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LES PREJUGES A PROPOS DE LA GLACE

Nous empruntons à notre excellent confrère Vermesch, de Lille, l'article suivant sur les misères (la praticien en lutte avec les préjugés de ses clients.

Dans la pratique courante, le médecin, désireux d'être utile et de rendre service à ceux qui soulFrent, lait jour/iellement appel aux ressources thérapeutiquesde son art. associant parfois à la médication interne, la médication externe, et prodiguant toujours les salutaires conseils qui vont de pair avec les remèdes formulés.

Ne croyez pas que ce praticien sans peur, avant do tirer sa révérence au malade, soit sans reproche, la visite terminée.

A peine le seuil franchi, alors que déjà la pensée du débonnaire médecin prend son élan vers les régions sereines du devoir accompli, l'acerbe critique fond sur lui, comme le féroce gypaète sur le timide agnelet, pour s'emparer de ses faits et gestes.

Ses paroles sont pesées, interprétées devant un tribunal de commères.

Avis et traitement sont passés au tamis et l'orilonnance est enfin portée au pharmacien qui, questionné et pressuré à outrance, doit juger en dernier ressort de la valeur du médicament et très souvent du... médecin.

Malheur ù ce dernier, si les remèdes internes ou externes ne parviennent |)as à guérir ou à soulager le malade !

La glace, puisqu'il faut l'appeler par son nom, nous a tellement donné de déboires, que nous nous voyons forcé de livrer ses méfaits à la publicité.

Nous ne blanchissons pas encore sous le harnais médical et, cependant, en plusieurs circonstances toutes récentes, cette médication conseillée intus ou exlra nous a valu une douche. . . glacée.

N'étant pas, nous osons l'espérer, candidat à la maladie de Béard, nous prisons médiocrement cette hydrothérapie. Oyez plutôt.

Nous bommes appelé pour un cas d'hématémèsc. Le traitement classique est ordonné avec du lait glacé à doses fractionnées et l'ingestion de |)etits fragments de glace. Le malade meurt.

La famille lâche les cataractes et crie haro sur le médecin... à la glace. C'est la faille de la glace.

Plus tard, nous soignons une jeune lille pour iiéritonite aiguë. Le tableau clinique des symptômes péritoniques se retrouve en entier : frisson, vomissements, météorisme, faciès altéré, accélération et petitesse du pouls. Le pronostic est, évidemment, fatal.

Nous instituons le traitement : opium par la bouche et injections de morphine et de sulfiUe d'atropine ;de plus, application constante d'une vessie de glace sur Tabdomen.

Vingt-quatre heures après, la malade succombe.

Et la Renommée aux cent voix d'emboucher la trompette : a Le médecin n'aurait pas dû mettre de la glace sur le ventre ; cettejeune lille ne serait pas morte si on n'avait pas posé de la glace. C'est la faute de la glace.

Dernièrement une sage-femme réclame nos soins, le sixième jour de l'accouchement, pour une malade atteinte de septicémie puerpérale. La péritonite est généralisée : frisson intense, douleurs violentes se propageant dans tout l'abdomen, diarrhée profuse, hoquet continuel, lochies fétides et dyspnée croissant proportionnellement à la distension de l'abdomen.

Nous communiquons nos inquiétudes à l'entourage et demandons une consultation avec un confrère.

Notre excellent ami B... voit la malade. Il juge le cas très grave et. devant son état de prostration, croit, en conscience, toute intervention inutile.

Le mari est averti de la mort imminente de sa femme.

Le traitement est le suivant : médication génitale, médication générale et médication... abdominale.

De la glace, toujours de la glace, encore de la glace.

Un sac de glace est appliqué en permanence sur l'hypogastreavec interposition de flanelle, et nous nous promettons de revenir le lendemain, dès le potron-jaquet.

Mais une main invisible avait déjà glissé, dans notre boîte à lettres, un poème de remercimentsfnous connaissons tous ces lignes mielleuses) et... un avis de ne plus se déranger, car « une voisine a envoyé son docteur qui, lui, a promis de guérir la femme ».

Naturellement, la glace est enlevée du ventre — si on change de médecin, il faut bien changer de traitement, car

Ce n'serait pas la peine, assurément, De changer de gouvernement.

et on la remplace par dix sangsues.

La malade meurt.

Levée de boucliers, toile général contre les médecins... à la glace. « On a glacé {sic) les sangs de cette malheureuse. Onaurait dû appliquer tout de suite des sangsues qui auraient pris le mauvais sang ».

C'est encore la faute de la glace.

Nous vous le demandons franchement, chers confrères, avec de telles mésaventures, ne faut-il pas comparer laglaceaux « langues » d'Esope et s'en méfier ?

Rctaalités

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