J0D, Marseille, Bordeaux, Montpellier et même l'aris
A celle calégorie d'herborisles alpins appartenait, en ltj88, Claud'- 2,toffi)Pff , véritatde bolanistf, qui demeurait rueBrocherie.etavaitpourson usage, aux portes de la ville, un petit jardin botanique.
U inaitrise eti pharmacie n'élait pas, non plus, sans donner prise à quelques récriminations analogues à cellts des chirurgiens: un nommé Delorme, entre autres, se plaint, à l'époque où nous sommes arrêtés, des maîtres spoUiicahes, qui, pour l'empêcher d'arriver lui-même à la maîtrise, lui ont donné un chef-d'œuvre trop difflcile. Il ne faut pas oublier que ed argument a été. de lout temps, dans la bouche des candidats malheureux ; néanmoins voici sa réclamation : • Le venin des dits maîtres parut encore aux chefs-d'œuvre qu'ils baillèrent, car ayant I rherché dans leurs pharmacopéi:s pour ti'ouver le plus long chefd'œuvre et m'éloigner par ce moyen de l'acceptation, ils donnêrenl fEtecluire diaaobaUn (V), qui n'est d'aucun usage, seulement parce qu'il faut une année entière pour le faire, k cause des herbes qui entrent dans sa composition, et l'emplastro Ranis mercuria: (7) ». Je doute que noi élèves en pharmacie fissent meilleure conlcnance, si on leur donnait cette préparation pour leur examen délinîtir,
11 est juste d'ajouter que ce Cf/ori«f était peu rccommandable : c'est à lui que se raltaclie un procès, qui fil alors beaucoup de bruit (1).
(1) mi.-tioth/-q<"- <lc Orcuohlf, n, 3730.
84 LA MÉDECINE A GRENOBLÉ. - i> A. ËOhDIEft.
Une plainte fut déposée contre lui par plusieurs médecins agrégés et apothicaires ; on trouve au bas, les noms de Gigard^ Monin, Paris, Lovat^ A, de Saïnt'Ours {]\xvé\ L Chabert (juré), Pascal^ Chabert^ A, Coulaud^ L. Coulaudy Roîix. On Taccuse a d'avoir séduit, suborné et corrompu des femmes et des filles, d'avoir donné des breuvages amoureux et abortifs, d'avoir commis le crime de rapt, d'avoir forcé et violé et mené une vie depuis quatorze- quinze ans, la plus débordée qu'on puisse imaginer, n'ayant épargné ny caresses, ny argent, ny promesses, ny violences, pour contenter ses sales désirs, ny remèdes, pour en couvrir les effets, et perdu quantité de femmes et filles, d'avoir malversé dans l'exécution des ordonnances des médecins et dans la distribution des remèdes », tous crimes graves, qui « sont prévus, sagement, par les autheurs de la médecine, tout infidèles et tout payens quils étaient ».
Ses accusateurs prétendent qu'un de ses grands moyens de séduction était un fœtus^ conservé dans un bocal, < qu'il le faisait voir, comme une preuve indubitable qu'il avait le secet de faire perdre l'enfant, qui est presque Pendroict par où Von peut le plus facilement corrompre le sexe ». On allait jusqu'à l'accuser d'avoir violé une fille, pendant qu'il la saignait; enfin rien ne pouvait le retenir de mettre une femme < à non plus ». Malgré ses défenses fort habiles, où il se dit victime du sieur Chabert, apothicaire, son ancien patron, et des Colaud, apothicaires < rue du Grand-Puis », ou il accuse le médecin Masssard d'avoir rendu mères la plupart des filles, dont on lui impute la grossesse, Delorme fut condamné.
Plusieurs détails du procès nous montrent, en outre, combien les parties des apothicaires étaient souvent élevées; il avait, en effet, remis une note de 1.400 liv. pour une seule maladie à une femme de quatrevingts ans, (T qui n'avoit besoin, dit l'accusation, que de bonne nourriture » ; à une autre malade atteinte < d'une concrétion de lait dans les mammelles, il réclame 400 liv. », ayant ainsi fait de la chirurgie, et, dit le jugement, < mis sa fauls dans la moisson d'autruy ».
Les règlements du corps de médecine étaient du reste assez souvent violés par les pharmaciens, car, en 1674 (l),un arrêt du Parlement défend à tous apothicaires et droguistes de donner, vendre ou débiter aucun poison ou médicament vénéneux, simple ou composé, tel qu'arsenic, sublimé et autres semblables, sans ordonnance de médecin En 1676, sur les représentations de Daquin, le médecin du roi (2), un arrêt
(1^ Archives département aies y B, 2145.
(2) Albin Gras : Institutions médicaks de Grenoble.
hX UÉDECIXE A GIU»0»L£. - Dr A. BORDIËR.
(In C«ni««'.il U'Elal dt^riMid aux apoUik-airo» di; rt'Cfivoir un dVxéciili'r les ordonnances d'anlres mêdecintî qnc ceux qui sont attrégps par le collège de leur ville, sous peine de 'i.OOO livres d'amende; nouvelle ordonnance semblable en 1681 qui prescrit l'oliservance ponctnellR des statuts des collèges de médecine; enfin, en 1753, un arrêt du Parlement tiomologne le tarit des divers niédicanienls que les mailres apolliicaircs de Grenoble sont tenus d'avoir à la disposition du public. Ce tarif doit être afficbé dans l'offlcine, à peine de 500 livres d'amende par chaque contravention.
Il est assez curieux de feuilleter ce tarif (1), signe, c par nous, conseiller médecin ordinaire du roi, et sjiidic du collège de médecine, lUytié et Gagnon ». Deux noms que nous retrouverons bientiM.
On voit ligurer les médicametils les plus usuels,comme les plus bizarres, avec leurs prix:
Opérations chimique»
1 once;
Esprit do vin rectifié,
— camphré
Goules uéphaliques d'Angleterre. . .
Liqueur minérale anodine d'Ofman,
Eau de Rabel
Espril de gayac
Sel de crâne liumain
Sel de vipfre
Sel de BOye crue 1 dragme
iventi 1 once
S'itlimë corrosif..
Elixir de Garus
Laudanum liquide de Sidenbam..
Teinture deMnrs. .
3 sols.
4 sols.
2 livres.
15 livres.
1 livre 4 Sole.
a livres.
djagme; 'A livres.
1 dragme: 3 livres.
' " 3 livres.
I livre 10 sols.
\ dragme;
t dragme; ' dragme ;
3 suis.
6 sols.
'à sols.
Pierre infernale t dragme; I livre 10 sols.
Sel de tartre , I dr.-igme; 1 sol.
Tartre émélique I dragme; 4 sols.
Sel admirable de Glauber I dragmo; 3 sols.
Boules d'acier I onco ; 3 sols.
Compotitions galéniques.
Vin émëlique
Oxyme] de Scilla
Hiel de Mercuriale
Syrops divers ,
Extrait d'opium
Poudre d'écrevisses
Confection d'hyacinthe ....
Thérlaqued'Andromaque i once
Orviétan I once
Dinsc-ordium 1 once
I once; I once ; 1 once ;
I once ;
3 sols.
4 sols.
3 sols.
3 sols.
; t livre 10 si ; 10 sols.
10 sols.
10 sols.
8 sols.
10 sols.
(M Tarif d<'it prppamlîons et compositions d(^ pharmacie i^Rléniqueg el chymii]iics lies iiiailrra apolliic-iiri» de In ville de Grenoble, suivant l'arri)! du Parlement ilu lî Bri>ti.'mhr(; \'b'i. (IIibliothi'c[uc (inilifnli*'rc df M. Maignicu),
Huile de camomille ionce; 2 sols.
-—. lézard l once ; 6 sols.
— chiens i once ; 4 sols.
— vers . . • 1 once ; 4 sols.
— scorpion i once ; 10 sols.
Baume tranquille 1 once ; 12 sol-'.
Onguent de la Mère 1 once ; 4 sols.
— mercuriel ou de friction.. 1 once; 10 sols.
Tarif des factures de Médecines, Bouillons, Apozènies, Clystères,
Cataplasmes,
Pour la facture d'un bol 3 sols.
Pour un cataplasme 10 sois.
Pour rinjection d*un clystère 8 sols.
Tisane de plantes 1 p/inte ; 4 sols.
Bouillon d'écrevisses ou de grenouilles facture ; 8 sols.
Bouillon de tortue ou vipère au
Bain-Marie facture ; 15 sols.
Lait de chèvre distillé avec des
plantes facture;* 1 livre.
Lait de vache distillé facture; 16 sols.
Deux visites par an doivent, en outre, être faites chez les apothicaires de la ville, par le lieutenaut-général de police, assisté du médecin du roi et de deux des syndics du collège de médecine, afin de s'assurer de la qualité des médicaments et se savoir si tous ceux, qui sont portés sur le tarif, existent dans l'officine.
C'est l'origine du jury médical actuel.
Le collège de médecine était, à cette époque, assez florissant à Grenoble. Le corps médical avait d'ailleurs pris, en Dauphiné, grâce à la présence dans son sein d'un certain nombre d'hommes éclairés, une situation prépondérante. En 1663, un arrêt donnait place et voix délibérative aux médecinsàla réception des chirurgiens de Vienne (1); il en était de même à Grenoble, car, précisément dans le procès Delorme, le juge, pour démontrer la fausseté des plaintes de Taccusé au sujet de l'examen, dit que les sieurs m^rfectfw, juges désintéressés, n'auraient pas autorisé l'injustice. La loi leur accordait en outre un certain nombre d'exemptions et de privilèges, dont la plupart se montraient dignes par leur courage au milieu des nombreuses et longues épidémies. En vain les querelles religieuses voulaient-elles les entraîner à des pratiques, qui ne sont pas dignes d'un médecin ; presque tous font preuve, vis-à-vis des malades, de cette tolérance qui doit être inséparable du titre de médecin véritable (2).
(1) Pilot : Histoire municipale de Grenoble.
(2) En 1664 (20 décembre)^ reprenant un vieil arrêt que j'ai mentionné en son
U MËDEONE A GMffOBLE. - D* A. BORDIËlï.
Nitiis allons il Hillpiii's enyoro rPHcoriti"t.'r un ctTlaiii nnnilnv il>? médedus (lisltngutls :
En 1674, nous voyons Piiti'er sn sci-iie, comme médecin ordinaire de la «//«, par arrêt (îu r^rlcment du 16 mars .1/f)Hin(l), doctpnr en méilecine et agrégi- au collège, dont nous aurons à r».'pari''r, mais qui Tut, ponr son début, assez mal re(;ii par ses nouveaux collègues.
Eii effet, en leifi.six médecins de la ville (2) s'irritent de celle décision et, profitant de l'appui du sieur Daqutn, premier médecin de S. M., prétendent que l'agrégation conférée précédemment à Manin soit révoquée et qu'il soil condamné k une amende de â.ÛCHj livres. Mais te conseil, qui u'aviiilpas les mômes raisons de jalousie que les confrères, proteste contre une pareille prétention et s'élève contre la tendance des médecins de Grenoble A repousser tout étranger, qui vient, en quelque sorte, chasser sur leur territoire. L'affaire fut renvoyée devant le Parlement.
Celui-ci déclare (3) « qu'il a esté expressément réservé que nostro dile Cour serait en faculté d'appeler des médecins de réputation et d'expérience consommée, et qu'en conséquence, il soit intervenu autre arrest du 16 mars 167i, par lequel uostre dicte Cour a retenu M" Louis Monin pour exercer la médecine en la dite ville, sans autre examen, en conformité du quel, quoy que les autres médecins de la dicte ville ayent deu reconnaistre le dict Monin en qualité de médecin ordinaire d'icelle, ils ont formé néantnioins des dlflicultcz en la visite des malades, chez les quels le dît Monin a esté appelé, sous prétexte qu'il n'a pas esté par eux a^ré^é, et ne doit avoir rang que du jour de la dile aggrégatîon, ce qui est directement contre le dicl arrêt, le quel, n'ayant aulliorisé leur dite aggrégatîon que sous la réserve des médecins que nostre dite Cour appellerait au service du public, a sans doute entendu, que celuy que nostre dite
ten][iB tl&!)t4), la Cour « liiil Inliiliiiion cl lirVensi.- à tous médecins, u|i<ilic;iiri.'S et chlrurt'iCDS ilt^ visllc^r ikn\ I <l~ mi ' I II' I "M Mil' cansidèrablempiit maliide sans, nu
eréalable, l'avoir a^erlji; ik • i ■ ■ .in conséquence ItMir eu joint d'avertir I malade qu'ils na poiu mni r - . ni lui ordonner aucun remède, s'il
ne SI? confesse, et oCi \i->Ut m li.ul' i>-<.<ii n-in^^ de se c^nfeMer a|irès le dit avertissement, au (^it cas fait niliitiiliori :iii\ niiclrcins, chirurgiens et a|iollcaires de retourner il la maison du dit ualadu, à |>dne contre les contrevenants de mille livres d'amende et autres arbitraires . Signé: Prunier de Saint-André. [Biblio- Ihi-iiue de (itvnol/le, O, 5001).
(1) Il a luiseé un li're intitult' : Apohgii' itu Lijx ili-s Elani/n, communément ai>|ielû Nt/tnphiea ou lit Vérité rfeonnnu en bonne niéHpdîne sur les entretiens eouranU, par Louis Monin. eonaeiUiT et médecin ordiniiru du roi en In tille dL- Grenoble. Achevé d'impi'inier ehei Petit, 16T5.
(iei Arehivet munkiimlef. U 11. 113.
(3j BibliolliAiiue de Orenoble, R, 4IKW.
Cour honorerait de son choix pour le bien de ladite ville, conserverait le rang qu'il aurait eu par son doctorat, avant l'introduction de ladite aggrégation, duquel il ne peut estre privé par les autres médecins, sans une contrevention manifeste au dit arrest, laquelle, si elle était tolérée, fermerait l'entrée, à l'advenir, à tous les médecins de réputation, au lieu de les attirer au service du public, suivant l'esprit du dict arrest, n'y en ayant aucun, qui voulut se résoudre à quitter ses anciens emplois, pour n'avoir autre rang dans la dite ville, qu'après tous les autres aggrégés, qui est la
cause qu'il requiert d'y pourvoir
Notre dicte Chambre, de l'advis de celle de Tédit entérinant la dite requeste, ordonne que les arrests du 11 avril 1620 et 16 mars 1674 seront exécutez selon leur forme et teneur et ce faisant que le dit Honin pour provision, conservera son rang du jour de son doctorat, dans toutes les consultations et examens des appoticaires et chirurgiens )».
Le livre deMonin sur le Lys des Etangs n'était pas de nature à lui susciter beaucoup de jaloux ; c'est une mauvaise ampliGcation sur deux ou trois idées fausses. Un seul passage est digne d'être relaté ici, à titre documentaire : c'est celui qui est consacré à de Yillefranche, dont il fait le plus bel éloge. La citation n'a d'intérêt qu'à ce point de vue : il s'agit, pour Monin, de montrer les dangers du sirop de pavot blanc et même du sirop de nymphaea chez les femmes en couches ; or il s'appuie sur l'autorité de Villefranche : «r S"il ne tenait, dit-il, qu'à citer des authrorités de sçavoir de nos jours, on en pourrait appeler, avec bien de justice, à un grand homme d'illustre et de fraîche mémoire, qui a pratiqué pendant près de quarante ans la médecine en cette ville, avec l'applaudissement général des grands et des petits; son nom était connu (il met en marge : M. de de Villefranche) aussi bien au-delà des monts que dans tout le royaume, la renommée l'ayant porté jusques dans le cabinet du Prince, dont la Majesté a bien voulu luy accorder l'honneur de son estime. Il y a une infinité de témoins vivans de sa manière de pratiquer, qui peuvent asseurer, qu'il ne s'est jamais abandonné à des coups de cette nature, et les restes précieux des productions de son bel esprit ne sont point souillés de semblables imprudences »
Un autre médecin du collège eut également à lutter, avec quelques-uns de ses confrères et avec les pharmaciens ; c'est Jacques Massard^ un protestant.
Le titre de l'ouvrage qu'il a laissé ne le recommande guère (1). Mais
(1) Panacée ou discours sur les effets singuliers d*un remède expérimenté et commode pour la guérison de la plupart des longues makuiies, même de celles
U Ha)ECfflE A GRmOBI£. — Dr A. BOROIEB.
l'oiiieiir semble surtout avoir voulu llùlrir la pulypliarmacte du suii lemps et faire la critique des usages du corps de la médeeint. Bien que ce petit livre soit gâté par le charlatanisme, il coiilient néanmoins beaucoup de bonnes choses.
Dédié à Madame la conseillère de la Mnrtelliëre, d»mc de Laval, Saint- Etienne et autres lieux..., il donne d'abord ta parole, suivant l'usage consacré, à la Muse... de la réclame :
MorLels, qui (gémissez sous les vives douleurs
D'un venin obstiné, d'une Havre incuablo,
Mortels qui, pour guérir d'un mal qui vous accable
N'avez, pour tout secours, que l'usage des pleurs,
Horlels qui nëUisseE comme les belles tleuraj
Qui soufTrent du r.iJdy l'a'deur impitoyable.
Vous enHn qui, fuyant el le lit ei la txbte,
Perdez en peu de temps vos plus vives cxiuleurs.
Cesser, cessez vos cris; abandonnez vos plaintes
Vos maux vont prendre lin et toutes leurs atteintes,
Se peuvent éluder par le secours île l'art.
Et cet art merveilleux, Tils île la pensé^,
S-i trouve renfermé dans celle Panacée
Que vous oITre aujourd'hui le médecin Massard.
H va jusqu'à imprimer ce détestable anagramme ;
et termine « les prolégomènes » par uu article-réclame, artide de fonds, sans doute moins cher alors qu'aujourd'hui, qui nous initie aux mœurs du journalisme naissant; cet article ftalteur, sorte île compte rendu sommaire du livre, lui est envoyé par le signataire M. de Blegny, chirurgien ordinaire du corps de Monsieur, dii'ecteur de l'Académie des nouvelles découvertes en médecine (?), à Paris, devant le Palais-Royal. C'est un extrait du Journal de midecme du mois d'aoi^tl681, p. 378, ot*! il a paru sous le titre Nouveauté».
Mais laissonsla réclame. Je ne parlerai pas non plus de la panacée < bezoar ou éiixir composé des esprits doux de quelques minéraux ». Je ne dirai pas avec l'auteur qu'elle guérit < l'obstruction des entrailles, la jaunisse, tes pâles couleurs des tltks et la suppression de leurs mois, les douleurs
d'estomac et le dégoût, même celui des femmes enceintes /-....
, les palpitations de cœur, les vapeurs de mères » Je n'ajouterai pas « que l'on donne ce remède en petite quantité, que l'on n'est pas obligé d'observer aucune précaution. Que l'on n'exige rien, ny pour
qui semblent incurables. Par JacqueB Massaril, docteur en raèilccinf, agrégé au colli^ge de médecine Je Grenoble, 1679. Chw l'iuteur, rue Brocherle. 1 vol. in-18.
90 LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDIÈR.
les frais du remède, ny pour les soins qu'on prend des malades, qu'après guérison *. Nous en tirerons du moins cet enseignement que les modernes charlatans n'ont rien inventé.
Mais quand on a laissé de côté tout ce fatras, on lit avec plaisir cette profession de foi, qui était bien de mise dans la ville où avait été institué le corps de médecine : « Les médecins ayant divisé la médecine en pharmacie, en chirurgie et en diète, ils ont abandonné la pharmacie aux apothicaires, la chirurgie aux chirurgiens, et se sont réduits volontairement à la dièle. La médecine ayant été séparée en trois parties et ayant été donnée à exercer à trois personnes différentes, je ne pense pas qu'on puisse appeler aucune de ces trois médecin: la médecine est composée de ces trois parties jointes ensemble, et il est nécessaire qu'un médecin les possède toutes les trois ». Cette conception de la médecine, qui est celle d'Hippocrate, et la seule vraie, était très avancée pour l'époque où il la formulait. Entraîné plus loin qu'il pensait par son admiration pour le médecin complet, il va même jusqu'à vouloir qu'il prépare lui-même chez le malade < des remèdes faciles et plus asseurés » ; « s'il y avait quelque chose chez l'apoticaire qu'on jugeât nécessaire, on pourrait le faire acheter comme chez un marchand. » C'est pourquoi, dit-il en terminant, « il faudrait anéantir le contrat ridicule qui fut fait entre les médecins et les apoticaires de cette ville en 1620, par lequel les médecins de ce temps-là se» condamnèrent volontairement à payer une amende, s'il leur arrivait de donner quelque remède ou d'en faire chez les malades )).
Il est aisé de deviner, que les apothicaires ne l'aimaient guère. Ses confrères ne l'aimaient pas davantage; tous auraient dû cependant lui pardonner pour le passage suivant, qui, résume si bien une situation encore assez fréquente, même de nos jours : < Les malades font venir d'abord leur apothicaire qui, n'ayant d'ordinaire aucune connaissance des maladies ny des bons remèdes et n'ayant pour but que de débiter ses drogues, traite le malade suivant son caprice et lui fait faire très mauvaise chère et beaucoup de dépenses. Le malade empirant pour cette mauvaise conduite, appelle le médecin qui, dans la vigueur du mal et contre le précepte d'Hippocrate, ordonne presque toujours la réitération de la saignée, de la purgation et du lavement, de peur de paraître inutile et que le malade ne vint à mourir sans remèdes. La réitération de ces mauvais remèdes étant inutile ou plutôt désavantageuse et le mal augmentant tous les jours, on appelle plusieurs médecins en comulle,
< Mais il y a tant d'envie et de jalousie parmy les docteurs, que la plupart seraient bien marris que le malade vint à guérir par l'avis ou par
r,A MÉDECWE A r.RENOBT.E. - t)'' A. BORDIER. SI
|p rtmèdc de son rollègue et, comme ou Tail ces iruusultes en public, chacun soulienl son opinion avec opiniiltreté m tiîche de l'emporter sur son compagnon, qnsnd le malade en devrait oionrir. De sorte gnc le malade venant à mourir, on a juste sujet de dire avec Molliêre, qu'il est mort de quatre médreins et de deux apothicaire» »,
« Sans doute, les consultes sont nécessaires en beaucoup d'occasions, mais, pour éviter les abus qni s'y ce mraettcnt, il faudrait appeler des
médecins qui fussent bien enseuible Mais ceux qui se servent
lio phisîeurs médecins lombent ordinairement dans les fautes de tous les médecins 'qui piuribtia medicis titunlur in »ingulorum errore» incidunt) et dans le malheur de Trajan.qtiiftt graver celte épitaphe sur son tombeau: La multitude des médecins a tué l'empereur ».
Je crois, qu'eu réalité, la vraie qualité de /a Panacée de Massard, c'est qu'elle ne contenait rien, que quelque laxatif hygiénique, associé à quelques aromatiques et stimulants, pour parler l'ancien langage : 11 éviLiit do nuire aux malades par les drastiques intempestifs, trop souvent réîlérés et par les saigm^es faites à tout propos; it aimait assez volontiers la médecine expertante, allacliaut une assez grande importance h ce qu'on nomaie aujourd'hui I' < antiiiepsie intestinale * : t la cause de la plupart des maladies se rencontre, dit-il, dans les parties du bas-ventre, parce que c'est dans cette partie que s'engendrent les levains des premières digestions ■. Nourri d'ailleurs de la lecture de Van llelmont, il parle presque comme nous-raômes de levains et de ferments. « Non seulement nous naissons et nous sommes nourris par le moyen des ferments, mais aussi nous mourrons par ce même moyen ; chaque maladie excite en nous ses tragédies par quelque levain »
Malheureusement le livre se termine, non par des observations, mais plutàt par des attestations ou au moins des mentions de guérison, qni no proHveut absolument rien. Il a guéri M"" de Puigiron, M'"* de la Rouîllière, fille de M. le conseiller de Dardonnanche; la Illle du sieur Clerget. maître chirurgien eu cette ville; M. Antoine Valhn dit la Violette, qui blanchit les peaux à Saint-Laurent; la femme du sieur Verdier. imprimeur , et il continue ainsi, désignant chacun par son nom,
allant même jusqu'à apprendre à toute la ville, qu'il a gui^ri la femme du sieur Ahren, rocevenr des tailles « d'une constipation extrême ».
Nous avons vu tout à l'heure, parmi les signataires de la plainte portée contre rapotliicaireDelorme, figurer un nom nouveau, c'est celui du médecin Gigard: Il était alors agrt^é au collège de médecine. Son père avait été médecin, mais je ne pense pas que ce ffit à Grenoble. Il parte plu-
H \A MÉDECINE A Gf\ENOBÎ.E. — Dr A. BORMER.
(lu 2 septembre 1692) dans les villes où il n'y avait pas d'université.
A peine titulaire de sa nouvelle fonction, Monin voulut jouir des prérogatives y attachées ; mais un autre médecin avait également des prérogatives dans les examens, dans les questions de préséance entre confrères, et cela en vertu des anciens statuts du collège des n\édecins, c'était le doyen même de ce collège ; or, ce doyen était alors un jnédecin fort dévoué et de grand bon sens, que nous retrouverons tout à l'heure et dont nous avons déjà vu le nom au sujet d'une lettre à lui adressée par le frère Gilles, sur les eaux de Monestier, le médecin Donis.
De là conflit entre Monin et Donis et même procès intenté par Donis. Dans un factum (1) qu'il publie pour se défendre, Monin montre que Tarrêt du 2 septembre 1602 établit les honneurs et privilèges du médecin du roi, dans toutes les villes du royaume, à l exception de celles oii il y a université; or, dit-il, « il n'y a à Grenoble aucun corps établi, fondé et rente par le roi, ni aucune faculté dans laquelle les médecins* puissent prendre les degrés de licence, bachelier ou de docteur... Le corps ou l'aggrégation des médecins n'est point établi par le roi, mais seulement par les Parlements ou autres juges ordinaires. »
Donis dût répondre évidemment que dons beaucoup de villes, à Bordeaux notamment, où existait une faculté de médecine, le collège des médecins était sur le même pied qu'elle; qu'à Grenoble ce collège faisait des cours, que son doyen avait eu, de tout temps, même vis-à-vis le médecin du roi, certaines prérogatives. Mais le texte même du règlement, sinon son esprit, était formel, et Monin était évidemment en situation de gagner le procès qu'on lui avait intenté.
Au surplus, cette querelle n'arrêta pas la prospérité du collège des médecins qui était plus florissant que jamais :
En 1695, nous le voyons Y^ce\o\T Jean-François Francières ou Franssières qui, lui, est médecin (2) et a pris son diplôme à l'Université d'Avignon en 1685. Nous savons même quelles questions furent posées au candidat pour sa réception au collège de Grenoble :
Simplicium nomina.quœ in montibus delphinatus crescunt :
Arcanorum codex ;
Sans compter argumenta sur un malade.
(1) Factum par Louis Monin, conseiller, médecin ordinaire du roy en la ville de Grenoble, défendeur, contre Jacques Donis, doyen du collège de la dite ville, demandeur. 31 janvier 1699. (Bibliothèque de Grenoble, 0, 12536).
diplôme de l'Université d'Avignon le désigne comme Gratianopolitanus, filius naturalis.
U MÊUEaNK A GHENOliLE. - D'' A. BORIUKR.
En mtoio temps que lui on reçoit le médecin Patraa (1).
Voici II' pmct's-vervsl de i:elte doiiltle iiislallalioii (i) :
Inatallation det lîeura Patras et Fransaièi-e».
Monsieur Msistie Anthoine Patras, dni.!piir en médecine de l'Univertité de Vallani'c, el Monsieur MalLre Jeiin-Fratii,'ola Franssièret, docteur en médecîDe de rUniversilé d'Avifnon, tniis deux natifs de la vill« de Greno- ' bic. ont ^té examinés le Jour d'bier, sur les apliorismes d'Hippocraie. elL-., I et cliHOun bur une matadi', par les soussîkd's, docleors médecins aggrëgés, \ m jirései'ce des seigneurs commissaires députés par la cour, Mo'iseigneur I' Président de Chtiponnay, Messeigneura les conseillers Dupillion et de Pina, el Monsieur l'advocat généiat Rolland, à qui ayant saiisraii ot le collège les ayant jugea capables et dignes de l'aggrëgation, le dit sieur Président a octroyé acle aux diis récipiendai'es de leur réception duni notre cotlëge, en prêtant entre les mains de Monsieur LouiïHunin, conseiller du roy et chef da dit collège, le serment porté pa- les statuts du collôge. ce que les ditssif urs Palras et Franssières ont exécuté ce jourd'hui en (>rés'-nc» des collùgisns examinateurs soubslgnés avec promessa d'observer régulièrement les statuts, après quoy le dit sieur Monin de l'advis de sta collègues, leur a donné le lang ri place immédiatement apprès Monsieur Maître François Chappat, sçavoir au dit sieur Patias et ensuite au dit sieur Franssièies Signé : MoNlN.
Le collège de médecine était donc plus vivant que jamais, et si Monin avait K^ijQi^ son procès contre Donis, U n'eu est pas moins vrai qu'en l'OT, un édit daté de Marlj, dans ses articles 31 et '-ii, assimile jusqu'à un certain point les collèges aux universités.
Art 31 Défense & tous médecins A peine de 500 livres d'amende, d'exercer la médecine dans les lieux où il y a une Univ>-rsité. s'ils ne sont giadurz ou Bgrégé;c en icedei et dan* les lieux où il n'y a qu'un collège ou corpt de midecine, s'Ib ne sontaggrégés au dit corps ou collège â la manière accoutumée.
Abt. 32. Ordonnons également que ceux qui auront éié reçus doc'eurs ou Icervciés dans une Faculté, ne pourront être aggrégës A une autre Faculté ou corps de uédi'Cine qu'en soutenant préalablement un acte public de quatre heures au moins, sur toutes les parties de la méJecine.
n est vrai que l'article suivant sert la cause de Monin.
Art. 34. Sont exceptés de passer un nouvel examen nos médecins, ceux de notre maison royale, ceux des reines, enfants de France ou petits enfants, premiers princes du sang.
En 1708, nouvelle réception au collège ; celle du sieur Durand, docteur en médecine |3) :
Hêerplion du tieur Durand, docteuf médecin, le 13 may 1708. Du dimanche treizième jour du mois de may mil sept cent huit, parde-
(1) Patraa élail le lils de Puh-a«, notaire & Grenoble, qui avait eu «lualnenfants. Cette famille était protestante. A ta rcvocalioo de l'yilil de Nanlcs, uu des lUs Abraham Patras, frère du mcdeciu. s'engagea dans la marine liollaiidaiHu el devint directeur du Bengale en \7H, conseiller extraordinaire en 17113 et, en 4730. gouverneur général dea possesslong bollandaises dans l'Inde orientale. (Rochas, bùtgrajthiedu llaiiphiiii'). Une étude tri*» complète de la famille Patras,
3ui était originairo du (.iD{K;ncois, a été iiiito par le E.ivniit biblîothécairo de Greoble [Edmond Maigriien : Abraham Palras ut aa liitnillc. Gruuolile, 189âJ. là) Archives d-'iiarttmenlfilit». B, âl6I (registre). (3) Aibin Gras: InalUiUions médicales de ia vUle de Grenoble.
vant nous François d'Ize de Gh&teau-Neaf, chevalier, conseiller du roy en se« conseils. Président à mortie" en la cour de Parlement, aides en flnances du Dauphiné ; Gabriel Eymond de Franquières, et François de Vaulx de Palanin, ecuïers conseillers du roy en la dite cour, commis par ordonnance de la dite cour de huitième du présent mois de may pour être procédé par devant nous à Texamen de Pierre Durand, docteur en médecine de rUniver^ité de Montpellier, à sa réception et agrégation au dit collège de médecine de cette ville de Grenoble; assistez, de Ga-^pard de Vidaad de la Tour, chevalier, conseiller du roy en ses conseils, et son Procureur général au dit P^irlement ; écrivant sous nous Gabriel Amat. eculer. conseiller secrétaire du roy, maison, couronne de France et de ses finances, greffter en che'âu dit Parlement; dans l'hôtel du dit Président de Chât^'au-Neuf, à trois heures de relevée, a été procédé à Texamen du dit M« Durand, par M«s Louis Monin, conseiller et médecin ordinaire du roy ; Jacq es Donis, docteur en médecine, dolen des médecins agrégez au collège du dit Grenoble, Etienne Paris, François Ghapat, Antoine Patras, J. de Franssières« Thomas Turcy et Pierre Michal, docteurs en médecine, agrégez au dit collège ; lesquels nous aïant déclaré quf^ le dit M« Durand est capable et en état d'exercer la médecine, et qu'il a satisfait à tous les préalables portez par les statuts de leur collège de médecine et par les arrêts de la cour ; nous avons octroïé actes de 1* ur déclara ion, et en cons quence reçu et agrégé le dit M« Durand au nombre des médecins du collège de médecine de cette ville de Grenoble, pour jouïr des honneurs et prérogatives de Tagrégation en icelui, et ordonné qu'il prêtera le serm^^nten tel cas requis et accoutumé, aux formes ordinaires, et que les requêtes «du dit M* Durand, son enquête de vie et mœurs et la présente seront enregistrez au greffe de la cour.
D'IzE UE Château Neuf, — Amat.
Extrait des registre^ du Parlement du Dauphiné, Bozonier.
Enregistré au greffe civil de la cour du Parlement du Dauphiné, par nous ecuïer, conseiller-secrétaire du roy au dit Parlement, ensuite de l'arrêt de la dite cour de ce jour 15© fév. 1712. Bozonier
En 1709, nouvelle réception dans la même forme de Joachim Cochet^ docteur en médecine de l'Université d'Avignon, qui avait précédemment pratiqué à Montpellier (1). Il présente le résultat favorable de Tenquéte sur ses mœars et sa religion, un certificat de bonne religion signé Pierre Pons, prêtre et chanoine de l'église cathédrale de Notre-Dame ; un certificat de noble André Flandy^ habitant de la dite ville, et un autre de Pierre Canet, bourgeois, qui tous protestent « que le postulant fréquente les sacrements ». Il paye 3 livres G sous au greffe: 5 livres 17 sous de droits d'examen. Enfin :
Le lundy preoiier jour du mois d'avril 1709, pardevant nous Joseph de Barr»l, il est procédé à l'examen par M* Louis Monin, conseiller et médecin ordinaire du roy, Jacques Donis, doyei) des médecins agrégés, François Durand, Estienne Paris, François Ghappat. Antoine Patras, J. Franssières, Thomas Turcy, Pierre Michal, Pierre Durand
Mais le candidat ne s'est pas montré suffisamment préparé, paralt-il,
(l) Archives départementales, B, 24Ci (registre).
I tan:
LA MÉDECINE A GRENOBI.K. — D' A. BORDIEH. 97
on Irouve à propos «itifi li> ilil Codiel suivra pemlaiil deux ans l'un les médecins des hôpitaux de la ville et en rnportera certificat pour être reçu agrégé au iiorab. c des médecins de cette ville d. J'ai déjà parlé de cet ajournement conditionnel, i]ui ek faisait t^galem^nt au toilage de Borox et t|uî nous prouve que cet examen n'était pas ahsoinmcnt banal, iRime on pourrait le croire.
Sous la double émulation de Monin et du Dunis, dont am^un ne voulait
sans doute élre dépassé par l'autre en zèle et en activité, le collège était
donc plein de vitalité. En 1711, il ajoute à son règlement un certain
oonibie de paragrapbes, (|ui dénotent l'idée de constituer dans son sein
le véritable société «ricn/i^'/Hf <lr médecine, vn même temps qu'une sorte
société médicale de bienraisauce.
Voici les deus articles (I)" :
AlITICULUS 1
jfmiict aggreffali, semel nul IMn t'« meyigt! eonvenirnt nd rxaminandam '" ' ■ ■nmaiifiiiin îndoleni : freiiuentin» vi^roin tcmptnHbumjiiitnui meoient ■i(M tnorbi; «/ tu eormn cauHug iMegen lioëinquirant, obtervationc*, ah 1 oarticviari circa ^iiembibet horuvi ce inarùoram liabiUm, mbi inuliio mmumcunt el uri remédia nmgis idonea proipiciunt, quibuH lii pro/tiçari
Articulus 2 ^Grattanlibu» morbiiepidemieU Medici aggrcgati commun .1 reffione» ititer te parlimitur ad inmtendoa ffratir ui JKfriM qtiitque MeiUcm'Um intrct rrf/ioiiciH ijm» dîatributioni
' Il est juste d'ujoulcr ici, pour expliquer ce beau dt'^inléressenient, blssé-je en diminuer le mérite, qu'en Hîll», un anét du l'arlcuient, sans
wte récemment remis en vigueur, accordait aux médecins décharge de I cote « pour Tacutlé mobiliaire ■, à condition qu'ils soigneront gratuitement les pauvres 3). Néanmoins, cette concession faite aux sentimeuts Kitruïstes, il était naturel que l'égoîsme ou le népotisme reprissent leurs
roits ; aussi, pendant qu'on révisait le règlement, on ajouU :
l/imffiee patipere»
conliyerit.
Abticllls 3 /lia, ad airarcgaiimiem aspitantn'
\ Votteginloru... , ...,„...„
' lulept'iin îiiicloralàM grad ,
Pi'ûj, niculi [yj-ioi'a exigun> tlaliittt, rjvrerrr: ijs ii,:-iiii iiii. /iivi,.i'i|p I'ii/;v . fore vel alto px aygrugtUle, t/iiem rulleffium iiiiliinliil, hi»- M<->l'u ••■ imi.i'rns liiliiim roinpti-rr •.
[Ont signé: Moxis D M r-u»wri7tr rf u-édvrbi du rot, . Pviluï D. M, de I-u\ns- Iftnes D. H, HrcHAL D. U, Dl'daxo D. M, Cuciiin- II. M.
En I7IJ, de nouvelles lettres patentes conlirnient l'établissement 1 les statuts du collège de médecine de (Irenolde; les i-églemerits de
II) AlI^îD iU-AS : lii'tUiilwun iiii'Hicntei ite 1 1 fillr de OrrnobU'. \ (i\ Anilh-v» niuuicipalo, B B, H'.i.
1608 et de 1614 sont spécialement approuvés; des agrégés nouveaux continuent même à y être reçus, car, en 1719, je trouve les pièces d'un procès pour Jf« Nicolas Flauvanl, docteur en médecine, qui prend le litre d'agrégé au collège de Grenoble: il est demandeur contre Messire dom Jouan de Susville, chevalier des ordres sacrés Saint-Maurice et Saint-Lazare, adjudicataire de la terre d'Eybens. Nous voyons pour la première fois le nom du docteur Flauvant, que nous retrouverons plus tard.
Cependant, malgré de nouvelles réceptions, on se plaignait à Grenoble du nombre insuffisant des médecins; la population avait, du reste, augmenté : Pilot (1) l'estime à cette époque à 22.600 hab. Le conseil de la ville va même jusqu'à prendre parti dans un procès entre Etienne Chaberi médecin et le collège des médecins de Grenoble, qui lui refuse l'agrégation ; il prétend que le collège n'obéit, en cette circonstance, qu'à un parti pris dicté par la jalousie.
L'année 1720 allait mettre le corps médical en mouvement et faire oublier les querelles intestines du collège des médecins. Comme la guerre, la peste était toujours imminente: depuis l'épidémie de 1628, on avait, il est vrai, vécu avec assez de tranquillité. En 1651, cependant, quelques cas s'étaient montrés et le chxvwvgxçxiltyer Datruc avait été envoyé àLaliey-en-Trièvespoury faire une enquéte(2). La peste était même venue à Grenoble, en même temps que l'inondation : le journal deCorréard, procureur au Parlement (3), nous apprend en effet que « le 13 novembre, il ||int une si grande inondation d'eaux à Grenoble, par les rivières de l'Isère et du Drac, que les pestiférés^ qui estaient à l'isle, furent contraints de se sauver là où ils purent, et pour ceulx qui estaient malades. Messieurs delà santé leur firent porter des vivres avec un bateau, comme aussi à plusieurs personnes qui éiaient fermées aux Granges, hors la porte de Bonne ». Cette fois-ci, elle n'était pas à Grenoble, mais elle ravageait la Provence : c'est l'année de la célèbre peste de Marseille (1720) et les Grenoblois avaient de trop bonnes raisons de craindre la contagion, pour ne pas prendre toutes les précautions nécessaires.
C'est pour nous l'occasion de constater tous les progrès qu'avait fait l'organisation de la médecine dans notre ville depuis la dernière épidémie. Suivant le conseil donné jadis par Guillaume de Lérisse et
(1) Pilot: Histoire ^nunicipale de Grenoble.
(2) Archives municipales, C G, 784.
(3) Archives de VRôpital, H, 375.
I,A MÈDECINR A fiRKNOBI.E, - I>f A. BORDTER. 9fl
suivant un pouvoir spérini donnô par arri^t du i-ouseil d'Etal du 14 seplembrc 1720, Uotard. le marchand herboriste et botanistedoiit nous avons û&yi parlé, reçoit de l'intendant et des consuls Tordre de Taire d'abondantes provisions , tant pour cette ville que pour la campagne, de toutes les planter regardées comme aniidole» de la peste. Le comte de Medavy, commandant dans les provinces de Oauphiné et Provence et M. d'Orsay, intendant de justice, police et finances dans la dite province de Uaupliiné, établissent un Conaeil de aanté.
Ce conseil était présidé par M. de ftepetlin, premier consul, assisté de ses trois collègues et comprenait vingl-f)uit membres, parmi lesquels fiottù, doyen des médecins et le sieur Colaud, apothicaire. Ses réunions ont lieu trois fois par semaine les lundi, mercredi et samedi, de deux heures à cinq heures.
Le premier soin du conseil est de faire afQcher un règlement et de le faire imprimer en un volume (1|. Je reproduirai seulement quelques articles de ce règlement.
Le conseil de santé commence par ordonner des prières :
t Comme nous avonj une connaissance cerlainede la maladie contagieuse, qui a inrecié la ville de Marseille el du progrès qu'elle fait lous les jours, le conseil de santé l'a envisagée comme un fl^au de la justice divine, dont il se sert pour ch&tier les pécheurs ; dans celte vue, il a cru que le plus sur de tous les moyens, dont on pouvait se servir, pour le détourner de cette province, était de recourir au Seigneur par la prière ; c'est pourquoi il a été délibéré, que l'on députerait deux de ceux composant le conseil, à M. le vicaire général, pour loi représenter très humblement que les prières publiques que l'on a déjà faites, n'ayant point encore iléchi la colère de Dieu, on le suppliait d'en vouloir bien ordonner de nouveau, dans toutes les églises de cette ville, alln de lui demander en commun que .ce terrible châtiment ne parvienne point jusques à nous, reconnaissans parfaitement, dans le fonds de nos cœurs, que, sans les bénédictions qu'il voudra bien répandre sur les précautions que nous allons déterminer, elles deviendraient absolument inutiles c
Passant à une antre ordre de précautions et à une hygiène moins immatérielle, le conseil ajoule :
AHT. IX
Bien ne pouvant garantir plus efllcacement cette ville de la contagion, dont elle semble menacée, qu'une g«rde exacte et sévère, il est ordonné à tous les notables bourgeois et autres habilanld, sans exception des officiers de baillage, de lajudicature d'élection, do la chancellerie près le Parlement, excepté les jours de sceau, des avocats, procureurs ou autres, qui pourraient se prétendre exempts, sous quelque espèce de privilège que ce puisse Être, au quel nous déclarons n'avoir aucun égard, attendu le cas dont s'agit, de se rendre à la porte qui leur sera indiquée par un bdiet
(1) Régli-men cliex AndrO h'HU moad, sycrt'b'r
•If l.t •'illr <lc I.
iihU- fuit par !■■ Cmineil de tanl^. drenoble, s, ruf. du l>oluJ9, 17m (Collection de M. Reyîdt- Grenoble),
103 LA MEDECIXfc A GRENOBLE. - Dr A. BORDIER.
signé d'un de Mossiturs les consuls (i), pour y faire la garde dans les formps qui ieronl prescrites dans le présent règlement, à peine, sur le simple lefus, de 50 livres d'amende et prison pendant le temps qu'il sera jugé à propos par le conseil ».
Art XX La [xiiicipale de nos vues étant d'empêcher toute communication avec les pays infectez et suspects pour s'assurer d'une précaution aussi solennelle, il est ordonné qne tous les étrangers, marchands, voituriers et voyageurs, de quelle quililé et condition qu'ils soient, ne pourront entrer dans celte ville sans èlre munis de billets de santé ou pashcporls, en forme, visez aux endroits de la route où ils auront piSsez, ^t l'on fera une nttenliun singulière à la datte des dits billels, par rapport au lieu de leur départ, au temps qu'ils auront du demeurer i^n chemin, aux endroits qu'ils auront déclaré vouloir aller, pour être pleinement informez, s'ils tiennent la route qu'ils doivent prendre et du nombre des personnes qui seront énoncées dans le dit billet (2j.
On ne laissera entrer dans la ville aucun mercier, porteur de baies, ven-
^1) Voici la teneur de ces billets:
a MM sont priez de se rendre en personne demain compté
à rouverture de la porle de pour la garde de santé, laquelle porte
ils ne quitteront que lorsiju'elle sera fermée, à peine de 50 livres d'amende, suivant et conformément a l'ordonnance de M. le comte de Medavy. Fait à Grenoble dans l'Hôtel-de-Ville ». (Collection de M. Reymond).
(2) I^ ville donnait elle-même, à ceux qui quittaient ses murs, un billet de santé, comme celui qu'elle exigeait des autres villes ot communautés. Voici l'un de ces billets (collection de M. Reymond):
* Nous, consuls et échevins de la ville de Grenoble, certifions à tous qu'il appartiendra, que part en parfaite santé de cette
ville, dans laquelle, par la grâce de Di*îu, il n'y a aucun danger de maladie contagieuse, désirant aller à en foi de quoi nous avons signé
les présentl^s, contresignées par le secrétaire de la ville et fait apposer les armes d'icelle, »
En môme temps d'autres certificats en blanc, à remplir, étaient envoyés aux communautés des environs avec la lettre suivante : Messieurs,
a Nous vous envoyons cent imprimés de certificats de santé afin que vous en donniez à tous les habitants de votre communauté, qui auront besoin de venir en cette ville, sans lesquels nous vous asseurons, qu'ils n'y seront pas reçus, pour quelque affaire que ce soit pas même avec un autre certificat de santé, par vous fait, auquel nous vous asseurons que nous n'aurons point d'égard.
Vous aurez soin, Messieurs, de mettre, dans les blancs qu'on a laissés aux imprimez, le nom, surnom, sexe, âge, profession, qualité, taille et poil de celui à qui vous le donnerez ; s'il porte ses cheveux ou perruque, s'il a été en Provence, s'il a quelque ri»arque sur son visage vous le désignerez. Entin vous mettrez qu'il n'a pas absenté du lieu deuuis quarante jours avant la datte du certificat sans toutes lesquell s indications, les porteurs des dits certificats ne seront pas reçus dans la ville. Nous prions Messieurs les curez des paroisses de publier cette lettre à leur prône, afin que tous les habitans en ayant connaissance, vous nous accusiez la réception du présent paquet, et du nombre de certificats que vous aurez reçus.
Nous sommes.
Messieurs,
Vos très humbles et très obéissanB seniteurs. »
LA Mi-:n?:(;iXE a r.nKNniiLK. — [>■■ a, tinninK;!
ijeurs et voituriers de pAlos et vieux linges, cjlpoi'Ieiirc', Tiipiere, juifs nu aaired personnes étrangères portant de veilles nipbs ou marchandises pitur revendre, quelques cerliDcnts ou billets de sanié qu'ils puissent produi-e et s'ils se troiivenldnns la ville des gens de celle es^iëce, il leur est expresèment ordonné d'en sortir dans les 24 heures à peine de punition corporelle fll, comme il y a plusieurs habîUins, toit hommes,, soit femmes, qui font le métier de revendre et porter dans les maisons des mousselines, cnlancus, indiennes, toiles peintes. Itiù. caiïé. chocolat ei autres marohandises qui peuvent venir des lieux suspects de contagion, il est expressément défendu k toute personne, de quel étal et sexe qu'ils puissent être, de revendre ou porter dans les maisons aucune espècâ de marchandise cidessus énonct^e. A peine de 100 livres d'amende et de prison pour la promiéro fois, du carcan et du fouût en cas de réuidivt.
Tous les gueux, mandians. étrangers, pèlerins, gens sans aveu, déserteu's et autres personnes de cette espèce sTont absolum>>nl refuser da s la ville «t les faux bourgs, à moins qu'ils ne soiunl munis de bons ceiti- (tcats et billets de sanlé, au quel c.is on les fuia passer ilehunt, suivis de quelques soldais de garde, sans leur permettre de ^'arrêter ua moment
Les lettres, qui viendront de Provejice ou autres lieux suspects, seront parfumées par un apolicaire commis par te Conseil et le directeur do la poste en prendra un certiUcat, dont il tiendra registre, ft peine de 100 livres d'amende '
11 est ordonné box médecins de c«tle ville de s'assembler incessamment, pour en députer trois de leur collège, avec deux apoticaires, pour procéder corijointement avec M. le lieulenani-général de police, à la visite des drogues et médicaments qui se trouveront dans le'4 boutiques îles droguistes et apoticaires ; ils dresseront un état de leur qualité et quantité et en feront réponse au Conseil, aGn d'y 6tre pourvu.
LXMX
Il leur est de plus ordonné d'écrire incessamment en corps, au collège des médecins de Mai-stiHe et da la ville d'AIx, pour demander des éclaircissements sur la nature du mal contagieux, sur la prartique qu'on a observée dans la manière de soigner les malades rt sur Wa remèdes qui ont le mieux réussi, afin de faire pari des réponses qu'ils recevront au Conseil de santé.
Comme il est k propos daos cette conjoncture et dans celles qui peuvent être à craindre, de s'assurer d'un nombre de médecins, de chirnrgiens et d'à polica ires, il sera pris des engagements avec ceux qui sont dans celle ville, dont Us uns passeront leurs soumissions pour servir dans les hôpitaux des peslifërôs, pour raison de quoi il leur sera tlxë des apointements convenables et proportionnés aux services qu'ils s'obligeront da rendre; d'autres seront employés à servir c ux qui ayant de quoi se faire traiter et se trouvant atteints de mal contagieux, ne seront pas dans le cas de devoir quitter leurs maisons, ei les autres, cnDii, seront destinés â servir ceux qui n'étant pas attaqués de la contagion, peuvent tomber malades de qudle autre nature de maladie que ce puisse être.
Le nombre des chirurgiens qui sont dans la ville L>'é'anl pas suffisant
{)our faire le service qai serait nécessaire, en cas de contagion, on choisira es plus capables et les plus expérimentés de ceux qui travaillent sons le privilège ou parmi les premiers garçons des maîtres chirurgiens et qui voudront se soumettre à faire le service, aux quels il sera donné des apointements suffisans, dont on conviendra avec eux, et qui gagneront leur maîtrise grcUis, s'ils ne quittent point le dit service pendant la contagion.
Le conseil, dans cette réglementation, absolument parfaite, qui prévoit et cherche à éditer même la contagion par les médecins, songe aussi à nos voitures modernes d'ambulance ; témoin l'article suivant :
On se pourvoira de voitures pour le transport des malades et autres choses nécessaires aux maisons de pestiférés, qui ne serviront qu*à o«t usage et n'entreront dans la ville que pour faire le service, sans pouvoir y rester, non plus que ceux qui seront destinés à les conduire.
Enlin, comme dans les épidémies précédentes, on prescrit l'abattage des chiens, « parce qu'ils communiquent indifféremment avec toutes sortes de personnes ».
En même temps, car on voit depuis longtemps s'accroître la centralisation qui doit, dans la suite, augmenter encore, des mesures sévères sont dictées par le pouvoir central, dans des instructions venues de Paris (1).
Sitôt qu'une épidémie se déclare dans un lieu, il faut le faire investir à une demi-lieue de distance ou environ ; barraquer le^ troupes qui feront le blocus et mettre, s'il se peut, les postes de près, pour qu'ils puissent se voir et se communiquer par les sentinelles. Malgré la défense de sortir du blocus, s'il se faisait quelque mouvement pour forcer le blocus, TofScier qui commande ne doit pas balancer un moment à marcher avec la troupe la plus leste, la bayonnette au bout du fusil, en vue du lieu bloqué, menaçant les habitans de les brûler et de les passer au fil de l'épée, s'ils s'avisent de faire une autre fois pareille manœuvre, sans néanmoins tirer sur eux, que bien à propos, et en cas de nécessité ; cependant, si quelques-uns s'échappent, les ramener dans leur terroir et leur faire casser la teste devant leurs compatriotes y exemple absolument nécessaire pour les contenir
On permettra l'établissement d'un marché, aux portes du blocus, mais il faudra :
Mettre à chaque barrière un officier* sage, avec un détachement, pour empêcher la communication et du vinaigre pour tremper l'argent aussi bien que les lettres, qui doivent toujours être données sans enveloppe
Lorsqu'un malade sera transponé dans l'iofirmerie. il faudra faire empor- 1er avec lui ses matelas et ses draps et faire brusler les paillasses et autres
bardes et linges Il faudra faire parfumer leur maison et tenir la porte
marée pendant quarante jours.
Enfin, le règlement envoyé de Paris, nous montre qu'on n'avait pas dans les médecins une confiance bien grande, et cependant dans le même
(i) Archives de V Hôpital, \\, G, 1.
LA MEDECINE A GREXOril.F,. - ni- A. ItOimiEn. 103
temps, à Marseille, sur 30 médecins, il\ iHaient luuiU, sans que ceux qui restaient perdissent leur sang-froid.
Comme les médecins et ctiirurgiens se saiivenl sonvent et ne veulent point servir les malades, si l'on ne peut les rappeler A leur devoir par les senTiments da religion et d'iionneur, □□ par la promease d'une fionneste récompense, il faudra les u contraindre en cas de néeessilé, pcr la crainte d'unt mort plue seûre et ptui jii-omple que celU qu'iU veulent éviter.
Le riMe du dojen du collfgt^ dos médecins, Donk, ne se borna pas à prendre sa pari de tous les travaux el dans toutes les décisions du cunseil fie santé: il fut spécialement chargé par lui de rédiger une série de conseils destinas au public.
Il est curieux pour nous de noter que dans cette brochure (1) il prend le litre de doyen de la FacwUi de Grenoble. C'est évidemment un litre inexact, qu'il n'avait |ias le droit de porter ; mais il semble probable que, en l'absence d'une université, toujours regrettée à Grenoble, le collège (les médecins, par les cours qu'il raisuit aux chirurgiens et aux apothicaires, comme par la dignité de certains de ses membres, passait virtuellement, dans notre ville, pour une sorte de faculté locale.
.Api'i^ être entré dans des disserUitionspeu claires sur le rôle des allcalig, des sels et des acides du sang, sur la coagulation de ce liquide..., Donis donne, dans son livre, un certain nombre de recettes, dont aucune, assurément, n'a dû rendre de grands services, mais dont rensemble était aussi bon qu'il pouvait être à cette époque; elles sont surtout intéressantes pour nous.
Comme du temps de ses prédécesseurs, les astringents, les stimulants diffusibles sont, avec les substances odorantes et le soufre, les agents qu'il recommande, non sans raison .. Il alTectionne l'ail, la rocambole, les échalottes et les câpres. « Le soussigné, dit-il, s'étant défendu pendant seize ans de service dans l'Hâpital de l'armée de Sa Majesté, en cette ville, des infections et des maladies de toutes espéœs, en examinant les malades, tenant dans sa bouche et mâchant de la roquambole. » Gela nous prouve que M. le doyen des médecins avait un bon estomac, mais le Il parfum » qu'il dégageait en interrogeant ses malades ne devait pas leur être toujours très agréable, surtout lorsqu'il y ajoutait le labac € en fumée », Caata-fœlida, odeurs qui devaieent être assez mal masquées par » la rue, la lanaisie, l'armoize, la muscade, la cannelle, le gerofle, la vanille, la marjolaine, le sauge, le tliyui, le musc et la civette ».
(1J PriiervaHf tontre la peite pour un cliacun, par Danîs, do^en soussigné de la FACULTÉ el noll^ge d^ mcdcrine de Grenoble, Chez André Faure, rue du Palais, 1721. (Coiiimiiniqui' par M. Iloïmond).
104 L\ HLDECIVE A GRENnWJl. - Ir A. BORNER.
Il rerouimaiid*' ^aiJ»-iD#'Dt \*^ fuiuigati<in> d** g«iié*TP de barier. de pin, de ^(lpiIJ, d»i' /»Krfl. dr Ifntu. d-r riH^-Zf*, Il eii^za^fr^ufin à prt-ndr*' W iiolin a jeun. H le s^tîr en se ccwcliaiiU une
ruillerêe troubU du uj^lan?^ >uivaijt :
R Elau-re-v-f rafitée 2 pois.
Sucre pil»' 2 !i res-
Canel e p:)ée 3 oroes.
Carriphre 2*^ prains.
Bel d'Arcrjénie vêritaM-? 3 onces.
Infusez le tout k froiJ.
Pn'-parali«»ii fiirt»-!ij*nt ar'«nj?ili^*- ipii, i»"ur j'^s estomacs capables de la ^upp^•rt^-r.<'4ail •^vid»-iiiiij» ni d»- lani'-iijH arti iii.hih|»> IUjl^tjcatoi^es orientaux. au\iiii«']> j'ai d*'JH fait a]l!>>i'iii an Mijvt dv ]a dernière épidémie de |ie>tt'.
.Mais (v liVtait là qu'un pp-^t'r\;itif : si 1 mu craint d'être acluelleineat atteint, j] faut, ijit-il. ajouter â ]a ppVt'«if ute infusion :
a r.':»ix muscades concassée?.
Saffran fin 1 2 once.
Rî-ciro cl'Anjréliq e 3 once».
Feuilles de Soorditun 1 1 2 poignées.
Gra nés de Grnièvre 2 douzaines.
A prendre une bonne cuillerée • l«.trNjue la digestion se fait ».
Outre It^ fumigations de t^oHphrr «t de camphre, il recommande eofin les pastilles <lit<»s avuuiiv vifpria', * \\*^\\> oiseaux de Chypre, dit Antoine Guaynier, illustre médecin d»* Pavie. parce «pie la fumée de celte composition Vfdtipe connne petits oiseaux *.
Voici la fornnile qu'il donne pour les pastilles de Ch\pre :
R Ladanum pur
* Myrrhe i
Eiîcens de chaque, i once.
Mastic \
Slorax
Racine 'le Cypereos
Roses rouges sèches . . . . J do chaqoe, 3 onces Marjolaine téche ^
CaneUe
Gérofle do cliaque. ^ dragmes.
Santal citrin '
Poadre do charbon de saulo OS.
Tout en constatant Tahus dos « parfums ^. o\\ d«»il roionnaitre que ces substances étaient binlos, le caniplnv, V.WiJiiiiclU Mirlout, avec lo soypkre de très bons désinfoclants.
.r Ccst la (iernicndrt'O aquati(|Ut'. Tt'ucriuw ptihistrv.
Moins scepti(|iic que plusieurs de ses prédécesseurs, [lonisajoiit<?: « Les amulettes sur le cœur à iiud, pendues au col avex un ruban, ni; sont pana mépriter: un morceau de camphre est an des meilleurs ». Ceux qui vaulenl, bien à tort, voir dans Itaspail un précurseur de Pasteur, ne manqueront pas de voir dans Oonis in pr^cu rseur de Raspail ! L'iirîne de bouc ■ à flairer * n'est pas mauvaise. On sait que la présence d'un Itoui! dans les écuries passe encore pour les assainir.
Comme remèdes, il prôue, avec les révulsifs (I), le Hinkina el l'ipécacuaoha. < étant des remèdes reconnus comme spécillques j>, mais lu où il se montre le plus clinicien c'est lorsqu'il déclare ifn'il n'y a pas de remède unique; il ajouterait volontiers: « qu'il y a des malades et non des maladies *, mais se contente d'exprimer la même idée en disant Tort judicieusement : « On ne peut rien déterminer en général, valablement. Tout est cou/) lU partie; les espèces de ce mal sont très diriicJies à connaître et à caractériser : peatia <;*( morbus mattipUsJ-. multifonnin lalens gub arcana nalurœ majeilate a.
Ce luxe de précautions prises contre la peste de Marseille Tut eincar^, il Tant le croire du moins, car l'épidémie ne vint pas; les Grenoblois en furent quittes pour la peur et purent, en décembre i1±i. se réjouir d'hoir écbappé au danger. Ou lit léte au cmscil de tante, qui avait, en somme, largement et utilement fait son devoir; on lui adressa même les très mauvais vers que voici :
Grenoble, quel bonheur peut égaler la tien?
L'impiloyabla peste enfin ne peut plus rien ! Tes zëlez magistrats, chez la reine des anges. Rendirent humblement le Iribu de louanges.
Donis méritail mieux!
Si nous en avons fini avei: la peste, d'autres épidémies vont mettre à contribution la sagacité des médecins et nous en faire connaître quelques nouveaux.
En 1743 , nous voyons à Grenoble un médecin ordinaire du roi, qui prend le titre « d'aggrégé * et ;»ro/j»«eHr du collège de médecine de Grenoble ; c'est Heyli/ ou Beliîer. Si nous ne l'avons pas encore vu, il était cependant médecin du roi depuis plusieurs années, car, en 1735 (2)
mloj-aiUe plu, : a
ifusees dans le plu
théria<[ue
Un cpicarpe •
chni{ue poignet l'ail tiède, y HJouUnt à rie sur du linge.
106 LA MÉDECINE A GRENOBLE. - Dr A. BORDIEIl.
Jacques Bellier est déchargé des tailles, comme médecin du roi à Grenoble (1).
Il a laissé un livre (2), qui est, en quelque sorte, un rapport officiel et qui nous montre quelles étaient ses attributions : « Ensuite des ordres que j'ai reçus de Monsieur le Premier Président et de Monsieur le Procureur général du Parlement de Grenoble d'examiner les causes et la nature des maladies qui régnent en cette ville, et de juger des remèdes nécessaires pour leur guérison, voici ce que je pense.... »
Il semble, à la lecture des symptômes, qu'il s'agissait de la grippe actuelle : On se sentait d'abord enchiffrené, la tête prise, les yeux larmoyants, une sérosité acre distillait du nez, un froid considérable se répandait sur les épaules, la poitrine s'embarrassait, on toussait, on sentait des douleurs partout le corps, la fièvre s'allumait, devenait putride ou maligne. Parfois les douleurs de tète étaient atroces et le malade délirait. Cela rappelle beaucoup la grippe à forme de méningite qu'on observe ici en c^ moment même et cela depuis quelques années. Dans quelques cas bénins, on ne se sentait pas malade; on éprouvait cependant une faiblesse générale et un accablement de tout le corps.
Ces épidémies de grippe revinrent d'ailleurs souvent en 1760-1761. La maladie portait le nom même de grippe ou follette^ coquette^ ou même d'infiuema. On sait qu'elle se répandit, à ce moment, sur toute la France.
En 1767, nouveau médecin, non du roi, mais du duc d'Orléans, Joseph Rivière, docteur en médecine de Grenoble. Nouvelle épidémie, mais elle n'est pas racontée par Beylié. Elle nous vaut une brochure d'un médecin plus connu comme botaniste ou comme ami et coiTespondant de J.-J. Rousseau, Clappier, agrégé au collège (3), et fils de Clappier, chirurgien juré à Grenoble, en 1740,
La maladie qu'il a observée, principalement au Bourg-d'Oisans et à la Grave, ressemble fort à la fièvre typhoïde. Un peu dans les idées de Massard, au charlatanisme près, il donnait du quinquina, mais peu de remèdes et blâme, non sans verve, les médecins, < tout hérissés de formules ». « Croirait-on, dit-il, qu'il se trouve de nos jours des médecins
(1) Archives municipales , C C, 550.
(2) Méthode générale pour traiter les inalaxiies qui régnent dans cette province sous le nom de rhume, 1743, par Beylié, conseiller et médecin ordinaire du roy, agrégé et professeur du collège de médecine de Grenoble. Chez la veuve Giroud, libraire du Parlement, au Palais. (Bibliothèque de Grenohte, n« 1451).
(3) Epidémie observée par Clappier, docteur du Lndovicée, médecin agrégé au collège de Grenoble, 17(38. Chez la veuve d* André Faure, rue du Palais.
[BDECtNE A GRENOBLE. — Dr A. BORDIER.
I qui, (ians la nK^nic maladie, foiil premlri' à leur malade puiii' nuivaiilf
tiHuime livres lie remùdesî alors i\\K le plus souvent, oplima mediçina «i
I medicinaiH nullam faccre. » Il ne rroît qu'aux crites el au rôle saitVPiir
des émoncloirs naturels.
Chabevl, donl nous avons vu les démêlés avec le collège des médecins,
I fliiît par obtenir gain de cause el par faire partie de la corporation, car
\ nous fe voyons prendre le litre d'agrf5gLi, dans une brochure qu'il publie,
I en 1Tt'5, sur une épidémie qu'il a ohsei-vée au Villard-de-Lans (t).
La maladie, qui semble devoii' ëlre ratlaotiée à la lièvre typhoïde à
' forme pneumonique, ou peut-être à une grippe infectieuse, autant qu'on
peut eu juger par la description qu'il en donne, était pour lui une lièvre
putride, verminense, inllammatoire, souvent maligne, pourprée, qui sévit
du mois de novembre 1764 au mois de septembre 1705. ■< Près de trois
quarts et demi des babitants ont été affectés n. n tes malades ont été
coDstamment attaqués de frissons assez considérables, d'un certain nial-
èlre général, qui se sont soutenus pendant quatre jours, et quelquefois
plus, accompagnés d'une pesanteur d'estomacb, d'un vomissement de
matières acres, bilieuses et glaireuses et des vers souvent par le liant un
pv le bas. Les malades éprouvaient un abattement extrême dans tous
J leurs membres, constamment une douleur de télé consîdéi'able avec des
l^^nceoients violents, une grande chaleur, lièvre ardente, leurs bouches
1 pâteuses el leurs salives gluantes. Vingt quatre heures après, leurs lan-
[ gués devenaient arides, raboteuses et noires et les malades tombaient le
[ septième jour dans une espèce de délire qui augmentait jusqu'au douzième,
. quelquefois plus ; ils éprouvaient des Iressaillemenls convulsifs dans les
I tendons et une intermittence dans le pouls, qui était obscur et concentré.
[ J*ai vu presque tous les malades se plaindre de douleurs, de tiraillements
Iduis le gras de la jambe; les lèvres, les dents et la langue devenaient
I noires, le palais et le gosier arides, et j'ai trouvé, sur quelques malades,
Ldes Uches pourpronscs sur la poitrine el autour du cou > ■ Dans
eux â qui la maladie portail sur la poitrine, j'y ai remarqué un râlement
t des crachats gluants, jaunâtres et quelquefois noirdtres, avec gi-ande
F'dirOcullé de respirer el A les expectorer t. Il observait des parotidites
issez fréquentes.
EnBn, il est bon de noter que Chabeii, dans le.s conditions forcément
(It DcBcripUon de U malailie épidûiuique du Villard-dc-Lans, â qualre lieues
de Grt^nolile, par M. Chabert, docteur Je la Pacullé de Honlpellier, cnemlire du
s de cette ville. (^Grenoble, de rimprim^rie d'André Arnaud,
coll^^u
.', rue lirochcrie, I7G5). ttibliolhèque purliculiére de M. Edmond
défectueuses où il observait, pratiquait des autopsies dans le but de compléter sa description, qui annonce un clinicien d'ailleurs très bon observateur.
<r Ayaût fait ouvrir la tète, j'ai trouvé les vaisseaux du cerveau gorgés de beaucoup de sang et d'une matière ichoreuse ; ensuite la poitrine et
les poumons étaient engorgés d'une matière puriforme Les
intestins grêles étaient un peu enflammés, l|s reins plus gros qu'à l'état normal, les glandes du mésentère engorgées ». La thérapeutique était moins bonne que l'observation clinique ; elle est néanmoins intéressante à titre documentaire: « Voici, dit-il, les formules des potions que je prescrivais:
Potion antiphtogistique.
; R Eau d'oseille ) d^ chaque, 3 onces.
Eau de sureau ....s * '
Sirop d'épine-vinelte \ once.
Esprit de sel dulcifié 15 gouttes.
Pour prendre de quatre en quatre heures par cuiller.
Potion antiseptique.
î{ Eaux de scordium i
— chardon bénit ..f de chaque, 2 onces.
— scabieuse
Syrop de limon 1 once.
Poudre de contrayerva. ... 20 grains.
Elixir de camphre 30 gouttes.
A prendre comme ci-dessus.
Potion antispasmodique.
t{ Eaux de fleurs de tilleul, .i
— matricaire l de chaque, 2 onces.
— mélisse simple. ..' . Syrop d'armoise 1 once.
Eau de fleur d'orange 1 gros.
Liqueur minérale anodine\
iSSedè-c^slôi: ::::':.{ de «haque. 20 gouttes.
— succin '
A prendre comme ci-dessus.
On voit que la médecine s'élevait progressivement à Grenoble et que nous sommes bien loin des anciens physiciens. Le rôle des empiriques et des charlatans n'était cependant pas fini
On donnait aux empiriques de pays, rebouteurs, ronoueurs, détenteurs d'un secret de famille..., le nom de Mèges (\). L'espèce n'en est pas encore perdue aujourd'hui, mais tous ne sont pas aussi habiles que Tont
(1) Cette appellation dérivait d'un certain empirique nommé Mège, qui s'occupait particulièrement de la chirurgie des os et dont Celse fait mention (Fodèré).
LA MftDRCWR A RRENOBLR.
f éli* parfois i|iiflqiii-S'iiii& (IVnIre l'iix (1). Qiielijiii's-iins nvaient une réelle babllet<^, et dans plusieurs villes les r^iements les protégeaient l'a). Certaines opérations! eur étaient coniplètement réservées (3), maiiî il n'en n'était pas de même d'une foute de charlatans, que la crédulité des ^consuls encourageait souvent: à Grenoble, au commencement du XYil" kle, au mépris des àtatuti du collège de médecine, les consuls accordent, en effet, tme permission à un nommé Frani:j)ts de Folsa, opérateur, r faire dresser un théâtre et vendre des médicaments (4). En lOil, un charlatan. Désiré Descombes, vend un antidote contre toutes sortes de venins et poisons, morsures de vipères, aspics, chiens enragés ; une ordonnance du baillage prévient le public, qu'il fera l'expé- I rlence de son antitode en présence du Procureur du roi.
Les charlatans abondaient, à cette époque, en province comme â "'Paris.
En 1653, une nommée Marguerite Sesel « de vers le Bœuf » reçoit de
<lj A Sîllans, dans l'Isère, une niinillc du nom de Jolhtm a exurcL-. ^«udaiK
rfl de deux sièclea, le mêlior de rebcutour. En 1817, un de ces Joilans Étudiait médeciae & Straabouri;, où Fodêré l'a connu.
Eotro Plombières fit Luxcuil, uae fainilte Nanlin a fait, pendant âOO ans, la trfpanatioD de pire en flls. I-ea Bollentiiil étuii'nt égalemeat des rcbouleura justement renommés duos ce pays. On peut citer êt^alement les Flcut-ol dans les Vosges. Kodéré prétend «ju il était de Iraditiuii, duns ces familles, de donner, BOX enfants raAles, pour amusement, en guise de jeu de patience, des os humains, qu'ils passaient leur lerofis à monter et i démouler.
1^)A OrléauB, les herniaires, étalent comme les reboulcursjà peu prèeautorisùs.
Ceux qui exerceront la partie de la chirurgie a]ipelêe herniaire dit une ordon-
nance, i cause des hernies ou descentes pour lesquelles ils fabriquent des bandages, fie feront recevoir par nous, lieutenants grelliers. prévôt, doyen et receveurs, aprÈB avoir été interrogés sur les maladies qui demandent le secours des bandages. S'ils sont jugés capables, ils payeront la somme de i5 livres t. Cela conoeroait apécialeraent les beruiaires. (Juanl aux raccomraodeura d'os, dans la mérae ville, le règlement des maîtres chirurgiens dit : t Les bailleurs ou renoaeurs d'os présenteront une requête signée d'eux et à laquelle Us joindront leur extrait baptistaire, leur certificat de vie t^t mœurs, de religion catholique, apostolique et romaine, et services en la pi'alique du chirurgie, que nous nommons fraeturi!» et lu-ratiutta. Après tes avoir interrogés sur les dites moladiea, s'ils sont juges capables, ils payeront 150 livres t. (Hcnard: Documents pour servir
' & l'Histoire delà chirurgie. Ga: ilea hùpilau.i: 18«l). A Bardeaux, des opérateurs méciaux pour les calculs, la cataracte et la cure des hernies pouvaient être admis,
' ï Us étaient appelés jiar le malade, après avoir été approuves par deux médecins agrégés el le lieutenant des chirurgiens, en présence desquels ils devront opérer. (Pery : Hitloire de la Faculté de Bordeaux).
(3) hn fïiinillc Somini de Norsia, dans l'Ombrie, avait acquis une grande réputation pour la cure radicale des hernies el pour la lilliotomie. En 1672, le dernier des Nnraini (lassail pour très versé dans la connaissance des maladies des organes gènilù-uriuaircs.
En 16^, un nommé Raoux avait taillé plus de tf2 parsonncs cl gagné à Bordeaux, en liois mois et demi, plus de Ij.UOO hvies. ^Pery : Uiitoire de la Faculté de Uordeauj:),
(4) Albin Gras; Loc. ci/.
la ville "2 écus blancs pour « avoir traité une pauvre fille de la grosse verolle (1) ».
En 1654, les consuls, en dépit des statuts du collège des médecins, accordent à un sieur de Bonlieu, « opérateur », la permission d'exposer ses drogues et médicaments (2).
Enfin on trouve, en 1 670, un mandat de 40 livres à Jacques Bourelly, maître opérateur, « pour les peines jpar luy prinses à panser et médicamenter deux pauvres filles de mal vénérien, par ordre des consuls^ les quelles ils ont remises en bonne santé (3) ». Mais le plus célèbre, du moins le plus bruyant de ces charlatans, est un nommé Pierre Dupille de Belletour, prenant le titre « d'opérateur ordinaire du roy, fils de feu Claude dit Tabarin, aussi opérateur ordinaire du roy » : Il reçoit des lettres de citoyen de la ville (4), et un arrêt du Parlement de Dauphiné lui permet de vendre à Grenoble « l'orviétan dit Ottavan, l'essence de romarin, l'essence de tain, l'essence de sauge, l'huile d'ambre, un cuisinet royal propre pour les douleurs de tête, l'huile du soleil pour les blessures et contre les vers des enfants, une pierre médicale de Crolius, une teinture de corail, l'huile de baulme pour les foulures et entorses, une teinture d'aloèç et une eau céleste pour les yeux, une opiate pour conserver les dents, une bague de dent de cheval marin, une emplâtre de Paracelse »
L'affiche de Belletour nous a été conservée par A. Rey (5). En voici quelques extraits, qui ne sont pas indignes de soutenir la comparaison avec la réclame comtemporaine :
Aux curieux des bellei choses et amateurs de leur santé. Messieurs, Vous serez avertis que le sieur de Belletour, opérateur du roi et de Monseigneur le duc de Lesdiguières, seul distributeur du véritable secret de Torviétan dans toute la province de Dauphiné et habitant la ville de Grenoble, par arrêt de cette souveraine cour de Parlement, travaille à toutes les opérations manuelles, traitte toutes sortes de maladies et distribue dans sa boutigue toutes les drogues, parfums, essendés, pomades, eaux et autres que Ton trouvera à la suite notées et se distribue dans sa boutique : A Grenoble, à la place Saint- André, à l'enseigne du Soleil d*Or.
Suit rénumération :
« Des opérations manuelles et maladies particulières que le sieur de Belletour traitte et guérit moyennant l'assistance du ciel.
t Fait l*opération de la lithotomie ou l'extraction de la pierre au grand et au petit appareil ; celle des hernies ou descentes de boyaux en général. Il abat les catractes avec une réussite merveilleuse ; guérit les nolimetan-
(1) Archives tnunicipales, G G, 785.
(2) Archives municipales, B B, 110.
(3) Archives municipales, B B, 110.
(4) Archives municipales, B B, 113.
{b) Armand Rey: Bulletin médical du Dauphiné, 1867.
En iùHi, autorisation de vendre le vérilalile orviétan, sur un théâtre qu'il lit élever plac* Saint-André, est accordée au sienr Toscano. dit Chapeau d'Or, sous condition de ne représenter aucune chose (pii puissp choqner la modestie: mais œla soulève toute une tempête : nii sieur Antoine I^evantin proteste contre cette autorisation, sous prétexte que c'est lui qui détient le véritable orviétan; renvoi de ValTaïrc par les consuls devant la cour; procès: an lien de les renvoyer tous deux dos à dos, on laisse Toscano, Duvat et Scaramouche, demander pardon aux consuls des paroles injurieuses qn'ils avaient, parait-Il, prorérées.et les deux opérateurs, dit M. Prudhomme ( I }, purent continuer leur parade. Toscano fut le plus fort : il déQa sou rival de boire un poison qu'il lui présenta et qu'il avalait tous les jours, Ini-méme, impunément, grdœ, disait-il, ù son fameux orviétan. Levantin n'accepta pas. Peut-t>tre ne fut-il pas mal avisé !
La liste des charlatans qui travaillent « avec la permission des autorités H n'est pas épui:>ée : en 1721, les consuls avertissent le public (2) du passage A Grenoble du sieur Thiorus, dit le Franc, chirurgien des h6pilaux (?) de Rennes, Milan, Montpellier, Paris et Lyon.
La même année, les consuls correspondent avec un M.deCariniiers(3|, qui leur écrit de Paris pour leur offrir un » si-crct pour la conservationde la santé, la préservation de la peste, et la guérison de tous maux, lequel ne consiste que dans une peau de cygne» qu'il !i la faculté d'apprêter ; ladite peau apprêtée est, parelloménie, miraculeuse, dont plusieurs rois, reines, princes et princesses ont fait beaucoup d'état pour sa grande propriété qui dure plus de t5 ans. Elle si- porle sur la poitrine, sur la cliemlse. etc n
Louis XIV, lui-même, avait bien fait venir prés de lui un rliarlalan d'Amiens. Le bonhomme, rapporte Voltaire, s'asseyait sans façon au pied du lit du grand roi, et, courtisan à sa manière, lui disait : ii Voilà un gars bien malade, mais il ne mourra pas ! »
Enfin, en 1710. la ville régie le wilaire de 30 livres n du sieur Dachîno H\. chirurgien oculiste napolitain, pour les opérations qu'il a faites aux yeux de plusieurs pauvres personnes de celte ville, ou fourni-
(11 Pruilhomme : HUtoire de Grenoble.
(2) Archivée <le IHùpilal, H, 130.
l3) Areliitvê inunicipalnii, G C, 927.
{i) Archives tiiiiiiieipateë, C C. llfcVi.
.^ta
lure de médicaments, attendu que ces personnes sont hors d'état de payer »>.
Nous avons vu de fréquents conflits entre les médecins. Nous venons de voir combien l'administration les protégeait peu contre les empiriques et les charlatans ; d'autres démêlés surviennent entre divers intéressés : l'Hôpital, les chirurgiens, les pharmaciens et les Pères de la Charité.
L'entrée de ces religieux à l'Hôpital avait été, à certains égards,une bonne chose : ils apportaient plus de régularité dans le service, s'entendaient bien à ]a petite chirurgie, enftn ils avaient fondé une sorte de petite écoledestméee à former des frères chirurgiens, mais recevant, sans doute, comme chez les Pères de la Charité de Paris à la même époque, quelques élèves externes (1). Ils allaient être néanmoins l'origine d'inconvénients d'un autre ordre et l'objet de réclamations fondées.
Dès 1709, l'Hôpital et les Pères cessaient de s'entendre: un certain nombre de soldats malades, venant du camp de Montmélian, sont soignés dans le couvent des Pères delà Charité. Ces religieux n'ont plus de place; ils mettent leurs blessés dans les salles de l'Hôpital général, < ce que l'on ne peut refuser, attendu qu'il s'agit du service du roy » ; mais l'HôpitaP tout en reconnaissant la nécessité de cet envaiiissement, réclame aux P^res une indemnité, d'autant plus juste qu'ils étaient payés par le roy pour chaque soldat blessé (2). Première querelle. Une autre fois, 1721, ce sont les religieuses qui refusent de recevoir certaines malades de l'Hôpital, parce qu'elles ont des plaies (3). En 1742, on se fâche tout à fait (4). Les religieux n'observent plus du tout les clauses de la convention faite avec l'Hôpital en 1681 : ils refusent de laisser visiter leur maison par les directeurs de l'Hôpital général, « principalement par ceux qui sont chirurgiens ou apoticaires, parce que leurs connaissances leur auraient fait remarquer certains malades, qui ne restent que parce qu'ils sont utilles aux religieux, soit pour travailler pour eux, dans leur maison d'icy, ou à la campagne, dont l'Hôpital paye la nourriture, quoi qu'en cela même ils fassent une chose infiniment con-
(1) A Paris, en 1761, il y avait chez les Pères de la Charité des élèves externes et des élèves religieux qui, chaque jour, faisaient les pansements, suivaient un cours d'anatomie et disséquaient dans deux amphithéâtres séparés, un pour les religieux, un pour les laïques
12) Archives de VHôpUal, E, 7.
(3) Archives de VHôpUah E, 8.
^4) Archives de VBôpUal, B, 222.
TÎ3
damnablc, puisqu'ils tournent lo bien des pauvres à leur profit, en fagiant vivre, comme on Ca e.tpérimeHli jiliukiirs fois, des personnes qu^ ionl morte» depuis longtemps, ou en faysant passer pour malades des personnes saines, qui Us servent et dont ils se font pager par C Hôpital. »
En IT'iS, on les poursuit judiciairement (1) : ils ont refusé de payer les droits du poids des farines.
En 1761, nouvelle querelle, au sujet de V irrégularité dans la tenuede» livres, sur lesquels figure le nombre des malades, dont l'Hôpital doit payer la journée. Enfin, en l"('i7, les Pères demandent encore une augmentation du tarif de la juurntede malade, doiil le prix aètéfixéà (i sous, et en outre la liberli^ de traiter avec des pensionnaires aisés, qui veulent leur envoyer directement des malades. L'Hôpital répond en leur disant qu'en réalité c'est la somme do 13 sous par jour de malade qu'il donne aux l'éres et en montrant la note de ce qu'il leur a payé depuis quelques années.
Voici quelques-uns de ces cliilTres (à) :
Payé aux Pères
Payé
Années.
do
auT Hejigieuses
k Chnrité.
de la Charilé.
iim
?. no livres