LA VENGEANCE INUTILE
Un Prince fétoyait la femme d'un notaire Qui s'en apperçut mais que faire ?
Astolphe n'y fait qu'enrager .loconde en est pour se venger
Le tout sans bruit carie moins nécessaire Est l'éclat en pareille aflaire.
Voyons comment dans cette occasion S'y prit pour se venger notre tabellion. De Vénus en secret il vit une prêtresse Lui tint à peu près ce propos :
(1) Pièce inédite du XVIII* ?iôcle.
LE PARNASSE HIPPOCRATIQUE ~if,3-
Ce n'est point aux beaul(';s de Guide on de Paphos Que ma rage aujourd'hui s'adresse Evoquer de l'enfer l'cfTroyable Alecton La prêtresse frissonne et recule à ce nom, Oui je veux de sa clievelure Je veux moi-même arracher le serpent Le plus mordant Et de Vénus alors j'aurai pris la ceinture. J'agacerai le monstre et plein de son poison Je sais où le répandre en ma Jeune saison. Si je te fus soumis si tu me fus propice J'attends de toi cet important service L'occasion est belle, urgent est le besoin Je veux faire à Vénus un dernier sacrifice Mais gu'Alecton soil mon complice Tu vois comme je sais reconnoîlre ton soin. L'or brille et son éclat écartant tout scrupule
La prêtresse écouta ses vœux Je vaux bien Alecton, dit-elle, et de tes feux Je recevrai l'hommage ; à son tour il recule Tu puiseras dans mes embrassements Plus de poisons que n'en ont les serpents
Dont tu recherches la piqûre.
Notre Vulcain met à fin l'aventure Et reporte bientôt à sa belle moitié Un gage assez nouveau de sa tendre amitié. Le venin élancé pénètre et s'inocule Puis de route changeant chez le Prince circule De proche en proche ainsi le feu En un clin d'œil, ainsi la foudre De tout brûler, de tout réduire enpoudre
Dans leurs dégâts se font un jeu.
Du poison cependant les fatales atteintes
Sur le front du Prince amoureux Avoient déjà ti"acé leurs hideuses empreintes Avant-coureurs d'un sort affreux. Le notaire, de sa vengeance Savourait le fruit en silence Quoi qu'à son tour une sourde douleur De son plaisir altérât la douceur La rose est-elle sans épine ?
Force fut à tous trois de chercher guérison Le pauvre époux paj'a trop cher sa trahison Le messager des dieux qui leur fut salutaire Aux passe-temps du Prince au lieu d'être contraire Pour servir ses amours doubla d'attention, Et pour son vilain mal fut le tabellion. Tempêtez, gardez le silence Vengez-vous, ne vous vengez pas Sans bruit ou bien avec fracas Voilà toute la différence.
Vamétés
Un loup opéré de la cataracte.—
Le docteur Rollet, de Lyon, professeur agrégé des liôpitaux, nyant eu l'occasion de soigner un dompteur d'une ménagerie installée ici, qui avait été blessé par une lionne, le dompteur lui témoigna sa reconnaissance en mettant à sa dispositionun lion, ce dont profita le professeur pour donner une leçon pratique aux élèves de son cours.
Là, ne devaient pas s'arrêter les relations du professeur Rollet et du dompteur.
Celui-ci ayant déclaré au médecin que sa ménagerie possédailun vieux loup calabrais, atteint de cécité, hargneux et méchant, il fut décidé qu'on tenterait sur l'animal l'opération de la double cataracte.
Le loup liurla lorsque les aides de la ménagerie le prièrent, avec des fourches, de passer dans la cage centrale, où eux-mêmes pénétrèrent bienlot courageusement, mais non sans effroi, en raison de l'indocilité bien connue du pensionnaire.
On fixa un lasso au cou du carniVore, un second à la queue ; il fut ainsi bientôt immobilisé, puis attaché par les pattes de (aron à ne pouvoir nuire.
Dans cette chambre d'opération originale, le professeur d'ophtalmologie et les étudiant s pénétrèrent alors. Une injection de morphine fut faite au carnassier, puis oul'encapuchonna du bonnet à chloroformisation. Le loup était bientôt anesthésié.
L'opérateur enleva alors successivement les deux cristallins devenus opaques et remplaça le pansement ordinaire qui doit, pendant quelques jours, priver de la vue les opérés, par une ingénieuse suture, assurant l'occlusion des paupières supérieures et inférieures.
Le loup, tel un bébé endormi, un gros bébé de 100 kilogrammes, fut ensuite transporté dans sa cage.
Hermaphrodite vrai. — MxM. Petit et LAfiNEL-LAVASTiNE, out présenté à la Société médicale des hôpitaux de Paris (14 mars 1902), un individu âgé de vingt-trois ans qui, atteint de malformation des organes génitaux, semblerait pouvoir être regardé comme un hermaphrodite vrai.
Inscrit tout d'abord sur les registres de l'état civil comme fille, il a été plus tard, sur l'avis d'un médecin, inscrit comme appartenant au sexe masculin. Il présente aujourd hui des organes génitaux externes constitués par une verge de 4 centimi''tres de long, d'aspect relativement normal, mais imparfait : tandis que l'on voit sur le raphé médian pcrinéal (à quelques centimètres au dessous de la verge) un petit orifice de 2 millimètres de diamètre, bordé à droite et à gauche par un repli simulant un rudiment de vulve.
Do chaque côté de la verge, on voit un repli cutané brunâtre, mou, saillant, dépourvu de poils, et dans lequel la palpation ne permet de constater aucun organe, testicule ou ovaire. On trouve, au contraire, vers Textrémilé interne des plis inguinaux, au-dessus du pubis, normalement garni de poils bruns, deux saillies molles, au centre desquelles la palpation révèle l'existence d'un organe ovo'ide, insensible à la pression, évidemment une glande génitale.
Cet individu est petit, d'aspect infantile, absolument imberbe ; ses seins sont développés comme ceux d'une femme, avec un mamelon bien conformé. Le bassin est large.
On apprend, par l'interrogatoire, que l'orifice périnéal donne issue à l'urine, dont l'émission se fait régulièrement. Mais, en outre, depuis l'âge de seize ans, il se produit par cet orifice, régulièrement tous les mois, un écoulement sanguin en tout comparable à des menstrues et qui, chaque mois, s'accompagne de gonflement et de sensibilité des glandes génitales pubiennes.
11 semble donc que l'on soit en présence d'une femme ofl'rant des organes génitauxanormalement constitués, mais, d'autre part cet individu éprouve très manifestement l'appétit du sexe féminin et n'entre en érection que lorsqu'un désir est fortement excité par une femme.
Le toucher rectal, l'examen du liquide qui s'écoule del'orifice périnéal après l'érection, n'ont pu apporter à la question du sexe une réponse précise. La cure radicale de la hernie inguinale droite, qui accompagne la
VARIETES
glande gc'tiitale de ce côlo, poiii-ra peimellre l'exploration plus complète de celte glande et peut-ôlre ainsi résoudre le problème.
Un accouchement chez les brigands d'Europe. — On connaît l'enlèvcment, par des brigands, d'une missionnaire américaine et de la femme d'un pasteui' protestant en Turquie.
Le plus étonnant de toute l'aventure de Miss Slone et do Mme Tsilka c'est l'épisode de la délivrance de Mme Tsilka et de ses suites, qui fait penser au récit évangélique de la fuite en Egypte, racontée de la sorte par G. Sliegler.
« On a peine à croire que, dans ces conditions extraordinaires, une femme ait pu développer une grossesse, la mener à bien, avoir un enfant bien portant, le nourrir et se relever, sans être elle-même malade.
Ces faits invraisemblables sont pourtant vrais. Mme Tsilka, enceinte, est montée à cheval, paraît-il, jusqu'au dernier jour, elle a accouclié de sa lillette, qui a aujourd'lmi sept semaines, sans interrompre sa pénible vie de pérégrinations. La nuit même qui a suivi la naissance du bébé, elle était encore à cheval.
Cette petite femme mince a montré une énergie qu'il ne faut pas appeler màle, malgré l'habitude, parce que les femmes ont souvent plus d'endurance que les hommes. Comment n'est-elle pas tombée malade ?
Comment a-t.-elle écliappé à la lièvre puerpérale et à la péritonite ''. C'estce que j'ignore, et c'est ce que beaucoup de médecins se demandent sans doute en vain. Quant à la fillette, c'est, suivant l'e.xpression consacrée, une enfant superbe. Cette petite, qui est née à cheval, pour ainsi dire, a un teint brun de moricaude. Les captives ont toujoui's été sous la conduite de deux brigands seulement. Dans les marches nocturnes, l'un d'eux suivait à pied portant le bébé dans ses bras et le protégeant avec le plus grand soin contre les moindres accidents, l'enveloppant, le tenant au chaud. »
Pour rares que soient désormais, en Europe, les r.ccouciiements de cette nature, ils sont loin d'être incompréhensibles pour les médecins, quoi qu'en pense M. Sticgler.
Si Mme Tsilka n'a pas eu de péri-
tonite et de fièvre puerpérale, cela prouve simplement qu'elle na pas été infectée : ce qui se comprend assez, puisqu'elle a accouché seule, sans aucun intermédiaire. Je ne suppose pas. en effet, (jue le brigand, préposé à sa garde, ait eu une exploration vaginale à faire, pour reconnaître la position de la tête ? Jadis, aux temps préhistoriques, on Europe oui ou non centrale, les femmes accouchaient ainsi. Mme Tsilka adonc accouché aussi simplement qu'on le faisait à cette époque.
Comment meurent les animaux-
— C'est une habitude chez les chats elles chiens, au moment de mourir, d'aller agoniser dans quelque coin et souvent assez loin de leur domicile habituel, reste sans doute de ce qu'ils faisaient à l'état sauvage.
Quant aux lapins, ils semblent faire linverse et sortir de leur terrier pour mourir, non repoussés par leurs cohabitants, comme on l'a dit, mais de leur propre volonté ; les lemmings et les campagnols agissent de même..
Les oiseaux moribonds fuient la lumière du jour et recherchent les retraites les plus sombres. C'est ce qui expliquerait pourquoi on ne voit jamais d'oiseaux morts (ainsi que nous l'ont affirmé les balayeurs du jardin du Luxembourg et du Jardin des Plantes) dans les allées des jardins publics.
Les étudiantes en Allemagne. —
Longtemps les femmes furent exclues systématiquement des études médicales en Allemagne. Depuis quelques années, la loi les autorise à suivre les cours dans les Facultés et dans les Cliniques allemandes, mais certains professeurs continuent à leur faire grise mine. Elles ne se laissent cependant pas rebuter ni par les difhcultés des études, ni par la sourde opposition de quelques-uns de leurs maîtres, ni par l'hostilité ouverte de beaucoup de leurs camarades mâles qui redoutent la concurrence professionnelle pour l'avenir. Cette année, l'aflluence des étudiantes dans les Universités allemandes estplusgrande que jamais. Rien qu'à l'université de Kerlin il y a eu, le semestre d'hiver de cette année, GOO étudiantes, alors que le semestre d'hiver de l'année précédente, il n'y en avait que 449.
petites anecdotes
Anecdotes sur les apothicaires.— Le marquis de Resnel acheta un fief qui relevait d'un autre fief appartenant à un riclie apotliicaire de Paris. Ce sire lui fit dire qu'il lui devait foi et hommage, et cela assez incivilement. Le marquis, résolu de s'en venger, vient à Paris, se met au lit, et, le soir, envoie commander un lavement chez cet apothicaire pour un grand seigneur qui lo<?eoiten tel lieu Le maître y voulut aller lui-même. et prit même ses habits des dimanches.
Le feint malade ne se laissa point voir au nez. L'apothicaire lui donne le lavement, et. avant qu'il se fût retiré, le marquis lui lâche tout au visage, en lui disant : « Voilà comme je A'ous fais foi et liommaj^^c, monsieur l'apothicaire. » Grand procès pour cela : mais les juges rirent tant. qu'il fallut que l'apothicaire s'accommodât.
{Les Historiettes de Tallemant Des Réaux. Seconde édition par Monmerqué, t. X. p. 138, Paris, 1S40.)
— A Moulins, en Champagne, y avoit un Apothicaire, nommé "Desbordes, qui, pour avoir estudié avec quelques Barbiers, relenoit un peu de leur humeur glorieuse, et àceste occasion luy prit aflection de choisir quelques belles armoiries pour mettre sur la porte de sa l)0utique. Dont conférant avec ses voisins, l'un luy dit :
« 11 A'ous faut faire un feu, qui signifiera le feu des brandons, autrement
des bordes ». L'autre : « Il n'est joy que des bordes ». Enfin se rencontra un orfèvre bon compagnon, qui luy dit : « Je serois d'advis que, comme vous estes monsieur l'Apothicaire, vous prinssiez trois pillules d'or en champ de gueules, et pour devise vous metti'ez en grosses lettres d'or : Par pillules le cul desborde. » Dont mon homme, tout scandalisé et irrité, ne parla onque puis d'armoirieny de devises.
— Jeviendray donc maintenant a rapporter quelques équivoques, qui se peuvent faire en lisanlquelqueescriture. riomme advint à l'Apotiiicaire de tante Pissepin. lequel lisant la lesepte que luy avoit donnée un Médecin pour purger sa melancholie, en ces mots : Recipe Veratri manipidum.
etc., il alla A'wevcretri. et, au lieu de luy préparer l'élébore, luy dit qu'elle estoit en danger de mort si elle ne trouvoit quelque gros vietz-daze pour la cruérir.
Un autre ayant veu la reccpte d'un ^lédecin, qui avoit mis : Recipe Rliubarbari opii, qui est une abbréviation d'optimi, alla imaginer qu'il Rvo\i opsi : et en mettant en la médecine du patient, qu'il l'endormit si bien qu'onques puis ne se réveilla.
C'est pourquoy l'on dit ordinairement, qu'il se faut garder d'iiu qiti pro quo d'Apothicaire. ;TAD0rKOT. Les Bigarrures et touches du seigneur Des Accords.)
Études histomqaes