LES CONNAISSANCES DES ANCIENS SUR LA GENERATION
Si pour éviter le nombreux enfantement, la femme doit es tre longtemps nourrice(i}
A Monsieur de Yaudrimont,
Il y a long temps, que vous dictes fort désirer sçavoir d'où vient que les femmes qui craignent d'estre surchargées d'un grand nombre denfans, se rendent long temps nourrices. A ce je respons, que Nature a mis deux fontaines en la femme, opposites l'une à l'autre ; l'une en bas, l'autre en hault : ce sont les deux mamrnelles d'une part, et la matrice d'autre, L'Une de ces fontaines est faicte pour distiller le surcroist du sang, qui gist dedans les veines : l'autre, pour ruisseler le laict, nourrice des enfançons. Or l'ordre et police de Nature y establie, est telle, que quand l'une de ces deux fontaines se tarit, l'autre se remplit : et contre : si que tant plus long temps est la femme nourrice, tant plus elle demeure sans prendre enfans : id est, tant plus long temps elle porte eufans alaictans en son sein, tant plus long temps elle passe sans en porter au ventre. Que si d'aventure (comme quelquefois advient à ces fortes ouvrières, et que par grâce divine sont heureuses portières) la nourrice conçoit, l'un des deux enfans, par laps de temps, se portera mal, ou celuy qui est au sein, ou celuy qui est au ventre, ou, et le plus souvent, tous les deux. Car ne peut une mesme source fournir bien et assez de nourriture pour Tun et l'autre. Or pour toucher de plus près la raison de ce que dessus, sçavoir est, que Nature, quand elle a faict par long temps une grande habitude de dériver, extraire, ou distraire quelque substance ou matière du corps, mal aisément elle discontinue, tesmoing la nourrice que dessus : la quelle par la longue coustume qu'elle a de nourrir, ne peut aisément ny promptement se tarir. Semblable observation pouvez faire es flux de ventre, d'urine, vomissements hœmorragies, par long temps continuées. Ce mesme se voit es crachats frequens, lesquels quelquefois sont prolongez, plus par une coustume ordinaire de cracher ou moucher, que nom pas par multitude d'cxcremens là arrivez, non tant par mouvement de nature, comme par forte accoustumance là attirez. Sus ce
(1) Extrait de : Les promenades printanièves de A. L. T. M. C. (Adrien Le Tartier, Médecin Champenois). A l'aris, chez Guillaume Chaudière, 158à, folio 69.
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poinct sans mo départir loin du proposé subject, vous prie qu'il vous souvienne de celte maladie, que les Grecs appellent TswïSfAo;, et selon Celsc. perpétua desidendi voluntas. Et au semblable remarquerez, qu'où les cautères potentiels sont appliquez, la nature s'habitue à faire descharge des excréments du cerveau. Ainsi est-il de la nourrice, laquelle par longue continuation de se laisser succer par les enfans les memmelons de ses tettins, a tousjours quelque envie d'allaicter, y sentant là ou laict, ou comme laict, qui la chatouille et invite à ce faire. Voire que aucunes nourrices, arrivée qu'est l'heure ordinaire d'alaicter leurs enfans, sentent les mammelons s'enfler, et les veines (qu'elles appellent cordes) tendues, et le laict jaillir, d'où elles prennent argument que leurs enfans crient. Ainsin est-il des hommes altérez des reins, que souvent se font succer par les nourrices, ou autres femmes, le bout de leur grand mammelon : Car tels, par continuation de l'exercice Cyprien, font toujours dériver et arriver en ces parties basses ait/ semeii, aut rudimentum seminîs : Au contraire ceux, qui se castmvenint propter regnum Dei, ou autre occasion, et ont circoncis et couppé le chemin à ces ruisseaux inférieurs, aisément après l'habitude faicte se passent des femmes. Car outre qu'en leurs âmes ils nourrissent d'autres pensemens, qui leur estouffent les désirs charnels, Nature petit à petit faict tarir ces ruisseaux ordinaires de Vénus,derivant autre part la matrice, dont est faicte la semence génitale. Les vefves, qui ont constamment et longuement dompté les assauUs de la gaillardement picquante Cypris, en pourroient témoigner, et tant d'honnestes vierges et desvots hommes : mais mariez que nous sommes, et par conséquent obligez à fournir autant que possible est, aux clauses et conditions portées par le contract passé par devant Nature, lors ne devons, ny pouvons, sans tribulation et bruict de mesnage, pratiquer ce que dessus. Et Adieu.
lia fnédecitie sociale
DE L'ABOLITIONNISME
Par M. le D^ L. Le Pileur, Médecin de Saint-Lazare.