sur d'autres questions qui n'intéressent pas moins le corps des médecins et des pharmaciens.