‹ La medecine anecdotique, historique, litteraireChapitre 59 sur 122 · LA CAROTTE · texte numérisé non relu

LA CAROTTE

Tout le monde ici bas n'a pas ce qu'il désire ; Que de filles surtout ont raison de le dire : On attend un époux on souhaite un amant A trop longue espérance on ne peut se contraindre

C'est une fureur un tourmen,

Le feu s'allume il faut létcindre ;

Le point est de savoir comment,

A défaut de cet instrument

Dont grâce à la bonne nature

Personne n'is'nore l'emploi.

On eu clierche l'image, on saisit sa figure

A la raison le besoin fait la loi.

Princesse, Bourgeoise ou Bergère

Chaume en son petit réduit

Cède à l'instinct qui le séduit.

Une racine potagère "^

D'Aglaure avait fixé le choix

De Priape usurpant les droits

Elle en faisoit le chatouilleux office

Quand tout à coup entre ses doigts Dans leurs doux exercices ils étoient aux abois

La i^acine échappe et se glisse

Jusques au fond de l'attelior

Où Vénus aux amants propice

Favorise leur sacrifice,

Peut-on à ce point s'oublier ?

Vous en parlez bien à votre aise

Vous qui de Priape à longs traits Par chaque nuit savourez les bienfaits; Joujou pareil se lient-il à la laise ?

A qui de vous en pareil cas Le vrai brandon n'échapperoit-il pas.

i5S— LE PARNASSE HIPPOCRATIQUE

Plus de reproche, A^^laure souftVe, Il est len)ps de la soulager.

Des doii^ls mignons eu vain cherclient à s'arranger Pour pénétrer au fond du goulTro, Tous ses efforts augmentent le danger, Elle a besoin d'un secours étranger.

La pauvre lille enfin a le courage De confier ce triste événement A certain lionime expert et sage.

11 lui promet un prompt soulagement, lant ilateuse et douce parole La réconforte et la console.

Bon courage ma belle enfant Et puur commencer cette cure Il faudrait de toute parure Vous dépouiller en cet instant.

Vénus doit ùpropos détaclier sa ceinture, Obéissez et montrez-vous Aussi simple que la nature.

• Nous sommes seuls ; or entre nous

Toute pudeur est superflue.

On rougit, on hésite, enfin la voilà nue Telle aux yeux de Pajon méditant sa Psiché, Plus d'une fois se montra le modèle ; Aucun de ses appas ne demeure caché.

Que sa rougeur la rend piquante et belle. L'Esculape hésite à son tour Il en son cœur léger désir d'amour.

Mais il vaincra celte boutade Il est honnête et généreux.

Sur la croupe de la malade Il déployé un bras vigoureux Du contre coup la racine est chassée.

N Un cri de joye et de douleur

Annonce à son opérateur Que la souffrante en est débarassée.

On voudroit revoir ce bijou Enfant morl-né d'une vierge féconde, Mais il est égaré, perdu je ne sais où, Il ne l'est pas pour tout le monde.

Ona repris ses vêtements.

On s'épuise en remercîments On s'en alloit au détour de la rue, De toute mère hélas ! que perçante est la vue ; Entre les mains d'un vieillard indigent Aglaure rcconnoît sa racine chérie.

Avec son pain de ce morceau friand Le Rouchy faisoit chère lie.

La belle admire cependant Gomme tout sert en cette vie, Et bientôt grâce au sacrement Entre les bras d'un époux succulent Notre fausse accouchée oublie Sa carotte et son accident.

Bibliogttaphie

Elude scientifique, critique et anecdotique sur les (^adki, avec notes biographiques et historiques sur les Cadet de Gassicourt, par

L. ii. 'l'on \i i>K. i^iris. 1902, '^v. Iii- 8", lOl) pas^i's, l.al)lt;aiix i^ciu'oloc;!ques et 13 planches do portraits et armoiries, (lldité par le Bulletin des Sciences Pliarmacologiqiics, K), Rite du Val-de~Gi-âcc et Impiimerie Maratlu'ux, i , rue Cassette.

Dans cette élude, tiédiée à l'Académie de Médecine et à la Société de pharmacie de Paris, l'auteur retrace l'histoire de celle lignée d liommes éniinents en tous genres : médecins, piiarmaciens, magistrats, artistes, etc., etc., qui ont llxé raltenlion dans le siècle élégant et dans le XIX» siècle. Ce n'est point une biographie sèche et aride. Le document est relevé très agréablement par le talent littéraire dejM. ToRArm;. L'anecdote fine, bien tournée, y côtoie la généalogie, l'iiéraldique et la bibliographie sobrement distribuées. Le plaisir des yeux n'a pas été oublié dans cette œuvre intéressante, et la partie artistique (reproduction de portraits, etc.) particulièrement soignée, en rehausse l'attrait.

Les pharmaciens, curieux de l'histoire de leur art, y trouveront des documents intéressants sur les apothicaires heureusement recueillis par le digne successeur de ces Cadet de

Gassicourt qui ont lionoré leur profession et dont il se propose de suivre les traces. M. B.

La Prostitution cloîtrée, étude de biologie sociale, par le D' Louis Fiai x, ancien ini'mbre du Conseil municipal de Paris. Un vol. in-12, o l"r. (Paris, Félix Alcaii, éditeur).

liCs travaux aniérieurementpubliés par l'auteur sur la police des moiurs et la prostitution réfjflcmentée t'ont autorité dans le monde administratif et médical.

Dans ce livre, il s'iist proposé de s'en tenir à l'examen nettement délimité de la question de biologie publique et collective, et il démontre, en s'appiiyant sur des documents nouveaux, les résultats très pernicieux, au point de vue de la médecine publique et de l'hygiène populaire d'un système qui doit disparaître. Dans une deuxième partie, M.

Fiaux résume les nombreux faits et documents présentés à Bruxelles, à la conférence internationale réunie en 1899 dans cette ville, pour étudier les relations hors mariage et plus particulièrement les résultats positifs de l'inslitution médico-policière de la réglemenlalion. Un appendice terminant le volume contient des statistiques oflicielles qui forment la preuve et comme le support des assertions et des conclusions du texte.

f4otes historiques

Michelet médecin. — Quelquesuns d'entre nous ignoi'ent peut-être que le grand Michelet lit de sérieuses études médicales.lln'estpas sans intérêt de reproduire cette belle page dans laquelle l'écrivain fait connaître ses impressions juvéniles.

1821. C'était au temps où je commençais mes études analomiques ; j'avais déjà vaincu la répugnance qu'inspire la mort à tous les êtres vi-

vants. Mais la même sensibilité qui m'avait fait embrasser l'état où l'on sert le plus directement les hommes me rendait plus pénible qu'à bien d'autres les études indispensables pour apprendre à l'exercer. Je ne pouvais, surtout, sans horreur, enfoncer le fer dans un corps tout organisé, tout semblable au mien ; il me semblait toujours commettre un meurtre.

— lOo-

Un jour dos plus noirs de décembre, je me rendis de bonne heure à l'ainpliilliéâlre ; il n'y avait personne encore ; il fallut attendre. (Il faisaità peine jour et l'on ne pouvait lire 'etrace). Je m'approchai machinalement clu corps que nous allions dépecer. C'était, autant que je pus distinguer, une femme d'environ vingtcinq ans. A travers la mort, je crus voir les restes d'une éclatante beaulé. Ses longs cheveux blonds tombaient de la table à terreetbalayaient des dates (s/c) de l'amphithéàti'e. Toî^f le corps était (effacé). Ces membres si délicats sur ce marbre glacé, cela me blessa ; je m'assis en face du cadavre et je me livrai tristement ù.

mes réflexions : « Pauvre malheureuse, me disais-je en moi-même, estil possible qu'aucune amie n'ait protégé tes restes V Toute nue, abandonnée sur le marbre d'un amphithéâtre. Livrée aux regards d'une foule déjeunes gens, dont les yeux vont violer tout ce que la pudeur cachait.

T'^ncoreune demi-heure et ce chefd'œuvre de la nature n'offrira plus entre leurs mains qued'horribles lambeaux ! Iliei', sans doute, les hommes t'adoraient ; ils te promettaient l'amour pour obtenir de toi le plaisir. . . Oh ! combien celte ligure douce promettait de bonheur à celui qui t'aurait aimé ; maisje le vois à ces mains délicates (jue le travail a endurcies, personne ne t'a protégé ; tu as vécu, tu es morte dans la misère, seule.

Ah ! si je t'avais vue un peu plus tôt. . Au moins tu seras plainte une fois!..»

Cette page pleine de sentiment, ne fait-elle pas pressentir le génie qui écrivit plus lard l'Insecte et l'Oiseau.

La Princesse de Lamballeet le Charlatan Pittara. — Extrait de ; >< Madame de Lamballe, d'après des documents inédits, » par Georges Berlin. Paris, 18>8, gr. in-8% p. 25 et 26. <i La Priucese de Lamballe, jeune « femme vive, aimable, mariée l'hi- « ver dernier à un époux fort jeune « aussi, n'a pu supporter tranquille- « ment les infidélite.s réitérées de son « mari, (}uel(iue futicsles qu'elles aient « été à son amour même pour ce mo-

0 derncThéscc, elle n'a pu voir sans un « accès de jalousie marquée son éloi- « gnement et ses écarts ; elle a conçu « de l'envie contre les objets les plus « méprisables que le prince honorait « de ses regards ; elle en a contrac- « té une mélancolie profonde et des « vapeurs convulsives. Les méde- « cins n'ayant pu calmer ce mal plus « moral que physique, elle s'est mise « entre les mains d'un nommé Pitta- « ra (1), charlatan en vogue par des « emplâtres qu'il applique sur le nom- « bril. Plusieurs femmes de la cour « en ont essayé, et Mme la du- « chessede Mazarin en ayant parlé à « la princesse, celle-ci vient depuis « peu de le faire appeler auprès d'elle. « [Bachawnont, 5 novembie 1~67).

(l) L'emplâtre du Sieur Pittara, lopiciue connu par nos feuilles et par tous les papiers publics, continue d'opérer de très bons elîets dans les vapeurs hystériques et les convulsions qui aliecteni les genres nerveux, etfets constatés par de nombreuses cures. On sait qu'il n'est pas moins spécifique pour conserver le fruit des femmes qui ne sauraient le porter à terme par la faiblesse de leurs organes, et pour faciliter l'accouchement.

(( il ne cause aucune douleur, ni même aucune marque sur la peau. 11 prévient encoreles accidents ordinaires despersonnes qui sont dans le cas de perdre. Trois ou quatre, employés successivement,suffisentpour les ma ladies de ce genre les plus invétérées. Le prix de "chacun est de G livres, franc de port. On l'envoie dans une lettre parla poste, avec une instruction imprimée, et sa conservation est sans terme. Ce remède se trouve à Paris, chez l'auteur, rue Verderet, vis-à-vis les armes d'Amiens ; à Toulouse, chez le sieur Lestanguet, marchand de verre, rue de la Trinité, et à Villeneuve-lez-Avignon, chez la demoiselle Verdeille l'aînée. 11 faut affranchir le port des lelti'es et de l'argent» [Ajfiches, annonces et avis divers, mercredi 1" décembre 1773).

Extrait de : « Madame de Lamballe, d'après des docum.ents médits », par Georges Bertain, Paris, 18>!S,gr. in-8% p. 25 et 26.

Vati^iétés

Les commandements de celui qui veut maigrir.

Clianue matin, à raul)e, vite le lève-

[rns :

Puis avec de leaii froide bien lort te

[doue lie ras ;

En juillet, à la mer, bains l'roids re-

[clierclieras ;

Chaque jour, longuement à pied pro-

[mèneras ;

Aussi bien, chaque soir, bicyclette

[feras ; En sortant des repas jamais ne dor-

[miras ; A table, les bons mets tu les mépri-

[seras ; D'un peu de vin rouge lu le conlen-

[leras ;

Graisses, beurres et pain jamais ne

[man<ïeras :

Comme un charme cent ans ainsi le

[porteras.

Masse énorme de cheveux dans l'estomac d'une hystérique. — M.

SiR.\ur) présente à la société de chirurgie de Lyon la masse extraite par lui, du poids de 7G5 grammes, de 28 centimètres de longueur sur 7 d'épaisseur. La malade, jeune lille do 16 ans, présentait au-dessous des fausses côtes gauclies une tumeur dure, lisse, régulière, qui avait été l'objet de diagnostics variés fibrome de la paroi, péritonite tuberculeuse enkystée, splénomagalio, kyste du pancréas, symptômes fonctionnels peu prononcés. La laparotomie fil constater le siège inlra-stomacal de la tumeur, que l'on put extraire finalement par une gastrotomie de 6 à 7 centimètres. Suture de l'estomac, suites simples. La malade, interrogée plus tard, finit par avouer que depuis quatre ans elle avalait des corps étrangers, papier, médailles, etc., et surtout ses cheveux.

L'acte sexuel chez l'homme et la femme. — L'homme ruine l'intelligence — le cerveau — par son abandon aux fonctions sexuelles.

Par celles-ci, il cède la substance grise ou les mater i.iux de l esprit e\, crée une vie psychique nouvelle dans l'être conçu, au détriment intégral de son psychique, de son intellect, de son cerveau à lui. Celui-ci descend

— comme dit un raidc proverbe flamand — dans ses organes sexuels et de là s'écoule dans un autre organisme.

LOiJemme, dans l'acte sexuel n'offre que ie sang, les éléments destructeurs de la motricité et conserve intacts son intellect, la raison, le cerveau.

Or, le cerveau, la substance grise, qui est le temple, le foyer de la Raison, de l'Intelligence, de l'Espi'it, exige sa conservation, si l'homme veut garder la spiritualité, la raison, la sagesse et les facultés supérieures.

Donc l'amour sexuel, la fonction géncsiquo consomme la ruine de l'homme, s'il exagère l'usage et en abuse, s'il dépasse l'équiiibre fonctionnel et sa réponse à la Loi de la Nature qui veut bien la procréation, mais dans la mesure adéquate aux exigences de la fécondation. La sobriété extrême de cette fonction est la loi de la conservation et la nature l'impose.

C'est l'abus sexuel, la luxure masculine qui est le premier péclié capital et engendre tous les autres. C'est lui qui supprime chez l'Iiomme la raison et fait régner l'instinct qui porte à la besliallilé et à tous les vices : avarice, colère, orgueil et vanité, envie et jalousie, gourmandise et paresse (Cueillettes du livre de C. Re- NOOZ : La Psychologie comparée de rHoniûieet de la Femme.)

Les légumes crus et l'épanda-

ge. — M. Baudin, ministre des Travaux Publics, s'est préoccupé do l'influence que pouvaient avoir sur la santé publique ics légumes et les fruits qui, ayant été arrosés par les eaux d'égout, étaient ensuite mangés crus parla population parisienne. 11 a proposé par une lettre, adressée au président du Conseil, de prendre les mesures nécessaires pour éviter tout danger : « Il est à craindre, dit-il, que les fruits et légumes qui se sont trouvés accidentellement en contact avec des eaux insuffisamment épurées n'arrivent sur le marché contaminés de microbes ou de débris organiques susceptibles de les rendre malsains.

« Les eaux de lavage emportent la plupart des éléments pathogènes et l'ébullition les rend absolument inoffensifs. Aussi peut-on affirmer que les

— 1 fi2 —

VA RIE TES

légumes cuils cl les fruits pelés n'offrent aucun danger. Mais il n'en est pas de même des lép:umes et des fruits qui se mangent crus, comme, par exemple, les salades et les fraises.

« 11 me paraît indispensable fîe parer au danger qui peut en résulter pour la ganté publique et, pour arriver à ce but, je n'aperçois ([u'un seul moyen, c'est de stipuler nettement, dans les contrats de concession d'eau d'égout passés par Ville, l'infcrdiclion pour les usaofers de cultiver les fruits et légumes destinés à être mangés crus . »

Conformément à cette proposition, le comité consultatif d'hygiène publique a nommé une commission qui a émis le v<i'u que, dans les contrais de concession d'eau d'égout passés par la Ville de Paris, il soit interdit aux usagers de cultiver des fruits et Icpfumes destinés à(Mre mangés crus.

Morsure d'avarié. — Pas banale l'aventure conléc par Maréaux Delavigne dans le Journal médical de Bruxelles.

« Il semble que si l'avarie Qèi entrée dans le domaine de la littérature, elle peut donner lieu quelquefois, au Palais de la Justice, à des débats bien suggestifs.

Exemple, l'espèce suivante :

Le 22 août dernier, un médecin de Dijon, le docteur 13..., voit arriver dans son cabinet un jeune bomme irrité, qui vient lui demander raison de certains propos qu'il aurait tenus sur son compte. Une discussion s'engage. Le docteur 15..., liait par s'impatienter et, bref, il veut mettre son prétendu (jU'etisé à la porle de son cabinet. Immédiatement celui-ci lui donne un soufUet et le mord au pouce gauche, lui faisant une blessure qui, par elle-même, ne pouvait présenter aucune gravité. Mais le docteur B.. , sachant que son agresseur était atteint de... l'avarie moderne à la période contagieuse, appréhende d'être contaminé par suite de la morsure. Médicalement, la chose était fort possible. I-^t, pour cette morsure, il demande à la justice de lui allouer cent mille francs à titre de dommages-intérêts.

Le tribunal saisi commit aussitùl des médecins, qui examinèrent le jeune homme et qui furent alors amenés à constater que si celui-ci présentait tous les symptômes de l'avarie à l'état secondaire, le docteur B.., n'avait pu être contaminé à la suite de la susdite morsure.

Après des débats à huis-clos clsur la plaidoirie de M" Tliomasset, les

juges ont pris en considération celle heureuse constatation, et c'est pourquoi ils n'ont accordé au docteur B..

qu'une légère indemnité, qu'ils ont fixée à 500 francs.

« Attendu, dit le jug^ement, que le docteur B... au courait delà maladie du jeune homme, a pu très légitimement croire que la blessure (jui avait été faite était de nature à lui communiquer cette maladie contagieuse ; que par suite, la plus élémentaire prudence lui faisait un devoir pendant la période d'incubation de s'abstenir totalement de l'exercice de sa profession. »

Voilà un jugement qui mérite d'ê tre signalé !

Enfant élevé dans une couveuse pendant vingt-cinq jours. —

Le tribunal de la Seine vimit, après plaidoiries de M" Droz et de M" Pierre, de statuer sur l'affaire du bébé élevé dans une couveuse pendant vingtcinq jours.

On se souvient sans doute des faits.

Mlle de Laporle a épousé, il y a quelques années, M. Leseurs. La jeune lille apportait en dot .50,000 francs. Le 1" janvier 1901, Mme Leseurs est morte en dormant le jour à un bébé qui n'était conçu que depuis six mois et demi.

Le bébé a vécu vingt-cinq jours dans une couveuse et est mort le 25 janvier.

Une question s'est alors posée. Le bébé était-il né viable ?

8i le bébé était non viable, M. de [japorte peut exercer son droit de retour sur les .50,000 francs qu'il a donnés en dot à sa fille. 81 le bébé était né viable, il a hérité de sa mère et sa succession se partage en deux moitiés dont l'une appartient à M. Leseurs, représentant la branche paternelle, et l'autre à M. de La porto, représentant la branche maternelle.

Le tribunal, a dans son jugement autorisé M. de Laporle à (irouver par témoins :

1" Que l'enfant est né après une gestation (le six mois et demi ;

2" Qu'il pesait, lors de la naissance, un kilogramme deux cents grammes et f[ue le poids est allé toujours en déclinant ;

3- Qu'il n'avait ni les ongles formés ni la double enveloppe de la peau.

Il ne parait pas hardi de supposer qu'au cas où M. de Laporte établirait catégoriquement la preuve des

VARIETES

l'ails ci-dessus, M. de Lapoi-le «gagnerai I, son procès.

Ajoutons que c'est la prcniicrc fois que la question se présente do savoir si un enfant qui a vécu virf£^tcinq jours sans infirmités, sans vice constitutionnel autre que l'extrême faiblesse, peut être déclaré non viable.

Le tribunal ordonne, en outre, d'office, une expertise dont sont cliargos MM. les docteurs Budin, llirlz et Vibert.

Les élections et les Médecins.

— Aristûpliane nous montre dans Lysistvate les femmes liguées pour la paix, mettant dans la balance le poids de leurs faveurs en regard des ambitions politiques des cités de la Grèce. Nous voyons aujourd'hui la Ligue électorale des femmes de France quémandant de gros sous pour corrompre lionnètemeut l'électeur en faveur du candidat « bien pensant ».

Nous n'étions pas encore parvenus, paraît-il. au comble du ridicule en cette période électorale.

Un journal professionnel : V Ami des petits Commcrçjnts a rempli la mesure. Sous ce titre : a La défense du commerce de l'alimentation contre les médecins », il publie la proclamation suivante :

Electeurs- Commerçants !

A la veille des élections, l'Ami des petits Commerçants appelle toute votre attention sûr ce danger très grave : l'envahissement de la Chambre des Députés par les médecins. Faites de l'opposition aux candidatures médicales ; remplacez les médecins députés par des Commerçants. Voici pourquoi :

Les Hygiénistes tendent à exercer sur l'alimentation juie dictature insupportable. Poui' se doiiuer plus d'autorité, ils exagèrent démesurément l'importance des fraudes et se posent en « sauveurs de la vie humaine » — ce qui veut dire que les commerçants sont des empoisonneurs.

Tantôt les professionnels de l'Hygiène — véritables charlatans — accusent les Laitiers, tantôt les Débitants, on bien les Epiciers, Aucune

branche de l'alimentation n'i''chappe à leurs accusations de falsilicalions.

Défendez-vous contre la calomnie. — Qu'allendent les Hygiénistes de profession. ((uniiK; suilc à leurs invectives ?

— Avant tout, une grande; considéralion du public pour eux, de l'intluence et des honneurs. [*uis, trois résulals matériels : 1» des subventions de l'Illat. des départements, des communes, pour leurs laboraloirps, pour leurs instilulions soidisant philanthropiques ; des dons particuliers, des décorations (françaises et étrangères) ; des adhésions (accompagnées de cotisations) pour leurs sociétés de tempérance ou d'hygiène ; 5?° des acheteurs nombreux pour les produits dit « hygiéniques, toniques, concentrés, stérilisés, etc. »

pour les vins spéciaux, leurs eaux minérales, leurs drogues destinées à ralimenlation des malades et des enfants enfin tout l'assortiment, le stock, le débalage de l'hygiène actuelle ; 3des sièges au Parlement, qui leur permettront- de faire entièrement la loi en France.

C'est là que vous pouvez les atteindre ! Aux prochaines élections législatives.

Faites cayjipasne contre les médecins candidats. Le commerce de l'alimentation a été trop discrédité, trop troublé, depuis ipielques années, par les bateleurs de l'Hygiène. 11 faut qu'à son tour, il donne une leçon. Commerçants de l'Alimentation, à Paris et en province, vote ^ contre les médecins. — Que les partis choisissent d'autres hommes pour tenir leurs drapeaux ! Qu'ils prennent, par exemple, des commerçants. Quant â vous

— montrez que vous êtes absolument las de la dictature des Médecins et des Avocats : Il y a trop de médecins au Parlement. Profitez de l'occasion que vont vous ollrir les élections de 1902 pour secouer le joug !

Nous nous dispenserons de commentaires et nous nous Contenterons pour conclure, de relever aux annonces de la dernière page quelques alcools supérieurs encadrés d'absintlie, d'amers, de quinquinas et autres produits hautement Hygiéniques. Et !

ironie du hasard, la page se termine par l'adresse d'une maison de désinfection. {Progrès méd.). D' Noir.

Petites anecdotes

Enseigne de pharmacie en latin.

— Voulez-vous me permettre de vous i-igiialer l'enseigne d'un pharmacien dont l'officineest situéeaucoin del'avcnue de Chàtillon et delà rue l'Alésia (14° arrondissement). Son nom est Buisson il a fait placer en lettre d'or snr le vasistas posé au-dessus de la porte d'entrée do sa boutique, les quatre mots latins suivants.

Dumits mcdctw non excoriât

Etant donné son nom lejeu de mois m'a paru spirituel et digne d'être signalé 'Inter. des chercheurs. 20 mars 1902;. -

Fable express.

Mon ami Leflémard, dès ses ten • [dres années, Au chorme dangereu.x; des grasses [matinées, S'abandonnait vacheusement.

Des tissus adipeux le développe- [ment, Résultant de celle paresse.

L'a jeté dans la tombe, éloufl'é par [la graisse.

Il a raison, mon médecin :

L'abus du lit n'est pas un travers sain.

Esope Fils.

Les mouvements instinctifs —

Tnc femme était en travesti, lors- (|u'on lui lanraune orange. Klle lendit les mains, mais, oubliant qu'elle était habillée en homme, elle écai la en môme temps les jambes pour recevoir, sur sa jupe absente, le fruit qu'elle ne pouvait pas saisir au vol : car c'est là un mouvement machinal féminin, tandis que, dans le même cas, les hommes, au contraire rapprochent les genoux — Ce mouvement trahit le sexe pour un observateur de profession.

.\venlure arrivée à Jules Favre, qui voulait faire entrer une femme à la Grande Chartreuse. C'est le prieur qui employa ce stratagème.

Tristes confidences. — Un de

nos confrères est en visite chez une de ses clientes :

— Et votre mari ?

— Il ne rentre jamais avant 3 ou 4 heures.

— Et vous n'avez pas peur qu'il donne des coups de canif dans votre contrat ''.

— Oh ! je connais le canif de mon mari. Il ne coupe plus !

L'aliéné lucide. — Dernièrement le village de X.... dans la Haute Savoie était en l'air... Le maire venait de faire arrêter un individu.

Voici le-procès-verbal de l'arrestation, établi parle maire lui-même et dont copie nous a été spécialement délivrée.

« Nous, maire de la commune de X..., ayant été informé qu'un individu qui se faisait passer pour aliéné parcourait la contrée en étal de vagabondage, l'avons fait amener en noire présence, et lui ayant demandé ses noms et prénoms, il nous a subitement répondu que nous étions une foutue bêle ;... Sur quoi, ayant reconnu que cet individu jouissait de la plénitude de ses facultés intellectuelles, nous avons dressé le présent procès-verbal, etc .»

A la clinique d'accouchement. —

Le professeur, examinant une malade :

— Voilà un superbe bassin !

Un ctiidianî [en sourdine). — Où l'on a mis des petits poissons.

Un autre étudiant : — Même que l'un d'eux a bien profité [Lyon méd.).

Études historiques

LES IXl-AMES SOUS LANCIKX RÉGIME.

[Voyez fasc. Hf. IV rt V.)

Le marquis d'Argenlon, ce pensear qui devança son siècle, a écrit qu'on brûla Descliaullburs, pour « faire honte au Roi du péché '> qui l'avait effleuré.

De là à prétendre que le supplicié était une victime, il n'y a qu'un pas; et Voltaire l'a presque franchi, lorsqu'il déclara, dans son Dictionnaire philo.sophii/ue. sur le ton badin qui lui est familier eu cette matière, que la justice lit au cas de Deschauffours une application abusive d'un texte des Etablissements de Saint Louis.

<^ Si aucun est soupçonné de b.... dit cet article, doit être mené à révoque et si l'eu était prouvé, on le doit ardoiv (brûler)».

Parb.... affirme Voltaire, Saint Louis entendait hérésie ; et ce fut précisément cette équivoque qui causa la perte de Deschauffours.

On aura beau jouer sur les mots, le coupable n'en avait pas moins commis toute une série de crimes abominables; et en admettant que, de nos jours, il ne courût pas le risque d'une condamnation capitale, il seraitcertainement frappé d'une peine très sévère. Mais les châtiments, sous l'ancien régime, se déterminaient d'après des considérations autrement simplistes. Les fils de Sodome avaient été punis, au dire de la Bible, par le feu du ciel ; par analogie, les pédérastes de l'ère chrétienne devaient périr dans les flammes. Au reste, c'est réternelle menace de Théru et consorts, menace qui, dans leur pensée, doit donner à réfléchir et qui suffira pour enrayer le mal. Car la... crémation de Deschauffours était inattendue. Et à une époque où les mœurs commençaient à devenir plus douces, cette exécution parut tellement atroce pour la répression de ce genre de crimes qu'elle fut la dernière.

Mais le gouvernement voulait qu'on la tînt pour juste et nécessaire : car ce qu'il importait de frapper dans Deschauffours, c'était moins peut-être sa propre infamie que son influence néfaste sur la bande dont il était réputé le chef. Et ce dernier grief nous laisserait bien incrédule, si nous n'avions déjà remarqué que la procédure volumineuse conservée à la Bibliottièque Nationale nous paraissait incomplète.

En effet, nous n'y trouvons aucuns des noms que les mémoires

du temps et que les papiers de la Bastille signalent comme ceux

des prétendus complices du supplicié. Mais qui sait s'il n'en était

pas de cetle affaire, comme de ces complots où des administrations

LA Mi':i). ANEcnriTinn 11 — li

iGG— ETUDES HISTORIQ UES

plus modernes, comprennent des gens fort étonnés d'avoir conspiré ensemble ? En tout cas — et nous l'avons fait observer déjà bien souvent, nul des grands seigneurs qui encourageaient l'ignoble industrie du proxénète ne figurait officiellement parmi les coupables qu'il importait de poursuivre. Et cependant, cet arrêt du conseil d'Etat, daté du 2() février 172(3, est assez explicite :

« Le roi ayant été informé qu'une licence effrénée a porté des particuliers à se livrer à des crimes honteux ; que plusieurs autres n'ont pas rougi de leur faciliter en prêtant leurs maisons pour y commettre ces crimes et y recevoir ou séduire, par surprise ou à prix d'argent, les malheureux complices de ces désordres. Sa Majesté aurait chargé le sieur Hérault, conseiller en ses conseils. etc., etc., d'appliquer tous ses soins et de se donner tous les mouvements nécessaires pour découvrir les auteurs et les complices de ces désordres, de tout temps en horreur à toutes les nations qui les ont toujours fait punir avec une égale sévérité....

Cette histoire des sodomites ressembla quelque peu à celle de ïa/f'aire des poisons. On découvrit plus qu'on ne croyait et surtout qu'on ne voulait.

La même juridiction extraordinaire qui avait été établie pour Deschauffourseul à connaître des crimes analogues imputés à un groupe d'individus incarcérés à la Bastille. Pas un de leurs noms, nous l'avons déjà dit, ne se retrouve dans le procès que nous venons d'analyser. Et cependant, le dossier de l'un d'eux, Jean-Baptiste Natlier, dossier d'ailleurs très incomplet, porte sur une de ses fiches, que ce peintre du roi, membre de l'Académie, un maître en son art, était un complice de Deschauffours.

Nous publions cette fiche, écrite par Duval, premier secrétaire du lieutenant de police, parce qu'elle résume la tragique aventure de l'artiste. « Nattier (.L-B.) peintre (né en 1684) entré le 31 décembre 172Ô, avait été renfermé dans la cinquième chambre de la Tour delà Liberté. ïl avait dit plusieurs fois ù un bas-olUcier de la Bastille, placé auprès de lui pour le surveilller, que l'affaire pour laquelle il était arrêté allait mal et tomba dans certains moments dans une grande tristesse. Pour le distraire, on lui faisait prendre l'air dans la cour du château et se promener 4 ou ô fois la semaine.

« Il s'était promené vendredi, veille de sa mort, pendant 3 heures de l'après-midi dans la cour ; étant remonte sur les 7 heures, ils soupèrent et jouèrent un piquet. 8ur les 9 à 10 heures, Nattier se coucha, causa avec lui jusqu'à 11 heures 1/2. Il (le gardien) se coucha aussi ; et ils ont ensuite continué de causer par intervalles jusqu'à 2 heures 1/2.

« A 7 heures, en s'éveillant, il fut dans la dernière surprise de voir du sang sur le plancher et prés du lit de Nattier. Il se jeta en bas du lit et frappa à la porte pour appeler le porte-clefs. On trouva

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Nattier mort dans son lit : il s'était coiipù la i,^or(,a\ Nattier avait 40 ans : il était impliqué dans l'airairc du fameux Deschauffours. »

Le double interrog-atoirc du gardien et du porte-clefs, conservé dans le dossier du suicidé, confirme la teneur delà noie de Duval.

Nattier s'était coupé la gorge avec un couteau rond, non tranchant, servant à ouvrir les huîtres et portant le nom de bastille. On trouva sur le défunt « des feuilles de papier » à l'adresse de M. Nattier, rue Neuve-des-Petits- Champs, un microscope, une lorgnette et un porte-crayon en argent. Nattier avait pour livre de chevet les Pensées de Montaigne. Il avait tracé cet apophtegme au crayon, sur la feuille de garde toute blanche : « De deux mots |.S(V) il faut éviter le pis. »

H fut inhumé dans le cimetière de Saint-Paul. Ses collègues de lAcadémie de peinture prononcèrent sa déchéance ; et son tableau de réception fut rendu à sa famille ; c'était — étrange coïncidence — l'Aventure de Joseph sollicité par la femme de Putiphar.

Il est une pièce capitale que nous n'avons pas trouvée dans le dossier, pièce à laquelle fait allusion ce billet adressé au lieutenant de police par Mesnard, premier commis du comte de Maurepas, ministre de la maison du Roi :

« Versailles, 17 juin IT'JIJ.

« Dans la procédure de Nattier qu'on m'a renvoyée, on a oublié copie de ce testament qui fait la principale preuve selon moi et qui, d'ailleurs, mérite d'être gardé pour le sang-froid dont il est dicté ! Si vous voulez bien le faire et me l'envoyer pour le joindre, il n'y manquera rien. »

Si incomplet et si mutité qu'il soit, le dossier de Nattier, resté dans les Archives de la BasUlle, contient encore des documents qui durent servir de base à l'enquête dirigée par le lieutenant de police. Ce sont deux listes de sodomites parisiens dressées sur des déclarations de dénonciateui-s. Elles contiennent des noms souvent donnés par Théru. Et l'une d'elles débute par cette épigraphe : Rex suos noril. Le roi connaîtra les siens.

Qu'est-ce à dire '! Et comment interpréter une phrase mystérieuse qui rappelle, en le modiOant, un mot célèbre de la guerre des Albigois ? Rex vise-t-il le lieutenant de police et suos la brigade d'agents provocateurs que nous avons déjà vus tant de fois fonctionner '.'' En tous cas, nous ferons remarquer que le document, attesté par une signature authentique, suit de près l'attentat du duc de la Trémoille sur la personne de Louis X"V. La liste comporte vingt noms, entr'autres ceux de Moinet, conseiller au Châtelet, « frayant avec des laquais « ; RegnarddeLussaing, commissaire au Chàtelct ; Largillière, le fils du peintre ; de Vougny, maître des requêtes ; La Puotteric ; Manet, fi'ère de la présidente Chauvclin « entretenu par le marquis de Peauvaisà qui il a mangé

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plus de vingt mille écus en deux années >>. Et le dénonciateur signait :

« Je certifie tout ce que dessus véiital)le de la manière que je l'expose pour index seulement. Prolestant en outre de n'avoir jamais consenti ni acquiescéaucune proposition de la part de ceux énoncés dans la présente déclaration, ni de ceux que je sais passant publiquement pour tels, présumant au contraire sur ce que je ne sais pas positivement, n'entendant et ne voulant parler que de ceux qui m'ont recherché ou fait rechercher ainsi que je l'explique dans le présent. Faitk Taris le septième octobre mil sept cent vingt-quatre ».

Nicolas de Tallant.

L'autre liste n'est pas signée, ni datée ; mais elle appartient, sans nul doute, à la même époque et paraît émaner d'un laquais bien renseigné, et qui invoque au besoin le témoignage de son expérience. Ses références sont de première marque ; nous en connaissons déjà quelques-unes, telles que Moinet, le marquis de Chamboran, l'abbé de Bénille, le marquis de Villars.

En voici d'autres :

Le duc de Lorges ; Duljois, grand maîlie des eaux et forêts ; Magny, dit Socrate ; l'abbé Gonet « neveu du grand-vicaire, petit, jeune, blond, assez beau, habitué à Notre-Dame, il voit celui qui pour la clique s'appelle Agnès de Chailiol ; le marquis d'Antraignes « Aimé Beauregard, page de l'hôtel Soubise que Devaux a produit également au duc de Villars-Brancas père et au duc de Crussol )> ; les barons de Pelisse et de la Touche ; le duc d'Mumières ; le marquis de Ghàlons ; de Bullion, prévôt de Paris ; le marquis de Saucourt ; de Marbeuf et combien d'autres !

Dénonciations, poursuites, emprisonnements, rien ne put arrêter cette déplorable perversion du sens génésique. Il serait fastidieux de reproduircles lamentations désespérées ou les furibonds anathcmcs de Théru qui, pendant près de huit ans encore, devait continuer à Ilossignol l'honneur de ses confidences. Peut-être Tàpreté de la persécution et la perspective du bûcher de Deschauffours diminuèrent-ils tout d'abord le nombre des sectateurs de Sodome, mais ce qu'il en resta n'abandonne rien de ses rites les plus abjects. Voici ce qucn rapportait un espion de police, cinq mois à peine après la mort de Deschauffour :

« 30 oclobre 17-2(i.

(■ La dernière partie que Delaunay a faite avec le comte de Villaines, il y avait M. d'Anonville, capitaine aux gardes, M. le chevalier de Boissieux, M. le prince de Bouillon et un appelé Langevin qui a servi à M. le Duc. C'est le jour qu'ils ont forcé cette llUe. Ces choses-là se sont faites ciicz Bonco, baigneur, rue des Saints-Pères, dans la cliambrc du sieur Boissieux, en sorte qu'il

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y a cil un particulier qui. logeant dans la même maison, à côlé de celte chambre, qui a été obligé de démenaorer et de prendre une chambre sur le derrière à cause des dérèg:lements qui se passent dant la chambre dudit sieur de Boissieux.

« Pendant que ces ;\Iessieurs ont forcé cette fille par derrière dans la chambre, il y avait dans l'antichambre un garçon baigneur qui rasait ledit sieur de Boissieux et une servante de chez Bonco. Et on entendait qu'elle criait « au voleur, » et qu'elle disait qu'on l'avait fait venir pour des seigneurs, mais que c'étaient des voleurs, et si ce n'élait pas assez de jouir d'une fille par-devant, sans la forcer par derrière.

t( A quoi un des Messieurs qui la forçaient lui disaient :

« — Regarde donc, B.... si Langevin fait tant le difficile que toi.

« Ce qui fait connaître que l'on faisait pour lors à Langevin les dernières infamies. Ils ont ensuite été obligés de renvoyer cette fille dans un fiacre, parce qu'elle ne pouvait plus se soutenir et ils lui ont donné cinq louis.

« C'était Duchesne, laquais de M. de Boissieux, qui avait amené cette fille.

« Les faits ci-dessus ont été déclarés par le laquais du comte de Vilaines à sa belle -mère qui les a redites au sieur Pronier. »

Ce comte ou plutôt ce marquis de Vilaines, d'Argenson le revit quatorze ans après, intriguant à la Cour pour le compte des Jésuites et le cardinal de Tencin. Il le trouva »< complimenteur, léger, cavalier et éloquent ». Mais c'était toujours le grand-croix de l'Ordre de la Manchette ^( ce désordre dejeunesse qui porte à l'amitié et conduit au cœur tendre pour ses amis, quoique le désordre y cesse avec les violentes arsées qui font le b.... » Car, ce qu'il faut lire et retenir entre les lignes de cette phrase amphigourique, c'est que Vilaines avait conservé sa petite cour de mignons, tout en paraissant se convertir : sa névrose passionnelle avait versé dans la dévotion : <> (]es pauvre b...., écrit le marquis d'Argenson, ont le c... dans un bénitier ». Et ici encore, le mémorialiste donne une preuve nouvelle de cette intuition merveilleuse que nous avons si souvent relevée dans son attachant journal. Les hommes égarés par un vice infâme ont une faiblesse intel- Icctaelle qui les prédispose, malgré leur tendance à la dissimulation, à se rapprocher d'une religion qui les repousse. Ils seraient certainement mieux. sous la douche que dans le bénitier. El il est assez particulier que pas un seul médecin, au XV!!!" siècle, ne se soit avisé d'étudier la Sodomie au point de vue pathologique. Peut-être eût-il craint d'entrer en lutte avec l'Eglise dont il ne devait jamais èire. en ce temps-la. que le très humble serviteur.

(-1 suivre.) Paul d'EsTRÉKs.

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