REMARQUES SUR LA RELATION DE DAZA
La relation de Dionisio Daza Chacon est tellement nette et précise en ses minutieux détails, qu’il nous paraît mutile de la commenter au point de vue de l’art. Nos réflexions se borneront à l’examen de quelques passages d’un sens difficile, et elles ne seront pas superflues si le lecteur reste convaincu, comme nous, que l’histoire peut tirer un parti avantageux de ce document chirurgical, négligé par tous les historiens qui ont écrit la vie ou des épisodes de la vie de don Carlos. Presque tous, et ils ne sont pas én petit nombre, ont fait mention de la chute du prince, de la blessure qui en fut le résultat, et de la guérison qui termina une longue cure. Mais tous, sans exception, les plus proches comme les plus éloignés de l’événement, ont commis des erreurs de fait et de date, et péché par omission. Copistes des anciens, les modernes et les plus récents, voire les derniers vernis, au lieu de remonter à la source et de. consulter des téihoins irrécusables, ont recueilli les vagues rumeurs d’uné tradition mensongère. Llorente, qui a Copié tarit de faussetés, a été copié à son tour par des ébnvaîris trop proiripts a recevoir, sans discussion préalable, les jugements de ce compilateur absoiuirient déjiourvu de seris Critique, et d’un discernement trop faible pour faire un choix dàns Tes matériaux entassés par ses laborieuses recheiûhes.
Voici en quels termes s’exprime Llorente dans un chapitre de s^ovl Hîûoire dé V Inquisition spéciàTéiriërif consacré à l’infant d’Espagne : « Lé 9 mai 1562, don Carlos, âgé de 19ans, fltune chute dans l’escalier de son palais; il roula plusieurs marches et se fit des blessures dans quelques parties du corps, principalement à l’épine du dos et à la tête : quelques-unes semblaient devoir être mortelles. Aussitôt que le roi fut instruit de cet accident, il partit en poste pour se rendre auprès du prince... Le monarque le croyant
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déjà à l’article de la mort, fit apporter le corps du bienheureux Diégo,; religieux lai franciscain, par lïntercession duqueLon disait que Dieu avait opéré de grands miracles. -Ce corps fut placé sur celui de don Carlos, et ce prince ayant commencé à se.isentir mieux dès ce moment, on attribua ce bien à la protection de saint Diégo, qui fut canonisé peu de temps après à la sollicitation de Philippe. Je dois faire observer que le prince reçut les soins du docteur André Basilio, médecin du roi, très-fameux, natif de Bruxellés ; s’étant aperçu que les blessures et les contusions que don Carlos avait reçues à la tête, y avaient accumulé une quantité .considérable d’humeur, il crut que si l’on nefaisaU pas une opération pour en débarrasser lé cerveau, la mort était inévitable ; il ouvrit donc le crâne, én fit sortir toutes les eaux, et sauva le malade ; le prince ne se rétablit cependant pas entièrement p ii resta sujet à des douleurs et à des faiblesses dans la tête qui, non-seulement l’empêchaient de se livrer à l’étude avec quelque application, mais, lui causaient quelquefois un certain désordre dans les idées qui Tendait son -caractère plus; insupportable (1).»
Cette dernière phrase n’a rien d’extraordinaire sous la plume dè Llorente : à.ses yeux, don.Cârlos était un monstre. Aussi estime-t-il que Philippe II est jusqu’à un certain point excusable, de s’être débarrassé d’uni fils qui ne pouvait manquer de devenir un fléau pour l’Espagne. Notez que Llorente admet, sans preuves, la folie de don Carlos^ circonstance qui rend injustifiable son indulgence envers Philippe II; car si ce roi, de sinistre mémoire, a fait périr son fils de mort violente, malgré le désordre évident de ses fonctions cérébrales, il est doublement criminel. Il est vrai que la culpabUité de Philippe B n’a été nullement démontrée ; il n’y
(1) Histoire critique de l’inquisition d’Espagne, traduite par Alexis Pellier, 2® édit., tom. lil, p. 136-137, chap. xxxi, § 11, Paris, I8l8, 4 voL in-8.
a contre lui que des présomptions et point de témoignages certains. Mais Llorente admet le crime, et il en attribue lestement la responsabilité au docteur Olivarès, lequel aurait poussé la complaisance jusqu’à administrer au prince prisonnier et malade, d’abord un purgatif, dont l’effet insuffisant ou nul nécessita l’administration d’une drogue plus efficace, c’est-à-dire mortelle. Pour avancer pareille assertion, Llorente a exhumé un vieux texte qu’il a mal interprété, après l’avoir soumis à la torture. Le docteur Morejon, savant historien de la médecine espagnole, a démontré sans réplique la fausseté d’une interprétation qui constitue par le fait une calomnie posthume (1).
Llorente, qui ne mérite nulle créance au sujet de la mort de don Carlos, n’en mérite pas davantage dans le récit de la blessure, du traitement et de la guérison de ce prince. Il est en défaut dès la première ligne. « Le 9 mai 1562, ditil, don Carlos, âgé de 49 ans, fit une chute. » Les deux dates sont fausses : la chute arriva le dimanche 19 avril, « domingo à los 19 de abril, » dit expressément la relation du chirurgien Daza; et à cette date l’infant d’Espagne était âgé, non pas de 19, mais de 17 ans à peine, étant né le 8 juillet 1545. Ce qui suit, touchant l’intervention du bienheureux Diégo, pèche aussi contre l’exactitude. Le corps de moine, mort en odeur de sainteté depuis cent ans (1463), fut apporté dans la chambre du prince parles soins de la municipalité d’Alcala, spontanément, et non par ordre de Philippe H. Le cadavre du franciscain fut-il réellement appliqué sur le corps de don Carlos, et couché dans son lit? Beaucoup d’historiens l’ont répété; mais le bon sens veut qu’on s’en rapporte, pour les détails de l’histoire, aux témoins oculaires, quand il s’en trouve, plutôt qu’aux bruits de la tradition. Dionisio Daza dit simplement que le corps fut introduit dans la chambre et porté le plus près possible du malade,
(1) Eist. de la medic. espan., tom. 111, p. 134 et suivantes.
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sans que ce dernier fût en état de s’en apercevoir: a El sabado en la tarde vino à palacio en procesion la villa, y trajeron el cuerpo del bienaventurado san Diego, cuya vida y niilagros es tan notoria ; metieronle en el aposento del principe, y llegaronsele lo mas que fué posible, aunque aquel dia estaba tan fuera de si S: A., y los ojos estaban tan apostemados y cerrados, que daria muy poca razon de lo que acaeciô. »
La réflexion est très-juste. Le prince, momentanément privé de la vue, et de plus en délire, dut rester étranger à cette bizarre cérémonie de l’application des reliques. Il est faux d’ailleurs que le mieux se soit fait sentir dès ce moment; le délire continua encore pendant plusieurs jours, et l’érysipèle, très-intense, puisqu’il avait envahi toute la tête, la face, le cou, le haut des épaules, la poitrine et les bras, loin de disparaître comme par miracle, persista opiniâtrément, donna lieu à des accidents très-graves ut à une abondante suppuration, et faillit entraîner la perte des yeux. Les médecins, meilleurs juges que la foule ignorante et crédule, s’obstinèrent à rejeter l’efficacité miraculeuse de l’intervention de saint Diégo. On a pu constater que lé chirurgien Dâza n’attribue pas la guérison du prince au bienheureux moine de Saint- François. Le docteur Olivarès, auteur d’une relation plus brève, mais conforme en tout point à celle de Daza, est beaucoup plus précis sur ce point. Après, avoir rapporté l’hallucination de don Carlos, et les paroles échangées entre ce prince et le bienheureux moine qu’il avait cru voir et entendre durant son délire, Olivarès poursuit en ces termes :
« De cette circonstance, le vulgaire a pris occasion de croire que le salut du prince fut l’effet d’un miracle. A la vérité, il aurait pu en être ainsi à cause des mérites de ce bienheureux; car rien ne lui était plus facile que d’obtenir de Dieu la santé du prince, puisque, d’après le témoignage de ce dernier, il lui apparut et le consola. Et malgré tout, en pre-
nant au sens propre le mot miracle, ce n’en fut pas un. à mon jugement; d’autant que le prince guérit parles remèdes naturels et ordinaires, remèdes qui produisent ordinairement la guérison chez d’autres personnes atteintes du même mal, et dans un état aussi grave ou encore plus désespéré. A la vérité, je crois et tiens pour certain que nous fûmes aidés de la faveur spéciale de Dieu, grâce surtout à l’intercession de la très-sainte Vierge, sa mère, ét aux oraisons, prières pübliqués, pénitences et jeûnes qui, en faveur • de Son Altesse, eurent lieu dans toute l’Espagne et en plusieurs endroits hors de l’Espagné; de même que par l’intercession dé nombre de gens de bien qui devaient se trouver parmi une si grande foule; de sorte qu’on peut croire pieusement à l’efficacité dès/iiiérites du bienbeureux frère Diégo, bonoré depuis longtemps de la dévotion du prince. Mais, ainsi qu’il a été dit, tout arriva suivant l’ordre naturel, car le prince se trouva mieux des remèdes qui lui furent administrés. Or les miraclés proprement dits surpassent toutes les ressourcés de la nature, et conséquemment, dé ceux qui guérissent par les remèdes, dont les médecins ont fait l’expérience, on ne dit point qu’ils aient guéri par miracle, attendu que la santé peut être attribuée à l’efficacité de ces; remèdes, bien que tout arrive par la volonté de. Dieu (1). » ■ '
Ges réflexions du médecin Olivarès sont fort sensées, et il est vraiment regréttablè que Llorenle ne les ait point connues. L’bistorien de l’inquisition d’Espagne ajoute que le bienbeureux moine Diégo fut canonisé peu dé temps après, à la sollicitation de Philippe. La canonisation de saint Diégo d’Alcala n’eut lieu qu’en toSS, sous le pontificat de Sixte- Quint, vingt-six ans, par conséquent, après cette interven-
Cl) Relacion de la enfermedad del Principe D. Cârlos en Âlcalâ, por el doctor Olivarès, médico de su câmara, A&ns\-à. Coleccion de documintos inéditos para la historia de Espana, tome XV, p. 553-574; Madrid, 1849.
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lion d’une efficacité au moins problématique, d’après le dire des médecins, du prince. On peut admettre, sans trop de complaisance, qu’ils n’avaient pas tort de discuter l’effet salutaire de l’application des reliques ;; en tout cas, cet effet ne fut pas immédiat, puisque le corps du bienheureux Diégo, introduit dans la chambre du blessé le samedi 9 mai, c’est-à-dire le vingtième jour de la chute, resta exposé à la vénération des fidèles, dans l’église des Franciscains, jusqu’au rétablissement du prince, dont la convalescence ne commença point avant le milieu du mois de juillet. Durant cet interyalle^ la foule ne cessa de crier au miracle, tout en reprochant aux médecins et aux chirurgiens du prince de repousser les remèdes infaillibles d’un méchant empirique. Et comme il est avéré que Dieu parle par la voix du peuple, on essaya des drogues du charlatan moresque (Daza a eu le bon goût de nous transmettre son nom), et pas plus que les reliques du saint, elles n’eurent d’effet sensible. La cure dura près de cent jours, et, nonobstant cette longueur de temps’, la guérison miraculeuse prit consistanoe, et la plupart des historiens ont fait honneur à saint Diégo du rétablissement de l’infant d’Espagne. Dans son élégante Histoire de don Juan d’Autriche j Lorenzo Van der Hammen s’exprime ainsi : ;
« Le 9 mai io62, Don Carlos, en descendant un escalier, sans précaution, franchit plusieurs marches, e± de sa chute fut en péril de mort; il est vrai que, par l’intercession de saint Diégo, religieux du séraphique saint François, il guérit vite, sanô en breve... Le voyant hors de danger, le roi s’en retourna à la cour, reconnaissant à Dieu et à son saint, moyennant lequel il avait opéré ce miracle; et à sa place il laissa Don Juan, pour veiUer sur son neveu et lui donner avis de son amélioration; à vrai dire, celle-ci fut si miraculeuse que l’inquiétude dura peu, aunque corm esta fué tan milagrosa, el cuidado duré poco (I). »
(1) Lorenzo Van der Hammen y Leon, Don Juan de Austria, lib. 1,
HISTOIRK.
Voilà, en peu de lignes, tout ce que l’histoire a transmis au souvenir touchant un événement si mémorable. Van der Hammen répète ce qu’il a trouvé dans tous les historiographes du seizième siècle, et ses successeurs ont fait de même. Des médecins, pas un mot. Llorente est moins incomplet sur ce point, mais il se trompe lourdement; et non content d’avoir estropié le nom de Vésale, qu’il appelle sans façon Basile (Basilio), il fait honneur à ce médecin d’une opération qui ne fut point pratiquée. Terminons par quelques réflexions à ce sujet.
Le lecteur connaît le texte du chirurgien Dâza Chacon, et il sait, à n’en pouvoir douter, d’après ce texte, que Don Carlos ne fut point trépané, en dépit de l’insistance de Vésale et du docteur portugais, qui tenaient pour l’application du trépan. Le texte du chirurgien Daza, d’une intelligence difficile en plus d’un passage, deviènt d’une clarté lumineuse quand on le rapproche de celui du médecin Olivarès. Écoutons ce dernier : -
« Selon moi, tout se fît pour le mieux mais, je l’ai déjà dit, dans les plaies de tête, il y a des difficultés inextricables, en heridas de cabeza hay grandes labirintos... Quand furent arrivés les docteurs Ména et André Vésale, le crâne, examiné avec grand soin, ne présenta ni fracture ni fêlure; sur un seul point seulement apparaissait une petite tache, hâcia una parte ténia una pequena mancha. Gela nous donna à penser; car, si ce signe persistait, il fallait ruginer l’os {legrar el easco) jusqu’à ce qu’il disparût ; mais, pour cette fois, l’os resta intact jusqu’à plus parfaite information... Voyant cela (les symptômes graves du côté du cerveau), le docteur Vésale fut d’avis que le mal était à l’intérieur, et que l’unique ressource était de percer le crâne jusqu’aux méninges, y que no ténia otro remedio sino pasar (traverser) el casco hasta las telas. Il persista dans cette manière de voir aussi
fol. 32, recto et verso. Madrid, 1627. — Même erreur de date que dans Llorente.
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longtemps que dura la fièvre, et il ne prenait point au sérieux la proposition de tout autre moyen, y ténia par hurla tratat'se de otro beneficio. D’autres furent d’avis que la cause de ces symptômes {accidentes) pouvait résulter {sic) de ce que l’os était lésé, ou par suite d’une lésion entre les deux tables, et conséquemment, qu’il était bon de le ruginer, era bien que se legrase. Cela, à cause des signes mentionnés ci-dessus, et parce que le lundi et le mardi, et tous les jours qui suivirent l’ouverture de la plaie, la petite tache dont j’ai déjà parlé reparut sur l’os. Les docteurs Véga, Torres etOlivarès furent d’avis que le mal n’était pointà l’intérieur, ainsi que le croyait Vésale, et qu’il n’y avait aucune lésion de l’os, non plus qu’entre les deux tables, hormis ce qui paraissait à la surface. Vésale ne laissa pas d’avoir beaucoup de raisons pour soutenir son opinion... Quant à ceux qui avaient quelque soupçon que la lésion existait dans l’os ou entre les deux tables, ils eurent aussi leurs raisons, d’autant que ces accidents sont communs en pareille circonstance. — Quant à moi et à ceux que j’ai nommés, nous avions la certitude qu’il n’y avait ni lésion interne, ni lésion de l’os (ce qui apparut parla suite avec pleine évidence). — Le mercredi 6 mai, arriva le bachelier Torres, chirurgien'de Valladolid, lequel fut d’avis qu’il fallait ruginer l’os {que se debia legrar el caseo), en remettant toutefois l’opération à un autre jour... Le samedi, à quatre heures du matin, à la fin du vingtième jour, comme les doutes persistaient encore touchant la lésion de Los, la rugination nous fut de nouveau proposée, se nos tomô â proponer el legrar. Les docteurs Véga, Torres et moi, nous persistions toujours dans notre opinion; néanmoins... attendu que... et persuadés que l'os devait être sain, nous consentîmes à l’opération, presuponiendo â nuestro juicio se habia de hallar el casco bueno^ Qcordamos que se legrase. Cela fut fait le samedi à neuf heures de la matinée, trois heures avant qu’il (le prince) entrât dans le vingt et unième jour. L’os fut trouvé mou {blando.
qu'il faut peut-être lire blanco), et de la partie poreuse, pendant la rugination, jaillirent des gouttes d’un sang trèsrouge, et ainsi l’opération fut suspendue. Il fut visible alors à tous. les yeux qu’il n’y avait point dejésion de l’os, non plus qu’à la partie interné qui correspondait à cet endroit. Cette épreuve eut d’ailleurs un excellent résultat; car elle dissipa les.douteS que l’on avait; et tous, excepté Vésale, qui ne changea jamais d’avis, se convainquirent que le mal était accidentel et provenait, par communication, de la fièvre et de rérysipèle. « Hallôse el casco blando, y entre sus porosidades estando legràndole salieron unas gotas de sangre muy colorada, y asî par 6 la legra. Viôse par pista de ojqsno haber dano en el casco, ni en la parte interior que correspondiese por aquel lugar. F ué de rauy gran fruto esta obra parque se saliô de la duda que se ténia, y asi todos, excepta Vesalio, el cual nunca mudô parecer, enlendieron que el dano era comunicado y accidentai de la fiebre y erisipela (I ). » .
Si le lecteur veut se donner le plaisir de confronter le texte d’Olivarès avec celui de Dionisio Daza, que nous plaçons ci-dessous, il achèvera de se convaincre de l’inqualifiahle légèreté de Llorente, qui a commis tant; de héyues en si peu de lignes (2). Toute la difficulté des deux passa-
(t) Docum^ inêd., t. XV, p. 561.
(2) Daza dit ; « Sabado à las cuatro de la manana... estando todavia en la duda de la lésion del casco, se nos tornô â proponer el legrarle, viendo el .poco inconveniente que se seguia por estar S. A. tan desacordado, que no podia entender lo que se hacia, y que no se le habia de dar ningun género de dolor;vistotambien que los mas eran de aquelpareceT.y la inclinacioH que S. M. ylosgrandes que estaban présentes tenian âque sè hiciese; y visto tambien el peligro en que S. A. estaba, y la poca esperanza que las senales que veiamos nos daban de su salud, acordamos que se legrase. Esto fùé sabado â las nueve de la manana; très hoias antes que entrase en el veîntiuno; comenzo el doctor Portugués â echar la legra, y â pocos lances me mandé el duque de Alba que la tomase yo, y fui legrando, y à poco rato halle el casco blando y solido, y comenzaron â salir de la porosidad del hueso unas gotillas de sangre muy colorada, y con esto paré la legra. »
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ges porte sur les deux mots legra et legrar qu’on a eu tort de traduire par trépan et trépaner. Legra veut dire rugine, et legrar ruginer. Covarrubias est précis «ur ce point : « Ruginer l’os, dit cet excellent lexicographe, est un terme de chirurgie qui équivaut à découvrir et racler l’os, afin de voir s’il est rompu ou fêlé. Ce terme est venu d’un instrument qui sert à faire ladite opération, qu’on appelle legra, et dont l’étymologie m’est inconnue (1). » Le mot legra, qui désigne à la fois l’instrument et l’opération, pourrait bien dériver du latin levigare, polir, rendre lisse, amincir en raclant ou ratissant.
La relation de Daza Chacon, telle qu’on la trouve dans le tome XVin de la Cpteccion de documentos inédites, porte legrara pour legra et legrarar pour legrar. Il y a là deux fautes, et, corqme elles ne sont pas les seules qu’on rencontre dans cette copie, il est permis de reprendre les éditeurs de ce précieux recueil de documents inédits, qui font précéder l’observation chirurgicale de Daza d’un court avertissement où il est dit que cette pièce, imprimée, mais devenue trèsrare, paraît maintenant plus correcte, se publica ahora mas corregida. L’essentiel est de savoir qiie signifie rugine et non trépan; et, quand même signifierait trépaner, il demeure établi, après cette discussion, que* le prince Don Carlos n’a point été trépané, et que la rugine n’a pas pénétré au delà de la table externe du crâne.
La conclusion de tout cé qui précède, c’est que les historiens, dans certàins cas, ne peuvent se dispenser de consulter les médecins, et que la médecine peut fournir des
(1) « Legrar el éascoésiermim de cîrugîa; vale tanto como déscubrirle y raerlo, para ver si esta rompido 6 cascade. Dixose assi de un instrumente con que se haze la tal cura que se llama legra, cuya etunelegia yo
no alcanço. » El licenciado D. Sebastien Cobarruvias Orozco, Tesoro
de la lengua castellana 6 espanola, Madrid, 1611, per Luis Sanchez, fol. 518, v». — Voyez aussi dans Oingen y principio de la lengua ca&tellana 6 romana que hoyse usa en Espana, compuesto par el Beimardo Aldrete, et continué par Cobarruvias, Madrid, 1674, fol. 87, 1» p«.
Guardia. *
histoire.
renseignements utiles et des documents précieux à l’histoire.
IV, — Relation de la dernière maladie de Ferdinand VI,
roi d’Espagne, par son médecin ordinaire, Andres
Piquer.
Aux documents qu’on vient de lire nous en ajouterons un autre dont la valeur n’est pas petite, soit qu’on en considère l’auteur, soit qu’on s’attache de préférence au personnage qui en fait le sujet. 11 s’agit de la dernière maladie de Ferdinand YI, roi d’Espagne, racontée par un médecin dont le nom est familier à quiconque a lu les bons ouvrages de médecine.
Andres Piquer (né le 6 novembre 1711, mort le 3 février 1772, âgé de soixante ans et trois mois environ), tint le sceptre de la médecine espagnole au dix-huitième siècle (1).
Moins hardi comme théoricien que son célèbre compatriote et contemporain, le sceptique Martin Martinez, moins original dans la pratique et moins sagace que Solano de Luque, dont les innovations en sphygmologie ravissaient Bordeu, Piquer, possédait des connaissances étendues et profondes, un grand sens, une haute raison, et il savait, chose rare de son temps, concilier son admiration pour, les anciens avec une légitime curiosité pour les découvertes et les doctrines des modernes. On ne peut pas dire qu’il eût du génie ; mais de belles facultés en équilibre firent de lui, non pas un réformateur, mais un restaurateur des bonnes études médicales, dont la tradition s’était perdue, depuis près de deux siècles, en Espagne, sous la pernicieuse influence de la scolastique monacale. Piquer appartenait à celte école de praticiens éclairés qui sauvèrent l’art médical des périls que lui fit courir l’iatro-mécanisme, en se
(1) Voir sa vie® crite par son flls, Juan Chrisostomo Piquer, et reproduite par Morejon, Hist. bibliogr. de la medic. espan., t. Yll, p. 13^159.
rattachant à renseignement hippocratique, non pas tel que le conçoivent de nos jours des systématiques en retard et bien aises de protéger leur faiblesse en faisant valoir unç généalogie mensongère ; mais tel que l’ont conçu de tout temps les médecins qui ont eu la véritable intelligence de l’art médical, et que les circonstances ont placés dans des conditions analogues à celle dont le souvenir nous a été transmis parles écrits du cycle hippocratique.
Piquer, séduit dans sa jeunesse par le brillant système de Boerbaave, avait embrassé ce fantôme d’une médecine exacte, fondée sur les mathématiques. Il s’était trompé comme Baglivi, Bellini, Borelli et tant d’autres beaux génies qui ont honoré la médecine. Mais, si ferme était son esprit et si droit son caractère, qu’il n’hésita point, dans l’âge mûr, à désavouer les principes par lui adoptés avec ardeur au début de sa carrière.
Toutefois, l’esprit de Piquer cherchait la vérité dans la conciliation des doctrines médicales les plus diverses; jusqu’à son dernier moment, il retoucha, remania son premier ouvrage {Medicina vêtus ^i^ava), dont le titre significatif dit assez que pour lui, comme pour tant d’autres, la certitude médicale n’existait que par la tradition empirique. A ce point de vue, le médecin espagnol doit prendre rang dans cette phalange d’élite, dont le chef est Sydenham.
Médiocre comme philosophe, il ne put que tracer quelques règles de logique et de morale à l’usage de la jeunesse; aussi ses écrits philosophiques n’ont-ils aucune valeur solide. Il n’en est pas de même de ses écrits de médecine, excellents pour la pratique et remarquables par la méthode et la clarté de l’exposition. Les commentaires de Piquer sur le Pronostic d’Hippocrate et sur les trois premiers livres des Épidémies sont un digne monument de son savoir et de son bon sens. On peut consulter encore ses Institutions de médecine, son remarquable Traité des fièvres et celui de Médecine pratique.
Tous ces ouvrages furent composés en vue de la jeunesse des écoles. Piquer, parvenu par son mérite au faîte des honneurs, n’oublia jamais qu’il s’était élevé par l’enseignement, et il resta professeur toute sa vie. Il dissertait volontiers dans ses livres, et, tout en exposant les faits avec netteté, tout en les analysant avec sagacité pour en tirer des conclusions générales et des principes dogmatiques, il prenait un plaisir visible à invoquer les textes de ses auteurs favoris, à mettre en présence lés anciens et les modernes, à concilier lès opinions divérgentés, à donner, en peü de mots, sur chaque question, toutes les opinions qui étaient à sa connaissance.
Il ne faut pas croire que cette méthode, ou pour mieux dire cette habitude, rende la lecture des écrits de Piquer fastidieuse. Comme il expose bien, en général, cette accumulation d’autorités ne déplaît point, parce qu’elle' est instructive. Seulement il est bon que le lecteur, pour profiter de tant de trésors, ait un peu de cet esprit de discernement et de ce sens critique dont lés éclectiques së passent le plus souvent. Piquer avait un peu trop le goût de l’érudition, et il ne laissait perdre aucun souvenir de ses lectures; mais il interprétait les textes en homme d’expérience, qui né perdait jamais de vue la pratique ; de série que ses travaux dé médecine ont toujours cette -valeur actuelle qui recomngande essentiellemènt les écrits des bons praticiens. '
Ce qui rebute dans l’étude de nés vieux auteurs, c’est précisément ce grand luxe de discussions que nous tenons pour intempestives ét oiseuses , mais qui nous représentent au vif l’état passé de la médecine, et nous offrent çà et là, compensation inappréciable, quelques-unes de ces vérités d’expérience, utiles en tous lieux et en tout temps, et qui deviennent, ainsi que les aphorismes hippocratiques, le bien commun des praticiens.
Ces vérités abondent dans l’observation de Piquer, que
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nous oifrons à nos lecteurs, dégagée des savantes et trop longues dissertations qui étaient à la mode il y a cent ans. Les médecins des princes n’en étaient pas dispensés; bien au contraire, l’usage voulait que les consultations qu’on leur demandait fussent élaborées savamment comme des thèses. Piquer lui-même nous en fournit un exemple assez curieux : on trouve à la suite de sa consultation une lettre adresse au grand chambellan du roi d’Espagne, dans laquelle il énumère les propriétés du lait d’ânesse et les , motifs sur lesquels il se fondait pour en prescrire l’usage à . son royal malade.
On voit qu’à la cour d’Espagne on procédait avec méthode, et que les princes malades étaient traités dans les règles. Ainsi le voulait l’étiquette. Piquer, comme ses prédécesseurs, fut obligé de se conformer aux exigènces du règlement, et nous devons à cette obligation, que lui imposait sa charge de médecin du roi, le récit d’une maladie très-singulière, et pour ainsi dire endémique, à la cour d’Espagne; car elle se transmettait par hérédité, non-seulement de prince à prince, mais de dynastie en dynastie.
Philippe le Beau mourut jeune de ses débauches et des attaques répétées d’une maladie nerveuse qui ressemblait beaucoup à la manie aiguë. Sa femme, Jeanne la Folle, durant le cours d’une vie misérable, prouva, par l’extravagance de sa conduite, qu’elle méritait son surnom. Gharles- Quint, issu de l’union de Philippe le Beau et de Jeanne la Folle, fut épileptique dans sa jeunesse, et sujet, dans son âge mûr, à des accès de mélancolie qui le forcèrent d’abdiquer et de chercher le repos dans la retraite d’un cloître. En s’isolant ainsi, le puissant empereur remplissait, sans le savoir, une indication médicale. Mais le mal était invétéré, et triompha du malade au bout de deux années. Philipe II, de sinistre mémoire, tombait parfois dans une mélancolie noire, très-voisine de la lypémanie. Il suffit de
parcourir sa correspondance pour saisir les indices d’un mal profond qui se traduisait par des altérations d’humeur, dont le ferme caractère du personnage ne pouvait pas toujours dissimuler les effets. Don Carlos, fils de Philippe U, et héritier présomptif de la couronne, était d’une constitution épileptique et sujet à des singularités qu’on peut regarder comme des symptômes d’une manie héréditaire et incurable. Élevé en dépit du bon sens et maltraité par son entourage, ce malheureux prince, retranché dans sa fleur, aurait fini par la démence, Philippe III était à moitié imbécile. Philippe IV, son successeur, ressemblait beaucoup à l’empereur Claude ; il aimait et cultivait comme lui les belles-lettres, et, comme lui aussi, il avait l’air, les façons et la conduite d’un idiot. La débilité intellectuelle des derniers représentants de la dynastie autrichienne se révéla sans atténuation d’aucune sorte dans la personne de Charles n, ce pauvre prince souffreteux et malingre, impuissant et maniaque, qui se croyait ensorcelé.
La dynastie française ou bourbonienne n’apporta point de meilleurs germes. Philippe V, premier représentant de cette dynastie et petit-fils de Louis XIV, abdiqua une première fois dans un accès de manie. Remonté sur le trône, il se conduisait dans son palais comme un véritable fou, passant au lit des mois entiers dans l’ordure, sans changer de linge, battant sa femme et se livrant à toutes les extravagances si bien décrites par un témoin oculaire et impitoyable, le duc de Saint-Simon, ambassadeur à sa cour, et résumées en excellents termes par Duclos (1).
Le même écrivain s’exprime ainsi sur le compte de Ferdinand VI, fils aîné et successeur de Philippe V : « Ce prince doux, tranquille et insensible en apparence, sortait quelquefois de cet état léthargique par des accès de fureur, et il était dangereux d’y donner occasion ; il avait beaucoup
(1) Mémoires secrets sur le règne de Louis XV.
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du caractère de son père, dont les vapeurs s’éloignaient peu de la folie (1). » L’observation de Piquer confirme de tout point l’assertion de l’historien. Et, maintenant que le lecteur est bien au sujet, laissons la parole au savant médecin de Ferdinand VI (2).
En 1758, la cour alla, suivant l’usage, passer la belle saison à Aranjuez. Le roi demeura dans cette résidence royale jusqu’au 27 août, où mourut la reine, malade depuis le 20 juillet. Aranjuez est un endroit malsain en été et en automne : on y observa cette année-là beaucoup de fièvres tierces à l’état épidémique ; les plus robustes sujets n’en furent pas exempts. Parfois les accès s’accompagnaient de vomissements noirs et avaient le plus souvent un caractère malin. Le roi, sain de corps en apparence, était en réalité peu dispos, lent à remplir ses devoirs, paresseux dans ses exercices habituels : toutes les fonctions vitales languissaient, et toutes les nuits sa tête était inondée de sueur. 11 est vrai que le roi, d’un tempérament mélancolique très-prononcé, incline visiblement vers la mélancolie par prédisposition naturelle; à tel point que, même en santé, il est sujet à des frayeurs pareilles à celles qui assiègent d’ordinaire les mélancoliques. Il avait eu d’ailleurs un accès de mélancolie, dont la durée fut de treize mois. Son alimentation, essentiellement animale, consistait en viandes de forte saveur et de haut goût ; point de fruits ni de légumes; rien, en
(1) Duclos, Morceaux historiques, dans ses Œuvres , t. III, 2« partie, p. 419, de l’édit. Belin. Paris, 3 vol. in-8, 1822.
(2) Voici le titre de la relation de Piquer : Discurso sobre la enfermedad del Rey nues\ro senor Don Fernando VI {que Dios guarde), escrito por Don Andrés Piquer, médico de câmara de Su Majestad. (Existe manuscrito en la Biblioteea del Exemo. Sr. Duque de Osuna.) Dans le tome XYIll de la Çoleccion de documentos inédites para la kistoria de Espana, p. 156-226. On trouve à la suite une courte relation de la dernière maladie de la reine d’Espagne liona Maria Barbara de Portugal, femme de Ferdinand VI, par Piquer. Elle est insignifiante au point de vue médical.
un mot, de ee qui aurait pu rendre le sang plus fluide.
A son retour d’Aranjuez, le roi tomba malade dans son château de Villaviciosa, le 7 de septembre. Au début, ce furent de très-grandes frayeurs : le roi craignait sans cesse de mourir suffoqué ou de mort subite. Il se livrait en même temps à des actes que Ton mettait complaisamment sur le compte de son originalité, quoiqu’ils fussent, selon mon jugement, des symptômes et des effets dç la maladie. Il est de fait qu’au bout de quelques jours il négligea d’expédier les affaires, renonça à la chasse, ne consentit point à se laisser couper les cheveux et raser la barbe ; tous ces signes et bien d’autres encore révélaient clairement son mal. Il .dormait bien; mais à son réveil, la crainte et l’humeur triste redoublaient. Il ne tarda pas à se coucher sur un méchant grabat, et rien ne put le décider à quitter cette couche incommode. Son état empirait après le repas ; biëntôt il voulut être seul pour manger et il mangeait hors de temps. Petit à petit il renonça aux aliments solides, et se réduisit au bouillon ; encore n’en prenait-il que de loin en loin. Il avait coutume de se promener dans sa chambre, et ces promenades, qui se prolongeaient dix ou douze heures, l’affaiblissaient considérablement. Une enflure , suivie d’ulcération et de suppuration, se manifesta aux jambes, et le força d’interrompre ces grands tours. L’humeur morbide des parties intérieures semblait devoir s’écouler par cet exutoire.
Tout ce qui précède, je le tiens des médecins qui donnèrent des soins au roi jusqu’au 25 novembre 1758, où j’entrai en fonctions. Le roi était alors en proie à une affreuse anxiété; il croyait sa mort imminente ; tantôt il suffoquait, tantôt on lui déchirait les entrailles ; à chaque instant il allait trépasser. Il ne cessait de dire cela, il le répétait à satiété, et ne pouvait se lasser de manifester ses craintes avec une ténacité qui rendait inutiles les meilleurs raisons : impossible de le convaincre de l’inanité de ses appréhensions.
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Bien plus, tout entier à ses idées noires, tournant sans repos dans le cercle de sa mélancolie, il ne souffrait point que la conversation roulât sur un autre sujet; il n’en sortait pas -et y, ramenait constamment ses interlocuteurs. Parfois la crainte cédait la place à une fureur violente, et, dans son emportement, il se livrait à des actes tout à fait contraires à sa bonté naturelle. Outre cela, il se plaisait dans l’isolement le plus absolu, et, en somme, toutes les manifestations de l’intelligence annonçaient une profonde altération.
' Insensiblement la maigreur devint extrême ; à travers la peaii,les vertèbres et les côtes faisaient saillie, si bien, qu’on les pouvait compter. Les yeux injectés, les paupières sèches et enflammées, le visage coloré, vultueux, le pouls dur, lent, très-fort. Il survenait parfois des tremblements qui agitaient convulsivement les bras ou tous les membres : urines rouges, chargées, constipation tenace, sommeil assez bon, mai S' irrégulier; au réveil, les idées mélancoliques se manifestaient avec plus de véhémence. Exacerbations quotidiennes à des heures fixes y elles commençaient ordinairement vers midi et duraient beaucoup. C’est alors que l’imagination du malade se montrait dans le plus grand désordre. Petit à petit l’anxiété diminuait avec l’agitation, et finalement arrivait le sommeil. L’alimentation se réduisait à presque rien ; la diète était en quelque sorte rigoureuse ; deux jours et plus sans nourriture ; un bouillon toutes les trente-six ou quarante heures.
Il alla ainsi jusqu’au milieu du mois de janvier; de sorte que ce régime dura plus de deux mois. A partir du 18 de janvier, il y eut une légère augmentation dans la-nourriture. Dans les vingt-quatre heures, le roi prenait deux bouillons avec du pain, ou de la panade, et une tasse de chocolat. Ce régime ne se prolongea pas bien loin; vers la fin de janvier, le roi se remit à prendre un bouillon dans les vingt-quatre heures ; il y avait des jours où il prenait aussi du chocolat.
Point de fièvre durant les trois premiers mois. A partir
de la mi-décembre, il eut un léger mouvement fébrile, mais sans régularité ni périodicité, A la fin de décembre, la fièvre alla en augmentant; les accès se rapprochaient de plus en plus, mais sans qu’il fût possible d’établir un intervalle régulier ou un ordre fixe dans les jours. La fièvre s’annonçait par un refroidissement des pieds et des mains : le pouls se retirait en quelque sorte, puis ses battements devenaient rapides, fréquents, inégaux; la chaleur augmentait sensiblement au toucher ; langue sèche, noire, épaisse ; lèvres blêmes, teint livide, un enduit sur les dents d’une matière visqueuse; urines très-rouges, denses, avec un sédiment considérable, lourd, inégal. Point de soif; le malade toutefois s’humectait la bouche. Ces accès duraient longuement; parfois le second survenait avant la fin du premier. Vers le 10 ou le 12 de janvier, les accès diminuèrent d’intensité et de fréquence, et, comme devant, ils revinrent à de plus rares intervalles ; le plus long intervalle n’alla pas au delà de neuf jours.
Quant aux idées mélancoliques, elles prenaient tous les jours plus de force : les mouvements convulsifs des bras et des jambes plus violents et plus rapprochés, la sensibilité présentait des alternatives notables ; elle manquait parfois entièrement. Il est vrai que çet état d’insensibilité ne durait guère. Les mouvements convulsifs des extrémités supérieures et inférieures différaient notablement des tremblements produits par les frayeurs de la mélancolie. Point de sueurs générales; transpiration fréquente des pieds et des mains, froide le plus souvent et accompagnant toujours les accès de mélancolie violente.
La constipation était opiniâtre; le roi fut une première fois vingt-six jours sans aller à la garde-robe. Le 7 de décembre, il eut une selle normale, à la suite de laquelle le ventre resta fermé pendant trente-six jours. Le 22 de janvier, autre selle, et depuis, alternatives de constipation et de relâchement, et enfin évacuations plus régulières.
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Du 8 au 14 de février, les fièvres persistèrent avec redoublements quotidiens. Le 15, la fièvre monta à son apogée, et le 17 elle tomba. Les conceptions délirantes {las ideasdepravadas) oai augmenté de jour en jour ; il peut être inutile de rappeler ici toutes les extravagances du malade sous l’influence de son délire; il suffira de noter que pas un jour ne s’est passé sans accès mélancolique. Hors des redoublements, la chaleur était assez modérée , inclinando mas â frescura que a incendia. Le pouls point accéléré ni fréquent, lent et rare ; il a toujours cette dureté que j’ai observée dès le début.
Après cette description de la maladie, Piquer en détermine la nature. C’est, dit-il, une affection mélancolique et maniaque. La mélancolie et la manie, bien que séparées dans la plupart des ouvrages de médecine, sont au fond une même maladie; elles ne diffèrent que par le degré d’activité et la diversité des sentiments et des facultés de l’âme. A l’appui de cette opinion. Piquer allègue l’autorité d’Hippocrate, d’Alexandre de Tralles, d’Hoffmann. Il suffit de consulter les textes d’Hippocrate, de Galien et d’Arétée sur la mélancolie pour se convaincre que c’est de cette affection que le roi souffre essentiellement. Piquer s’attache à démontrer la ressemblance qu’il croit saisir entre les symptômes de l’affection mélancolique, telle que l’ont décrite les anciens auteurs, et les signes de ce qu’il appelle la mélancolie maniaque ou manie mélancolique de Ferdinand IV, afecto melancôlico maniaco.
Après avoir déterminé la nature du mal, il en recherche le siège. La mélancolie, dit-il, peut se loger de préférence sous les hypocondres, dans le sang ou dans la tête. Quant à la mélancolie du roi, il est évident que le point de départ en est dans la tête. Ce qui a persisté, en effet, ce sont les désordres des fonctions cérébrales , l’inflammation des yeux, les sueurs de la tête, autant de signes qui indiquent
évidemment le siége-du mal. Piquer, corrobore sa manière de voir par de nouveaux textes d’Hippocrate et deCælius.
Ayant déterminé le siège du mal, il en rechercbe la cause, et ici les théories humorales interviennent pour expliquer l’inexplicable; car on n’en sait guère plus long de nos jours qu’on n’en savait il y a un peu plus d’un siècle. Piquer toutefois affirme, sjans hésitation, sin duda, que la.cause de la mélancolie du roi n’est autre que l’humeur atrabilaire, c’est-à-dire une humeur noire et maligne fixée dans la tête,, et produite par une prédisposition naturelle, par un tempérament approprié, par des passions tristes et dépressives, par une alimentation trop substantielle. Ce mal ne paraît pas d’ailleurs pour la première fois, et il n’y a rien d’extraordinaire qu’il ait reparu avec plus de force. Le cerveau du roi, semblable à une éponge, a pompé cette humeur noire, et voilà pourquoi la cause du mal est dans la tête. Ici, force textes de Galien, d’Hippocrate et de Pracastor, pour donner raison des accès intermittents; puis une longue dissertation sur l’atrabile, renforcée des autorités d’Eugalenus, de Sennert, de Boerhaave et des principaux représentants de l’humorisme.
Piquer disserte longuement et très-savamment, et finalement il dit que la maladie du roi est occasionnée par l’humeur atrabilaire corrompue, et putréfiée avec acrimonie d’un caractère scorbutique : De todo esta concluyo que la causa de la enfermedad del Rey, es el humor atrabiliar, m solitario, sino corrompido y putrefacto, y cm acrimonia, de indole escorbutica.
Passant ensuite à l’explication des symptômes, Piquer distingue lespathognomiques, — ceux-là qu’il a relevés dans les descriptions- de la mélancolie par Hippocrate, Arétée et Galien, et qui consistent dans les désordres des fonctions supérieures, — des intercurrents ou accidentels, parmi lesquels il compte la débilité résultant d’un régime insuffisant, les fièvres et les convulsions. Nouvelle dissertation humorale
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^ur l’amaigrissement du roi, et, dans cette dissertation, longs développements au sujet des pernicieux effets de Tabstînence, sur lesquels les modernes ont glissé trop légèrement;' étant communément plus enclins au raisonnement qu’à l’observation, los modemos por lo comun mas ^dictas â razonar que à observar. Piquer, excellent observàteur, ne faisait point exception à la règle; il raisonnait à perte dé vue, suivant la méthode des scolastiques, et à tel point, que, si nous' n’âvioiis pris le soin d’élaguer de sa relation les dissertations intempestives qui l’allongent démesurément, nos lecteurs né consentiraient pas certainement à la suivre jusqu’au bout (t).
Piqüer attribue la fièvre de son malade à deux causes : ■ la diète rigoureuse et les germes de l’épidémie d’Aranjuez, qui ont fait éclosion, el fermento' terciandrid oculto que contrajo en Aranjuez. Personne n’ignore, dit-il; que les fièvres tierces se déguisent d’ordinaire sous la forme de douleurs, dé délires; de sueurs et autres incommodités périodiques, sans fièvre-apparente, et il allègue à ce sujét d’excellentes réflexions de Morton et de Sydenham. Il est certain qu’au début le roi avait des jours plus mauvais que lés autres, et que ses accès mélancoliques offraient un caractère de périodicité tel qu’on l’observé dans lés fièvres intermittentes. -
PiquePj commentateur d’Hippocrate, rémarque qu’une relation visible existe entre les fièvres intermittentes proprement dites et lès fièvres erratiques, et qu’il n’est pas rare de voir cés deux types alterner, se succéder, sè transformer, de manière à sè confondre, ce qui veut dire que, la cause de la fièvre étant unique, les formes de la fièvre peuvent varier et les types se transformèr. A ce sujet, longue et savante dissertation sur l’bémitritée, dont le type est
(1) Cada una de estas cosas, si se hubiera de tratar con todos los fan- <3amentos del arte, pedia una larga disertaeion ; pero los insiiiuaré yo aqui con la brevedad que corresponde d una consulta. P. irs.
le plus souvent erratique, et qui vient presque toujours à la suite des fièvres intermittentes. Ce passage se recommande particulièrement aux commentateurs des textes hippocratiques, dont les interprétations ont obscurci, au lieu de l’éclairer, un des points les plus difficiles de la pathologie hippocratique. Les fièvres qui sont vagues, erratiques au commencement, ajoute Piquer, à mesure que le temps marche et que la maladie se prolonge, se fixent en quelque sorte, et deviennent continues, en passant par l’intermittence. Une observation attentive peut seule venir à bout des difficultés qui se présentent dans cette période transitoire de transformation : He dicho que se hacen semejantes â las continuas, parque en el transita de intermitentes â continuas, se padecen grandes equimcaciones par falta de atenta obsermcion. Tout ce que le savant praticien espagnol rapporte en cet endroit de sa relation confirme l’opinion de Sydenham.
Au début, le roi était en proie à une fièvre erratique ou à type indéterminé ; petit à petit la fièvre a pris un caractère de continuité, et finalement elle est devenue périodique et rémittente. La fièvre elle-même vient en partie de l’humeur atrabilaire qui remplit le cerveau du roi, ainsi que l’attestent la continuité et la durée des conceptions mélancoliques. A la longue, cette humeur s’étant corrompue, il en est résulté une fièvre bien caractérisée. L’humeur qui occasionne la maladie du roi étant de nature atrabilaire, avec un ferment de fièvre tierce et un mélange de putréfaction et d’acrimonie scorbutique, la fièvre doit nécessairement avoir des caractères correspondants à la nature de tous ces éléments.
Après avoir conclu de la sorte. Piquer entame une nouvelle dissertation sur les causes de l’amaigrissement du roi; et, à la suite, il aborde la question des mouvements convulsifs. Ces mouvements, dit-il, n’ont pas manqué de se produire presque tous les jours, avec plus ou moins d’in-
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tensité. Le roi est sujet à un priapisme à peu près continuel; symptôme grave, qui annonce toujours une affection convulsive. A la vérité, l’âcreté de l’humeur putride et atrabilaire est telle, qu’il ne faut pas s’étonner des convulsions épileptiformes qui se sont produites deux ou trois fois. Passant ensuite au pronostic, l’observateur combat l’erreur de ceux qui pensent qu’on ne meurt point de l’affection mélancolico-maniaque. Très-longue, même quand elle est simple, cette affection est surtout dangereuse par ses complications. Ici, récapitulation des symptômes de la maladie; évidemment l’humeur atrabilaire est de nature maligne, réfractaire à la coction, et conséquemment à l’absorption. La vie du roi court de sérieux risques, d’autant plus que le mal n’a pas été traité énergiquement dès l’origine, par la faute du malade. Il me semble, pour ne rien dissimuler, que la mélancolie s’accompagne d’une fièvre continue avec délire, de sorte qu’on peut prévoir et craindre une phrénitis lente, chronique, mortelle.
Le traitement, d’après les indications thérapeutiques, devrait avoir pour but de corriger l’humeur atrabilaire, et de fortifier la tête et le système nerveux. Piquer, en conséquence, avait prescrit des émollients, des lénitifs, un régime léger et fortifiant, bouillons de viandes blanches, lait d’ânesse, quinquina, lavements pour combattre la constipation habituelle; mais le roi refusa de suivre une pareille médication : Pero no hubo forma jamas de venir à ello..., pero nada de esto se hizo...,pero S. M. nada de esto ha quendo hacer. Il n’a consenti qu’à prendre quelquefois la décoction blanche de Sydenham, non sans de grandes difficultés. Il n’a pris qu’une seule fois un peu de gelée de corne de cerf avec des vipères fraîches, et çà et là quelque cordial. Nous n’avons pas, au reste, entassé les médicaments, d’abord parce qu’il convient de traiter les mélancoliques avec une grande douceur, et ensuite parce que la multiplicité des remèdes est du fait des em-
HISTOffiE.
piriques, tandis que les médecins s’appliquent à connaître et à imiter la nature : No hemos amontanado mas remedios, mi porque los melancôlicos deben tratarse con gran suavidady blandura, icomo porgue el fârrago de medicamentos es mas propio de curanderos que de médicos, que procuran conocer é imitar ûAa jîafwra/eza. In somme, le.roin’a. pas voulu s’astreindre à une médication suivie, naéthodique, rationnelle, de -telle sorte qu’on ne peut dire,, d’après,!, es résultats^ si les indications curatives ont été. bien remplies. , ,
Ici se termine la première partie de la relation. Piquer reprénd son histoire à la fin de février,, et remarque tout d’abord qu’à partir de cette époque, les désordres de l’intelligence n’ont fait que s’accroître. Le rpi s’est livré à des colères violentes, et ses emportements l’ont entraîné bien au delà des limites de la raison. Il lui est arrivé maintes fois de faire violence aux gens de son entourage, de les frapper brutalement, de leur lancer à la tête tout ce qui lui tom-. bait sous la main, vases, tasses, assiettes. Le roi s’est fort maltraité lui-même, et souvent a essayé de se pendre ou de s’étrangler avec ses draps, sa serviette. Dans l’intervalle de ces transports, il était sujet à des craintes puériles, à de grandes frayeurs, à une anxiété croissante ; puis il s’agitait avec des contorsions violentes, en poussant des cris perdants; ensuite il tombait dans un affaissement absolu, dans une immobilité profonde, et, àu milieu de ces alternatives d’agitation et de repos, il était facile de voir que les conceptions mentales venaient du mal et non de la nature : Pero siempre las ideas de la mente eran hijas del mal, nunca de la naturaleza.
Au commencement du solstice d’été, clameurs prolongées et grands éclats de voix, qui cessèrent dès l’entrée de la canicule; puis torpeur et dépression, indolence, inertie. Dans cet état, incohérence, paroles sans suite, le plus souvent inintelligibles ; erreurs grossières des sens, perte de la
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mémoire : il confondait les lieux et les personnes ; et les objets extérieurs qui tombaient sous ses sens ne provoquaient pas la réaction habituelle. Quelques intermittences, mais si rares et si courtes, qu’on pouvait à peine les percevoir. Tout en déraisonnant sans mesure, il forçait les assistants à répondre à ses sottises, et entrait en fureur si on ne lui donnait pas satisfaction. Il suppliait souvent les assistants de soutenir son esprit qui s’en allait, disait-il, et avait besoin d’appui, et il leur demandait en grâce de lui suggérer des idées, car il n’en avait plus, et croyait qu’il allait mourir faute d’idées : decia que no ténia pensamientos, y que era forzoso morir por falta de ellos. Il est de fait qu’il ne se plaisait qu’aux idées de son mal et ne voulait point en être distrait. Pour le tranquilliser, il fallait le ramener au sentiment de sa maladie : sin sosegarse hasta que se le exciiaba la especie de sus propios males.
Grandes variations dans le sommeil. En mars et avril, lourdes somnolences et fort longues ; après ces somnolences, l’agitation se produisait avec plus d’énergie. Vers le solstice d’été, les désordres de l’intelligence remplacèrent les somnolences; à la fin de juillet, le sommeil était mauvais et très-court. En même temps convulsions des muscles de la face, suspension passagère des sens, perte du sentiment et du mouvement dans les bras ou les jambes, avec des soubresauts très-violents. Vers la fin d’avril, on observa des contractions involontaires des fausses côtes et des dernières côtes, avant chaque nouvelle inspiration, comme il arrive dans les grands éclats de rire. Le priapisme cessa absolument; la respiration devint laborieuse et sifflante; l’exercice de toutes les fonctions produisait une lassitude visible.
Nulle régularité dans les repas : le roi mangeait quand il en avait envie, c’est-à-dire à de rares intervalles et more maniaco. Il est à remarquer qu’au milieu de ces désordres, le malade semblait recouvrer des forces, tandis qu’il perdait le sommeil et qu’il poussait plus que jamais des cris et des
GOAIiDlA.
clameurs bruyantes. Depuis le commencement de janvier, la nutrition se faisait très-mal : il en résulta une anasarque. Dès les premiers jours de juillet, le ventre se maintint constamment élevé et tendu comme dans la tympanite. La aonstipation persistant, les matières, rendues avec efforts, ressemblaient à des crottins de chèvre. Vers la canicule, la fièvre devint plus intense, la tête se dérangea de plus en plus, la palpitation que l’on percevait à la région diaphragmatique augmenta d’intensité d’une manière tout à fait incommode, et les forces tombèrent.
Plus de cris, point d’appétit, soif continuelle, indolence, anéantissement. Peu de sommeil, et encore très-agité, sueurs abondantes, respiration très-difficile, anxiété croissante. Vers le commencement d’août, la parole était tellement embarrassée, qu’on ne pouvait rien comprendre. Le 6 d’août, à neuf heures et demie du soir, on trouva le roi en proie à une attaque d’épilepsie, après laquelle H perdit la parole, tout en conservant la voix. Fort abattu, il fut assoupi tout le reste de la nuit et le jour suivant. Une autre attaque le surprit dans l’après-midi, et le laissa encore plus affaissé. Le mercredi 8 août, autre attaque à midi; à partir de ce moment, on ne l’entendit plus émettre aucun son; on pouvait supposer tout au plus, d’après certains signes équivoques, qu’il n’avait pas entièrement perdu l’ouïe. Le 9, il eut deux attaques dans la journée et une dans la nuit, à la suite desquelles il resta absolument privé de sentiment et de mouvement comme un homme frappé d’apoplexie. Le môme jour, vers le spir, il commença à respirer en faisant entendre une espèce de râle bruyant ; puis la respiration devint stertoreuse ; la chaleur était très-intense au toucher, le pouls resta régulier jusqu’au matin. A ce moment, le râle augmenta, la respiration devint bruyante et très-pénible, le pouls petit, et le roi expira le 10 août à quatre heures et un quart. Depuis la première attaque, il n’avait point repris connaissance. On était forcé d’administrer les aliments et
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les remèdes de force, au risque d’étôuffer le malade. Du H juin au 5 août, le lait d’ânesse fut régulièrement administré, sans résultat appréciable.
L’observation se trouvant complète par la mort du malade, Piquer entame une nouvelle dissertation, non pour justifier sa thérapeutique, le rOi n’ayant pu être soumis à un traitement régulier, jamâs se ha sujetado à una metô-
dicay bien ordenada curacion, mais pour démontrer que tous les symptômes du mal avaient une origine commune, et reconnaissaient par conséquent une cause unique. De la persistance des désordres cérébraux, il conclut à une lésion permanente du cerveau. Accumulation d’autorités ; bonnes réflexions sur les fièvres erratiques , corrélation désaffections cérébrales et de cellos des cavités splanchniques, observations très-justes sur la valeur des symptômes de la région diaphragmatique dans les maladies cérébrales. Ce passage de Piquer est précieux pour l’intelligence de la pérémVts des anciens médecins. ■
Sous le langage métaphorique, évidemment inspiré par les théories philosophiques et médicales de l’antiquité sur les passions, on sent que Piquer avait observé attentivement les singuliers phénomènes dont l’explication sera peut-être donnée scientifiquement lorsque la physiologie aura mieux déterminé les fonctions et l’influence du système nerveux, appelé grand sympathique. Il est certain que la préoccupation exclusive de rechercher les causes de la folie dans le cerveau a fait perdre de vue aux pathologistes modernes Pimportance des viscères, et vraiment il serait bon de rentrer dans la voie indiquée par Cabanis, sans s’écarter toutefois des doctrines physiologiques de Gall.
Par la relation qu’il constate entre le cerveau et le diaphragme, Piquer explique très-savamment la plupart des symptômes qu’il avait eu l’occasion d’observer, et qui devaient produire, suivant lui, l’hydropisie finale. Cette hy-
dropisie tenait à la fois et à rimperfection de la faculté nutritive et à la corruption du fluide nerveux, laquelle s’était répandue du cerveau dans tout le corps. Il explique d’une façon analogue les mouvements convulsifs, et finit par reconnaître qu’un appareil de symptômes tellement formidable devait amener forcément une catastrophe ; les attaques réitérées d’épilepsie hâtèrent la fin du roi. Les alternatives de somnolence et de violentes agitations constituent cet état morbide que les Grecs désignaient sous le nom de typho-manie, assez ordinaire chez les mélancoliques et les phrénétiques.
Voilà, en subtance, la relation de Piquer, que nous offrons sans réflexions à la méditation des praticiens, et plus particulièrement des médecins qui s’occupent des affections cérébrales. C’est une page très-curieuse de la pathologie historique, et, à ce titre, elle se recommande aux investigateurs qui sont attirés vers l’étude de l’art médical dans le passé. Il est seulement regrettable que l’ouverture du cadavre n’ait pas été pratiquée : il eût été curieux de voir le savant médecin de Ferdinand VI s’efforçant de mettre d’accord ses théories et ses conjectures touchant le siège et la nature du mal avec les résultats de la nécropsie.