‹ La medecine anecdotique, historique, litteraireChapitre 87 sur 122 · I. Définition et historique · texte numérisé non relu

I. Définition et historique

On appelle abolitionnistes^ par comparaison avec le parti qui, aux Etats-Unis, poursuivit et obtint l'abolition de l'esclavage, les personnes qui poursuivent actuellement, en Europe, la suppression de la surveillance de la prostitution.

Ce parti a pris naissance en Ang-leterre vers 1870, alors que les Acts contre les maladies contagieuses voies par le parlement en 1864 et renforcés en 1866, fonctionnaient depuis quelques années à peine.

L'Association qui, à cette époque, se forma dans la Grande- Bretagne sous l'impulsion d'hommes éminents et surtout d'une femme dont le cœur et l'esprit de charité n'ont jamais été discutés par personne, M""^ Joséphine Buttler, portait le nom de Fédération pour le rappel des Acts.

IL Les Acts.

Pour en finir de suite avec cette Institution et avec le rôle qu'elle joua dans le pays, il convient de dire que les plaintes incessantes des médecins de l'armée britannique, dans laquelle les maladies vénériennes faisaient de terribles ravages, (150 à 200 p. 1.000 hommes en Europe et souvent 500 p. 1000 dans l'armée des Indes) avaient attiré l'attention des ministres de la Guerre et de la Marine.

Ceux-ci avaient donc proposé cette réforme qui fut votée pour la première fois en 1864 par le Parlement. Mais, chose qui paraît étrange, ces Acts, qui prescrivaient la surveillance et l'examen médical des prostituées, ainsi que l'hospitalisation forcée des malades, ne devaient être appliqués que dans onze villes de garnison, soit de l'intérieur, soit du littoral.

En 1866 on étendit ces prescriptions à trois autres villes, ce qui porta à quatorze le nombre des localités où la prostitution devait être surveillée.

LA MEDECINE SOCIALE ZLJillll

Les résultats furent appi'écJal)los el ou en a pour preuve les déclarations des médecins coni[)étents (Al. Cooper, itï Gonféicnce de Bruxelles).

Mais, il faut bien le dire, ils furent faiblement appréciables. De part et d'autre on tortura la statistique pour prouver l'ulilité ou l'inutilité de cette mesui*e, et ce qui resta constant liélas ! ce fat l'infection continue de l'armée anglaise, quoique à un degré peut-être un peu moindre.

De cela l'explication est assez facile à donner.

Les prostituées habitant les villes soumises aux Acts, dans le but de se soustraire à la visite corporelle et surtout à l'internement pour cause de maladie, émig-rèrent en grand nombre vers les localités non soumises aux Acts. Si ces localités avaient été éloignées des centres de garnison, le mal eût été moindre, etle danger aurait pu, pour l'armée tout au moins, être ainsi partiellement écarté ; mais il n'en était pas ainsi, et le voisinage de ces prostituées non surveillées et par conséquent très dangereuses était tel que les soldats d'une ville soumise aux Acts allaient s'infecter dans la ville voisine, non soumise aux Acts, rapportant ainsi dans un milieu relativement sain la maladie qu'ils avaient contractée dans un milieu malsain.

Ainsi Londres n'a jamais été soumise aux Acls, mais des villes voisines y étaient soumises, de sorte que par comparaison on peut se demander ce que serait l'état sanitaire de nos garnisons de Vincennes, Saint-Denis et Versailles, si la réglementation de la prostitution n'existait pas à Paris, et si les trois villes précitées étaient seules soumises à une surveillance même très sévère.

IIL Rappel des acts.

C'est à l'assaut de ces .4f^^que s'élança la fédération britannique, et, il faut bien le dire, leur défense n'était pas très facile, car ces règlements, inspirés par un légitime désir de prophylaxie étaient en somme défectueux, tant par l'inégalité de traitement qu'ils imposaient à certaines villes que par leur opposition avec leshabitudesde liberté individuelle de la Grande-Bretagne.

Non content de recruter des prosélytes en Angleterre et

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d'y soulever l'opinion en faveur de son principe, Mme Buttler, véritable apôtre de .son parti, parcourat l'Europe, déclarant partout la guerre à la réglementation de la prostitution. Prenant ses auxiliaires dans toutes les religions, dans toutes les opinions politiques, elle organisa partout des réunions, des conférences, des congrès, dont ceux de Genève, Biuxeiles, Rome et Gênes fureutles plus importants.

Les revendications de la Fédération échouèrent une première fois devant le vote du Parlement en 18SI. Mais l'émotion ne tarda pas a devenir si générale que, malgré les rapports des médecins de larmée et de la marine, les adversaires de la visite corporelle des prostituées finirent cependant par obtenir gain de cause, et que, le 6 juin 1886, la Chambre des commuiu'ri vola le Rappel des Acts.

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