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IV. — Résumé

Il nous -paraît inutile de résumer le débat académique auquel a donné. lieu la question des vivisections. La discussion n’a pas été assez sérieuse pour mériter les honneurs d’une analyse critique ; et d’ailleurs le lecteur qui voudrait se mettre au courant n’aura qu’à consulter le Bulletin de V Académie [i). Les débats au sujet des vivisections ont été très-vifs, très-passionnés, mais peu scientifiques.

La question en litige avait été nettement posée et carrément résolue parle secrétaire perpétuel. Aussi son discours a-t-il été le point de départ des débats ultérieurs. Malheureusement, un point essentiel, celui de l’enseignement physiologique dans son état présent et avec ses tendances,

(1) Bulletin de l’Académie de médecine, tome XXVIII, passim.

point capital, et traité en passant par M. Frédéric Dubois et par M. Parchappe, a été négligé tout à fait par les autres académiciens qui ont fait connaître leur opinion. Cette omission est d’autant plus regrettable que les professeurs officiels de physiologie, on ne sait pourquoi, n’assistaient pas, quoique membres titulaires de l’Académie, à une discussion qui les touchait de si près.

En leur absence, nul fn’a osé dire que, contrairement à l’usage reçu, la physiologie peut s’enseigner sans expérimentations cruelles, sans exhibitions sanglantes. Nul n’a fait remarquer l’inutilité de ces expositions d’animaux ouverts ou mutilés. Et pourtant quiconque a fréquenté les démonstrations de nos physiologistes expérimentateurs sait bien que ce qui se démontre sur l’animal en expérience dans le laboratoire, n’est pas visible à l’amphithéâtre, et que le plus souvent, ce que le professeur démontre à ses auditeurs, qui ne peuvent suivre des yeux la démonstration, n’a nullement besoin d’être démontré. Ces deux raisons, en dehors de beaucoup d’autres, nous ont fait conclure au rejet des expérimentations sur l’animal vivant dans les cours publics. Nous avons repoussé hautement toute expérience inutile ; et C’est en prenant pour critérium l’utilité certaine et la nécessité indispensable, que nous faisons la distinction, qui paraît si difficile à nos adversaires, entre l’usage et l’abus.

Un physiologiste, M. Jules Béclard, a défendu la cause de la liberté, et nous nous associons bien volontiers à ses intentions, aussi généreuses qu’élevées. Nous savons que les vivisections ont été utiles, puisque par elles des investigateurs sagaces ont découvert des vérités nouvelles, et contrôlé, constaté des vérités connues. Nous tenons aussi qu’il ne faut proscrire aucun des moyens de connaître qui sont en notre pouvoir. Mais c’est notre conviction que les expérimentations douloureuses et sanglantes ne doivent pas être prodiguées inconsidérément, et qu’il est fâcheux que

LES VIVISECTIONS A L^ACADÉMIE DE MÉDECINE. 6 97 ces vivisections, qui étaient autrefois un moyen exceptionnel, passent dans la pratique habituelle. C’est leur usage intempestif et non raisonné qui constitue l’abus, et c’est cet abus qui est funeste à l’étude et à l’enseignement de la physiologie.

Nous accordons que les expérimentateurs et vivisecteurs ne sont mus, dans leurs pratiques sanglantes, que par l’amour de l’humanité, et nous pensons que la conscience de l’expérimentateur doit intervenir pour déterminer les limites du droit d’expérimentation ; en d’autres termes , le cœur et le sentiment doivent borner les satisfactions d’une curiosité insatiable.

Il ne s’agit pas d’entraver le progrès par des règlements, mais uniquement de rappeler les vivisecteurs à la modération, à la décence, au sentiment de leurs' devoirs envers eux-mêmes, et envers la science, surtout s’ils ont mission de professeurs.

Ni les médecins ni les vétérinaires qui ont pris part à la discussion n’ont voulu comprendre qu’à côté de la question d’humanité, il y avait une question de dogme et de dignité scientifique. Les chirurgiens ont fait cause commune avec les vétérinaires, et un des leurs s’est chargé de clore le débat, en déclarant que tout était pour le mieux dans l’enseignement de la physiologie expérimentale et de la chirurgie vétérinaire. Le président de l’Académie, résistant à l’entraînement de la majorité, avait émis l’avis de renvoyer la clôture à la prochaine séance. La proposition était sage ; mais la majorité avait hâte d’en finir avec une question dont l’examen lui faisait peur. L’Académie n’était pas en nombre. Des membres qui composaient la commission, deux ou trois tout au plus assistaient à la séance, et quelques-uns de ceux qui ont pris part à la discussion manquaient également. On a passé outre, et après avoir rejeté les conclusions du rapport présenté au nom de la commis-

sion, oh a, sans retard, adopté les conclusions suivantes :

« L’Académie déclare que les plaintes adressées à S. M. l’Empereur par la Société protectrice des animaux de Londres ne sont qias fondées ; qu’il y a lieu de n’en tenir aucun compte, et qu’il convient d’abandonner, comme par le passé, les vivisections et les opérations chirurgicales pratiquées dans les écoles vétérinaires, a la compétence et à la sagesse des homines de science. »

Ces conclusions ont été votées d’emblée et d’ensemble, avant même leur rédaction déflrnitive,' rédaction qui n’est pas ün modèle de précision ni de style, et qu’il a fallu, après le vote, revoir et compléter. '

Au nom de la liberté, qui n’était pas en cause, quoi qu’ôn ait dit; au nom de la libre rèbberche et de la science, l’Académie a commencé par désavôuer, rejeter, mettre à néant les conclusions du rapporteur dë là commission, conclusions qui constataient des abus, et elle n’a tenu compte des assertions de ceux de ses membres qui ont pris la parole, précisément eh vue de signaler ces abus. L’Académie a prouvé par son vote que toutes les causes sont bonnes et ont chance de succès, lorsqu’on fait abstraction des faits qui les rendent mauvaises. L’Académie n’a tenu compte de ces faits, et son vole, enlevé au pas de course , donne l’absolution et des encouragements à cette école de la physiologie opératoire^ dont l’ascendant est si funeste, et dont l’influence a perverti déplorablement l’enseignement de la médecine.

Les vivisecteurs et les physiologistes expérimentateurs ne songent seulement pas à se défendre, ont-ils dit, ou fait dire par leurs partisans.

Que les disciples de Magendie triomphent ; qu’ils régnent sans trouble et sans partage dans le domaine médical. La majorité est avec eux, parce que l’édücation physiologique et médicale qui convient à la majorité est détestable. Mais il y à une minorité qui protestera toujours, au nom de la

LES VIVISECTIONS A l’ ACADÉMIE DE MÉDECINE. 699 science qu’on prétend servir en la ravalant, et dont les protestations ne passeront pas inaperçues. Pour nous, qui avons protesté des premiers, et qui recommencerons à la première occasion, nous pensons, avec M, Dubois, d’Amiens), que l’Académie aurait une belle page de plus dans son histoire, si la question des vivisections eût été traitée par elle d’une façon sérieuse, et à un point de vue véritablement scientifique.

Malheureusement, les vivisecteurs ont fait courir le bruit qu’on voulait les priver de leurs moyens d’investigation, et qu’il ne leur resterait rien après cela. Il n’a jamais été question de priver les savants des moyens d’investigation scientifique. Au demeurant, nous reconnaissons bien volontiers que les vivisecteurs ont eu raison de prendre l’alarme; car, si on leur enlevait les vivisections, ils seraient réduits à néant (1).

(i) M. le docteur Frédéric Dubois, secrétaire perpétuel, avait ouvert la discussion en attaquant les conclusions du rapporteur de la commission, et il avait déposé sur le bureau de l’Académie trois amendements, dont l’Académie n’a pas songé un seul instant à s’occuper le jour du vote. Or, le règlement s’exprime très-nettement à ce sujet. D’après l’article 29 de ce règlement, dans toute discussion de rapport, quand vient le moment de voter, les amendements ontla priorité. Absent pour ajGfaires de famille, dans la séance finale, M. Frédéric Dubois ne pouvait rappeler ses collègues à l’observation du règlement. Ayant repris ses fonctions actives, le mardi suivant, il a réclamé, protesté contre cette violation du règlement, et a dit qu’il aurait le droit de se plaindre d’un déni de justice. Il s’est borné toutefois à signaler cette irrégularité, « qui, a-t-il dit, si eUe ne frappe pas de nullité le vote de l’Académie, en altère du moins la sincérité, et cela est fâcheux, »

Nous avons bien retenu ces, paroles, qui ont vivement irrité quelques membres de l’Académie, et nous félicitons M. Dubois d’avoir protesté énergiquement. Il a vu un manque d’égards dans cette précipitation insolite. Le public y a peut-être vu autre chose; et l’Académie elle-même comprendra tôt ou tard qu’on ne supprime pas ainsi une question par on vote qui, par le fait, est insignifiant, puisqufil ne décide rien, ne résout rien, et laisse les choses dans le même état.

PHILOSOPHFE.

LES MISÈRES DES ANIMAUX

A la suite de notre examen de la question des vivisections, nos lecteurs s’intéresseront au tableau des misères des animaux, tracé avec beaucoup d’art et de vérité par M. le professeur Fée (1).

L’auteur de ce charmant petit livre n’a pas besoin d’être présenté au public médical. Le nom de M. Fée est connu depuis un demi-siècle environ, et l’homme intègre, ainiaT ble, excellent, qui porte si honorablement ce nom, doit sa bonne réputation aux longs services qu’il a rendus dans l’enseignement supérieur, à ses nombreux travaux sur les diverses branches de l’histoire naturelle et à son talent d’écrivain, si rare aujourd’hui chez les médecins et les naturalistes. .

La vie de M. Fée a été bien remplie, on peut s’en convaincre en parcourant la liste de ses écrits, récemment publiée (2), avec une épigraphe par trop modeste, inmultis parum, contre laquelle protesteront tous les lecteurs qui ont su apprécier dans ces écrits si variés le savoir solide, les tendances généreuses, l’érudition sobre et sûre, l’esprit progressif de l’auteur, et cet art de la diction élégante, du style net et facile, qui met toutes ces qualités en relief.

On voit dans ce catalogue que M. Fée a débuté par une tragédie en cinq actes et en vers (1818), sans trop regretter qu’il ait renoncé de bonne heure à la carrière dramatique pour se livrer à la culture des sciences auxiliaires de la

[\) les misères des amVnaùa;. Paris, 1863, 1 vol. grand in-18 de xv-216 pages.

(2) Catalogue méthodique et chronologique des publications du professeur A. L. A. Fée. Strasbourg, mars 1863, in-8, 31 pages.

LES MISÈRES DES ANIMAUX, médecine, et s’y distinguer par des recherches ingénieuses, par des observations patientes, tout en conservant l’amour des lettres et le goût des investigations historiques. Sur la botanique des anciens, il a travaillé de façon à gagner l’estime des humanistes et des médecins érudits. Ses commentaires sur la matière médicale de Pline (1), de même que la flore de Virgile (2) et celle de Théocrite et des autres bucoliques grecs (3), ont une valeur durable.

M. Fée n’est point resté étranger aux grandes questions qui ont surgi dans ces dernières années en histoire naturelle et en biologie.il a dit son mot sur l’unité de l’espèce (4), sur le règne hominal ou humain, dont l’adoption ne lui paraît pas aussi urgente qu’aux zoologistes unitaires, sur la longévité promise à l’homme par des physiologistes trop généreux (5), sur les phénomènes mystérieux du sommeil et des rêves, et finalement sur l’instinct et l’intelligence des animaux (6).

Le livre sur « les misères des animaux » est le dernier venu ; mais il est à désirer qu’il ne ferme pas définitivement la série des productions de M. Fée. Un arbre qui donne de tels fruits dans sa verte vieillesse ne peut périr de sitôt. La sève qui circule dans le tronc, abondante et pleine de vitalité, permet d’attendre mieux que des fleurs stériles. Quand elle est soutenue par la bonté, la raison ne vieillit point, et cette explication, si c’en est une, vaut bien toutes celles qu’on a imaginées subtilemènt en faveur de V insénescence du sens intime.

(1) Commentaires sur la botanique de la matière médicale de Pline. Paris, 1823, 3 vol. ia-S®.

(2) Flore de Virgile, Paris, 1822, in-8“.

[Z) Flore de Théocrite et des autres bucoliques grecs. Paris, 1832, in-S®.

(4) De l’espèce {Mémoires delà Société (FEist. nat.de Strasbourg, 1862.

{b)De laiongévité humaine {Mém.dela Société d Histoire naturelle de Strasbourg, 1862).

l6> Etudes philosophiques sur Tinstinct et V intelligence des animaux. Strasbourg, 1853.

Bonté et raison sont deux mots qui résument bien l’esprit ferme et les tendances noblement humaines de l’auteur dans cette défense des animaux, que nous recommandons à nos lecteurs comme un excellent ouvrage, où l’on ne trouve que la simple expression du bon sens, s’inspirant des bons sentiments du cœur, sans déclamations intempestives, sans affectation dn sentimentalité. .

M. le professeur Fée n’est point un membre inutile de cette Société protectrice des animaux, dont l’institution honore infiniment notre siècle et mérite une des plus belles pages dans rhistoire contemporaine. Parmi les sociétés de bienfaisance, il n’en est point de plus utile què celle-là, puisque le dessein de ceux qui ont pris d’office et avec un parfait désintéressement les animaux sous leur protection n’est autre que de rappeler l’homme à la justice envers des êtres organisés, sensibles, non dépourvus de toute intelligence, et dont l’existence est indispensable à la vie de l’humanité.

M. Fée a très-bien exprimé cela dans la courte épigraphe de son volume : « Les animaux subsisteraient sans l’homme; l’homme subsisteràit-il sans les animaux ? » Question formidable, à laquelle aucun esprit sensé n’oserait répondre affirmativement, et dont la méditation peut retirer bien des enseignements. Il ÿ a dans cette simple phrase interrogative un grand problème de philosophie générale et de biologie transcendante.

De même que dans l’échelle scientifique, l’intelligence s’élève par degrés et progressivement des connaissances les plus simples et les plus élémentaires aux connaissances de plus en plus abstraites et complexes, de telle façon que celles-ci ne peuvent se passer de celles-là et en dépendent; de même dans l’ordre organique, on ne peut franchir les degrés de la série sans passer par les intermédiaires qui

LES MISÈRES DES ANIMAUX

mettent en relation les extrêmes. Et si l’on conçoit que la progression ou l’évolution organique puisse s’arrêter brusquement, on ne conçoit pas également qu’elle puisse être renversée, qu’il y ait interversion dans le développement de la série. Ici la même loi se révèle dans son inflexible rigueur: il y a complication croissante et subordination du plus complexe au plus simple.

Il en est de même dans l’ordrë général de l’univers : la conception réelle du monde nous force de passer successivement de la, matière inorganique aux corps et aux êtres organisés. Ea rnatière est partout, et sans elle rien ne se conçoit de ce qui est réeUement. Mais diversement élaborée, la matière donne des rèsiiltats divers ; inerte, ou du moins telle en apparence, dans le corps brut, elle se manifeste par un mouvement autonome dans le végétal et dans l’animal , doués l’un et l’autre de propriétés vitales, manifestations de l’arrangement organique ou d’un organisme plus élémentaire dans la plante, plus compliqué dans l’animal.

La vitalité anime les deux règnes, et au delà dè la vitalité, physiologiquement parlant, rien n’apparaît qui autorise l’hypothèse inutile d’un élément nouveau. 11 n’y a que des degrés de vitalité conformes ou correspondants à la complication croissante de l’organisme. Il y a donc progression ascendante et perfectionnement relatif à mesure qu’on monte graduellement de la base au sommet, et simplification de l’organisme, par conséquent diminution du nombre et de la puissance des facultés ou manifestations vitales, si l’on descend du sommet à la base. '

Voilà ce que l’observation générale constate. Mais la raison la plus subtile ne peut logiquement concevoir, en raisonnant d’après l’ensemble, une supériorité absolue de l’être le moins imparfait parmi tous ceux qui composent la série. La gloire des sciences de l’organisation, qui se

résument dans cette science générale, bien nommée biologie, a été de renouer, de façon à prévenir toute nouvelle rupture, cette chaîne infinie des êtres organisés et vivants, rompue, non sans dommage pour le progrès des connaissances, par les partisans

De certaine philosophie,

Subtile, engageante et hardie,

que nos modernes physiologistes pourraient à bon droit apprécier non moins sévèrement que Pascal, en répétant avec lui : « Nous n’estimons pas que toute la philosophie vaille une heure dé peine (1). »

Le système cartésien ne peut, en effet, qu’amuser tout au plus la curiosité des esprits qui se plaisent à la lecture des romans philosophiques. Mais ce qui n’est pas peu plaisant dans la censure si acerbe de Pascal, c’est que ce grand illuminé rejetait la théorie du monde physiquede Descartes, et s’accommodait parfaitement de sa physiologie générale. «Il était de son sentiment sur l’automate, et n’en était point sur la matière subtile , dont il se moquait fort, » suivant le texte des mémoires de Marguerite Périer, sa sœur.

Ces simples paroles d’une femme nous en apprennent bien plus que toutes les dissertations qu’on a faites pour ou contre la philosophie dominante au dix-septième siècle.

Voilà deux inventeurs, deux géomètres assurément trèsforts et d’une grande puissance dans la logique des nombres. Ils partent l’un et l’autre des mathématiques, ils ont tous les deux des tendances analogues, malgré l’apparente divergence d^opinions : ils aiment le scepticisme avec passion, ils aspirent à la spiritualité, et ils s’entendent à merveille pour rejeter l’animalité hors de l’humanité, pour faire de la métaphysique une science abstraite et transcen-

(1) Pensées, zdiX.. 24,100.

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dante, uniquement occupée à la recherche de l’abstrait, de l’idéal, de l’infini, du divin, comme disent maintenant les sophistes raffinés, et se reposant sur la physique et la mécanique du soin d’expliquer les phénomènes de la matière organisée et vivante, c’est-à-dire les lois et les principes de la vitalité.

En empruntant au médecin portugais Gomez Pereira sa théorie de l’automatisme. Descartes ne cherchait certainement autre chose qu’une hypothèse commode, à cause de son invraisemblance même, pour étayer un système tout composé d’hypothèses brillantes et ingénieusement combinées.

En restant sur le terrain de la philosophie pure, il serait aisé de démontrer l’inanité de cette métaphysique et ses conséquences funestes ; et si nous voulions nous arrêter en passant à contempler les systèmes de médecine qui se produisirent à la suite de la métaphysique cartésienne, nous prouverions encore avec moins de peine que la vraie théorie nrédicale, pour parler comme Stahl, ne doit s’alimenter que de cette science de l’Organisation, qui est le solide fondement de l’art, puisque c’est sur elle que reposent la physiologie générale et la pathologie, l’hygiène et la thérapeutique.

En définitive, le système cartésien abaissait injustement l’animalité sans expliquer en aucune façon l’humanité; ou du moins elle ne l’expliquait point d’une façon raisonnable et véritablement philosophique. Ce système, dans ses conséquences diverses, aboutissait au dogme providentiel, au panthéisme, à l’athéisme, c’est-à-dire qu’il ramenait les grands problèmes de l’univers et des êtres, la conception du monde et celle de la vie, à une théologie laïque, plus émancipée, à la vérité, que la scolastique, mais bien plus inconséquente.

Leibnitz, qui n’aimait point Descartes, et qui subit à son

GüAKDIA. ^ s

tour l’inQuence de la métaphysique cartésienne, Leibnitz, le père légitime du moderne éclectisme, croyait de bonne foi et soutenait dans ses écrits- qu’uu bon système de métaphysique, autrement dit, une bonne philosophie, doit forcément aboutir à la théodicée, et se résoudre en une théologie transcendante. Aussi l’encyclopédiste allemand n’avait-il rien de commun, en fait de principes, avec l’incomparable Aristote.

Celui-ci voulait bien admettre, pour ne point trop mécontenter les timides et les cafards de son temps, un premier moteur de l’ensemble ; mais, après l’avoir admis, il le mettait sans façon â la réforme, et le clouant au sommet du système universel, il le condamnait à une éternelle immobilité.

Il est vrai qu’Aristote, grand naturaliste, avait des connaissances générales et positives en anatomie et en physiologie : il possédait ce qui manquait à Descartes et à Leibnitz et à tant d’autres qui passent pour les maîtres de la métaphysique moderne, la notion ou mieux la conception intuitive et inductive de ^animalité. Aussi la métaphysique aristotélicienne est-elle encore un modèle qu’aucune imitation n’a pu égaler, et l’effort le plus prodigieux de l’esprit humain dans la recherche des vérités abstraites. Il est à croire que sans la connaissance profonde qu’il avait acquise de l’organisation animale et de l’organisme vivaut, par ses observations et investigations expérimentales d’anatomie et de physiologie, Aristote ne fût pas allé bien au delà de son maître Platon en métaphysique.

Il faut suspendre ici le cours de ces réflexions qui nous entraîneraient insensiblement à une revue de tous les systèmes de médecine, considérés dans leurs rapports de filiation, d’origine et de corrélation avec les principaux systèmes de métaphysique qui ont tour à tour ou simultanément dominé en philosophie. C’est en étudiant l’im-

LES MISÈRES DES ANIMAUX, portance majeure et la haute signification de l’enseignement de la médecine comparée ou comparative, que nous trouverons une occasion bien naturelle de reprendre le fil et de débrouiller l’écheveau., ,

Pour le moment, il suffit de rappeler aux vétérinaires, qui sont les confrères des médecins, au même titre que nous sommes tous les proches et pour ainsi dire les parents des animaux, à ne considérer que le développement de la. série organique ; il suffit pour le moment de rappeler aux vétérinaires que leur office n’est pas moins important que celui des médecins, en ce sens qu’ils peuvent adoucir les souffrances et améliorer le: sort des hôtes qui sont au service de l’homme, en instruisant l’homme, dans, son intérêt propre, des devoirs qu’il est tenu de remplir envers les animaux qui le servent, le nourrissent, l’aident dans ses travaux et lui fournissent ces mille commodités qui sont l’apanage de lacivilisation, et sans lesquelles la vie ne serait point supportable.

Notre dessein n’est point d’ànalysej* le livre de M. Fée, livre qui aura beaucoup de lecteurs,, à cause de sa brièveté, indépendamment de ses. autres mérites. En; recommandant ce livre bien conçu, bien fait, bien écrit, excellent en un mot, et plus particulièrement l’appendice qui le termine sur les « rapports analogiques entre l’homme: et les animaux », nous n’avons voulu qu’émettre quelques aperçus sur un sujet capital et d’un intérêt inépuisable qui a été supérieurement traité par Charles-Georges Leroy, un des meilleurs observateurs du dix-huitième siècle (1).

(1) Lettres philosophiques sur F intelligence et la perfectibilité des animaux, avec quelques lettres swr l'homme. Paris, 1768, in- 11'.

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