‹ La médecine;Chapitre 122 sur 125 · MÉDECINE MILITAIRE · texte numérisé non relu

MÉDECINE MILITAIRE

séà OU fiévreux, 29,000 sont sortis opérés ou convalescetJts. La chirurgie conservatrice surtout a fait des prodiges.

Les inhalations de chloroforme mises en usage indistinct tement pour tous les opérés ont donné d'excellents résultats et n'ont entraîné aucun accident : c'est, après la longue expérience faite en Crimée, la consécration la plus décisive des heureux effets et l'innocuité dans le plus grand nombre des cas de cette merveilleuse invention. Dans les ambulances ou dans les hôpitaux improvisés où les opérations se font sur place, et non pas au milieu d'un amphithéâtre, le chloroforme a l'inappréciable avantage de supprimer avec la douleur ces cris déchirants qu'arrachent le couteau ou le bistouri, et qui portent un trouble profond dans l'âme de ces pauvres blessés auxquels le chirurgien va tout à l'heure demander aussi le sacrifice d'un bras ou d'une jambe. L'emploi du chloroforme a permis à M. Bertherand de faire une observation fort curieuse et qu'il suffit de rapporter textuellement pour qu'on en puisse tirer toutes les conséquences physiologiques et psychologiques qu'elle renferme. «Tandis que les blessés autrichiens, dit M. Bertherand, tombaient pour ainsi dire asphyxiés, foudroyés par les premières inhalations, les blessés français, en proie à une grande exaltation, entraient, aussitôt la chloroformisation commencée, dans une période de contraction très-active, très-difficile à modérer, impossible à abolir entièrement. Rien de semblable n'avait été noté dans mes inhalations de chloroforme aux nombreux blessés de Kabylie et d'Algérie. » Il faut ajouter que ce phénomène se produisait surtout chez les soldats et rarement chez les officiers.

Les récentes inventions qui ont augmenté à la fois le nombre et la gravité des blessures ont aussi contraint la chirurgie militaire à multiplier ses ressources. C'est ainsi, par exemple, que les balles coniques forcées ne sont pas toujours soumises aux mêmes procédés d'extraction que les balles sphériques, et qu'elles produisent aussi des désordres d'une espèce particulière. Les blessures par arme blanche, beaucoup moins fréquentes que ne semblent l'indiquer les

charges à la baïonnette dont il est si souvent question dans les relations de batailles, paraissent, en certains cas, devenues plus redoutables par suite de la nouvelle forme des armes.

ne.— DES HOPITAUX ET DES HOSPICES.

Voyei page 422.

La question des hôpitaux, qui intéresse à un si haut point la santé publique, est une de celles dans lesquelles Thygiène a le plus souvent occasion dMntenrenir ; aussi doit-elle être examinée avec soin. Les deux points suivants seront successivement discutés et exposés.

I. Est-il plus avantageux de secourir et de faire soigner à domicile les malades indigents^ que de les placer dans les hôpitaux ou les hospices?

II. Quelles sont les conditions à remplir pour avoir des hôpitaux et des hospices dans le meilleur état de salubrité possible?

La base de la discussion sera Tétat actuel des hôpitaux de la capitale, avec les améliorations successives que ces établissements ont obtenues depuis le commencement de ce siècle.

I. Est-il plus avantageux de secourir et de faire soigner à domicile les malades indigents^ que de les placer dans les hôpitaux ou les hospices?

Cette question exige la démonstration successive de plusieurs propositions que voici :

i^ Les malades placés dans les hôpitaux trouvent, dans les médecins appelés à leur donner des soins, des garanties plus grandes et plus solides de science que partout ailleurs. — Les médecins des hôpitaux sont, en effet, arrivés par le concours ; ils ont fait une espèce d*apprentissage des qualités qui sont indispensables aux médecins des hôpitaux, dans le

service du bureau central et dans Jes remplacements dont ils ont pu être chargés. De plus, ils sont en quelque sorte responsables du diagnostic qu'il portent et du traitement qu'il emploient devant les élèves attachés à leur service ou qui suivent leur visite; ils ne peuvent leur cacher, ni les erreurs de diagnostic que l'autopsie vient souvent redresser, ni les fautes de leur thérapeutique. — Les élèves attachés aux services divers exécutent, avec une intelligence el un zèle qu'on ne trouverait nulle part ailleurs, les prescriptions des chefs. Leur intervention est indispensable comme aides dans les opérations chirurgicales et comme secours en cas d'accidents consécutifs. La présence continuelle d'un interne de garde dans les établissements hospitaliers est encore une garantie contre les accidents imprévus qui peuvent survenir. — Quelque bien organisés que soient des bureaux de secours à domicile, on ne pourra jamais remplir ces conditions diverses.

2*" Les malades trouvent dans les hôpitaux des conditions hygiéniques beaucoup meilleures que celles qu'on pourrait leur procurer chez eux, môme avec des secours assez élevés. — Il suffit d'avoir exercé quelque temps comme médecin des bureaux de bienfaisance, pour connaître Tinsalubrité des logements des pauvres malades qu'on visite, leur dé nûment absolu, l'absence complète d'objets de literie et de linge, et enfin la misère de tout ce qui les entoure, pour être parfaitement convaincu des dépenses qu'il faudrait faire pour remédier seulement à quelques-unes de ces conditions, et môme encore de leur insuffisance pour changer un tel état de choses ; et pour bien comprendre le découragement du médecin qui, en présence de toutes ces impossibilités, se voit obligé de conseiller l'hôpital. Là, en effet, les pauvres malades trouvent un air, sinon parfaitement pur, du moins beaucoup plus salubre que chez eux, des salles où ils respirent plus librement, du linge à discrétion, des lits sains et des aliments qui, s'ils n'égalent pas ceux qu'on sert sur la table des riches, sont du moins infiniment préférables à ceux qu'ils auraient pu se procurer chez

eux. Enfin , ils trouvent dans leur convalescence des conditions de salubrité plus grandes encore, au moyen des promenades qu*ils peuvent faire dans les jardins que possèdent les hôpitaux , et dans la continuation des soins médicaux qu'ils reçoivent jusqu'à leur guérison complète.

3* Les secours donnés dans les hôpitaux profitent tout entiers au malade et sont adressés à la maladie.. On doit insister sur celle considération ; car les secours donnés par les bureaux à des malades soignés à domicile s'éparpillent nécessairement sur leur famille entière, plongée dans la misère; le bouillon fait pour le malade, le vin qui lui est donné pour rétablir ses forces, sont absorbés par les autres membres de la famille aussi bien que par lui ; enfin, l'argent qui est remis [pour l'aider est bien souvent employé pour payer des dettes, ou absorbé par un père, un fils, un mari, pour être dépensé au cabaret. — Les pensions que l'administration des hôpitaux s'est décidée à donner à un certain nombre de vieillards des deux sexes, pour remplacer leur admission à Bicôtre ou à la Salpôtrière, sont, ainsi que je l'ai déjà fait observer, exactement dans le même cas. Elles apportent un peu de soulagement dans la famille du vieillard auquel on l'accorde, cela est vrai ; mais ces secours s'éparpillent sur une famille entière malheureuse et indigente, et ils ne profitent pas à l'individu âgé, épuisé par les infirmités ou une longue misère, et qui, à la fin de sa carrière, n'aurait pas trop de toute la somme que l'administration lui donne et que sa famille absorbe.

40 Les malades guérissent aussi bien, si ce n'est mieux dans les hôpitaux que chez eux.

C'est une des questions qui ont été le plus controversées, et qui cependant me paraît assez simple. Pour la décider d'une manière absolue, il faudrait baser son opinion sur une statistique raisonnée : connaître, d'une part, le nombre de malades de la classe peu aisée soignés à domicile, et la proportion de leurs décès, et de l'autre, faire la môme opération pour les malades des hôpitaux, mais en supposant qu'ils y ont été apportés dès le commencement de leur

maladie et sans distinction de gravité ; car un grand nombre d'admissions dans les hôpitaux sont relatives à des malades déjà soignés à domicile, et qui, arrivés au dernier terme de leur maladie, sont envoyés dans les maisons hospitalières pour y mourir.

Une telle staUstiquo raisonnée est impossible à demander et à exécuter. Il faut donc se contenter des documents que Ton possède. Eh bien, ces documents prouvent qu*avec toutes ses mauvaises chances d*admission de malades arrivés à la dernière extrémité, la mortalité des hôpitaux n'est pas très-considérable, et qu'elle u*est que de 1 sur 14, à peu près. Voici un tableau statistique des admissions, des décès et du nombre de journées de séjour dans les divers hôpitaux de la capitale pour l'année 1848. Je reproduis ce document complet, à cause de son grand intérêt.

ANNÉE t 848.

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