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En môme temps qu'il élaient serrés de prés par l'Hôpital, qui détendait après tout, l'argent des pauvres, les Pércs étaient attaqués, non sans rai-
\\) Archives de VH^Hal, E, M.
il) Archives <le Vmpitàt, série E («-103].
114 LA MÉDEGINB A GRENOBLL. — D' A. BORDFR.
son, par les chirurgiens. Ceux-ci v*'illaient strictement au maintien de leurs droits et prérogatives, qui, après examen, n'étaient accordés que pour un Heu déterminé^ ainsi que le montre le diplôme suivant (1) :
Nous, maîtres chirurgiens jurés de la ville de Grenoble, assemblés aux formes ordinaires, dans notre chambre commune, pour délibérer sur la requette à nous présentée par sieur Pierre Lape, natif du lieu d*Allevard, tendant à être reçu maître chirurgien pour le dit lieu d'Allevard et son mandement, après avoir examiné ses certificats de catholicité, vie et mœurs, son brevet d'apprentissage et certificats de service, étant très satisfaits des réponses qu'il nous a donné dans Texamen que nous luy avons fait subir de môme que de ses chefs-d'œuvre d'anatomie et de pratique, après le serment par luy prêté en tel cas requis et à la manière accoutumée ! Nous l'avons reçu et recevons maître chirurgien pour le dit lieu d'Allevard et son mandementy consentons qu'il y exerce tranquillement l'art de chirurgie, et qu'il jouïsse des droits et prérogatives qui y sont attachés, à la charge par le dit sieur Lape de servir les pauvres gratis. En foy de quoy nous luy avons délivré les présentes sous Tempreinte du sceau (2) de notre compagnie, et le contreseing de notre greffier.
Donné à Grenoble le vingt septième Jour du mois de février, l'an de grâce mil sept cent cinquante huit.
Clapier, lieutenant du premier chirurgien du roy.
Varillon, greffier,
D.-E. Bon.
Saint-Bonnet.
Chabert, faisant la fonction du médecin du roy.
Malgré les défenses formelles, et maigre toutes les précautions prises par les chirurgiens, les Pères de la Charité ne se gênaient pas, en effet, pour faire de la chirurgie au dehors et ils en faissaient beaucoup dans l'Hôpital même, ^n 1755, le premier chirurgien du roi leur fait un procès (3). Ils réclament, protestent et, en 1759, le chapitre provincial de leur ordre les maintient dans le droit auquels ils prétendent, de faire de la chirurgie, déclarant que les Pères en ont toujours fait, soit pour les pauvres malades^ soit pour les soldats du roi. Mais en 1761, la déclaration du roi donnée à Marly, le 20 juin, tranche définitivement la question (4).
Elle le fait cependant avec tellement d'euphémisme, semblant, par les considérants, accorder aux religieux le droit de faire de la chirurgie
(1) GoUection particulière de M. Edmond Maignien.
(2) Malheureusement le sceau a été arraché. Il ne reste plus que les débris de cire rouge sur une surface de cinq centimètres environ.
(3) Archives de V Hôpital, II, G, 1.
(4) Archives de VHôpital, II, E, 2.
LA MIÏDKClNt: A GRENOBLE. - D' A. BORDIEH. 115
alors que les arliclcs leur refusent ce droit, que les deux parties en procès parureol tuut d'ahnrd également salisraites.
Le Père Philippe Trumeau fut, en effet, félicité, pour avoir obtenu par ses démarches la déclaration royale du 20 juin (1), en même temps que, pour se conformer à cette déclaration royale, les Pitres s'empressaient de nommer partout un chirurgien séculier et un substitut.
Voici le texte de la déclaration de Marly (2) :
!)rclaraliim ilit mi concernant l'exercice de la ehimrgie ilatis ks miiiKOns de l'onlre ilc la Charilii, donnée à Marly le 90 juin 176/.
>'ous n'avons rien eu de plus à cœur depuis notre avènement à la Couronne, que de procurer à tous nos Sujets, et fur-tout aux Pauvres, les recours qui leur font nécelTaires dans leurs inflrmitfs. et nous avons accordé une égale protection aux Maifonsde la Charité établies dans notre Royaume par les Lettres Patentes du mois de Mars iW2 cl autres rubfi-quen[c&, et k ret Art fl imporlant pour l'humanité dont nous avons la fatisfacUon devoir de jour en jour les progrès par les elTets de nos foins tt ne notre libéralité : c'en dans cette vue qu'' n raifant, par nos Lettres Patentes du mois de Septembre 1724, différons éiablilTemens propres k porter la Chirurgie au point de perfection où elle ett actuellement, noua avons cru devoir nous réferver la nommalion d'un Chirurgien en chef en chacune defdites Maîfont d-* la Charité; el que dans la perfualion que les Pauvres y feroient mieux recourus par tes Maîtres de l'Art que par des Religieux, nous avions cru devoir interdire aux Frères de la Charité, toute faculté d'y exercer la Chirurgie ; mais les dimcuHés qui fe font oppofëes à l'exécution de cette difpontion dans la plupart des lieux où ces Hdpitaux font établis, et plus encore dans no3 Colonies nous ont porté Â faire examiner de nouveau cette matière en notre Confeil. Une expérience de trente flx années, et tout ce qui a été remis fous nos yeux tant de la part dudit Ordre de ta Charité que de celle de n"tre premier Chirurgien, nous ont fait reconnoltre qu'il éLoit de notre juftice, auiant que du bien des Pauvres et même du bien Public, d'apporter quelques lempëramens à l'exécution de nofdites Lettres Patentes : Nous nous femmes perfuadés qu'en nous repofant fur lefdiis Religieux, du foin de choiHr eux-mêmes leur Chirurgien comme ils choiflffenl leur Méd*^cin, et en étendant à leurs autres Mailons la prorogative accordée A celle de notre bonne ville Paris par le Roi Luuis XIII notre Trifayeul, de faire gagner la Mal rife à un r>arç«'n Chirurgien qui y auroit fervi gratuitement les Pauvres pendant plutieurs années, il en réfulteroit entre eux et lefdils Maîtres Chirurgiens, une union vraiment utile au fervice des malades et aufli propre à fortifier l'expérience et les connoifTances defd. Religieux, qu'à les mettre en état de fupplâer fans inconvèniens aux fonctions defd. Chirurgiens dans les cas de néceflicité. Nous dous fommes d autant plus voUmtiers déterminés àfairecette exception ù. la régie générale qui doit écarter
(1) Archive» de rHùpilat, 11, E, 2.
(2) Archive» de rni^iiilal, II, K, t.
U6 LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDIER.
de tout exercice de Chirurgie ceux qui n*ont pas paffé par les épreuves requifes pour obtenir leur Maltrife« que nous ne faifons par-là que rendre auxdits Religieux Tufage d'une faculté portée parleurs Statuts autorisée par les Lettres Patentes des Rois nos PrédécefTeurs, et notamment par celle du 23 Juillet 1668, qu'ils ont exercée jufqu'à nofdites Lettres Patentes de 1724, et même depuis par nos Ordres dans nos Provinces et dans nos Colonies. Les précautions que nous avons prifes en même-temps, pour qu'ils n'en puiffent jamais abufer, nous donnent lieu de compter que cette indulgence ramènera entre eux et le Corps de la Chirurgie le concert et l'harmonie que nous défirons d'y voir régner pour le bien des Pauvres ; et cet avantage fe joignant à l'émulation qui naîtra des autres difpofitions que nous avons jugé à propos d'y ajouter. Nous aurons la fatisfaction de voir fe multiplier de plus en plus dans nos Etats les études, les expériences et le nombre des élèves, qui par une fuite néceffaire, augmentera celui des Maîtres en Chirurgie, et de procurer ainfl aux Pauvres comme aux Riches, par toute l'étendue des Pays de notre obéiiïance, tous les fecours dont ils pourront avoir befoin. A ces causes et autres confidérations à ce nous mouvantes, de l'avis de notre Confeil, et de notre certaine fcience, pleine suflsance et autorité Royale nous avons, par ces préfentes fignées de notre main, dit déclaré et ordonné, difons, déclarons et ordonnons, voulons et nous plaît ce qui fuit :
Article premier.
Dans toutes les Maifons de l'Ordre de la Charité fondées par Lettres Patentes pour fervir d'hôpitaux aux pauvres malades de nos Sujets, il y aura un Chirurgien en chef et un fabftitut dudit Chirurgien ; et filles deux ne peuvent fe trouver dans le lieu où ledit Hôpital eft établi, ou dans les environs, il y aura toujours au moins un Chirurgien en chef.
Le Chirurgien en chef et fon fubftitut feront Choifis parmi les Maîtres les plus habiles des Communautés de Chirurgiens établis auxdits lieux ou aux environs ; et ledit cnoix fera fait par le Prieur de chaque Hôpital, et les quatre plus anciens de la Maifon, conformément aux conftitutions dudit Ordre, et aux Lettres Patentes du 23 Jullet 1668. Voulons qu'à mérite égal ceux qui auront gagné la Maltrife dans lefdites Maifons, ayent la préférence sur les autres.
ni
Lorsqu'il viendra à vacquer une place de Chirurgien en chef ou de fon fubftitut dans l'une defdites Maifons, fera tenu le Prieur de ladite Maifon, d'en donner avis à notre Procureur Général de la Cour de Parlement, dans le reffort duquel ladite Maifon fera fituée, et faute par lefdits Prieurs et quatre anciens d'avoir nommé lefdits Chirurgiens en chef et fubftitut dans un mois du jour que lefdites plac^-s fe feront trouvées vacantes, il leur fera, fur le réquifiloire de nos Procureurs Généraux, enjoint de proœderà ladite nomination en la forme fufdite, dars tel bref délai qui fera réglé, et fous telle peine qu'il appartiendra, ce qui pourra être pareillement ordonné far la Requête des Communautés de Ctiirurgiens ou des Maires et Echevins ou Syndics de la Communauté du lieu, et fur les conclufions de nos Procureurs Généraux; enjoignons à cet effet aux Prieurs defd. Maifons d'envoyer une copie fignée d'eux defdits actes de nomination à nofdits Procureurs Généraux dans la quinzaine au plus tard du jour de leurs dates.
LA MÉDECINE A GRENOBLE. — Dr A. BORDIER.
En cas qu'il furvienne des plaintes contre lefdits Chirurgiens el fubflituts, il y fera pourvu de l'autorité de nofdites Cours, fur le réquiûtoire da
ros Proi:ureurs Généraux,
Il pourra être reçu des élevés en chacun defdits HApitaux par le Prieur, et de l'avis des quatre plus anciens de la Maifon. Voulons néanmoins qu'ils ne puitTent y âlie admis qu'en jufiiflant de leors vie et raoeirs, et de leur fervice chez un Maître Chirurgien pendant un an au moins, et qu'aprôs avoir été préalablement examinés par le Chirurgien en chef dudit Hôpital, OU par fon fubflilot; et feront lefdits élevés infcriis fur un regîfire qui fera tenu à cet effet par lefdits Prieur et Chirurgien eu chef.
Le nombre des élevés fera fixé par le Prieur de chaque Hâpital, de l'avis des quatre plus anciens de la Maifon et de concert avec la Chirurgien en
chef d'icelle.
Le gagnant Mattrife établi dans l'HâpItol de la Charité de notre bonne ville de Paris, fuivant les Lettres Patentes du mois de Mars 1612, fera choifi au concours par le Doyen de la Facullé de Médecine de notre dite Ville, le Lieutenant de notre premier Chirurgien, elles quatre Prévôts de la Communauté des Chirurgiens, entre les élevés qui auront fervi dans ledit Hôpital pendant deux ans au moins, et entre pareil nombre des élevés de ladite Communauté qui auront été préalablement nommés parle Chirurgian en chefdadit Hôpital, pour concourir avec lefJlts éloves de la Maifon. Voulons q\i'k mt^rite égal ceux de ladite Maifon yayent la pr<ïférence.
Vlfl Il fera pareillement chfiiû tous les fix .ins, en chacun des autres Hôpitaux dudil Ordre, un gagnant Mattrife entre les élevés de la Maifon qui auront fervi deux ans au moins, et les élevés en Chirurgie du lieu ou des environs . Voulons qu'à mCrite égal, l'élevé de ladile Maifon ait la préfi^rence, et que le Prieur d'icelle foit tenu d'enu dVnvoyer à notr- Procureur Général de la Cour de Parlement, dans le relTort duquel ladite Maifon fera fituée, l'Acte de nomination dudit gagnant Mallrile, dans la quinzaine de la date d'icelle.
Lb choix dudit gagnant Mallrife fera fait an concours, en présence et de l'avis du Doyen de la Faculté de Médecine dudit lieu, s'il efi pofftble, fmon du plus ancien des Médecins d-dit lieu, ou des environs, comme auffi du Lieutenant de notre premier Chirurgien el du Prévôt de la Communauté des Chirurgiens la plus proche, el en leur abfence, du plus ancien Chirurgien dudit lieu, ou des environs.
Il fera établi, autant que faire fe pourra, dans lefdits Hôpitaux des Cours de Chirurgie et d'Analomie qui feront faits par le Chirurgien en chef de la Maifon, ou par fon Subftilut, ou & leur défaut, par un autre Chirurgien féculier, choill de concert avec le Prieur: et les jbunesKeligieux y pourront amrter avec les élèves de la Maifon, et même tels jeunes Cbinirgiens ou élèves «n Chirurgie qui y auront été admis du confenlement dudit Prieur ; le tout fans préjudice aux Religieux Profës de la Maifon qui auront été à
ce nommés par le Supérieur Général dudit Ordre en France, à faire des Cours particuliers pour rinftruction des jeunes Religieux deftinés à l'exercice de la Chirurgie, fuivant leurs Conflitntions et les Lettres-Patentes données fur icelles. Enjoignons audit Supérieor Général de chofir à cet effet les Religieux qui auront acquis le plus d'expérience et de capacité en ce genre, et de s'en afîarer préalablement par les atteftations des Médecins et Chirurgiens defdits Hôpitaux.
Les jours et heures desdits Cours feront réglés par le Prieur de la Maifon, de concert avec ledit Chirurgien en chef; et les jeunes Religieux et les élevés de la Maifon y feront admis gratuitement, ainfl qu'aux opérations fur les cadavres, auxquelles ils feront employés tour à tour.
A l'égard de ce qui concerne le fervice et la police intérieure de la Maifon, il fera réglé par le Prieur feul, fauf, en cas d'abus, à y être pourvu par nofdites Cours fur le réquiûtoire de nofdits Procureurs Généraux, aiû qu'il appartiendra.
Le Chirurgien en chef fera tenu de faire affiduement le fervice de l'Hôpital, et en cas d'empêchement légitime, il avertira fon Subflitut, pour qu'il le fuppléé fans retard : Voulons même qu'en chaque Hôpital, il y ait une chambre pour le gagnant Maltrife, afin que le fervice des pauvres puifTe êlre affuré de nuit comme de jour.
Et au moyen des difpofitions fufdites, avons permis et permettons auxdits R ligieox de la Charité, d'exercer comme par le passé, et conformément à le r Inftitution, la Chirurgie en leurs Hôpitaux, dans les cas de téceffité feoselement, ou lorfque le Chirurgien en chef, fon Subfbitut ou le gagnant Maltrife n'y pourront vacquer, ce qu'aucun defdits Religieux ne pourra néanmoins faire fans en avoir obtenu préalablement une permifûon du Supérieur de la Maifon, et fans appeller le Chirugien du lieu, s'il y en a, et le Médecin de ladite Maifon pourafûfier aux opérations, autant que faire fe pourra; leur enjoignons den'ufer de ladite permiffion que de la manière la plus circonfpectCy et pour les pauvres étant dans leur Maifon feulement.
Voulons en outre qu'aucun des Religieux ne puiffe exercer la Chirurgie dans lefdits Hôpitaux, qu'après en avoir obtenu une permifQon par écrit du Supérieur général dodit Ordre, dans notre Royaume, et ne pourra ladite permifQon lui être accordée qu'après une information préalable de la capacité et de fon expérience ; et fur le vu des atteftations des Médecins et Chirurgiens defdits Hôpitaux, fous les yeux desquels il aura appris ledit Art.
Faisons très expreffe inhibitions et défenfes à tous les Religieux de la Charité de s'immifcer en l'exercice de la Chirurgie hors de leurs Hôpitaux, et de faire ailleurs aucunes opérations ou panfemens, fous quelque prétexte ou de quelque manière que ce puifTe être, fous telle peine qu'il appartiendra, fuivant l'exigence des cas.
. 11 n'en demeure pas moins acquis que les Pères dirigaient une véritable école de chirurgie, à l'usage de leurs frères. Le cours des études des jeunes re" ligieux durait trois ans. Une déclaration de l'Hôpital avait, en outre, à plusieurs reprises, spécifié (1) « qu'on continuerait à recevoir des pensionnaires
(1) Archives de VHôpUal, U, E, 2.
et des élèves chirurgiens pour le service de l'Hôpilal ». Wtait donc une véritable école de chirurgie.
Les apothicaires attaquaient de leur côté les religieux et THôpital, pour la concurrence qui leur était faite par les uns et surtout par Tautrc: l'HApital vendait beaucoup de médicaments; nous voyons, en effet, qu'en 11i3 (1) la recette de la pliarraacie fut de 3.444 livres. Sans doute il est juste de reconnaître qu'en 1722 le syndic des huit apothicaires de la ville avait tacitement consenti à l'ouverture au public de la vieille pharmacie de mâpîtal ; mais il n'est pas moins vrai que, en 1724, une ordonnance du Parlement, rendue sur la plainte des apothicaires, défend |â) « h tous les droguistes, épiciers, religieux et religieuses, hospitaliers et hospitalières, et â tous autres, à l'exception des maîtres apothicaires, de composer, vendre, débiter et distribuer aucunes préparations galéniques c( chimiques appartenant à la médecine. »
La mesure demeura â peu prés sans effets, car nous voyons, en 1726 (3), M"" de Blanc succéder à M"" Chape et, comme elle sans maîtrise, vendre des médicaments au public, en 1759 (4), un nouvel arrêt du Parlement dp Dauphiné dut renouveler à tous religieux ou religieuses de l'Hôpital de Grenoble la défense de vendre ou débiter au dehors les drogues on médecines,
L'Hôpital était d'ailleurs en procès avec les maîtres apothicaires de Gre* noble, depuis 1756, En 1762, tes directeurs, voyant que l'issue de ce procès allait évidemment leur être défavorable, résolurunt de prendre, chez eux, un inaJtre apothicaire, qui aurait les mêmes droits que ses confrères ; or, comme aucun de ceux de la communauté de Grenoble n'eut voulu accepter, on lit venir de Paris un nommé Delange, mallre apothicaire,
En vain, Ckabert, doyen des apothicaires do Grenoble, écrit à Paris, aUn de détourner tout jeune maître d'accepter l'invitation (5); il ne réussit pas. On faisait, enelTet, au nouveau pharmacien une assi'Z bonne situation, csir, en échange d'un engagement de 12 ans, il était logé, nonrri, chauffé, blanchi,éclairé ; il avait le quart des bénélices de la pharmacieet un traitement fixe do 500 livres (G), On payait, en outre, pour sa réception au syndicat des apothicaires de Paris, 600 livres ; pour son examen à Paris. 44 livres ; pour le eafi donné aux médecins de la Faculté, qui ont assisté à sa
11) Archivai de l'Hùpilal. F, 30.
(S) Archives de l'Hùpilal. H, 775.
(3 Archivet de fHûpital, E. 9.
(4) Arehiee* de flfôpUal, F, 33.
(5) Archive» de VmpiM, F, 33.
(6) .IttJfiir» de l'Uùpital. E, 20.
réception, 18 livres ; pour sa place dans la diligence de Paris à Lyon, 100 livres, et pour celle de Lyon à Grenoble, 15 livres. Enfln, on faisait les frais de son agrégation au corps des apothicaires de Grenoble (1). On lui donne un garçon apothicaire, deux filles servantes < de Tapothiquairerie »; enfin W^^ de Blanc quitte ses fonctions.
En même temps on fait construire un nouveau laboratoire de pharmacie et on améliore < les jardins qui sont dans Tenclos de THôpital général » et qui, destinés à la culture des plantes et simples, sont confiés au sieur Delange: premier jardin botanique sérieux. On y cultive, ainsi que le dit le procès verbal, € les plantes botaniques (2) »; mais les simples seront encore remis à MM"«« de Blanc et Dam. (3), pour le service des pauvres malades de THôpital. Les réclamations fondées des apothicaires de la ville avaient, en somme, amené indirectement des modifications heureuses.
Le service médical laissait encore, à cette époque, singulièrement à désirer ; pourtant l'élément médical ou pharmaceutique figure de plus en plus dans le conseil de THôpital : en 17O2,0o;so7m/,apothicaire, avait été nommé directeur (4); en 1707, nous voyons entrer au conseil /omarem, simple droguiste, mais personnage important : il était consul, il était syndic de tout les corps de la ville et capitaine de la garde bourgeoise (5), dont le colonel sera bientôt un autre apothicaire, Bérard.
Mais les médecins ne faisaient pas leur service; quant à ceux qui, par exception, le faisaient, c'était depuis bien longtemps! Antoine Fatras^ agrégé au collège, qui, en 1695, avait succédé à Levet, et venait presque tous les jours, demande sa retraite ; il désire, comme honoraires, < une simple attestation du conseil affirmant que depuis 30 ans il soigne gratuitement les pauvres (6) i. Jean Massu^ chirurgien, était là depuis 35 ans Claude Chelan^ chirurgien, depuis 15 ans seulement.
François Bérard^ apothicaire, et Paul-François Varillon, chirurgien, entrent au conseil en 1734 (7). Ce dernier obtient, en 1738 (8), de soigner les femmes et les enfants syphilitiques, qu'on envoyait encore à Lyon, en 1733 (9), < pour les faire traiter ! >.
(1) Archives de V Hôpital, E, 141.
(2) Archives de V Hôpital, E, 20, E, 21.
(3) W^^^ de Blanc et Daru avaient, en outre à THôpital, la spécialité d'up onguent et d'un emplâtre, dont elles avaient le secret pour la teigne ou roche-vive (E, 20).
(4) Archives de V Hôpital, E, 7.
(5) Archives de f Hôpital, H. 785.
(6) Archives de VHôpital, E, 9.
(7) Archives dd V Hôpital, E. II.
(8) Archives de VHôpxtal, E, 12.
(9) Archives de VHôpital, E, 10.
LA MEDECINE A GRENOULE. - D-^ A. BORDIElî. 121
Kn 1156, l'Hôpilal [ait encore venir un opérateur étranger, un sieur Mafloty, nculiste, < qui lèvera la cataracte (1) ». Nonsle verrons encore en t764 établir un mandat de 30 livres pour le prix de deux doses de remMes, des pilules nu dragées dp Keyter, que le roi désire voir expérimeBter(2).
Enfin, en 1761, en même temps que paraît l'édit de Marly, le ronaeii de l'H^ipital prend la mesnre, à laquelle il avait songé depuis longtemps : il s'attache un médecin à honoraires lixcs, qui devra taire chaque jour, une visite à tous les malades de la maison, outre celles qu'il lera suivant les besoins et lorqu'il sera appelé (3). C'est Dama», déjà un des directeurs, qui est nommé aux appointements fixes de 200 Uvrt« par an. Il conservera exceptionnellement sa qualité do directeur, mRis n'aura plus voix aux délibérations.
Havix DumoM est peu connu comme médecin ; on est assez surpris de trouver une sorte d'encouragement de lui, dans ime attestation que, conune son collègue Chaherl, il met au bas d'un petit livre anonyme, recueil de recettes populaires (4). Ces remèdes populaires ne soni curieux que pour nous. Ce livre est d'ailleurs destiné aux pauvres, car l'auteur anonyme déclare que t ceux qui sont riches consulteront, daii.s toutes leurs maladies, Messieurs les médecins >.
Dumas a cru néanmoins devoir mettre au bas de la dernière page : < Je soussigné, docteur en médecine, aggrégé au collège de Grenoble, certifie avoir lu et examiné un manuscrit, que m'a remis une persone charitable, intitulé le Médecin des montagnes. C'est nn recueil de remèdes simples et Tamiliers et peu coûteux, que cette même personne a fait pour l'utilité des pauvres habitants éloignés des villes et qui ne sont pas en état de faire de la dépense ; et je n'ai rien trouvé qui puisse empêcher l'impression. Fait ii Grenoble, le 5 aoïit 1765. — R. Dumas (5). »
En même 1^'mpson donne la modeste gi'atiflcation de 2i0 livres au chiruf^ien Varîllon, qui, a depuis 25 ans, soigne les virole» »,
Le conseil décide en outrequ'ilne sera fait, dans l'intérieur de la maison, aucuoacte ou opération de chirurgie, ni donné aucun remède, que sur ordounancedu médecin.
(ï) Arckii>et de rHôpital, E, 17.
2) Archive» He l'HOpital, E, 145.
(3) Arthive* de rUàpHal, E, 20.
{il) te Métlerin des Montagnex, Grenoble, 1762. Choi Josepii Cuchot, iiitjirlmour, rue ilu Palnis.
(5) C* m?tne putit livre contient iiuasi une alleslation seinbUlile df Chniwi-l. ■ Vu le nontemi ey ilosBua, je n'y ai rien trouvé qui en puitiBc empêcher l'im |irc!ssian. u A lïivnoble, 5 uoùl iltii. C. Gii.tBKiiT, mritecin.
m LA MÉDECINE A GRENOBLE. — D^ A. B(HU)IER.
Varillon est toujours chirargien. Il touche même, en 1763, la somme de 36 livres (i), dont on le prie de se contenter, pour une amputation de Jambe ; mais il ne soignera plus les vénériens, car, par une étrange conception de ses devoirs, la direction décide, qu^elle ne fera plus traiter, à Tavenir, les personnes atteintes de maladies vénériennes, soit de Grenoble, soit d^ailleurs, € considérant que cette charité, quoique extrêmement utile, n'est pas son œuvre et qu'elle peut d^ailleurs dégénérer en abus (2) ». Elle continuera néanmoins, par une autre inconséquence, i faire traiter les nourrices des enfants trouvés, qui auraient été contaminées par leur nourisson.
Nous retrouvons, en 1764, le nom de R. Dumas, cette fois tout à fait à son honneur : les dépenses de THôpital excèdent les recettes; la maison vient de faire des peries considérables par suite de Tinsolvabllité de ses f(*rmicrs, de l'incendie des bâtiments d'un de ses domaines et de la banqueroute d'un notaire. R. Dumas abandonne spontannément les 200 livres qui lui sont allouées depuis 1761 et continue à faire exactement son service (3).
Tous ses collègues ne sont pas aussi exacts : Gagnon et Flauvan, médecins, qui avaient promis de faire trois visites par semaine, n'ont pas tenu leurs engagements. Un malade meurtmême sans qu'aucun médecin l'ait vu et l(î directeur de semaine est forcé de prier les médecins de se faire au moins remplacer, lorqu'ils seront empochés de venir (4). Lé chirurgien Varillon, lui-m(>me, son gendre Billon ne viennent que très rarement (5), et M**« de Blanc, chargée des pansements, se plaint de n'avoir aucun chirurgien pour In guider. On décide qu'à l'avenir chacun de ces chirurgiens recevra, comme le médecin, un traitement fixe de 60 livres par an, à condition de venir au moins une fois par semaine, et toutes les fois qu'on le fera demander.
Toutes CCS mesures semblent n'avoir eu qu'une efficacité passagère : sous leur Influence le zèle se ranimait un peu, pour s'éteindre bientôt après ; le D' Flauvan, en 1768, exige que désormais l'apothicaire et le chirurgien suivent sa visite, mais quelques mois après, on se plaint encore que les trois visites par semaine, qu'il a promis de faire, n'aient jamais lieu et que le D' Ga§non'ne vienne pas davantage.
(i) Archives de V Hôpital, E, 20.
(2) Archives de VHôpiUxl, E, 20.
(3) A^xhives de VHàpitaU E, 20.
(4) Archives de l'Hôpital, E, 21.
(5) Aixhivcs de /7%ir«/, E, 21.
Truil cfla nVmpi^clie pas ces deux niédediis d'être Qoraraôs directeurs , en n09.
Le collège des médecins, l'Hôpital, la pntilc rcolii foriiiéf des t'ères de I la Chanté constituaient, en somme, l'unique apprentissage de la médecine L i Grenoble. C'était peu ! Aussi nos concitoyens pensaieiil-Us toujours, avei; L d'autant plus de raison, au rétablissement de l'Université. Cette idée fer- I menta pendant tout le xvni" siècle, car tout le monde désirait voir ali- ^ roenter les besoins intellectuels de Grenoble.
En 1120 (1). sous l'action de l'opinion publique, mais en particulier sur
la prière de Jean-Pierre Morct de Bourclienu, marquis de Valbonnais.pre- . inier Président de la Chambre des linmptes de Grenoble, nous voyons des [ lettres patentes du roi établir dans notre ville une cJiaire, dont je n'aurais I pas h parler ici, s'il n'y avait là une manifestation de ces besoins intollecl tuels de la population, d'Hittoire sacrée et profane. Le professeur [ sera nommé pour trois ans et une rente annuelle de 500 livres est atTeutéei I cette fondation. Il devra faire deux leçons par semaine, le mardi et le \ samedi, de 4 â 6 heures (2).
Nous voyons une autre m.'inirestalion du même genre en 1728 : animés I par le désir de soutenir nue thèse en public, comme cela se fait dans les \ Universités. Benott Uozonnat, lils du pharmacien, et Ennemond Santcrre
proposent de déilior à la ville une thèse générale de philosophie, qu'ils , Boutiendront dans l'église des Pères jésuites (3). Les consuls assisteront ( en robe àectle soutenance, La ville offre aux deux candidats les Esaau de I morale de Nicole et Vllittoire de France de Daniel (*).
En 1733, sur la sollicitation de personnages influents du Parlement, on
fait faire une enquête sur la situation dos deux universités d'Orange et de
Valence. Il en résulte celle conclusion : qu'on supprimera l'Université I d'Orango et qu'on tranférera l'Université de Valence à Grenoble. On n'en , flt rien. Mêmes ot nouvelles tentatives, tout aussi infructueuses, en 1738, I 1742. 17-44(5'.
(t) Arehivet municipales, B B, 120, (S) Archive» dJparienxentalci. B. 3i7â.
(ii) Arehivea mumcipalfs, B B, lâl,
(4) Arctiiven miiHicipatc», C G, 10(H,
(5) Pendant (oui ce temps, les criliquos contre Valence ne manquaient pas .'i f (lri>uoble. On aeji'usait les élèves d'y Mro dissipés ot oa citait mAnie dei vers b (nllns du chanroll{>r de l'Hflnila] où il dit: • Kl toi, 6 Valetm-, illusU-i^, je ne le I passerai point souh silcnw dans mes vers. Je n'imhtiirai pas t-s eaux limpides,
I«s prrs channant»; ,,. ninis les esprits faciles <li>a jcuufs genssont trop sou-
En 1752, le fils du médecin Ravix Dumas passe à son tour sa thèse de philosophie dans la chapelle des jésuites, sous la présidence des consuls. C'était bien encore un effet de la tendance universitaire de Grenoble, mais, dans l'espèce, les jésuites n'étaient pas fâchés de détourner le mouvement de leur côté,
En 1755, on supprime à Valence une des deux chaires de médecine: nouvelle occasion pour revenir à l'assaut de TUniversité ; les médecins la désiraient plus que tous les autres. Le Parlement, en i76i, tenta donc un nouvel effort (1). Un rapport favorable est adressé à Paris; une commission, réunie sous la présidence de l'archevêque de Reims, propose même le transfert, à Grenoble, des deux universités d'Orange et de Valence ; mais l'affaire en demeure-là !
Seule la modeste création d'une école ouverte chez les Pères de la Charité allait empêcher, pour la médecine au moins, le mouvement scientifique de s'éteindre à Grenoble.