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pertes blanches. A ces gens, je répète sur tous les tons que la syphilis vient de la syphilis (chancre induré ou plaques muqueuses), que le chancre mou vient du chancre mou, que la chaudepisse ne vient que de la chaudepisse.
Les deux premières affirmations sont banales. La dernière l'est infiniment moins qu'on ne le pense. Beaucoup de médecins, bien à tort, croient à une dualité de la chaudepisse : chaudepisse allumée par une vaginite ou une uréthrite, et chaudepisse prise après des libations trop abondantes au contact d'une personne saine, ou d'une femme en possession de fleurs blanches.
Or, je connais très bien des jeunes gens qui ont eu la curiosité d'essayer ponctuellement la fameuse recette de Ricord pour attraper la chaudepisse, mais sans le moindre résultat.
J'ai vu des hommes se plaindre d'avoir contracté la chaudepisse avec une femme saine qui avait ses règles. La possibilité do ce genre de contagion trouve crédit encore aujourd'hui non seulement parmi les profanes, mais parmi beaucoup de médecins. Je prie ces confrères de se rappeler qu'une femme peut être non seulement d'apparence, mais en réalité absolument inoffensive, pendant les périodes extra-menstruelles, et présenter un examen gynécologique négatif, mais que, si elle a eu la chaudepisse, souvent plusieurs années auparavant, des gonocoques non apparents et absolument torpides sont demeurés souvent dans ses glandes de Bartholin, pullulent à l'époque des règles, et rendent la femme septique pendant la durée de cette époque. Persuadons-nous donc et persuadons le public que la chaudepisse ne provient que d'un écoulement contenant des gonocoques et ces gonocoques, il faudra toujours les chercher et à plusieurs reprises chez la femme qui naturellement, en raison des glandes multiples de son appareil génital, do ses sécrétions constantes et plus ou moins abondantes, off're la plupart du temps de grandes difficultés de diagnostic, si l'on ne pratique qu'un examen superficiel.
2" La Prostitution, dans toutes les classes de la société, et que je diviserai en : prostitution clandestine, la plus nombreuse, la plus dangereuse, qui, plus la prostituée a réussi à s'élever au-dessus du ruisseau, jouit de toutes les immunités et bien plus, de toutes les déférences des pouvoirs publics : cocottes des cafés de nuit, ouvrières aux gains insuffisants, petites bourgeoises qui, pendant que le mari gagne péniblement au magasin, au bureau, au ministère, l'argent stricte-
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ment suffisant à l'entretien du ménag-e, récoltent, en des déshabillag-es hâtifs de maisons de passe, de quoi solder le chapeau à la mode et la toilette de la couturière; actrices, g-randes horizontales, femmes du monde, chez qui le train de maison eng'ioutirait des fortunes, et qui, le plus habilement et le plus discrètement, devant le budget princier, mais sans cesse chancelant, n'hésitent pas, pour maintenir leur rang et soutenir leur orgueil, à se mettre en commandite. Prostitution officiellement reconnue, officiellement protégée, comprenant les petites cocottes, les pierreuses, toute la basse pègre de la prostitution, contre laquelle tout le monde s'indigne, et qut; durement tout le monde frappe. Cette dernière catégorie, ce sont les brebis galeuses, que notre société civilisée accuse de tous les méfaits : filles de maisons de tolérance, ou filles libres en carte, et qui passent, résignées en apparence, du lupanar ou de la rue au dispensaire, du dispensaire au panier à salade, et à l'internement de Saint-Lazare.
3° L'Impunité du Vénérien, de l'homme aussi bien que de la femme, qui, le plus tranquillement du monde, et sans que personne, sans qu'aucune loi ait jamais songé à l'atteindre, transmet, consciemment, et alors c'est un criminel, ou inconsciemment, et dans ce cas quoi d'étonnant, puisque son éducation vénérienne n'a jamais été faite, la syphilis qui détruit une santé humaine pour la vie, ou plusieurs santés si le syphilitique procrée ; lachaudepisse qui, môme apparemmentguérie, demeure le plus souvent à l'état d'une petite goutte oubliée, le matin, gagne lentement de proche en proche, les organes intimes de la femme, et couche bientôt. par des affections gynécologiques inguérissables, des femmes primitivement saines et fraîches sur une table d'opération.
Passons maintenant à la question de la Prostitution.
La Prostitution est vieille comme le monde. Des rêveurs et des moralistes ont songé à la supprimer. C'est impossible. Ce que nous devons faire, ce que nous devons essayer de faire tout au moins, c'est de lui enlever le plus possible de sa nocuité, je ne dis pas la rendre morale, mais en faire un instrument utile et sain pour la régénération physique de l'humanité.
Frapper directement en bloc la prostitution clandestine n'est pas facile, elle est si vaste, elle a tant de rameaux que nous ne pourrions lui porter un coup décisif, mais nous frapperons la prostituée clandestine individuellement quand elle aura nui,
de morne que le vénérien nuisible, ainsi que je l'exposerai tout à l'heure.
Je m'occupe d'abord de la prostituée en carte, de la rare clandestine saisie par la police et mise en carte ensuite, et de la pensionnaire des maisons de tolérance.
La Prostitution réglementée jouit du discrédit public, et pourquoi ? Parce qu'elle est soumise au contrôle immédiat de la police. Tout ce que touche la police acquiert de suite pour le public un caractère infamant. Les fdles soumises, habitant librement en garni, ne vont qu'en trembla-nt à la visite sanitaire, et quand elles se savent malades, tâchent par tous les moyens de se soustraire à l'examen médical du dispensaire, parce qu'au bout de cet examen, il y a Saint-Lazare avec toute l'horreur du régime de prison. Ces prisonnières, qui ont surtout besoin du médecin et de quelques paroles réconfortantes, sont traitées comme des criminelles, et prenant en horreur leur réclusion forcée, maudissent médecins et police, et deviennent, aussitôt relâchées, les « anarchistes de la vérole » transmettant sans vergogne leur maladie.
Les filles de maison, parquées au lupanar, maudissent l'exploitation féroce dont elles sont victimes de la part des tenanciers, et deviennent des révoltées aussi, craignant également les visites sanitaires et Saint-Lazare, et maquillant souvent alors avec infiniment d'adresse, pour déjouer le diagnostic médical, les blessures que leur a faites Vénus.
Peut-on, pour ces deux catégories de prostituées, supprimer toute surveillance policière et instituer la seule surveillance médicale ? Je ne le crois pas. La vie des femmes publiques, presque toutes pourvues d'un souteneur, c'est-à-dire un individu dangereux, leur raccrochage éhonté et souvent obsédant sur la voie publique, les scandales qu'elles ne sont que trop disposées à commettre quand elles ne se sentent pas surveillées, la vie des femmes de Maison, visitées par des gens souvent ivres, bruyants, est trop intimement liée à une intervention fréquente et absolument indispensable de la police, pour que les pouvoirs publics puissent songer un seul instant à supprimer l'intervention de celle-ci dans la vie de ces femmes. De même, la prostituée clandestine, certaines loueuses de garnis, l'industrielle (jui sous un pavillon quelconque se prostitue, prostitue d'autres femmes, sert des plats lubriques et raffinés aux chercheurs de sensations rares, toutes ces pi'ostituées chindestines, dangereuses pour la santé publique et toujours à l'afTiit d'un chantage à faire, toutes ces
catégories difficiles à prendre sur le fait, doivent, pour être rendues aussi inofTensives que possible, sentir sur elles, bien que lointain, l'œil aux aguets et, à la moindre des choses, la main lourde de la police.
Je laisse maintenant de côté la clandestine, et la fille libre en carte pour ne plus m'occupcr que de la Maison de Tolérance et de sa pensionnaire.
Il faut supprimer les maisons de tolérance, disent les uns ; ces maisons sont immorales, sans sécurité réelle pour le client ; les femmes qui s'y trouvent sont des êtres dégradés, abrutis. Il est contraire à la dignité de la société, contraire à la dignité de la femme, de permettre l'existence de ces maisons.
Il faut maintenir les maisons de tolérance, disent les autres, parce qu'elles sont indispensables, et qu'à défaut d'une sécurité absolue, elles donnent au moins une sécurité sanitaire relative, plus grande que celle rencontrée chez l'inconnue prise par Ihomme dans la rue.
Aux réglementaristes et auxanti-réglementaristes je répondrai :
Il faut maintenir les maisons de tolérance, mais il faut les modifier, les assainir complètement, et en encourager la multiplication.
A côté de l'amour, sentiment sublime et sacré, que ne sauraient même effleurer les boues de cette terre, et qui comprend deux choses, une affection idéale et une sensation charnelle, dont le réalisme est divinisé par l'affection idéale, il existe, pour une énorme partie de l'humanité, et même pour certains esprits cultivés qui momentanément sont repris par la matière, un besoin brutal et nu, grondant et formidable, qui rapproche rhomrae de la bête, et qui n'est en somme qu'un besoin très physiologique, naturellement dû à la réplétion de nos vésicules séminales : j'ai nommé le besoin sexuel. A ce besoin qui incite certains impulsifs aux viols et aux profanations, d'autres plus pondérés à la séduction et à l'engrossement de pauvres jeunes filles, à l'intrusion et au trouble dans les ménages, et chez certains à la masturbation et à la sodomie, il est une digue puissante offerte : c'est la maison de tolérance.
Mais, on ne va plus à la maison de tolérance, ces maisons ferment d'elles-mêmes ; elles disparaissent, me diront les antiréglementaristes. Il y a du vrai dans cette objection. On va peu, on va moins au lupanar. Pourquoi ?
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L'une des raisons est que ces établissements, avec leur enseig"ne par trop indiscrète, leur apparence brutale et policière intimident beaucoup de g'ens, qui à six pas du seuil, hésitent, ont peur et s'en retournent.
Cette difficulté pourrait être aisément vaincue. Il existe à Paris quelques maisons parfaitement en règle avec l'administration, et dont le fonctionnement est aussi normal que celui des maisons similaires, tout en ne portant aucun si!:>'ne extérieur particulier. Le voyageur, le passant, trouveraient auprès du sergent de ville, du garçon de café, du commissionnaire, le renseignement utile et précis.
Une autre raison est le langage ordurier et écœurant de la plupart des iilles de maison, et le temps trop court donné à chaque client pour sacrifier à la Déesse.
Je répondrai que dans quelques lupanars les filles sont polies et de tenue très convenable. Il n'y a pas de raison pour que cela ne devienne pas une règle partout. Ce sont là détails d'intérieur à régler entre l'administration préfectorale à Paris, municipale en province, et les tenanciers ; de même l'Administration pourrait décider pour les iilles un modus Vivendi plus conforme à leur intérêt, à leur santé, à leur personnalité humaine, et empêcher l'exploitation et les injustices des patrons.
Quant au temps accordé généralement au client, il est infiniment trop court pour ramener le calme dans un organisme sous haute pression. Il faudrait lui laisser une demi-heure ou une heure de plus.
De cette façon, l'homme pressé, le passant, le voyageur, le travailleur, celui que les exigences de la vie empêchent de penser aune liaison calme et reposante, sera, la nature suffisamment satisfaite, délivré pendant quelque temps de l'obsession sexuelle.
La troisième raison, la plus grave, la plus poignante àcoup sûr, est que réellement, comme le prétendent les antiréglementaristes, le lupanar n'est pas sain. Le vénérien s'y promène impunément, non seulement le vénérien stupide, mais aussi le vénérien cultivé, l'industriel, l'avocat, et hélas I jusqu'au médecin (j'en connais trois, qui m'ont stupéfié de leur tranquille cynisme), impunément y apporte toutes les maladies vénériennes que les femmes de l'établissement repassent à tout le monde.
On a, ces dernières années, augmenté le nombre des visites médicales, il est des tenancières qui paient de leur poche un
médecin suppU'montaire et font visiter leurs filles tous les jours. Au moindre indice de maladie, les filles sont retirées de la maison. Tout cela est insutlisant et illusoire. La vérole, la chaudepisse, pénètrent dans la maison de tolérance, et demeurent méconnues assez longtemps pour empoisonner nombre de clients. Toutes les solutions cherchées et essayées pour empêcher la propagation des maladies vénériennes par le lupanar sont vaines. Il n'y en a qu'une, c'est d'empêcher le contage d'entrer dans la Tolérance, c'est d'exiger la visite préalable de tous les hommes, non pas visite insignifiante par la matrone comme cela se pratique dans quelques rares maisons très bien tenues de Paris et de Vienne, mais visite par un médecin qui serait à demeure dans la maison pendant 10 heures, et de renvoyer impitoyablement non seulementtout individu dûment malade, mais tout homme simplement suspect.
En plus de cette visite, visite quotidienne des femmes, et contrevisitc hebdomadaire par un médecin inspecteur.
On m'objectera peut-être qu'il est contraire à la dignité de l'homme de subir à l'entrée du lupanar cette sorte de conseil de réforme. A cela je répondrai qu'en entrant dans une maison de tolérance on laisse momentanément sa dignité à la porte. Beaucoup d'hommes, et des plus sensés, se chargeront de faire eux-mêmes la réponse, à savoir que la dignité n'a absolument rien à faire avec un passage au lupanar.
Au contraire, si une pareille mesure était pour déplaire à l'abondante clientèle des vénériens anonymes et impunis, tous les hommes sains, apprenant que cette mesure sanitaire est prise pour leur plus grand bien, tous les hésitants qui doutaient primitivement de la salubrité du lupanar, y afilucraiont en nombre.
On m'objectera encore qu'il est impossible à un médecin, qu'il est incompatible avec sa dignité professionnelle de s'installer pendant plusieurs heures à une consultation do lupanar. Là, je répondrai que les médecins de nos hôpitaux spéciaux et de nos dispensaires ne se croient nullement déshonorés du fait d'exercer leur art spécialement sur des vénériens. Du reste, tout serait fait pour ménager la susceptibilité du médecin consultant de tolérance. On ne le verrait ni entrer dans la maison, ni en sortir ; on lui réserverait son passage par une issue particulière, on isolerait son cabinet de façon suffisante pour le mettre entièrement à l'abri du va-et-vient et du train spécial de l'établissement.
De cette façon, je crois que nous aurons fait un pas énorme vers la prophylaxie, vers la santé idéale da lupanar et de ses clients.
Mais à ce système, satisfaisant en apparence, il reste une fissure. Les filles de maison, pendant leur jour de sortie mensuel ou bi-mensuel, pourront fort bien se faire contagionner par l'ami qu'elles ont toutes.
A ceci, on pourrait remédier de deux façons :
La première, c'est qu'en étant reçue au lupanar, la fille fût . obligée de déclarer son ami extérieur, et qu'au jour de sortie, cet individu fût soumis lui-même à une visite réglementaire. Ce système, à mon avis. oITrirait beaucoup d'inconvénients, et ne serait pas sûr.
Il est un deuxième remède bien plus efficace , quoique sévère. C'est que la fille reçue en maison manifestât l'intention de ne pas sortir seule pendant au moins trois mois.
Il est évident qu'au premier mécontentement, à la première velléité de liberté, les portes de l'établissement s'ouvriraient toutes grandes pour elle, mais en revanche, on pourrait décider que toute fille entrée de son plein gré au lupanar, et en étant sortie sans raisons sérieuses, ne serait plus admise dans aucune maison similaire pendant une période de six mois, à titre de punition, et ne pourrait du reste, même après ce laps de temps, être réadmise qu'après avoir subi un stage d'observation sanitaire de quinze jours ou trois semaines dans un hôpital.
Pour cette réclusion volontaire de trois mois au moins dans le lupanar, on octroyerait aux filles de larges compensations ; on s'occuperait de leur donner autant d'hygiène que possible, les chambres propres, confortables et aérées ; une sous-maitresse les ferait sortir deux fois par semaine, par groupes de trois ou quatre. On leur donnerait des livres, on tacherait de les instruire un peu, de les intéresser à quelque chose ; l'une des salles de l'établissement serait transformée l'après-midi en une espèce d'ouvroir où ces pauvres filles pourraient, les unes lire de bons livres, d'autres faire de la musique, dessiner, peindre, d'autres encore se livrer à des travaux de couture dont naturellement le bénéfice leur serait entièrement acquis. On leur apprendrait la politesse, le bien parler ; on les protégerait efficacement contre la cupidité et les exigences des tenanciers, et, en plus du vénérien qui les empoisonne, on leur éviterait le contact du client ivre et grossier, qui serait banni
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également. On leur expliquerait sans se lasser, on leur montroi'ait ce que sont les maladies vénériennes, on leur en inspirerait la salutaire terreur, on leur ferait comprendre qu'en les en<?ageant à ne pas sortir seules delà maison pendant un temps réellement long, on protège non seulement la santé du client, mais leur santé â elles ; et il est possible qu'au bout do peu de mois, cette instruction et cette conviction aient fait tellement de chemin et aient acquis tellement de solidité dans l'espritde ces filles, qu'on pourra augmenter progressivement le nombre de leurs jours de sortie libre, avec la certitude qu'elles seront prudentes et ne compromettront pas leur santé et par conséquent l'asepsie vénérienne de leur maison.
Il me reste à parler de l'impunité scandaleuse dont jouissent les vénériens.
Nous avons vu plus haut comment nous pourrons empêcher l'homme vénérien d'infecter le lupanar. Songeons maintenant à le frapper au dehors quand il aura nui, lui et la vénérienne clandestine, prostituée habituelle ou occasionnelle.
La loi, qui punit correctionnellement les attentats à la propriété, les coups et blessures portés aux personnes, même lorsque ces coups et blessures n'entraîneraient qu'une incapacité de travail ou une infirmité temporaires, a laissé impunis jusqu'à présent les coups et blessures si graves portés à la santé de lindividu par les maladies vénériennes, par le contage d'autrui. On transmet la tuberculose, on transmet les lièvres éruptives sans le savoir la plupart du temps, et toujours sans le vouloir.
Pour les maladies vénériennes, il n'en est pas ainsi ; le vénérien, homme ou femme, qui contagionne, donne sa maladie, en faisant acte de volonté et de personnalité. Ce vénérien, il faut le frapper, le frapper durement, et d'une réparation pécuniaire, et d'un emprisonnement. Pour une action civile en dommagesintérêts, ce simple principe de Droit suffirait : « Quiconque cause un préjudice à autrui est tenu de le réparer dans la mesure de ses moyens ». Il faudrait seulement qu'une telle demande en dommages et intérêts fût portée devant le tribunal et que la jurisprudence créât un précédent.
Quant à l'action publique, indispensable, une loi sera nécessaire, qualifiant la transmission vénérienne de délit, et l'assimilant au délit de coups et blessures.
Je le répète, ily a lieu, dans cette grave question de la contagion vénérienne, à une double sanction, civile et publique.
Débourser quelques centaines ou quelques milliers de francs,
être puni d'une peine de six, quinze, ou vingt mois de prison, donnerait à réfléchir au vénérien folichon et à l'anarchiste des maladies vénériennes. Les poursuites se feraient par plaintes aux commissariats de police. On mettrait en présence demandeur et défendeur, l'examen médical serait pratiqué, le tout très discrètement, le jugement et la condamnation prononcée en chambre correctionnelle et à huis clos. Contre les plaintes injustifiées, le défendeur aurait contre le demandeur le recours d'une action en diffamation. Pour les affaires de ce genre, on devra, et on le pourra, agir le plus discrètement du monde, avec une procédure rapide et simplifiée.
Quant aux plaintes contre les vénériennes clandestines, si elles sont connues de la police, ou s'il est avéré qu'elles s'adonnent habituellement à la prostitution, ces plaintes pourront être anonymes, et les poursuites se feront administrativement et d'office.
Ces mesures coercitives contre les vénériens ne pourront pas, je le sais, ôlre prises du jour au lendemain. Il faudra des mois, deux ou trois ans peut-être, pendant lesquels on fera préalablement féducation du public sur les maladies vénériennes, comme on l'a faite pour la fièvre typhoïde, la variole, les autres maladies contagieuses, et comme on la fait en ce moment même, pour la tuberculose et l'alcoolisme.
Je me résume :
Pour diminuer dans une énorme proportion les maladies vénériennes, pour arriver peu à peu à les faire disparaître, il faut :
1" Otcr aux maladies vénériennes leur stigmate d'affections honteuses, instruire le public, instruire l'enfant à sa sortie de l'école sur les dangers vénériens qu'il court, dangers qui pourront retentir durement sur sa vie ; plus tard, quand il sera marié sur la vie de son conjoint, de ses enfants, de ses petitsenfants et de la race.
2" Maintenir et assainir les maisons de tolérance, en encourager la multiplication, leur imposer une permanence médicale avec refus d'entrée rigoureux à tout client non seulement vénérien avéré, mais simplement suspect.
3" Punir de dommages-intérêts et de prison les vénériens hommes et femmes qui auront transmis leur maladie à autrui. Augmenter la peine lorsqu'il y aura cette circonstance aggravante que la maladie a été transmise sciemment et délibérément.
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