‹ La medecine anecdotique, historique, litteraireChapitre 54 sur 122 · POURQUOI PIRON NE FUT PAS ACADÉMICIEN · texte numérisé non relu

POURQUOI PIRON NE FUT PAS ACADÉMICIEN

Cela intéresse un peu les médecins.

Rappelons brièvement la version officielle.

En 1753, l'Académie française venait délire l'iron à la presque unanimité, quand l'abbé d'Oiivet,àqui sa moralité douteuse devait interdire plus qu'à tout autre d'intervenir, s"avisa de prolester contre le choix de ses collègues, en allant représenter à Versailles que le récipiendaire était l'auteur de la fameuse Ode à Priape.

Louis XV opposa son veto à la réception du poète ; et Montesquieu, pour consoler Piron, lui fit obtenir une pension de mille livres sur la cassette du roi.

Que ïOde à Priape ait été une des causes de la prétendue indignité du candidat, nous l'accordons volontiers ; mnis fut-elle la seule ?

Nous croyons en avoir trouvé une autre dans une ode scatologique qui couvait alors sous le manteau. Les recueils manuscrits du temps la publient sans nom d'auteur ; mais Mon pclit parle feuille, un volume très rare, imprimé et paru à Londres en 1774, un an après la mort de Piron, attribue de la façon la plus formelle au poète défunt cette pièce qu'il intitule VEtron Royal. Le vers solidement fi-appé et l'allure très vive, en son âpre ironie, sont bien dans la manière de Piron ; et si réellement le morceau est de lui, il ne faut pas s'étonner qu'il ait scandalisé les adorateurs, encore nombreux, sinon bien convaincus, de la majesté royale. N'était-ce pas, en effet, une suprême irrévérence que cette plaisanterie, un peu grasse, sur la terrible maladie qui avait arrêté Louis XV à Metz et avait mis toute la France en émoi ? Les poètes de Cour avaient célèbre, mais sur un autre mode, la convalescence du Bien- Aimé : de quoi s'avisait ce rimeur qui se permettait de traiter si lestement un aussi grave sujet et— qui pis est — osait tourner en ridicule les princes de la Science, Dumoulin et la Peyronie, l'un le premier médecin, l'autre le premier chirurgien du Roi ?

En tout cas, quel que soit l'auteur de cette gauloiserie, nous la

transcrivons, comme la seule peut-être qui ait détoné dans la

symphonie des dithyrambes qui saluèrent alors la guérison du

Roi.

Paul d'EsTRÉE.

L'ETRON ROYAL.

Sur la convalescence du Roi (1744).

Viens me tenir lieu d'Apollon, lOsculape, dieu des Clystères, Que ta canule et ton canon.

Digne instrument de tes mystères,

Page 1