‹ La médecine au Mexique pendant la période pré-coloniale et colonialeChapitre 5 sur 6 · LA PÉRIODE COLONIALE · texte numérisé non relu

LA PÉRIODE COLONIALE

Au XVI siècle, il y eut un grand nombre d’épidémies en Nueva Espana ; ces maladies une des conséquences des luttes pour la conquête du pays — furent apportées par les blancs et les esclaves noirs.

La maladie la plus dévastatrice fut la variole, apportée ]jar un esclave en 1520. Comme cette maladie était inconnue et nouvelle au Mexique, on ignorait totalement les remèdes à employer, et ainsi la maladie put se propager rapidement — étant donné qu’on avait la malheureuse coutume de baigner les malades et les bien-portants dans des installations communes.

La deuxième grande épidémie se produisit onze ans plus tard et fut apportée par les blancs : ce fut la varicelle qui causa une grande mortalité. En 1545 vint une troisième épidémie, encore plus dévastatrice que les deux premières. Elle était caractérisée par des hémorragies du nez, de la bouche et de l’anus, il est probable qu’il se soit agi de dysenterie. Ainsi, à TLAXCALA moururent 150.000 Indiens. En 1576 survint une épidémie de fièvre typho’ide, en 158Ô la peste bubonique et la famine due au manque de rna’is. En 1596 arriva la dernière vague épidémique du XVL^<^ siècle ; elle fut plus ou moins une combinaison de toutes ces premières épidémies, mais fut moins funeste et d’une moins grande mortalité que les précédentes. Ce fut pendant cette année-là que Fray Juan Baiitista fonda le premier hôpital du Mexique. Il ne subsista que deux mois, la place étant trop restreinte vu le grand nombre des malades. Le nouveau vice-roi Gaspar de Fonseca y Ztiniga se chargea des soins à donner aux malades. Il obligea les personnes riches et bien-portantes à aller visiter toutes personnes malades, leur recommandant d’emporter avec elles les médL caments, les vêtements et les aliments nécessaires. C’est ainsi qu’alors on prit soin des malades.

De grandes épidémies de fièvre jaune survinrent en 1699, 1725 et 1802. Une épidémie de dengue apparut en 1828. Sans doute la syphilis fut introduite par les Espagnols dans les premières années de colonisation, mais cependant il n’y a pas de preuves indubitables attestant ce fait.

Le docteur Juan de la Fuente fut nommé le 7 novembre 1582 premier professeur de médecine à la «Real y Pontificia Universidad de México» et dès lors il y eut au Mexique un nombre suffisant de médecins. De ce temps date également le

vif intérêt qu’on a toujours porté dans ce pays à la médecine. En 1619 le roi d’Espagne Philippe III exige par décret royal que tout étudiant puisse fournir la preuve d’avoir successivement étudié la médecine élémentaire et avancée, ainsi que la chirurgie et l’anatomie avant de recevoir le titre de bachelier en médecine. 11 demande aussi que l’éligibilité dju candidat soit approuvée par au moins sept docteurs. Ceci marque le premier règlement de la pratique de la médecine ainsi que dies études au Mexique. Ce ne fut qu’en 1621 qu’on nomme un professeur pour enseigner l’anatomie et la chirurgie, car auparavant ces deux sujets faisaient partie de la médecine. En 1624 arrive un nouveau vice-roi, le marquis de Cerralvo ; il apporta de grands changements en ce qui concerne l’Université. Tous les professeurs étaient nommés pour quatre ans avec un salaire annuel de cinq cents Pesos or, ce qui était considéré comme une grande somme à cette époque. Le système de désigner les professeurs par choix, c’est-à-dire par inspection et approbation par les autres membres de la Faculté, était parfois bien fallacieux. Les différents vice-rois en profitèrent pour imposer leurs candidats. C’est ainsi que lorsque le vice-roi duc à' Albiiquerqae, en 1655, voulut imposer son médecin, les étudiants révoltés choisirent eux-mêmes leur professeur .Leurs études finies, ils se présentèrent aux examens de rUniversité.

C’est ainsi que pendant de nombreuses années le privilège de nommer les professeurs fut enlevé des mains du « Claustra » (la Faculté de l’Lbnversité) pour passer dans celles des divers vice-rois. Les exigeances pour l’obtention du grade de licencié ès médecine allèrent peu à peu en augmentant. Il fallut connaître ranatornie, la chirurgie, l’astrologie et les mathéma» tiques ; il fallait en outre avoir lu les ouvrages suivants qui sont pour la plupart contenus dans la liste des œuvres de Galien, authentiques ou non. Comme il est certain que les études se faisaient au Mexique à l’aide de livres imprimés et non de manuscrits, nous renvoyons nos lecteurs à Ludwig Chaulant, <( Handbuch der Bücherkunde », 1841. Grâce à cette œuvre nous avons réussi à repérer les livres suivants comme ayant été à la base de l’enseignement de la médecine au Mexique.

G.A.LIEN (Galenos) : Methodus medendi.

De differentiis pulsuum.

De tumoribus praeter naturam.

De somplicium medicamentorum temperamentis et facultatibus.

De urinis.

MUNDINUS : iVnathomia.

CHAULIAC, Guy de : Chiriirgia.

MASSA, Nicolaus : De vene scctionc et sanguinis missione in febribus...

Et puis, «De rebus naturalibus », «De rebus non naturalibus» et «De expurgatione ».

Quatre jours avant les examens le candidat devait s’entretenir avec ses huit examinateurs et leur expliquer à quelle conclusion il en était arrivé. Ces conclusions étaient alors publiées par T Université. L’examen consistait à défendre 16 sujets se rapportant aux ouvrages suivants : « de differentiis febrium», «de locis affectis», «methodus medendi», «de crisibus» et « de diebus criticis » de Galien ; puis « de coctione et pu-, tredine», et «auscultatio physica» et «de generatione et corruptione » d'Aristote.

Après avoir passé ses examens avec succès et payé tous les frais, il devait jurer fidélité à sa profession, à TUniversité, et qu’il défendrait toujours la virginité de Marie, la Mère de Jésus. Les frais s’élevaient à 44 Pesos. Cet argent était partagé entre les examinateurs, le recteur, le secrétaire et le maître des cérémonies. Le candidat devait encore rester deux armées à l’Université et se présenter finalement à l’examen de bachelier en médecine. Les examens préliminaires avaient lieu à l’Université : celui de bachelier se passait solennellement à la cathédrale. A six heures du matin, avant l’apparition du candidat, on sonnait toutes les cloches ; on assistait à la messe, puis on procédait aux examens qui duraient plusieurs heures. Le jour suivant, le recteur, le secrétaire et les mem-^ bres de la Faculté se rendaient avec lui auprès de toutes les personnes éminentes de la ville. Le jour où son diplôme lui était remis, il devait attendre à la maison le recteur et tous les membres de la Faculté qui venaient en général à cheval pour le chercher et l’accompagner autour de la ville, au son des trompettes et de la musique. Finalement on se rendait à la cathédrale où une chapelle spéciale était préparée à cette occasion. Généralement les officiers du Gouvernement et le vice-roi assistaient à la cérémonie.

Dans la suite, V enseignement de la médecine tomba en grande décadence et ce ne fut qu’en 1768 que Charles II f réorganisa l’Université. De nouvelles écoles furent fondées, parmi lesquelles il faut citer :

«El Colegio de Cirugia de Cadix» en 1747.

«El Colegio de Barcelona » en 1760, et

«El Colegio de Nueva Espana» en 1768.

Tous ces collèges furent réorganisés vers 1800, et il faut

ajouter que ractuelle Faculté de Médecine ne fut indépendante qu’en 1831. (Auparavant les enseignements universitaires n’étaient pas séparés en Facultés spéciales comme de no^ jours).

Parmi les hôpitaux fondés au siècle, il faut citer

en 152^ l’FIôpital « Purisima Conception y Jésus Nazareno», créé par Cortez. En 1570 on fonda également l’hôpital « Real dp San José de los Naturales»; ce fut là l’œuvre de Fray Pedro de Gante. En 1534, Fray Juan de Zamarraga créa l’hôpital «Real de la Bubas», et Pedro Lôpez calui de «San Lazaro» en 1572. Citons encore en 1584 l’hôpital «Montserrat» fondé par D. Jimenez et F. Moreno, et d’autres. En tout 36 établissements disséminés un peu partout, mais principalement à proximité de la ville de Mexico. Grâce à ce bon nombre d’hôpitaux et à l’enseignement de l’hygiène apporté par les blancs, les épidémies diminuèrent progressivement. Dans le reste du pays, on créa très peu d’hôpitaux. Ceux qui furent érigés appartenaient pour la plupart aux confréries religieuses et les sœurs en étaient les gardes-fnalades. Sans aucune connaissance médicale, leur aide n’était pas d’une très grande utilité. Comme le peuple était très religieux, il priait plutôt Dieu pour récupérer sa santé qu’il ne se confiait aux soins de tous ces médecins incapables.

L’influence des vice- rois et des politiciens conduisit à la fondation de nombreuses écoles de médecine, ce qui eut pour conséquence l’apparition d’un grand nombre de charlatans. La santé publique fut plus en danger entre leurs mains que s’il se fut agi d’une épidémie. En 1788 l’Inquisition remédia à cette situation en persécutant un grand nombre de charlatans et ce métier par trop dangereux disparut. En 1793, des lois restreignant l’exercice de la médecine furent édictées, mais ainsi qu’aux temps passés, elles furent vite oubliées et la grande calamité réapparut de plus belle. Le Gouvernement pensait plus à l’exploitation du peuple qu’à sa santé ; on défendit l’usage de certains livres médicaux, et ceux que l’on trouvait dans les écoles de médecine étaient consultés dans des buts^ religieux plutôt que pour des questions médicales. La rivalité entre les deux principales écoles médicales, le «Real Colegio de Cirugia » et l'LIniversité, eut de bons résultats, car de nombreux livres défendus furent importés en contrebande, surtout de France. Les médecins se rendirent compte en particulier que leur savoir médical était très restreint. En 1822, le Gouvernement procéda aux dernières réformes dans l’enseignement et la pratique de la médecine, ceci avant que le Mexique ne fut une république.

Plusieurs livres médicaux furent publiés et parmi les plus importants il faut citer les suivants :

siècle:

c. Opéra medicinalia » par Francisco B. Orunesi publié en 1570, considéré comme étant le plus vieux livre médical écrit au Mexique.

<i Summa y recopilacion de Chirugîa con un Arte para sangrar muy ûtil y provechosa » par Aloriso de Lapez, publié en 1578.

«Tratado breve de Medicina y de todas las emfermedades» par Fray Auf^usthi Farfân, publié en 1592.

.Vl7/m^ siècle:

(vFerdedera cirugia, medecina y astrologia » par Juan de Barrios, publié en 1607.

cTesoro de la Medicina para las diversas enfermedades » par Gregorio Lapez, publié en 1672.

A\7//ni€ siècle:

«Cursus Medicus Mexicanus » par José Salgado, publié en 1727.

« Compendio médicinal » par Francisco Capella, publié en 1737.

« .Alexipharmacao de la salûd » par José F. de Malpica fyiosdado, publié en 1751.

«Epîtome perpetuo de los dias decretorios que se consi* deran en las enfermedades » par Felipe de Zaniga, publié en 1755.

A7Afî5« siècle:

«Elementos de Medicina» par Juan Brown, publié en

< Proelectiones et concertatioues medicae » par ÏAiis Montana, publié en 1817.

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