V. — Choix d’une méthode
Par divers moyens on arrive à pareille fin, dit Montaigne (1). Gela est vrai, mais à la condition qu’en partant d’un point déterminé, on sache quel est le but à atteindre. La science, c’est l’objet que l’on se propose, et le principe est le point de départ : une fois que l’on sait où l’on doit aller, rien n’empêche qu’on n’y puisse arriver par différents chemins. Les méthodes ne sont autre chose que les routes que suivent ceux qui voyagent sur le terrain de la science. Il faut bien prendre garde de les confondre avec la science elle-même, ainsi qu’on l’a fait pendant longtemps. L’essentiel est d’avoir un point de départ et de se proposer un but; à la rigueur, le reste n’est qu’accessoire.
Dans la médecine, ce que nous nous proposons, c’est la connaissance de l’être humain. Or, nous avons en nous plusieurs manières de connaître, auxquelles répondent les diverses méthodes qui ont été adoptées à différentes époques. Les uns ont tout voulu subordonner aux sens, et n’ont voulu
(1) Essais, liv. I, ch. i-
connaître que par eux ; les autres ne se sont fiés qu’à l’intelligence, qu’ils ont considérée comme un instrument infaillible ; la raison a été pour eux l’unique moyen d’arriver à la vérité. Dans les temps anciens, ces deux méthodes sont représentées par Platon et par Aristote ; dans les temps modernes, par Bacon et par Descartes. Gela seul suffit pour nous indiquer que les méthodes varient suivant les principes, et cela est si vrai, que l’on a, confondu souvent le principe avec la méthode.
Eh bien, ces méthodes, employées comme moyens de connaissance, ont été aussi insuffisantes que les principes dont elles émanaient. Les uns n’ont voulu voir que l’unité, en procédant exclusivement par synthèse; les autres n’ont vu que des parties, sans se faire une idée de l’ensemble, parce qu’ils n’ont employé que l’analyse. Les uns et les autres sont partis de points différents, ont suivi des chemins opposés et sont arrivés à deux extrémités contraires. Les premiers, dont l’unique étude a été d’élever l’esprit et de rabaisser la matière, ont professé un tel mépris pour tout ce qui était corps, qu’ils ont dédaigné jusqu’aux ressources que pouvaient leur fournir les moyens matériels pour atteindre à la connaissance de l’objet qu'ils étudiaient ; ils ont été spiritualistes purs dans le principe aussi bien que par la méthode. Les autres, au contraire, ne voyant que la matière, s’en sont servis pour la connaître; ils l’ont tourmentée, torturée, soumise à mille épreuves, à toute sorte d’expériences ; ils ont voulu que les moyens de connaissance fussent aussi matériels que l’ohjet de leurs études. Les uns et les autres, professant un exclusivisme des plus complets, ont voulu dominer tour à tour, ils ont voulu imposer aux sciences leurs principes et leurs méthodes; et les uns et les autres leur ont imprimé des directions vicieuses, voulant appliquera toutes des lois qui ne convenaient tout au plus qu’à quelques-unes.
Que le métapliysicien, qui emploie uniquement l’intelligence et ses facultés, raisonne et spécule, cela se conçoit; on conçoit encore que l’astronome et le physicien se livrent exclusivement aux calculs et aux expériences. La nature même de la science qu’ils cultivent peut rendre compte et de leur manière de voir et de leurs manières de faire. Mais que les uns et les autres veuillent régenter les autres sciences d’après leurs principes, et d’après leurs méthodes, c’est ce que l’on ne saurait admettre.
Comment la médecine, par exemple, peut-elle s’accommoder de Bacon ou de Descartes ? Comment, dans l’élude de l’être humain, peut-on se borner à l’expérimentation ou à la métaphysique? La nature même de l’objet de la science rejette l’adoption exclusive de l’une du de l’autre. Je sais bien que des deux côtés on fait de continuels efforts pour out traîner la science de l’homme dans l’une ou dans l’autre de ces deux voies ; parce que, des deux côtés, l’on sait fort bien que ceux qui adoptent la méthode sont tenus de défendre le principe. Encore auj ourd’hui, on ne fait pas autre chose.
Ceux qui entassent des faits, qui multiplient et répètent les expériences, veulent tout faire rentrer dans le principe qu’a formulé Newton, et qui n’est applicable tout au plus qu’à l’astronomie : ce sont les disciples et les successeurs de Bacon, car, si Bacon vivait, il serait à leur tête. Ils matérialisent de plus en plus la science, ils veulent la certitude du fait, ils divisent et morcellent à tel point qu’ils finissent par négliger le tout dont ils étudient les parties. Il est certain que nous ne saurions adopter ni l’une ni l’autre de ces méthodes, et que nous rejetons leur emploi exclusif, de même que nous avons rejeté les deux principes qui les mettent en usage. Nous procéderons autrement ; nous adopterons une méthode plus large et plus conforme à Tobjet que nous voulons étudier. Voici comment nous y arrivons.
L’être humain se présente à nous comme un système, un
QUESTIONS DE PHILOSOPfflE MÉDICALE. 4 29
ensemble d’éléments. Dans l’étude d’un objet complexe, quelle est la marche la plus rationnelle ? Nous pouvons procéder du simple au composé, du particulier au général. Nous avons à choisir entre l’analyse et la synthèse; ou plutôt nous pouvons les employer toutes les deux ; nous avons à la fois l’à priori et l’à posteriori. Si nous ne procédions que par synthèse, nous nous bornerions à la connaissance de l’ensemble, nous n’aurions qu’une idée générale, mais les détails nous échapperaient. Si nous appliquons l’analyse à l’étude d’un objet complexe, c’est afin de mieux connaître ses différentes parties; mais, sinous nous contentons de cette décomposition, nous n’aurons que des notions isolées et incomplètes comme les parties qui entrent dans la composition du tout. La nature même de l’objet exige que nous recomposions ce que nous avons décomposé. Cette synthèse, venant après l’analyse, nous montre les rapports et le lien qui unissent les éléments que nous avons étudiés isolément, et dont la distinction a été utile, et non la séparation qui, à la rigueur, est impossible. Si nous voulons donc acquérir des connaissances satisfaisantes sur la constitution de la nature humaine, faisons l’application de cette double méthode.
D’abord, nous trouvons la matière avec des formes et des dispositions particulières, des organes, des appareils, des fonctions, des forces, des puissances, des facultés, des actes ; tout cela lié, uni, intimement combiné. Grand est l’embarras lorsqu’on veut tenter l’étude d’un objet si complexe. Point de préjugé : nous ne devons pas vouloir traiter telle ou telle chose ; nous devons chercher, voir et constater ce qui est. Nous devons partir de ce principe, que, voulant la vérité et la cherchant de bonne foi, nous devons et pouvons la trouver.
Dans cette élude de l’être humain, considéré en luimême, tel qu’il est, sans faire abstraction d’aucun des éléments qu’il renferme, nous ne ferons pas non plus abs-
traction des choses qui l’environnent, des objets qui l’entourent, en un mot, de l’atmosphère et du milieu dans lequel nous l’observons. Ses rapports avec les choses externes méritent une sérieuse attention : c’est encore étudier l’être humain que d’étudier tout ce qui l’intéresse, le modifie ou exerce sur lui des influences quelconques. On sait tous les avantages qu’Hippoçrate avait retirés de cette étude, pour la connaissance même de la nature humaine, et les applications utiles qu’il en fit à la pathologie et à la thérapeutique : or, à l’exemple d’Hippocrate, nous ne devons jamais perdre de vue le but principal, l’utile. La considération des choses qui nous environnent et des rapports qui nous unissent avec elles nous préservera des exagérations et des erreurs émanées de systèmes exclusifs, enfantés eux-mêmes sous l’influence d’idées exagérées. Nous ne sommes ni les esclaves ni les maîtres des choses qui nous environnent; la dépendance est mutuelle; mais, si nous sommes soumis aux influences extérieures, nous conservons toujours une activité propre qui est le fond même de notre nature.
Quant à l’être humain lui-même, ne nous laissons préoccuper par aucune doctrine préconçue d’unité, de dualité, etc. Sans perdre jamais de vue la synthèse, l’analyse nous montrera, dans la constitution humaine, une variété prodigieuse et en même temps une harmonie admirable.
Gomme c’est de l’être vivant que nous devons nous occuper, nous ne nous bornerons pas aux connaissances que nous fournira le simple examen des organes. Sans doute nous les étudierons avec soin, pour mieux nous rendre compte de leur agencement, de leur mode d’action, des fonctions et des actes qu’ils sont destinés à exécuter; mais les organes doivent nous préoccuper surtout en tant que vivants et animés : ce qui doit nous intéresser, c’est la vie que nous poursuivons sous toutes ses formes.
En étudiant l’ensemble des instruments, nous verrons un
système d’organes dont nous tenterons en vain d’isoler les éléments. L’analyse nous permettra d’établir des distinctions commodes pour l’étude ; mais il nous sera impossible d’isoler, de séparer, de détacher du système une seule des parties qui le composent. Les tissus, ainsi que les organes, sont emboîtés les uns dans les autres; ils se lient, se croisent et se confondent : nul n’a pu les séparer.-
Après avoir acquis des notions suffisantes sur la constitution matérielle de l’organisme, nous étudierons ces organes en activité, agissant et fonctionnant suivant leurs destinations respectives. Cette étude, plus élevée et plus intéressante, nous fera voir que les actes et les fonctions confiés aux organes ne présentent pas moins de variété que ces organes mêmes ; mais nous remarquerons en même temps une telle harmonie enti’e les fonctions et les organes qui les exécutent, un tel rapport de concordance et d’intimité entre les phénomènes que nous observerons, que bientôt nous nous élèverons à l’idée de solidarité : enchaînement des organes entre eux, enchaînement des fonctions, dépendance mutuelle des uns et des autres. L’admiration croîtra, lorsque, dans toutes les parties que l’anatomie nous aura appris à connaître, lorsque, dans chaque parcelle de notre corps, nous trouverons deux facultés, la sensibilité et la vie, ou plutôt la vie ; car la sensibilité, comme nous verrons dans la suite, n’est que la plus haute expression de la vie, l’ensemble des conditions nécessaires à l’existence et au développement de l’être vivant. En outre, l’étude de l’état morbide nous donnera des notions précieuses qui serviront de complément et de contrôle à celles que nous aura fournies la physiologie.
Après avoir constaté que la sensibilité ou la vie se trouve dans chacune de nos molécules ; en d’autres termes, après avoir appris par l’observation des phénomènes qu’il n’y a rien en nous qui ne sente et ne vive, nous constaterons qu’aucune de ces vies partielles ne doit être séparée des
autres, et que c’est de l’ensemble de Vunion sympathique de toutes ces vies, aussi bien que de l’ensemble et de la réunion des parties et des organes, que résulte cette harmonie générale qui nous constitue êtres vivants. Lorsque nous nous serons élevés graduellement à l’idée de vie, nous aurons la certitude que nous sommes, que nous existons, que nous sentons.
Mais comment sommes-nous? Cette question difficile, à laquelle se rattachent une foule d’autres questions, exige les secours de l’analyse, qui doit éclairer de ses lumières les diverses parties de cette synthèse que nous avons appelée la vie. Or, si nous nous étudions avec une observation rigoureuse, nous ne tarderons pas à remarquer que nous ayons plusieurs manières d’être ; et, si de nous-mêmes nous passons à nos semblables, nous trouverons chez tous les mêmes modes de vie, avec des nuances et à des degrés différents. C’est alors surtout qu’il faudra, dans cette étude vraiment vitale de l’être humain, faire entrer en ligne de compte toutes les choses avec desquelles il est en rapport, toutes les influences auxquelles il est accessible, toutes les circonstances, en un mot, qui l’intéressent d’une manière plus ou moins immédiate. La vie, dans chaque individu, constituera l’idiosyncrasie ; la prédominance d’une de ces manières d’être, ou l’équilibre de ces modes de la vie, constituera le tempérament^ par lequel nous embrassons tout ce qui se rapporte à la vie proprement dite et au caractère moral de l’individu.
Les sexes aussi attireront notre attention : si nous voulons que l’étude de l’être humain soit complète, nous devons les étudier tous les deux avec un soin égal. Ainsi, nous nous ferons une idée du couple. Dans l’un et dans l’autre nous trouverons les mêmes éléments, les mêmes parties, la même vie, les mêmes facultés, etc.; mais nous tiendrons compte des modifications ; nous insisterons particulièrement sur les caractères saillants qui les distinguent
sans les séparer. Nous examinerons avec soin l’ordre des fonctions qui se rattachent d’une manière plus spéciale à la continuation des individus les uns parles autres; nous élevant ainsi de l’individu au couple, du couple à la famille, de la famille à la race, de la race à l’espèce, nous aurons une histoire de l’humanité.
Dans cette étude beaucoup plus large, qui nous conduit à une immense synthèse, nous admirerons encore l’harmonie; nous aboutirons à quelque chose de plus que l’unité du vitalisme et la localisation de l’organicisme, à l’ensemble, à l’accord, à Tordre le plus merveilleux dans lequel tout se tient, s’enchaîne et se lie, où tout ce qui a vie se confond en un système complexe qui embrasse tout dans son cercle immense. Dans cette harmonie, nous retrouverons encore cette solidarité que nous avions déjà notée dans l’individu et dans les éléments qui le composent; nous verrons que tout concourt, consent, conspire, sympathise, que tout est uni par l’attraction et le désir. Alors nous constaterons la profondeur et la vérité de cette magnifique formule d’Hippocrate, du divin Hippocrate, comme dit Alexandre de Tralles (I), lorsqu’il cite avec admiration ces belles paroles : Eup^oia p.ta, dufAirvota w.ta, navra ?u(jOTaÔ£a : Consensus anus, conspiratio una^consentientia xmnia. Oui, toutes choses dans le monde, liées par la sympathie, attirées par elle, concordent et conspirent ensem ble pour arriver de concert à un but commun, la vie générale. Sympathie et synergie : telle est la véritable formule qui résume la nature humaine étudiée dans l’individu, dans le couple et dans l’espèce, ensemble avec les choses externes et les circonstances qui l’environnent. Sympathie et synergie : loi simple, générale, que nous retrouverons dans l’étude de la pathologie, alors que, dans un nouvel ordre de phénomènes, nous constaterons encore les forces
Guardia.
et l’activité de la nature humaine opérant un nouvel ordre de fonctions. Telles sont les notions que nous fournit l’élude de la nature en général, et de l’être humain en particulier, lorsqu’elle est faite sans préjugé, sans le désir de trouver des choses qui n’existent pas ; lorsque, évitant toute illusion d’optique, nous voulons voir ét examiner par nous-mêmes, faisant acte d’indépendance, conservant l’initiative de notre activité propre, et ne nous soumettant à aucune influence de théories, de systèmes ou de sectes, qui nous feraient voir les choses d’une manière écourtée ou au rebours. Engageons la vie pour la vérité, et, pour l’atteindre, ne négligeons aucune des ressources qu’en nous a placées la nature. ■ ^
A la rigueur, cette étude autopsique pourrait nous suffire; mais, comme depuis plusieurs siècles ces grandes questions ont préoccupé les esprits les ' plus éminents, il faut encore recourir à leurs ouvrages pour compléter ainsi notre instruction. Interrogeons toutes les opinions, adressons-nous à toutes les méthodes; si nous avons un principe pour les juger, le choix ne sera pas difficile; de la sorte, nos investigations deviendront et plus sûres et plus complètes. ... ;
Le nombre des auteurs qui ont écrit sur la nature humaine est infini; il n’y en a pas deux qui aient émis exacte* ment les mêmes idées. Chacun est parti de son point de vue et a eu sa manière de voir. Étudions-les tous, si c’est pos»* sible ; tous nous apprendront- quelque chose, et leurs réflexions féconderont avantageusement le résultat de nos recherches. L’harmonie et l’ensemble de ce que nous avons trouvé dans l’être humain, nous les trouverons dans les livres, si nous les réunissons tous ensemble, si flous les comparons les uns aux autres, et si nous contrôlons ce qui a été écrit par ce que nous avons étudié nous-mêmes. ■ ’
La plupart des auteurs ont bien vu, bien observé; mais ils ne se sont attachés qu’à certains points de vue, à cer-
taines faces des objets. Cependant cette division même a pu être utile, en ce sens qu’elle a permis de mieux connaître la partie qui a été plus spécialement étudiée par chacun. Nous conviendrons que chacun a eu tort de séparer du tout la partie dont il s’esî particulièrement occupé; mais ces études spéciales ont eu du moins l’avantage de servir à la parfaite connaissance de l’ensemble, en donnant des notions précises sur les détails. En nous plaçant à ce point de vue, nos études seront réellement utiles ; voyant tout, examinant tout, nous ferons la part de l’exagération pour aller à la vérité. Ceux qui se sont occupés exclusivement de l’être intelligent pourront nous fournir des lumières précieuses pour la connaissance de l’élément intelligence; ceux qui se sont livrés à l’étude spéciale de notre constitution, au point de vue physiologique, nous enseigneront quelle importance il faut accorder à tel ou tel ordre de fonctions, à chaque appareil d’organes. Les spiritualistes purs nous apprendront que nous ne sommes pas uniquement matière, que nous avons en nous un élément appelé esprit, intelligence, volonté. Avec les sensualistes, nous reconnaîtrons que nos organes servent puissamment à nous faire connaître ce qui nous environne, et à nous donner par là la connaissance de nous-mêmes. Les vitalistes nous ramèneront à la grande idée d’Hippocrate, qu’il y a dans la nature humaine une activité propre, une spontanéité incontestable, quel que soit le nom qu’on lui donne. Sans doute, nous n’adopterons pas les divisions arbitraires qu’ils ont établies dans l’être humain, dans lequel on ne peut rien séparer sans compromettre l’existence de l’ensemble ; mais nous reconnaîtrons, dans ces prétendus principes distincts, autant d’éléments qui, par leur union intime, concourent à la composition du tout. Les matérialistes nous seront utiles par leurs eiagéraiions mêmes; ils nous rappelleront combien il faut attacher d’importance à la partie visible et palpable qu’ils ont étudiée avec tant de soin. Les animistes,
qui émanent directement d’Hippocrate, et qui, à plusieurs égards, se rapprochent des vitalistes, qui émanent d’eux, nous enseigneront de grandes vérités. Stahl, leur chef, avait senti de bonne heure la fausseté de ces coupes et de ces divisions, qui ne sont pas dans la nature; il avait remarqué avec génie la ressemblance, l’intimité et le parallélisme qui existent entre les fonctions morales et intellectuelles et les fonctions de la vie qu’exécutent les organes, à tel point que le rapport bien évident de ces trois séries de phénomènes l’avait conduit à les confondre presque en une seule cause qu’il appelait l’âme. Stahl nous fournira une formule bien plus large que les autres, et, quelque exclusif qu’il paraisse, il servira de lien entre le vitalisme et l’organicisme, qui tous les deux, par plusieurs points, se raltachent à sa doctrine.
; C’est ainsi que par l’étude des différentes opinions, surtout si nous tenons compte du temps dans lequel ont vécu leurs auteurs, des influences philosophiques et religieuses qui ont agi sur eux, etc., notre principe et notre méthode nous feront comprendre les exagérations et nous montreront les vérités qu’elles renferment. - — ^ Dans l’étude des systèmes physiologiques proprement dits, nous trouverons encore un fond de vérité au milieu des plus grandes erreurs. La plupart des physiologistes , aux différentes époques, dominés par l’idée d’autorité à laquelle si peu d’esprits ont su se soustraire, ont tour à tour accordé la prédominance un système de fonctions et d’organes : c’est ainsi que l’on a tout rapporté successivement au cœur, à l’encéphale, aux nerfs, au centre gastrique, etc., aux solides ou aux liquides.. Ces systèmes exclusifs ont produit des conséquences analogues dans la pathologie et dans la thérapeutique. On a fait dépendre les maladies du sang, ou de la bile, ou des nerfs, etc., et ainsi on a-réduit et rapetissé l’idée même qu’il faut se faire de l’étai pathologique. La maladie est encore une fonction, c’est-à-dire un acte particulier sous l’influence.
d’one coopération générale du système, et c’est en l’envisageant de la sorte qu’on peut saisir les rapports étroits qui lient l’état physiologique à l’état morbide. Nous lîemanderons, en conséquence, des secours à la pathologie et à la thérapeutique pour parvenir à une connaissance plus complète de la constitution de, Fétre humain. Hippocrate, qui n’a négligé aucun des moyens d’agrandir et de perfectionner cette connaissance, a eu raison de dire que les connaissances les plus positives en physiologie ne peuvent venir que de la médecine : oè ort itept (puatoç yvcovat -rt (latpsç,
oùSafAo0£v oÀXoÔEv lijTôt, ^ l| îyirptx^ç, et il entend parler de la médecine tout entière : Toîîto Sà oTov ts xaTafiaOeîv, orav au-niv irtç TTiv tïjTptXïlv ôpOSç ’Kaaa.'t TreptXaê^.
Nos connaissances doivent donc être à la fois positives et complètes. II ne faut rien négliger; nous devons nous entourer de toutes les ressources que nous fournissent les écrits et les travaux de nos prédécesseurs. : ainsi, nous fortifierons, nous compléterons et en même temps nous contrôlerons nos propres recherches. En étudiant toutes choses et de plusieurs manières, nous acquerrons un ensemble de connaissances à la fois expérimental et scientifique.
Que la science que nous recherchons ressemble à l’objet qu’elle étudie; qu’elle soit complexe comme lui, mais que ses parties soient comme lui enchaînées, étroitement unies ; qu’elles forment un ensemble ou un tout harmonique; qu’elle ait, comme l’être humain, un côté matériel, un côté spirituel et un côté sensible. Dès lors, nous ne serons pas exclusivement du côté de ceux qui ne font qu’abstraire et raisonner, ni avec ceux qui raisonnent exclusivement sur les faits obtenus par une observation purement matérielle. Les uns et les autres ne peuvent trouver qu’une portion de la vérité. Unissons donc les uns et les autres. L’ensemble et la nature même de nos différentes facultés doivent nous amener à faire de toutes un égal usage, à tirer de toutes un égal parti. Il y a en nous plusieurs sources de connais-
sanees ; c’est à toutes ces connaissances réunies que doit répondre la connaissance générale, celle que nous voulons obtenir dans l’étude de l’être humain. C’est en nous plaçant à ce point de vue, qui nous paraît embrasser l’ensemble de toutes choses, sans rien exclure, que nous tâcherons de tracer une esquisse de l’être humain en général. — Le principe n’est autre chose que l’idée que l’on se fait de l’être, et en ce sens il est vrai de dire que l’ontologie est la base de la science.