CHAPITRE III
I. Le comte de St-Pol relève l'Université. — Les cordeliers. ^ Le Drac. — Le; fêtes et entrées solennelles : Pierre Aréoud. — Les Ecoles et Pierre Aréoud. — Pierre Aréoud et Nicolas Âllard, professeurs de médecine à l'Université de Grenoble. — La ville obérée. — Querelles religieuses. — Thèses de doctorat en médecine à Grenoble. — L'Université de Grenoble est réunie à celle de Valence.
IL Les hôpitaux. — Barbiers dans chaque hôpital . — Le chirurgien des hôpitaux. — Jean Tôtu, chirurgien de la ville. — Les conseillers médecins du roi. — Davin — La peste. — Le chirurgien Lyonnet dit le Baron. — La surintendance de la santé. Antoine Charbonnel. — Pierre Aréoud capitaine de la santé. — Nicolas Allard. — I^s guerres de religion et les chirurgiens. — Louis de Villeneuve, médecin et conseiller ordinaire du roi. — Son ennoblissement. — Guillaume de Lérisse, — La peste.
L'Université de Grenoble était depuis longtemps mourante, mais e'ie n'était pas morte encore, puisque, pour ne parler que de la médecine, à laquelle se borne cette étude, nous avons vu Guillaume J)upuys prendre le titre de professeur demédecinedanscette Université. Le i6août 1542, François de Bourbon, comte de St-Pol, gouverneur du Dauphiné, put donc dire < qu'aucune mesure n'avait prononcé la suppression de l'Université de Humbert » et autoriser la ville à faire de nouveaux statuts, qui seraient soumis au roi, « attendu que la ville de Grenoble est propice au dit estude, tant en droits canon et civil, médecine et aultres arts >. Le 25 août, le conseil prit une délibération conforme, où il est dit que l'Université avait duré longtemps^ et le 17 septembre, l'Université réorganisée, pour employer le terme consacré, s'installait dans le réfectoire des Cordeliers, où une chaire et des bancs avaient été aménagés (1).
Elle comprenait la théologie, le droit et la médecine; le titulaire de la chaire de médecine était Melchior Payen, docteur en médecine.
Mais l'hospitalité des cordeliers parait n'être que temporaire, car en 1543, ces moines sont priés de vouloir bien prêter encore pour quelque temps leur réfectoire, pour les cours de l'Université (2). Cotte dernière fait du reste les appropriations nécessaires et fait poser des châssis de
(i) IJcrriat Saint-Prix : Université de Grenoble. — Prudhomme: Histoire de Grenoble. — Archives municipales, série B B, 13. (2) Archives municipales , B B, 13.
pnpisr aux fotKHrcs ; par qui? c'est là ce qui nous iulôiesse pour le moment, par Barlhelémy Bej/rtier, barbier. La dépense n'était pas énorme : a sous 3 deniers (1)
A peine réorganisée, la pauvre Université joue de malheur. En v.iin avait- 1 on fait venir, pour !e droit, des professeurs étrangers fort en renom (i), ' le Drac, lorsque la poste laisse les Grenoblois tranquilles, rompt ses digues ' que tous les consuls, qui se succèdent, passent leur vie â réparer; la ville n'a plus d'argent pour payer les .étrangers et les professeurs grenoblois continuent seuls A faire des kdureg jusqu'à la fin de 1546.
Les e^rdeliers refusent en outre, et cette fois positivement, de loger encore TUniversité ; la petite bataille universitaire, oi"! des bancs et des tables volèrent en l'air et blessèrent le frère Flquet. a été souvent racontée (3); la vitle fait payer par les moines les bancs cassés, décide, comme suprême vengeance, qu'une enquête sera faîte • tiipur mala veraafwne ,vUa et moribitt iTiceiiLs », et on reprend, tant liien que mal, la vie universitaire un moment troublée. Elle ne sera plus distraite que par des fêtes.
En 15«, le duc de Guise François de Lorraine, nouveau gouverneur, fait son entrée solennelle à Grenoble. L'Université est fermée pour cause de fête. Réjouissances publiques. Natiuelleuient, c'est Pierre Àràoud, le médecin à tout faire, qui dirige tous les préparatifs: on joue une sorte de niystère allégorique t VHiatoire », par H" l'uire Ar^oitd. Les jeunes filles qui jouent VHistoire sont babillées de taffetas de Lyon rouge et incarnat ; l'une d'elles, Anne Aréoud^ est la fille de l'auteur. Ce dernier touclie d'ailleurs un mandat de 20 écus d'or pour la composition « des dictons que l'on jouera » (l).
A peine les fêtes pour l'entrée du gouverneur sont-elles terminées, que le roi Henri II vient à sou tour (10 aoitt). Pieire Aréoud se charge encore de régler le détail des fêtes et le conseil adopte « son inurnlhn » (5). Il s'agit d'une vaste composition allégorique, oii NobUaae présente les clefs au roi. Elle est suivie de Sapience, do Henammée, et, je ne sais poui'quoi, Jupiter et PromeUuë se trouvent mêlés dans « Vinvenlioa s. L'auteur, devenu fabricant de décors pour la circonstance, traite avec un serrurier pour dresser une pyramide d'après ses propres dessins.
Les Kouverneurs se succédaient en vérité comme pour donner lii- la
(1) Arehivif» municipales, C C, l>3(î.
(2) Mattileu Gribald.
(3( Archivfi municipales, B B. 13. — Bi-rri^il Sainl-Pm: llisloirc de fVniuertiti.
(i) AivJ,w,'s jiimiùùpahs. Il I!, 1 1.
(ô) Archu'ei imininpales. |t B, H.
besogne à Maître Pierre. Nous le voyons encore sur la srône faisant répéter, en 1564 et en 1505, pour rentrée de M. le prince de la Roche-sur-Yon, nouveau gouverneur, et recevoir 70 écus d'or pour les deux cérémonies.
On pourrait croire Pierre Aréoud suffisamment occupé, tout au moins détourné des choses sérieuses? il suffisait à bien d'autres choses encore! Surintendant des écoles avec Pierre Buchicher et Girard Servient, docteurs en droit (1), il est encore chargé, en 1555, de rédiger les statuts de ce que nous nommerions l'enseignement primaire (2). En 1557, avec Nicolas, médecin, il interroge un régent de Romans, qui se présenta pour remplacer le recteur des Ecoles (3).
Sans quitter encore Pierre Aréoud, revenons à l'Université,
La médecine y semble encore assez délaissée. Les professeurs de droit, dont quelques-uns sont attirés de loin (4), semblent seuls occuper la scène ; cependant si les médecins étaient moins bruyants, moin sexigeants surtout sur le chapitre « salaire > que leurs collègues étrangers du droit, ou ; même de la théologie, ils semblent avoir montré plus de zèle et d'abné- î gation que l'histoire de cette Université ne leur en accorde généralement. • Pierre Aréoud nous surprendrait, s'il n'avait pas appartenu à l'Université i et si, ayant l'honneur de lui appartenir, il n'eût pas rempli ses fonctions, avec l'activité qu'il apportait dans tout.
En 1558 (5), le 2 septembre, Pierre Aréoud et Nicolas Allard,docie\xrs en médecine, exposent en effetque,pour l'augmentation de l'Université, ils ont fait par ci-devant lectures publiques, € sans avoir heu aulcung payement, toutes foys l'estranger en a le proffict ». Une compensation était bien due à Pie>*re Aréoud^ personnage à coup sûr sympathique : il demande pour lui et pour son fils André Aréoud, avocat, l'exemption des tailles, « attendu qu'ils sont nob^s, ainsi qu'il résulte d'une enquête faite à Forcalquier, leur ville natale (6) >. Je ne sais s'il fut (ait droit à cette demande, mais le 17 février 1550, une décision du conseil fixe pour l'avenir les « gages > de Pierre Aréoud et de Nicolas Allard, professeurs à VUniversiié
(1) Archives municipales, B B, 13.
(!2) Archives mtnm'ipairs, B B, 15.
(3) Archives municipales, B B, 10.
(i) Jérôme Atheneus, de Padoue; Gribald; Govca, en 1550; Hector Richerius, d'Udiho, en Frioul ; Boissonne, de Chambéry. Les professeurs étrangers étaient payés sur un don de 1.500 livres ])rovenant de la ferme du sel, que le roi avait attribuée aux deux L^niversités de Valence et de Grenoble, soit 750 livres pour Grenoble. En 155S, la somme fut portée à 1.000 livres, auxquelles il faut ajouter 400 livres sur la ferme des gabelles de Pont-Saint-Esprit, soit I.IOO livres.
(5) Archives municipales, B B, 17.
(C) Archives municipales, B B, 17. — Il avait été ennobli par François l^^, ainsi que je Tai dit plus baut.
de Grenoble, à 100 livres par an (1), satisfaction purement platonique, car le 35 juin de la même année, la délibération du conseil accordant des gages aux professeurs de médecine à l'Université est rapportée, < attendu que les deniers attribués par le roi à ladite Université sont expressément réservés au traitement des docteurs étrangers (2) ï>.
En fait, ce qui manquait à Grenoble ce n'étaient pas les élèves : ils étaient, en 1560, tellement nombreux, que les aubergistes ne pouvaient plus les loger ; ce n'étaient pas non plus les professeurs, même ceux de la région ; c'était l'argent ! Bien que les Etats de Dauphiné donnassent une subvention, l'Université était surtout munieipale: or la ville avait de nombreuses charges, et le conseil, bien différent de ses successeurs modernes, ne savait pas toujours faire à temps les sacrifices nécessaires pour assurer l'existence d'une institution, qui lui était cependant chère.
Sans doute les consuls se montraient, en toute occasion, dévoués à l'Université : ainsi l'un d'eux devait toujours assister aux examens de doctorat (3) ; ce sont eux qui passaient avec les professeurs les louages ou conduites (4); mais l'argent manquait et Valence, l'ancienne rivale, n'avait pas perdu tout espoir de devenir le seul centre universitaire de la région. Montluc, qui protégeait cette ville, se chargea défaire réussir la campagne qu'on allait entreprendre.
Les querelles religieuses étaient un trop bon prétexte pour qu'on ne s'en servît pas : on commença donc par dire « que l'Université de Grenoble commense fort à dyminuer et deschoir (5) >, que ses professeurs sont « mal sentant la foi chrétienne (6) ». Il fallait se défendre! Antoine Aréoud, fils de M"^ Pierre, est chargé de rédiger un mémoire pour la défense de l'Université; en 1561, les quatre docteurs de l'Université, qui avaient cessé leurs cours, sont invités à les reprendre pour faire preuve de vitalité (7), bien que la guerre civile commencée ne donnât guère aux
(1) Archives municipales, Bl^, 17.
(2) Archives muyiicipales, B B, 17. — Il en était partout ainsi: Berriat Saint- Prix constate également que les ])rofe8seurs étrangers touchaient toute la somme disponible. A ])eine s'il restait 100 livres pour chacun des professeurs du pays m Ame. avec un casuel modique et quelques petites prérogatives. (Berriat Saint- Prix: Histoire de VUniversité de Grenoble). A Bordeaux, les professeurs de l'Université ne touchaient aucun gage jusqu'en 1615. Us touchèrent alorsSOO hvres. (Pery : Histoire de Bordeaux).
(3) Archives municipales, B B, li.
(4) Berriat Saint-Prix: Histoire de VUniversité de Grenoble,
(5) Archives municipales, B B, 18.
(6) Gribald est accusé, auprès du duc de Guise, alors gouverneur, de ne pas assister au «service divin» et de ne pas croire à la divinité de Jésus-Clirist. (Berriat Saint-Prix).
(7) Archives }tiunicipales^, B B, 18
études la tranquillité qui leur est nécessaire. Heureusement la pacification du 49 mars 4563 permit de reprendre la \ic normale (1) ei Pierre A^éoudf qui est toujours sur la brèche,recrute sans doute des élèves,caril présente plusieurs candidats au doctorat en médecine, entre autre Corneille de Blockland, de Montfort, près d'Utrecht (2).
Les diplômes grenoblois sont ainsi libellés : Doctorem medicinœ dedara-
muë, Doctorum privilegiis hic et ubique fruiposse lestamur (3).
On fait réparer « la chièse et bancz de l'auditoire de l'Université ». On
: se montre enfin décidé à travailler quand même; les consuls refu-
. sent aux réformés le grand réfectoire des cordeliers, qu'ils demandaient
i pour y tenir leurs précbes, « attendu que ce local sert aux lectures de
l'Université (4) »; mais ces efforts sont inutiles.
En 4565, le roi rend à Bordeaux un édit qui réunit l'Université de Grenoble à celle de Valence et donne à cette ville les 4400 livres delà gabelle. L'Université de Grenoble a vécu. Elle essaie vainement de lutter devant le conseil privé (1566); la procédure se continue en 1571, mais tout est inutile et, malgré de nombreuses tentatives, faites à diverses reprises, c'est à répoque contemporaine qu'il était réservé de voir refleurir VUniversité de la vieille capitale du Dauphiné.
L'activité des médecins de Grenoble, pendant toute cette période univei-sitaire, n'avait pas manqué d'emploi professionnel, et les conditions au milieu desquelles ils vivaient leur laissaient en vérité peu de loisirs. Comment la Faculté de Médecine eût-elle pu prospérer dans de pareilles conditions?
Les pauvres étaient • nombreux et toutes les fondations hospitalières, encore dispersées, en hébergeaient un assez grand nombre, qu'elles faisaient soigner aux frais de la ville, par des chirurgiens et même des barbiers plus souvent encore que par des médecins. Ces fondations dispersées étaient l'Hôpital de la Madeleine, fondé au xin« siècle, l'Hôpital Notre-Dame, l'Hôpital St-Antoine, rue Perrière, et THôpital St-Jacques. C'est ainsi qu'en 4539 nous voyons i/« Hugues Reynier^ barbier chargé
(1) On engage Loriol.
(2) Berriat Saint-Prix a présenté, à la Société des Antiquaires de France^ plusieurs diplômes de doctorat en médecine délivrés par l'Université de Grenoble, en 4563. (Voir les notes de son mémoire sur V Emploi de la langue latine dans les actes, op. cit )
(3) Archives municipales , C C, 660.
(i) Archives municipales, B B, 11).
de soigner les malades à l'Hôpital Notre-Dame (1), moyennant 2 (loriiis par iiioU (i).
En 1541, un chirurgien, /•iVrrr Blanc, esl mandaté de 30 sols pour avoir giirïri un malade do l'Il^pilal Notre-Dame atlelnt de la « maladie de Kaples», fiais PUrre Blanc n'avait sans doute élu appelé pour ce cas grave qu'à litre de cliirurgien consultant, car la même année 1541 c'est encore le barbier Hugitei Itej/rtUr qui est chargé du service médical à l'Hôpital Noire-Dame (3).
En ID44, le barbier n'esl plus suHisant. Il s'agit d'une opération grave et il est Tort probable que le chirurgien qui fui appelé î'i l'IKipital Notre- Dame pour « coupper ung petit enranl el luy oster une grosse pierre de gravelle (4) ». M* Claude l'orl, n'était pas de Grenoble et appartenaU à celle calégorie d'opérateurs ambulants qui pratiquaient surtout la taille et sur lesquels j'-'^ural occasion de revenir. Du reste, si chacun des petits hi^pilaux. qui existaient avant leur fusion, au XYii" siècle, en un bùpital général, avait son barbier, il semble que les consuls avaient Qni par nommer un rhirurgien général, qui faisait. & titre de chirurgien des lidpitaux, le service de toutes les fondations hospitalières de la ville. C'est ainsi que nous trouvons en 1550 un mandai de 13 florins (5) en faveur deJeanTélii, chirurgien-barbier.lequelestencorecommissionnépar la ville en IÔ5I, pour une période de trois ans, aux gages de 3 florins par mois, < à la charge que le dit Tfiu debvra servir et médiciuer tous les pouvres malades et ulcérés de touls les hApitaulx de la présente cité, tous jours et à toutes heures qui sera mandé pour ce, et tant en dangier de peste, guerre et aultres dangiers, et aussi en dangier do peste aller servir en personne, A l'ospital de l'isle, tous malades et dangereux de peste de la présente cité, en luy fournissant des drogues el onguents, et en temps de peste luy seront eslahlis aultres gages, que seront advisés par les consuls (6) ■.
A l'époque à laquelle nous sommes parvenus, et depuis longtemps déjà, le pouvoir central de Paris veut, en toute occasion, faire sentir son
(I) l/itapilal Notre-Dam? avait èlê fondé, en 1422, rue Chinoise, par Aimoa lit! Cliiss*', rï?(|iic de Grenobli>. Placé, depuis 1510, soua rmlminintration île la Villp, il dis|Hiriil, comme loua Ins nntrps hôpitaux de r.ronoble, lors de la fondaliou tic rili'ii'jtnl t:àni'r*l sur le terrain de lu Tréaorerio on 1(138. (Prudhoramo: Jnlrodufliun au^ Ardikv» hmpitalièfei).
(i) Arihiva municipaU-t, B R, IS.
(3) AiviHVtt municipales, C. C, Baï.
(4) Ai-Mvet muninpaht, C C, ftW.
(51 ArcJii'-e» munivlpalfê. It B, IH- (R) Airhire» mmiicipiiU-i, li B, 14.
action : les prérogatives, les honneurs de l'ancien medicus peeuniarius, de l'ancien médecin municipal sont attribués en partie au médecin du roi^ titre qui implique celui de conseiller d'Etat ; c'est le médecin et conseiller ordinaire du roi.
Primitivement, les médecins du roi étaient ceux qui soignaient le roi; ils ne le quittaient guère et il y en eut naturellement de tout temps(l) mais les médecins, qui soignaient le roi chaque jour, n'étaient plus seuls à porter ce titre ni à jouir au moins de la plus grande partie de ses privilèges. Dans les provinces, ce titre était donné à un certain nombre de médecins qui, le cas échéant, eussent pu soigner le roi, mais qui ne l'avaient peut-être jamais vu. Ces médecins du roi étaient, sinon les princes de la science, du moins les princes de la médecine professionnelle dans leur province.
Or, en 1550, Lcsdiguières avait amené avec lui un médecin du nom de Davin (2), qui ne le quittait jamais. En reconnaissance de ses nombreux services, il le fit nommer conseiller et médecin du roi < pour avoir l'œil et tenir exactement la main, en ce qui sera à l'assistance et secours des malades et blessés », moyennant quoi Davin < recevra, sur tous les butins qui se feront sur l'ennemi, tant par les gens de cheval que de pied, de quelque qualité et condition qu'ils soyent, ung sol par livre, revenant à cinq pour cent. >
Ces honoraires sentent un peu le brigandage de l'époque et le connétable faisait payer Davin plus militairement que royalement ; mais lorsque les troubles seront finis, les médecins du roi auront des prérogatives d'une origine plus pacifique. En tous cas, ce médecin se montra toujours plein de
(1) J'ai déjà parlé des archiafres^ c'est le nom par lequel Galien désigne Andro^ maque médecin de Néron. Grégoire de Tours parle de VarchiaJrc ou primu medicoi*nm. Le mot était, depuis cette époque, tombé en désuétude, lorsqu'il fut repris, sous la forme de comte des ArchiatreSj par Marc-Miron, seigneur de rilermitapre, médecin de Henri III, en 1574. L'appellation ne dura pas, mais les privilèges restèrent ; les médecins du roi jouissaient un peu dos prérogatives que le Code théodosien assigne aux profcssoHhus mcdicia^ médecins du palais, a qtn in sacro palatio, inter archiatros militarunf, fwlla senaloria vel [flehttli collationc, nulla municipali^ nulle curialium conventionc vrxatidas ». A l'époque où nous sommes, les médecins du roi jouissaient encore d'une ioule de prérogatives : ils prenaient les i)remiers, à l'église, le pain bénit et l'eau bénite, et, dans un autre ordre d'idées, pouvaient pratiquer la médecine à Paris sans passer par la Faculté de cette ville. Lorsqu'ils venaient à l'Ecole couverts de leur robe de satin, emblème de leur titre de conseiller d'Etat, ils devaient être reçus au bas de l'eKcalier par les docteurs-régents. Plus tard, en '16U6,Henri IV leur accorda, pour André du Laurens, son médecin, le droit de commettre, par tout le royaume, un ou deux cbirurgiens cbarges des rapj>orts judiciaires, et en 1011, Louis XIU leur attribua l'intendance sur la médecine, la chirurgie, la pharmacie, avec le droit d'approuver, de recevoir et de graduer les barbiers-chirurgiens et les apothicaires.
(:2) Maignien : Esqitisfics diwjfhiïwiscs, l)a\'\n.
IDECINE A GRENOBLE. - D-- A. UOBDIEK.
solliciliide pour son clk'nt, diint il coiiiiaissail, sans lioulc & fund. le teiupiVanienl : Vidul racont*;. pu t'ffel, que, lorsqu'en 15it8, Claudine liércngcr. Iiremièi'e fcmtne de Lcsdiguières, luuiba malade, il conseilla à son illustre maître de faire veuîi' près de lui Marie YignoB : • l'y exorlliaut et lui rcinonlranl, par des raisons Urée» de sa conipli-xion naturelle, que sa sanlé se pouvait altt^rer dans cctti' sorte de vie, le lit résoudre d'appeler auprès de lui une jeune femme, nommée Marie Vignon, qu'il possédait depuis quelques aunée-s en secret » (1).
Aussi lien, une autnrilé médicale supérieure aux aulrt?s duvail devenir nécessaire, car la peste était toujours menaçante.
En I5i2, le bruit court qu'elle est à Qiaraljéry; on envoie aux renseignements et défense est faite de laisser entrer dans Grenoble tonte personne veuaut de cette ville (2*. Elle est à Vienne, à Lyon ; à Grenoble Ultime des ms de fièvre grave (?) apparaissent; on fait des processions pour que t toutes gens, tant d'église que anltres, s'amendent et corrigent des pécliés tant publia que aultres. ommedes usures, fornications, adultères, blaspliémes, jeux privez et publiez, de loule paillardise > (3).
Malgré ces sages précautions,en]54ôla peste n'est plus douteuse ;l'évéqiie de Grenoble part pour l'abbaye de Saint-Cemln de Toulouse, les consuls défendent aux prêtres de confesser les pestiférés; plusieurs des médecins même quilleril la ville et il ne reste plus que l'Iiomiue décidément indispensable, Pierre Aréottd (Jir). La peste est aussi à Lyon: il est à craindre que les marchands de Grenoble, qui se rendent dans cette ville, n'en rapportent de nouveaux germes; on autorise cependant les apoibicaires à s'y approvisionner des drogues de médecino(5). L'épidémie s'étend à Foutanil, i Saint-Martin-d'Hères, à Vizille, à Chin'ns, à Montbonuot, à Moirans, à Voiron (15-16X6). On rétablit l'usage des bulletins de santé exigibles àl'euti'ée de la ville et, comme on est convaincu de l'inllueuce des astres sur l'épidémie, on défend aux habitants des communes voisines d'entrer en ville jusqu'à ce que t la lune hoU virée ». Pour plus de sûreté, une clôture est établie tout autour de la ville (7). Les marchands n'iront pas à Lyon, mais, pour ne pas paralyser coniplèteiQcnt le commerce, il est décidé que deux marctiands, de diaque corpo-
(tt Maignien; Kf^-iiii-UfvudaiiphinoUc, llHïin.
li) A>-<-hw:-. mu,,U'i,»d.'s, B B, i:;.
m Arrlùv,:^ municipaU-i, B B, 13.
(4) l'ruilliommn : HUloire de Gi-rnoMa.
(5) .Irc/iùw iminieipatf», B B, l;i fi) Pilot: Hintoire munieipale.
(Ti .4r<-/,i..ca miniidimle», C C, "30.
ration auront seuls le droit de se rendre à la foire de cette ville et qu'ils feront les achats de leurs confrères (1). On fera l'autopsie de tous les décédés, afin d'être exactement renseigné et c'est Grégoire Lyonnety le chirurgien, qui en est chargé ; quant à Pierre Aréoud, qui soigne les pestiférés de Grenoble et du Fontanil, il touche un mandat de trois écus (2).
On respire un peu : de nouvelles craintes viennent bien de Chambéry en 1551, mais on est quitte pour quelques précautions. Entre autres, on fait c déloger grand nombre de garces malhonnêtes et débauchées qui sont établies près la porte de la Perrière^ à cause du dangier de peste que ces fiUes font courir à la ville > (3).
Treize années se passent dans le calme à ce point de vue, mais, en 1564, l'épidémie est sérieuse et elle dura l'année suivante 1565, mauvaise condition pour empêcher la chute de l'Université menacée. La maladie, qui régnait en Savoie, en Suisse et à Lyon, éclate à Grenoble, ruedeBeullerie. depuis rue du Bœuf (4); on mande le chirurgien-barbier que nous connaissons déjà, Lyonnety dit le Baron (5), < pour çavoir de luy sa résolution, s'il entendait de servir la ville en ce temps de nécessité de peste, pour secourir et subvenir à ceulx qui se trouveront attainctz de la dicte maladie ». Lyonnet s'engage « pour tout le moys d'aoust à secourir les pestiférés selon son art et profession et, si besoin était, suivant l'ordonnance de maître Pierre Aréoud, pour 25 écus pour ledit moys... . et sera tenu, ledit Lyonnet, de faire son devoir, sans exiger des malades autre somme, sinon que libéralement elle lui fut offerte >, mais il est bien convenu que < lorsque ledit Lyonnet commencerait de visiter quelqu'un suspect de ladite maladie, dès lors il se serrerait, luy et son ménage, dans sa maison et que on luy ferait fournir en icelle tout ce qui luy serait besoin par ses voisins ou serviteurs de la ville; de laquelle maison ne serait loysible au dit Lyonnet sortir, si non quand il y aurait nécessité de visiter quelque malade, et en commandement et permission des dits consuls, lesquels, en ce cas, seraient tenus de bailler un serviteur de ville> qui, avec une baguette blanche, irait quérir dans sa maison ledit Lyonnet et le conduirait là où besoin serait et le ramènerait dans sa dite maison ».
Pour être minutieuses et un p?n puériles, ces mesures étaient plus humaines que par le passé ; on n'expulsait plus hors de la ville les malades, les suspects et leurs voisins. Le service de Lyonnet était dur néanmoins,
(1) Archives municipales, B B, 115.
(2) Archives municipales, B B, 13.
(3) Archiiws municipales, B B, 14.
(A) Pilot: Histoirr municipale.
(5) Pilot de Thorey : le Dauphine, 18î)5, |) ili».
LA MÂOECIIfE A GRËHOnLE. — &' A. BOnDIËR.
aussi ne le faisait-il pas, paralt-il, d'une l'ai;on suffisante. Mal lui eu prit : la Cour ordonne, en elTet, et sans plus d'attermoiemeat, « que commandement sera fait audit Lyonnet de servir de son art et satisfaire à la convention portée par Icdict rapport et pour le temps y contenu, sous peine de la vie et d'être arquebouzé impuni^meut en cas de contravention » (1). Quant aux aulros médecins, ils sont invilt-s à ne pas iiuitter la ville sous peine de perdre leurs privilèges (â).
Ces mesures radicales se comprennent aisément, quand on considère que la plupart des liBbitantu, presque tous les magistrats, les hommes do loi, les notaires, les membres mémi? du Conseil de la ville, avaient pris la fuiti!.Du H aoùtau 15 décembre, leConseil ne tint plus séance (3)et la ville était tellement déserte,qM'on ne put procéder à l'élection des consuls pour tôGIi (t). On a fait venir de Gap un cbirui^ien nommé XïcoIm Carlot; quant à Pierre AréouU, nommé capitaine de laiité, il est toujours là, encourageant tout le monde et donnant des recelles pour éviter la contagion. Son collègue Xicoliu Allard se montre digne de lui ; mais ce ne sont pas eux qui ont la direction administrative de la sanlé. Ce service nouveau et si nécessaire, pour lequel on a créé le poste de sout-inUndanl de la tanlf, est confié A un médecin qui semble élre étranger et nouveau venu à Grenoble: c'est M" Antoine Cluirbonnel, qui veille à lu santé publique, sans doute de concert avec Aréoud et Allard.
Les danses et les concerts sont interdits; défense d'acheter ou de vendre des habits uu meubles d'occasion sous peine de lU livres d'amende et de prison; de porter des masques ; défense de louer les maisons qui n'ont pas de lati'ines ; toute personne malade doit se présenter an sous-intendant de la santé. Chacun doit nettoyer sa maison, y répandre de la chaux et du vinaigre (fi), et comme bien des malades sont abandonnés même par les leurs, il est décidé que les serviteurs et chambrières atteints de la peste en soignant leurs maîtres devront être nourris pendant leur maladie aux frais de ceux-ci (C). Sous les ordres d'un état-major composé du sousintendant et de ses deux confrères Aréoud etAllard, se trouvent le chirurgien de rilàpilal de Tlsle, Pierre Mimos, et en ville, les chirurgiens Grégoire Lyonnet dit le Baron devenu, sans doute, plus fidèle observateur de ses r^huuents. Jean Télu, Jean Fiachard vl Jean Soft.
1) l'ilol