‹ La médecine à travers les siècles, histoire, philosophieChapitre 1 sur 53 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

J. B. BAILLIÈRE et FILS,

LIBRAIRES DE L’âCÂDÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE Rue Hautefeuille, 19.

liondres i Madrid | Xew-ÏOPk

HiPP. Baillière. 1 C. Bailly-Baillière. ! Baillière Brothers.

LEIPZIG, E. JUNG-TREUTTEL, lO, QUEBSTRASSE

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AVANT-PROPOS

Le contenu de ce volume répond-il aux promesses du titre ? Le lecteur en jugera. Le sujet est immense, infini, inépuisable : il embrasse toute Thistoire de la médecine. Quelques penseurs et beaucoup d’érudits ont parcouru ce vaste domaine; et c’est à peine si l’on peut en déterminer les limites, après tant d’investigations et de travaux. L’érudition a multiplié ses recherches dans tous les sens, et ses découvertes, qui ont servi de pâture et d’aiguillon à la curiosité, ont fourni ample matière aux méditations des médecins philosophes. Mais le nombre de ces derniers est petit; d’autre part, la philosophie et l’érudition ne vont pas toujours de compagnie ; de telle sorte que,, si considérables que soient les matériaux amassés par les érudits, l’histoire de notre art reste encore à faire. Jusqu’ici nous n’avons que des essais de coordination plus ou moins heureux, qui se distinguent des travaux de pure compilation par des vues lumineuses ou des aperçus ingénieux, ou encore par des idées paradoxales.

11 est rare que ceux qui se mêlent de philosopher en médecine n’aient pas un système à produire ou à défendre. Et quand ces systématiques abordent l’histoire, ils

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s’en servent bien plus qu’ils ne la servent ; en autres termes, ils ne Tétudient point de bonne foi et avec le désir de profiter de ses leçons. Ils font exactement comme ces théoriciens entêtés qui plient sans façon les faits aux exigences de leurs théories, et prétendent que l’observation s’accommode à leurs idées préconçues. Quiconque a beaucoup vu et beaucoup lu en médecine sait à quoi s’en tenir sur la probité scientifique d’un très-grand nombre d’observateurs. Les prêtres d’Esculape chassaient les moribonds de leurs temples, et de tout temps ce procédé a eu des imitateurs.

Les systèmes philosophiques ont le plus souvent dominé les historiens de la médecine jusqu’à les distraire de la droite voie. Au lieu d’observer et de méditer^ la plupart ont pris seulement la peine de disposer les faits dans un certain ordre et de les interpréter d’une certaine façon. Telle a été la préoccupation de la majorité. La trame étant donnée, chacun a fait son dessin et sa broderie ; autrement^ chacun a répété ce qu’on savait avant lui, en s’efforçant, non pas d’étendre le domaine des connaissances historiques, mais uniquement de philosopher selon ses tendances. Faut-il s’étonner de la stérilité d’une méthode aussi vicieuse ? Celui-ci aboutit à l’empirisme, celui-là au rationalisme, cet autre au scepticisme, un quatrième à l’éclectisme. Il y a des issues pour tous les goûts ; et chacun trouve à la fin de sa démonstration les conclusions qui lui agréent. Tout le travail se réduit à choisir et à éliminer des arguments, suivant qu’ils sont favorables ou contraires à la thèse qu’on veut soutenir. Le but qu’on se propose, c’est une démonstration par

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l’histoire. De là cette ressemblance entre les ou\Tages dogmatiques sur le passé de l’art médical ; analogues par le fond et la matière, ils ne diffèrent que par l’étendue et la portée.

Les dogmatiques suivent, autant qu’ils le peuvent, la ligne droite ; mais, en parcourant sans dévier le chemin le plus court entre le point de départ et le but poursuivi, ils n’aperçoivent pas tout ce qu’il faut voir pour se faire une juste idée de l’ensemble. L’erreur générale a été de croire que l’histoire devait être l’humble servante de la philosophie; mais l’histoire a son autonomie, et, en dépit de toutes les tentatives, que l’on continue de faire pour l’asservir, elle reste hors d’atteinte. Ceux-là l’ont le moins comprise qui ont prétendu s’en faire un auxiliaire docile et complaisant, et qui, de bonne foi ou non, n’ontvu dans la suite des siècles qu’une chaîne d’arguments au bout de laquelle il fallait placer leurs doctrines. Traitée et travestie de la sorte, l’histoire de notre art n’a guère produit jusqu’ici que des enseignements négatifs.

L’étude des systèmes, des théories, des méthodes et des pratiques dont le souvenir s’est conservé nous révèle les variations et les révolutions de la médecine; mais une telle étude est insuffisante, car il s’agit avant tout de suivre les lois de progrès et de développement, de les déterminer, et de saisir dans son unité toute l’évolution de l’art.

Y a-t-il une tradition médicale ? Telle est la question à laquelle il faut répondre, lorsque dans les investigations historiques on se propose autre chose que la satisfaction d’une vaine curiosité.

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La médecine n’est point une science exacte ou abstraite; c’est un art fondé sur l’observation, et qui dans ses applications n’a pour guide que l’expérience. Celle-ci, à moins qu’on ne la confonde avec l’empirisme, voisin de la routine, ne vaut que par les principes et les méthodes : les méthodes qui montrent la direction, et les principes qui servent de base et sont le point de départ de toute pratique raisonnable. La tradition seule peut nous apprendre si la médecine est en possession de ces deux éléments essentiels, et si dans notre art l’expérience des siècles signifie quelque chose. La certitude même delà médecine dépend de la solution de ce problème.

Après avoir interrogé longuement le passé, nous pensons que la médecine est un art qui a son autonomie, et qu’il ne serait rien sans la tradition. Cette conviction a dicté presque toutes les pages de ce volume, qui serait moins compacte, s’il n’embrassait une aussi grande variété de matières. L’histoire en est le fond; et pas une des questions qui y sont ou traitées ou agitées n’a été envisagée d’un point de vue purement abstrait et métaphysique. Les abstractions et les généralités y sont subordonnées histoire. Les conclusions ne sont ni improvisées ni imaginées; elles dérivent en quelque sorte de la compa- ^raison des faits, d’après le principe hippocratique, qu’il faut avant tout considérer les analogies et les différences.

La règle qu’Hippocrate avait tracée aux médecins, pour les acheminer dans la bonne voie, nous l’appliquons à l’histoire de la médecine, et ce principe est tout le secret de notfe méthode comparative. Elle nous a été d’un grand secours dans l’étude de la philosophie médicale.

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que nous n’avons jamais pu comprendre en dehors de l’histoire. Pour ce qui est de la critique, elle est l’âme et comme l’essence de ces études ; c’est la critique qui nous a conduit dans toutes nos recherches, et qui nous a donné assez de confiance pour exprimer franchement nos opinions. Celles-ci ne seront pas du goût de tout le monde, nous le prévoyons sans nous en inquiéter, car ce volume est tout d’opposition aux tendances qui prévalent aujourd’hui dans l’enseignement et dans la pratique. L’auteur n’a jamais su déguiser sa pensée ; il ne s’est jamais repenti d’avoir dit la vérité; il ne s’est jamais proposé de plaire à aucune coterie, à aucune corporation savante, et il croit avoir acquis, par la longue enquête à laquelle ils’est livré, le droit d’opposer ses vues en médecine aux affirmations de tous ces empiriques et dogmatiques, qui s’imaginent que le savoir fait tort au jugement. Il est bon que le présent s’affirme ; mais il est encore mieux qu’il profite des leçons du passé. C’est pour nous éclairer que nous avons suivi très- attentivement ces leçons utiles, et c’est pour qu’elles ne soient pas tout à fait perdues, qu’ après les avoir recueillies, nous en faisons part aux lecteurs de Jjoniie volonté^

Le 25 septembre 1864.

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