Le traité de M. Longet, plus développé et plus dogmaUque
412 HTGliNS DES MALADES.
Tair expiré contient en volume 4.87 d*oxygëne en moins que Tair inspiré, et que d^autre part il renferme en moyenne 4.26 en plus d'acide carbonique. Si on vérifie les résultats de la respiration pendant la durée d'une heure, on constate que Fhomme expire, en moyenne, 18 litres 5 d'acide carbonique et qu'il a absorbé 21 litres d'oxygène. La conséquence d'un tel fait est bien simple; si l'air n'est pas renouvelé et s'il est incessamment respiré, le gaz qui entretient la vie, l'oxygène, aura bientôt disparu et le poumon ne se trouvera plus en contact qu'avec l'acide carbonique, c'est-à-dire avec le gaz qui porte la mort à travers les vaisseaux aux extrémités les plus reculées de l'organisme. Vasphyxie n'a pas d'autre cause que cette disparition de l'oxygène et cette accumulation de l'acide carbonique.
Quand on songe aux terribles et inévitables effets que produit ou immédiatement ou à la longue une atmosphère viciée sur les êtres vivants, quand on a assisté à ces expériences où les animaux s'affaissent et périssent empoisonnés par leur propre respiration, on serait tenté de crier à F assassin! toutes les fois que l'on entre dans ces chambres à coucher hermétiquement fermées, dans ces salles basses et étroites où cent poitrines à la fois exhalent la pestilence, dans ces salons d'où les flots pressés de visiteurs ne songent même pas à s'échapper, quand déjà les bougies pâlissent ou s'éteignent faute de ce gaz oxygène qui alimentait leur flamme. Mais ce n'est pas seulement de la soustraction de l'oxygène et
Mvant pour la doctrine, ingénieux pour les expériences, ne peut convenir qu'aux médecins.
de la prépondérance de l^acide carbonique que vient le danger : un homme d'une constitution moyenne verse par la surface pulmonaire de 400 à 500 grammes de vapeur d*eau dans les vingt-quatre heures. Cette vapeur et celle qui résulte de la transpiration cutanée entraînent avec elles des matières organiques; ces matières, 8*altérant très-promptement dans un air confiné et échauffé, deviennent de véritables miasmes qui, suivant la remarque judicieuse qu'en a faite M. Béclard, ont déjà altéré l'air d'une façon fort sensible avant même que cet air soit saturé d'acide carbonique.
Ajoutez à ces causes d'asphyxie ou d'empoisonnement que l'homme porte en lui-même celles qui proviennent du dehors; mais, pour le moment, mettant de côté les causes qu'on pourrait appeler accidentelles, bien qu'elles soient très-fréquentes, par exemple les émanations végétales et animales (effluves des marais, miasmes provenant de la putréfaction des substances animales ou végétales), nous nous bornerons à signaler, comme agissant à peu près dans le même sens que la respiration, l'éclairage et le chauffage. Cette question si importante et en môme temps si compliquée, M. Péclet * l'a étudiée dans son admirable Traité de la chaleur (c'est l'épithète dont se sert M. Tardieu) avec un soin et un degré de compétence qui ne laissent plus guère à ceux qui écrivent sur le même sujet que la peine de le citer*. On y trouve des expériences déli-
1. Traité de la chaleur considérée dans ses applications. 3* édit., 3 vol. grand in-d. Paris, 1860, chez V. Masson el fils.
2, La nouvelle édition que nous annonçons a été revue avec soin et complétée par un ingénieur distingué, de beaucoup d'avenir,
cates et minuticnses, des détails précis et curieux, une discussion, claire et peu chargée de calculs mathématiques , de tous les principes de cette partie de la physique, un examen impartial de tous les appareils imaginés, surtout dans ces derniers temps, pour mettre en équilibre ou d'accord deux problèmes de nature opposée, pour ainsi parler : d'une part donner au chauffage et à Téclairage toute l'intensité nécessaire, et, d'autre part, ventiler les appartements ou les salles d'assemblée, de façon à contre-balancer efficacement les altérations que Tair subit précisément par la combustion des corps qui servent à produire la chaleur et la lumière. Les chiffres donnés par M. Péclet parlent assez éloquemment pour qu'il nous suffise de les placer ici sous les yeux de nos lecteurs, et sans qu'il soit nécessaire d'entrer dans de plus longues explications : l kilog. de bois ordinaire exige pour sa combustion l'appel d'un volume d'air qui égale (en négligeant les fractions] 3 mètres cubes ; la même quantité de charbon de bois en réclame 7 ; il en faut de 7 à 8 pour le charbon de houille, la houille moyenne et le coke. Il résulte aussi des calculs de M. Péclet que, par heure, la flamme d'une chandelle de six à la livre et d'une bougie ordinaire consomme 1 1 grammes de matières, et que les lampes à gros bec brûlent 42 grammes d'huile ; d'où il résulte que la quantité d'air absorbée exige une ventilation d'au moins 6 mètres par bougie et par heure, de 24 mètres par lampe à gros bec, quand il n'existe pas
M. Ser, attaché à radmiDistration de Tassiataiice pubUque, et ancien élève de M. Péolet.
de causes accessoires et aggravanles de viciation de l'air.
Les animaux qu on a la funeste habitude de laisser dans les chambres à coucher^ même dans les chambres des malades, pendant la nuit aussi bien que pendant le jour, ne contribuent pas moins que Thomme à vicier l'almosphère. Le chien, par exemple, comme M. Béclard en fait la remarque, d'après les expériences de MM. Regnault et Reiset, exhale, eu égard à son poids, une quantité d'acide carbonique plus considérable que l'homme; par conséquent, il absorbe une plus grande quantité d'oxygène; il en est de même pour le chat. Quant à l'influence que les plantes en végétation ou placées dans des vases exercent sur la composition de l'air, elle n'est pas encore bien connue, et les expériences de M. Boussingault tendent à prouver qu'elles absorbent plutôt qu'elles ne produisent l'acide carbonique; M. Lévy pense qu'elles n'agissent, guère que par les particules odorantes qui s'en échappent et qui souvent affectent le cerveau d'une manière fort grave.
Si donc, nous rappelant l'influence directe que l'air exerce sur l'homme en bien ou en mal, suivant le degré de pureté auquel cet air est respiré, nous combinons ces diverses causes, qu'on peut appeler naturelles, de la viciation ou de la déperdition de l'air atmosphérique (respiration, chauffage et éclairage); si nous y ajoutons la production de gaz délétères (oxyde de carbone, hydrogènes carbures, etc.), par le fait même de la combustion à l'air libre ou môme dans des foyers mal construits ^ ; si enfm on songe que dans l'état de