UNE ERREUR DE SEXE. HERMAPHRODISME ET HYSPOSPADIAS
M. D"" Th. Weiss, professeur àla P'aculté de médecine de Nancy a récemment publié dans laRevuemédicalede l' Est il%0\, p. Ai',)) une observation intéressante qui mérite de prendre place dans les Annales delà médecine légale.
Le !«■■ mai 1901, un de mes confrères de la campagne m'adressait à l'hôpital de Nancy une jeune fllle de 19 ans, en me demandant de déterminer la nature de laffectiou dont elle était atteinte, de lui donner les soins en conséquence.
Cette jeune fllle présentait au niveau de la grande lèvre droite une tuméfaction douloureuse, qui était apparue depuis quelques jours sans cause connue et paraissait due à une inflammation de la glande vulvo-vaginale. On sentait, dans l'épaisseur de ce repli, une tumeur du volume d'un œuf sans communication avec la cavité abdominale, qui n'était certainement pas une hernie et qui était constituée de deux parties, l'une assez molle, l'autre plus dure, coiffant la première.
En palpant l'autre lèvre, qui avait un aspect normal, on sentait une petite glande non douloureuse, également surmontée d'une sorte de cordon noueux.
Du premier coup d'oeil, je reconnus que cette jeune fllle était atteinte d'une orchite, et qu'elle n'était qu'un homme, dont le sexe avait été méconnu.
"Voici l'aspect que présentaient ses organes génitaux externes.
Entre les deux grandes lèvres, l'une tuméfiée comme je viens de le dire, et l'autre normale, se trouvait une fente, simulant à s'y méprendre une vulve ordinaire. A sa partie supérieure, se trouvait une petite saillie, ressemblantau clitoris et recouverte par un repli cutané, rappelant la forme habituelle de la région. Mais, en palpant la région profonde, on constatait qu'il y avait un petit organe qui se prolongeait vers les branches ischio-pubiennes et n'était autre chose que les corps caverneux à l'état rudimentaire. D'oriflce vaginal, on n'en constatait pas, mais à la partie postérieure de la fente vulvaire, se trouvait un oriflce un peu élargi, qui était l'abouchement de l'urèthre. En effet, une sonde introduite dans ce canal conduisait dans la vessie après un trajet d'environ 6 centimètres.
Du reste, le toucher rectal ne permettait aucun doute sur l'exis-
— 3s — MEDECINE LEGALE
tence d'organes génitaux profonds du sexe masculin. On sentait très nettement une prostate bien conformée, surmontée des vésicules séminales.
Ajoutons que la pseudo-fente vulvaire était le siège d'une sécrétion purulente intense, rappelant absolument la vulvite blennorrhagique.
Quelques jours après son entrée à rhôpital,la lèvre gauche de la malade se tuméfiait à son tour ; une tumeur inflammatoire y apparaissait avec un gonflement intense, un épanchement abondant dans la tunique vaginale et des douleurs si intenses, que je pus craindre un instant un abcès delà région. Gomme du côté opposé, se déroulèrent sous nos yeux les signes caractéristiques d'une épididymite, la glande testiculaire restant relativement indemne, comme dans une orcliite ordinaire.
Ces phénomènes inflammatoires, après une durée de trois semaines, ont cédé : mais l'apparition de cette orchite double a singulièrement modifié l'aspect des organes génitaux externes. Les testicules, comme après toute orchite, sont restés gros et la région a la physionomie d'un scrotum que l'on aurait fendu en deux et qu'on aurait privé de la verge. Il est certain que si ce jeune homme, indépendamment de la malformation de ses orgaues génitaux externes, eût été cryptorchide, on eût éprouvé quelque hésitation à déterminer la nature de son sexe.
En réalité, il n'y a pas d'hésitation possible. C'est un hypospade perinéal et Ton sait que c'est cette malformation, qai est le point de départ le plus habituel des erreurs de sexe commises au moment delà naissance.
Du reste, l'aspect général du sujet est celui d'un homme. Il est vrai qu'élevé en fille, il a laissé pousser ses cheveux assez longs pour pouvoir les ramener en chignon sur la tête ; il n'a pas de barbe ; mais la physionomie est celle d'un homme ; la voix est mâle ; il n'y a pas de développement des seins et le bassin ne rappelle en rien celui d'une femme.
Après bien des réticences, j'ai pu savoir qu'elle avait eu d'abord des rapports avec un homme ; mais, ayant beaucoup souffert de ces relations, elle en a eu avec une femme, ce qui a amené une éjaculation avec sensation voluptueuse. C'est dans ces conditions qu'elle a certainement contracté cette pseudo vulvo-vaginite, en réalité une uréthrite,qui a été suivie d'une orchite double.
Les erreurs du genre de celle que je viens de relater ne sont pas rares dans la science, et, tout récemment encore,Neugebauer, de Varsovie, en a réuni un grand nombre d'exemples, qu'il a publiés dans la Revue de (jynècoloqie et de chirurgie abdominale. C'est très souvent à l'occasion d'accidents herniaires, ayant nécessité la kélotomie, que l'erreur a été reconnue et que l'on a trouvé dans des hernies inguinales un testicule chez une femme, un ovaire ou un utérus chez l'homme. Ailleurs, c'est le mariage qui a fait décou-
MEDECWE LEGALE — .?.? —
vrir l'erreur de sexe ; dans d'autres cas, la laparotomie ou une autre opération exploratrice a été faite pour entraîner une conviction qui n'arrivait pas à s'établir par le seul examen des organes génitaux externes. H est intéressant de signaler que chez notre sujet, c'est l'apparition d'une orchite blennorrliagique qui a éveillé l'attention et permis de reconnaître le vrai sexe du sujet.
En réalité, ces erreurs peuvent avoir des conséquences sociales considérables. Tout le monde ne prend pas son parti d'un changement brusque de sexe aussi philosophiquement qu'un malade de Porro qui, éclairé par une opération exploratrice, s'empressa de faire connaître à tousses amis et connaissances son sexe mâle par des billets de faire part commandés à la hâte.
Bien souvent, la déformation des organes sexuels exerce sur les facultés affectives et les dispositions morales de ces malheureux une influence néfaste et les pousse au suicide, témoin le fait demeuré classique, que Tardieu a rapporté en 1874 et qui est un exemple des plus frappants des conséquences dune erreur dans la constitution de l'état civil d'un individu.
Or, précisément le sujet qu'il m'est donné d'observer en ce moment n'a pas été sans rainspirer des inquiétudes à ce point de vue. En apprenant qu'il n'était qu'un vulgaire garçon, il m'a demandé formellement de sacrifier les deux testicules, qui ne lui servaient à rien, menaçant de se suicider, si je n'obtempérais pas à son désir. C'était là une question fort délicate et je me suis demandé si j'étais autorisé à pratiquer cette castration double qu'il sollicitait. Certains chirurgiens, Buchanam, Gross, de Philadelphie, n'ont pas craint d'enlever sciemment les deux testicules, simplement pour prévenir les troubles douloureux ultérieurs possibles ; mais leur opération a été vivement critiquée par Oesterlen et Casper.
Assurément, si, chez mon sujet, l'inflammation testiculaire devait se reproduire, amenant des douleurs incessantes ou provoquant des complications spéciales, l'hésitation ne serait pas de mise ; mais jusqu'à nouvel ordre, je ne me crois pas autorisé (et tous mes collègues consultés ont été de mon avis) à céder à ce simple désir ou caprice du sujet, bien que sa condition soit devenue lamentable. Il ne peut plus rester dans son village et compte s'expatrier pour vivre au milieu d'inconnus, qui ignorent son avatar. C'est là une situation poignante et qui est bien faite pour exciter l'intérêt.
Vamétés
Métiers d'aveugles.— Les moyens d'existence des aveugles sont plus nombreux, plus variés qu'on ne croit.
Les aveugles, qui sont d'expéditifs, d'adroits monteurs en perles, qui' empaillent, cannent des chaises, fabriquent des panniers, des brosses, des balais, composent des tapis de coco ou des nattes de jonc et sont paillassonniers, — pour ne citer que leurs travaux les plus habituels, — les aveugles, disons-nous, besognent aussi, différemment, sur certains points du globe.
C'est ainsi qu'en Suède, en Norwège et au Japon, après un sommaire apprenlis?aKe,ils remplissent, quand ils sont vigoureux, l'oflice de masseurs. A Amsterdam, Copenhague, Barcelone, en Suisse, en Russie, à New-York, leur spécialité favorite consiste dans la fabrication de la grosse chaussure. En Angleterre, il n'est pas rare de les voir sur les chantiers de construction, dans les métallurgies, visser des boulons ou assujettir des écrous ; c'est de l'autre côté de la Manche que les aveugles exécutent des travaux de vannerie d'un fini remarquable.
Au Brésil, les aveugles travaillent à la fabrication des éventails, et en Italie à celle des stores légers, de paille extrêmement fines qu'on voit à toutes les fenêtres.
Un peu partout, ils sont relieurs.
Tels, dans la menuiserie, opèrent des merveilles de patience ; d'autres, ouvriers couteliers, n'étonnent pas moins par l'irréprochabilité des objets qui sortent de leurs mains.
Les plus favorisés ont poussé assez loin leur éducation musicale pour devenir accordeurs, et grâce au développement extraordinaire que le sens de l'ouïe acquiert chez les aveugles, à l'instar de celui du touciier, ceux-là se créent des ressources appréciables.
Contre l'aphrodisie. — Voici une observation publiée par une publication religioso-industrielle :
(' Un jeune liomme, qui aimait une actrice et dépérissait à vue d'œil, se confia à un saint prêtre. Celui-ci lui dit :
— « Toutes les fois que vous serez tenté et que vous élèverez une pensée
coupable vers votre actrice, frottezvous doucement les lèvres et la poitrine avec l'image que je vais vous donner.
« Et le saint prêtre lui donna une image où se trouvait gravé un sacré cœur en couleur.
« Le jeune iiomme écouta le saint prêtre, se frotta avec la sainte image aux endroits spécifiés et sentit baisser, puis s'éteindre son amour pour la profane comédienne. Bientôt, grâce au cœur de .Jésus, il n'aima plus que le cœur de Marie. »
Le dernier trait est délicieux, mais ce qu'il y a de mieux, c'est plus loin le prix de ces images antiaplirodisiaques ; il est lixé à 10 fr. le cent. C'est évidemment moins ciier que les médicaments vendus dans les bonnes pharmacies.
Les femmes-Médecins. — D'après une statistique américaine, le nombre des doctoresses en médecine atteint le ciiiffre de huit mille. Voilà qui va faire plaisir aux féministes.
Et ces femmes-médecins ne sont pas des doctoresses pour rire : les huit mille diplômées exercent leur métier. Il faut avouer que la France ne détient pas le record de la quantité dans ce recensement : ellen'a que quatre-vingt-cinq médecins du sexe féminin, tandis que les Etats-Unis en comptent huit mille !
Le féminisme guérisseur n'est pas une rareté, un produit des nations jouissant de la civilisation la plus raffinée, car le négus d'Abyssinie a attaché à sa cour une doctoresse d'origine suisse
Espérons pour les sujets de Menelik que la compétence de celte dernière est plus sérieuse que celle de l'amiral de même nationalité.
La sage-femme municipale. —
Le conseil inunicioal de la commune d'IIammambou-HadJar (département d'Oran) a voulu favoriser la repopulation, et il a fait savoir qu'il serait disposé à accorder une subvention à la sage-femme qui viendrait exercer sa profession dans la localité.
Une sage-fem me des environs de Paris, la dame M.. ., eut vent de ces bonnes dispositions. Elle écrivit au
VARIÉTÉS
maire, qui lui réiioudit que le conseil municipal avait pris l'engagement moral d'allouer une subvention annuelle de 500 à 600 francs, et que lei? accouchements, dont le nombre était d'une centaine par an, étaient payés en moyenne 20 francs.
La dame M... partit pour l'Algérie et une subvention de 600 francs lui fut votée pendant deux ans. Mais par raison d'économie, l'allocation fut supprimée la troisième année. De plus, les femmes des électeurs de la commune laissèrent protester la signature de leurs represenlants, car le nombre annuel des accouchements n'atteignit pas le chiffre qu'on avait fait miroiter aux yeux de la dame M...
Celle-ci n'avait qu'un moyen de protester contre cette inaction. Elle s'adressa aux tribunaux et demanda une indemnité au conseil municipal pour inexécution de ses engagements.
Mais le tribunal d'Oraii et la cour d'Alger se déclarèrent incompétents par ce motif que la dame M... était une « employée delà commune » dont le licenciement par le maire échappait au contrôle de l'autorité judiciaire.
La dame M... s'adressa alors auconseil d'Etat qui refusa, au contraire, de considérer la plaignante comme ayant occupé un emploi municipal et décida que la juridiction administrative était incompétente.
A quels juges s'adresser? La requérante a demandé au tribunal des conllits de trancher la question, et cette haute Juridiction a donné raison au Conseil d'Etat en déclarant que la dame M... ne saurait èlre regardée comme une fonctionnaire communale, et que la convention qu'elle prétend s'être formée entre elle et la municipalité constituerait un contrat de droit commun dont la connaissance ressortirait à l'autorité judiciaire.
Question d'honoraires. — Un
jugement du tribunal de Dublin vient de débouter de sa demande un médecinqui réclamait en justice 20 guinées à un avocat dont il avait traité la femme pour stérilité.
Le tribunal décida ; 1° que tout mari est tenu de procurer à sa femme les soins médicaux quand elle est malade ; 2° qu'il est obligé d'en payer le prix, que le traitement ait
eu lieu avec ou sans son assentiment ; 3° que la stérilité n'est pas une maladie et que le mari n'est pas tenu en justice à faire soigner sa femme pour ce motif.
Un curieux boniment. — Nous appelons l'altenlion de nos lecteurs sur un boniment qui vient de nous être adressé et qu'on necroirait jamais avoir été imprimé au XX° siècle.
Il provient d'un chirurgien dentiste du nom de Barge. Après avoir annoncé qu'il fait « plombage, nettoyage, redressement des dents tordues », notre dentiste ajoute.
Avis important.
Succès merveilleux en médecine
Les fluxions de poitrine et pleurésies guéries radicalement en 12 heures, prises à temps.
Le propriétaire de ces procédés si avantageux en fera part aux amateurs, à un prix non exigé, et leur montrera le distinct de la maladie.
S'adresser à M. Barge. Ch. — Dentiste.
M. Barge se charge des opérations les plus ingrates elles plus difficiles, même celles qui sont considérées comme incurables et abandonnées :
elles seront faites artistement contre une garantie de 100 francs déposés devant témoins.
Possédant l'art de faire fondre et disparaître les loupes charnues à la tète, sans opération et tous maux externes, comme tumeurs, panaris, humeurs froides, ulcères, vieilles plaies, dartres, chancres, abcès, cancers, maux d'yeux, dragon ou maille et autres afflictions de la vue, les névralgies les plus rebelles ; guérison complète est assurée en quatre jours, maux d'oreilles, ulcères d'oreilles, la brûlure, les hémorragies de sang quelles qu'elles soient, homme ou femme, les douleurs partielles de rhumathismes fixes, et les maladies : diabète, gravelle, pierre dans la vessie et leshernies. Guérison sans opération.
Guérison à tous les maux les plus exécrables.
Le chirurgien se transporte à domicile par lettre signée du malade.
I^es mêmes soins sont donnés gratuitement aux indigents rue du Château, ig, près l'église Saint-Gènes.
Petites anecdotes
Chez l'opticien. — Gomment !
Trois francs cinquante, un tliermomètre que vous m'avez vendu un franc soixante-quinze l'année dernière 7
— Monsieur oublie sans doute que nous avons été obligés de subir l'augmentation des droits sur l'alcool !
Charmante naïveté. — Voltaire recueillit ciiez lui la nièce de Corneille. Cette jeune paysanne était fort naïve ; en voici la preuve cueillie dans une lettre de Voltaire à M. de Mairan.
« On lui lisait Cinna ces jours passés ; quand elle entendit ce vers. (Acte III. Scène IV) :
Je vous aime, Emilie, et le ciel mefou- [droie, te.
« Fi donc, dit-elle, ne prononcez pas ces vilains mots-là. » — C'est de votre oncle, lui répondit-on. — Tant pis, dit-elle ; est-ce qu'on parle ainsi à sa maîtresse ? »
Pour copie conforme :
D. Félix BuEMOiXD.
Falsification de l'assa-fœtida
{Sterciis Diaboli). — Falsitier l'assa-fœdida, cet élément primordial de la « tarife borbonnoise » du maître Rabelais, voilà en vérité quelque chose qui n'est point banal. Eh bien cela se fait, ainsi que nous l'indique M. G. Frerichs dans VApotheher Zeitiing. L'auteur y a trouvé, en analysant un échantillon, 70 % de cristaux durs de carbonate de chaux dont le volume varie de la grosseur d'un pois à celle d'un haricot. Il pense que la falsification est pratiquée eu Perse et dans ITlindoustan, pays d'orifïine de la gomme résine d'où l'on tire le produit auquel son agréable odeur a valu le nom de stercus Diaboli. M. -G. Grady.
L'Hystérie des célébrités. —
Le culte des célébrités est poussé en Amérique à un degré extravagant.
C'est ainsi qu'une dame de la plus liante société de Philadelpliie porte dans une petite breloque de cristal, ce qu'elle prétend être une larme du fameux pianiste Paderewski qui a fait fureur aux Etats-Unis.
Elle ne souffre point qu'on plaisante sur ce point et elle a rayé de sa liste de visite une jeune personne qui s'est permis de rire de cette larme peut-être empruntée à un crocodile.
Un ivrogne tombe au coin d'une rue. Sa face est tellement enflammée qu'on croit à une apoplexie et qu'on lui plonge les pieds dans un sceau d'eau bouillante.
Il revint à lui. — « De quoi ? de quoi ? s'écrie-t-il avec indignation, un bain de pieds et pas de petit verre ! »
Le viol anesthésique. — Le cabinet du juge d'instruction. Le juge est assis à son bureau ; le prévenu, un médecin, est debout entre deux gardes.
LE Juge. — Ainsi cette jeune fille est venue vous trouver !
LE Prkvenu. — Oui !
LE Juge. — Vous avez prétendu que ce n'était rien :une petite opération de quatre sous, mais qu'il fallait que la patiente fût chloroformée.
LE PRÉVENU. — En effet !
LE juge. — Vous l'avez donc chloroformée, et, profitant de son sommeil, vous avez abusé d'elle.
LE PRÉVENU. — Oh !... usé tOUt BU
plus !
LE JUGE. — Bref ! Cette malheureuse est enceinte de vos œuvres...
LE PRÉVENU. — Complètes !
LE JUGE. — Qu'avez-vous à dire pour excuser ce crime monstrueux ?
LE PRÉVENU. — Monstrueux !... Eh bien ! on voit bien que vous n'étiez pas là !
LE JUGE. — Enfin ! Quelle était votre intention ?
LE PRÉVENU. — Celle de rékabiliter la médecine !
LE JUGE. — Trêve de plaisanterie !
Vous ne pouvez ignorer que vous commettiez un délit prévu par le Code ?
LE PRÉVENU. —Le diable m'ennporte, si je m'en doutais !
LE JUGE. — Délit puni d"un emprisonnement de vingt ans !
LE PRÉVENU. — Vingt ans !
LE JUGE. — Au moins !
LE PRÉVENU. — Vous voulez rire !
LE JUGE. — On ne rit pas dans la magistrature !
LE PRÉVENU. — Voyons ! Il faudrait s'entendre pourtant pourtant ! Il n'y a pas huit jours, on a condamné un de mes confrères à cinq ans pour pour avortement ! Moi, Je fais tout le contraire, etra me coûterait vingt ans de prison !^.. Où est la justice alors!... Soyonslogique îparEscullape ! {Le l^ire).
Études sociales
ESSAI DE PROPHYLAXIE DES MALADIES VENERIENNES COMMENT IL FAUT ORGANISER LES LUPANARS.
Par le D"" Robert Teutsch, de Cannes.
Le service militaire obligatoire, qui draine les campagnes vers les villes, la facilité et la fréquence extraordinaires avec lesquelles on voyage de nos jours, les agglomérations urbaines sans cesse accrues, et aussi, il faut bien le dire, la trépidation de ce siècle qui commence, la hâte universelle de vivre et de jouir de la vie, sont des occasions de plus en plus menaçantes de contagion vénérienne.
Quelles sont, favorisées par ces occasions, les causes directes ds cette contagion V II en est pour moi trois principales :
1° Le Caractère Honteux attaché de tous temps aux maladies vénériennes^ l'hypocrisie traditionnelle qui interdit de parler de ces maladies, et par suite l'ignorance stupéfiante de l'existence des dites maladies, oit se trouvent non seulement la plupart des gens du peuple mais même des personnes d'esprit cultivé.
Il n'est pas rare de voir des gens, surtout des femmes, arriver à l'âge de 30 et 40 ans, et ignorer l'existence même de ces maladies, ou les confondre toutes en une seule sous le nom de « la Maladie vénérienne ». De même, j'ai entendu dire pour des affections pulmonaires diverses : « la Maladie de poitrine ». Que de fois, à des personnes, que leur situation sociale était en droit de me faire croire plus instruites, n'ai-je pas été obligé d'expliquer ce qu'étaient les différentes affections vénériennes ! Que de fois ne m'a-t-on pas demandé le plus ingénument du monde si la chaudepisse ne pouvait pas amener après elle des accidents syphilitiques, si la syphilis dans son cours ne comprenait pas fatalement un écoulement blennorrhagique, s'il était vrai qu'il existât deux espèces de chancres, l'un infectant et l'autre pas. D'autres malades s'imaginaient avoir contracté la chaudepisse avec une femme saine, parce qu'ils étaient pris de boisson. D'auti-es encore baptisaient leur chaudepisse échauffement et disaient avoir cette chaudepisse parce que leur femme ou leur maîtresse était lymphatique, avait des