LA MÉTHODE EXPÉRIMENTALE ET LA PHYSIOLOGIE
opérations expérimentales, de toutes les recherches sanglantes, de toutes ces incisions dans la chair des animaux vivants, ou vivisections, pour employer le terme reçu et consacré, la théorie n'a tiré que de faibles lumières, et la pratique a encore moins profité que la théorie.
Nos vivisecteurs (c'est ainsi qu'ils s'appellent) n'ont tenu compte des sages recommandations du savant et consciencieux J. André Murray. Cet observateur laborieux et sensé a noté, dans un de ses plus remarquables opuscules, les précautions à prendre quand on veut appliquer à la médecine humaine les expériences tentées sur les animaux. Il a montré parfaitement, en s'appuyant sur les faits, à combien d'erreurs et de méprises s'exposent ceux qui prétendent tirer des indications utiles au traitement des maladies de l'homme, de leurs observations sur les animaux; et, quoique son dessein ne fût évidemment que d'arrêter sur la pente les expérimentateurs entraînés par l'exemple de Haller, il semble avoir pressenti d'autres excès, et deviné que l'introduction de la physiologie dite expérimentale dans la médecine provoquerait tôt ou tard des essais de pathologie expérimentale.
JMurray ne s'est point trompé dans ses pressentiments, ou mieux dans ses prévisions. Nous avons maintenant à côté de la physiologie purement expérimentale, qui se passe très-bien de principes et de doctrines, et n'exige, pour être cultivée avec quelque succès, que des vivisecteurs intrépides, des opérateurs moins remarquables par la puissance d'induction et la faculté de généralisation, que par une habileté manuellettout à fait compatible avec la médiocrité ; nous avons aussi, à côté de cette physiologie opératoire, une prétendue pathologie expérimentale, sur laquelle on fonde de grandes espérances pour l'avancement de la médecine comparée.
Murray, qui protestait, il y aura bientôt un siècle, contre les exagérations de la méthode expérimentale dans la phy-
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siologie, et contre les applications prématurées qu'on en voulait faire à la médecine, que penserait-il de ceux qui, de nos jours, prétendent éclairer la médecine dans la connaissance et le traitement des lésions organiques, en étudiant sur les animaux des maladies provoquées et artificielles? Ces prétentions insensées, nullement justiOables, feraient sourire les médecins qui savent les principes de leur art, s'ils n'étaient profondément affligés des conséquences déplorables de cette étroite méthode expérimentale, trop rigoureusement appliquée à l'étude des sciences organiques par des esprits sans portée et sans initiative, dont le but manifeste est de constituer une physiologie et une médecine sur leur modèle et à leur image.
Il nous faudrait beaucoup d'espace pour traiter sommairement de la décadence présente des études physiologiques et médicales, par suite de ce matérialisme inepte et grossier, qui étend tous les jours son domaine, et poursuit son chemin, en se couvrant du système de la philosophie positive d'Auguste Comte.
Nous sommes bien loin de croire que ce système de philosophie exclue les principes et les idées générales, sans lesquels il n'est point de science ; mais nous souhaitons bien vivement que la Société de biologie, très-forte en matière d'expérimentations, et tout à fait nulle en matière d'idées et de doctrines, nous souhaitons bien vivement que les membres de cette société cessent d'envahir l'enseignement officiel, déjà si malade, et qui périrait certainement entre leurs mains.
La méthode comparative est excellente pour coordonner €t classer; et, à cause de cela, elle est parfaitement applicable à l'histoire naturelle, à l'anatomie, et dans une certaine mesure à la physiologie. Pour ce qui est de la pathologie et de la thérapeutique, c'est-à-dire de la médecine, l'induction légitime qui se tire de l'expérience est le guide