De cœlo, IV
ET DE SES DOCTRINES PniLOSOPHIQUES. 77
Timée(t. II, p. 234 et suiv. derédilion de M. H. Marlin), expliquait la différence des quatre éléments par la différence des corps géométriques réguliers; selon lui, le feu élait formé de tétraèdres, Tair d'oclaèdres, Teau d'icosaèdres, la terre d'hexaèdres; l'univers entier avait la forme d'uii dodécaèdre.
Cependant Galien se rapproche de nouveau d'Aristole, en ce qu il attribue deux qualités premières à chaque élément : le chaud et le sec au feu, le froid et le sec à la terre *. Cette doctrine s'accorde en effet exactement avec un passage du troisième chapitre, livre II, du traité Sur la génération et la corruption, où nous lisons : « Le feu est chaud et sec, l'air est chaud et humide, car l'air est comme une vapeur, l'eau est froide et humide, et la terre froide et sèche. » (Voyez aussi chap. 2).
Ce qu'il y a de plus clair dans les idées de Galien sur la nature, c'est qu'il admet, avec Platon et surtout avec Aristote, le principe des causes finales. Ce principe , qui revient à chaque page dans ses œuvres, qu'il applique à tous les détails de l'organisme et de la vie, est en même temps la preuve sur laquelle il s'appuie pour reconnaître au-dessus de la nature un être infini en sagesse, en bonté et en puissance. Le passage ^ où il exprime cette conviction est devenu classique, et mérite d'être reproduit en entier.
tt Pourquoi disputerais-je plus longtemps avec ces
1. De elem, sec, Uipp., cap. G, t. I, p. 468. 3. Petuti part,, m, 10, t. IH, p. 237, et dans ma traduclion , t. I, p. 250 et suiv.
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êtres dépourvus de raison (les blasphémateurs)? Les personnes sensées ne seraient-elles pas en droit de me blâmer, et de me reprocher à juste titre de profaner le langage sacré qui doit être réservé pour les hymnes à l'honneur du Créateur de l'univers? La véritable piété ne consiste pas à immoler des hécatombes ou à brûler mille parfums délicieux en son honneur, mais à reconnaître et à proclamer hautement sa sagesse, sa toutepuissance, son amour et sa bonté... Le père de la nature entière a prouvé sa bonté en pourvoyant sagement au bonheur de toutes ses créatures, en donnant à chacune ce qui peut lui être réellement utile. Célébronsle donc par nos hymnes et nos chants ! Il a montré sa sagesse infinie en choisissant les meilleurs moyens pour parvenir à ses fins bienfaisantes; il a donné des preuves de sa toute-puissance en créant chaque chose parfaitement conforme à sa destination. »
Mais, tout en proclamant la puissance divine, Galien croit, avec l'antiquité païenne, qu'elle ne peut agir qu'en se soumettant à certaines conditions naturelles inhérentes à la matière, ce C'est là, dit-il, ce qui dis tingue l'opinion de Moïse (on remarquera cette mention de la cosmogonie biblique) de la nôtre, de celle de Platon, et de tous les Grecs qui ont bien traité la science de la nature; car pour Moïse, il suflSt que Dieu veuille arranger la matière, et elle est de suite arrangée; il croit que tout est possible à Dieu, quand même il voudrait changer de la cendre en cheval ou en bœuf. Nous ne pensons pas ainsi ; nous croyons qu'il y a des choses naturellement impossibles, et que Dieu ne touche pas à ces choses-là, mais qu'entre les choses possi-
bles il choisit le meilleure » — Quelques lignes plus bas on lil encore : « Nous disons que Dieu esl la cause de deux choses : de l'élection du meilleur dans les œuvres qu'il construit, et du choix de la matière. »