Voy. Histoire des animaux, I
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croit même plus logicien que le créateur de la logique. Ce sont là des opinions auxquelles je ne saurais souscrire. Peu d'écrivains (si môme il s'en trouve) l'emportent sur Aristote pour la lucidité et la netteté de Texposition, bien que la phrase soit ordinairement trèsconcise et elliptique ; Albert est diffus, souvent obscur ; sa phraséologie est incorrecte ; en un mot, autant la lecture d' Aristote a d'attrait, autant celle d'Albert exige d'efforts et de résolution.
Il paraîtrait, du moins, à en juger parM. Ë. Meyeret par M. Pouchet, que les travaux d'Albert sur la botanique surpassent ses écrits sur la zoologie. Faute d'a- Toir étudié par moi-même cette partie des ouvrages d'Albert, je suis obligé de m'en rapporter au jugement de M. Meyer, qui a fait des recherches spéciales sur ce sujet. Voici son jugement exprimé en termes un peu emphatiques :
« Dans rhistoire de la science, dit-il, nous ne trouvons pas un seul botaniste qu'on puisse lui comparer, à Fexception de Théophraste qu'il ne connaissait pas; après lui, aucun homme qui ait saisi plus vivement la nature des plantes et l'ait plus profondément pénétrée, jusqu'à Conrad Gesner et Gésalpin. La plus belle couronne est vraiment due à celui qui, dominant entièrement la science de son époque, la fit avancer hardiment, et qui pendant trois siècles ne fut pas une seule fois égalé, je ne dis pas dépassé. Si l'obscurité des temps dans lesquels il vivait a troublé parfois son regard, nous devons mesurer la force de son esprit d'après tous les obstacles qui s'offraient à lui, et être pénétrés d'admiration. »
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Toutefois je me tiens encore en défiance *, car je retrouve dans Aristote une des conceptions que M. Pouchet attribue en propre à Albert. « En résumant les écrits d'Albert sur la botanique, dit M. Pouchet, on reconnaît qu'il a posé la science sur ses véritables bases ; on y trouve une distinction rationnelle entre les animaux et les plantes. Au treizième siècle, il soutient absolument la même thèse que celle que nous développons aujourd'hui dans nos amphithéâtres, à savoir, que les premiers sont caractérisés par le luxe des appareils sensitifs et locomoteurs ; les seconds par Tabsence de ces appareils, par l'immobilité et l'insenisibilité. » Mais ouvrez le traité de VAme (II, 2), et vous y lisez que les plantes n'ont ni locomotion, ni sensibilité, et que ces diverses facultés caractérisent l'animal. On remarquera en passant que cette proposition d'Aristote n'est même pas rigoureusement exacte, car il y a des animaux qui n'ont point de locomotion d'un lieu à un autre et des plantes qui ont une espèce de sensibilité.
Il est probable que si j'étudiais sous les mêmes rapports le Traité des minéraux d'Albert, j'aurais à faire des remarques analogues ^ ; mais hâtons-nous d'ar-
1 . Au moment où je corrige ces épreuves, je reçois l'ouvrage de M. Jessen, Essai sur V histoire de la botanique chez les peuples occidentaux (en allemand), Leipzig, 1864, et je trouve précisément, à la p. 165 de ce savant Essai, le tableau des emprunts faits par Albert au Traité des plantes de Nicolas de Damas (ouvrage attribué autrefois à Aristote), à ceux de Théophraste et d'Avicenne. Ce qui reste en propre à l'illustre dominicain, ou du moins la partie dont on n'a pas encore retrouvé les sources, n'est pas très-considérable.
2. Si l'on compare ce qu'Albert a écrit sur Is^ médecine vétérinaire avec ce qui se lit sur le même sujet dans les derniers chapitres
21-27) du VI11« livre de VUUtoire deê animaux, on sera, Je pense, con-
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river à la méthode scientifique d'Albert, et comparons-la, en finissant, avec celle de son disciple Roger Bacon.
M. Pouchet considère Albert comme le véritable promoteur de la méthode expérimentale, et de plus il pense que depuis Aristote jusqu'à Albert cette méthode s'était affaiblie peu à peu et avait fini par disparaître totalement*. Il regarde Pline comme ayant particulièrement contribué à éloigner les esprits de l'observation et de Texpérience, en réunissant dans sa vaste compilatbn toute la science de ses devanciers. M. Pouchet oublie toute l'école d'Alexandrie entre Aristote et Pline, et assurément aucune école ne se servit avec plus d'habileté et de suite de la méthode expérimentale ; il oublie qu'après Pline vécut Galien, qui institua les plus curieuses et les plus utiles expériences de physiologie, en même temps qu'il fit faire aussi un pas considérable à Tanatomie par son exacte description des singes et de plusieurs autres animaux. Enfin il oublie qu'après Pline on vit briller Théon de Smyrne, Héron d'Alexan-
Tainca que c'est à cet auteur, et non à Columelle, comme le suppose M. Pouchet (pag. 279), qu'Albert a emprunté ce qu'il a dit sur la pathologie des animaux domestii^ueà.
1. M. Pouchet place par erreur (p. 471 et 8uiv.)Vipcent de Beau- Tais dans Vécole expérimentale. Vincent n'est qu'un compilateur émdit et dont Pouvrage n'a précisément de valeur que par les nombreux extraits qu'il contient, et en tête desquels il a eu soin de mettre le nom de l'auteur, bit^n loin d'imiter les réticences calculées d'Albert. Le Spéculum naturale est une mine inépuisable ; c'est une vaste encyclopédie dont chaque page est un document pour l'histoire des sciences au moyen âge. Quant à l'auteur lui-même, il n'a guère d'autre mérite (mais il est déjà assez grand) que celui d'avoir conçu un pareil travail.
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drie et Ptolétnéé. tl est itài qii' après ces homilies émU nents les cortipilsitions plutôt enctJtB que TënlditiOti dominent toute la science ; que ni expériences on expérimentations rationnelles, ni ôbseriratidils régulières ne Tiennent agrandir ^on domaine ; que Plitië te^té itialheureusement le modèle qtië se pi^poiiètlt dé loiti du de ptës tous lés êcrirains, et tjilë soH éMëjrclopêdlê est un des lUanuels du moyen &gë.
A répoque dû floHssaient â la fdis AlbëH et RogéF Bacon', on constate une cëfteilne tendance tèf^ l'étndè critique desaneiënsetters TobserTàtidn difëèté, tftiàftl bien dans les sciences qùë dani^ la phildsophié m ttéiâfe dans la littét-atiire. Un souffle noiireâu el pas^ sur lé monde; danis toute TËûrope le génie natldnàl iêtê*' Teille, et Ton peut dire hàrditUént que tout à conédûfil, lettres, sciences, artë et pbilosdphie^ h faifë dtt IMiéiëme siècle le grand siècle du moyen ftge. Mais de là à faire de ce treizième siècle une époque oû la tiiétiilMlè expérimentale ait été en honneur^ il y a Itès-ldifl, et li quelqu'un a appliqué cette méthdde, e'ést pliltOt elieëtè Roger Bacon qu'Albert le Grand ; si enfin au treizième siècle on Teut à toute fofce trouver defe expétiéncus^ c'est dans les œuvres des alchimistes qu'on lés teûr contrera.
Je cherche en Tain dans le liTre de M. Pouchetj en
1. A la page 363 uotiâ Iléons que Ro^er Bacdtl ^ ûë dam tth «!ède reitipU de ténèbres, et, à la pa^e 868, chibliant ou éeàrUtât ces ténèbres si ëpalsseê, M. Pouehet tibnê dit : i R0|rèr Ba^ M te bd^na t)M seiiletdeni à la stérilité des théoMes, on \ë vit jr adjoindre aussi la pratique. Il fit lui-même de notnbrettsés etpéHèncMr, et idn iiièble rimitsl. H serait ImpoMlblë de citèf uiie ét»o4tté dîi eélMi-d furent plus en iionneur, etc. »
▼ain dans les ouvrages d*Âlbert, de ces propositions gétiftrales qai démontrent le sentiment de la méthode expérimentale, la Tue claire des lois naturelles, Tétude Critique des autorités; je ne rencontre que des principes ai'lstotéliques ; que des faits empruntés çà et là^ mais groupés et présentés avec un certain art; aussi je stiis toiit naturellement porté à conclure qu'Albert avait filùd d'érudition que dinvention, plus de patience que de teience proprement dite, et que reriginalité, sauf dans la mise en œuvre, lui manquait presque entièrement; l'ou?re^ au contraire, VOpus majus de Roger Bacën, et j'y vois tout d'abord que cet buvrage a été précisément entrepris peur imprimer aux Sciences an nbdveau progrès^ pour sortir les esprits de la torpeur dÉtas laquelle ils languissaient en se pliant sans exâtAen au joug de l'autorité. Roger Bacon commence par tètendiquer les droits de la raison et de la critique; il recherche lès causes qui entravent la marché dè^ sciences; il combat les jugements du vulgaire ignorant él cette dangereuse erreur qu'une opinion ne peut être réputée vhiie uniquement parce qu'elle est ancienne ; il veut qu'on étudie toutes les sciences, qu'on les rattache les unes aui autres ; il s'arrête particulièrement sur les sciences mathématiques, qui^ suivant lui, sont, pour ainsi dire, la clef de voûte des connaissances hmniiines; enfin il ne reconnatt que deux procédés pour arriver à la vérité : l'expérience et le raisohnelÉènt ; mais surtout l'expérience qui, seule, peut donner ime notion satisfaisante des réalités.
C'est lui aussi qui a écrit ces phrases remarquables dans l'opuscdle Sur les miracles de Part et de ta na-
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ture : « Tout ce qui se produit contre les opérations de !a nature ou de Tart, ou n'est pas humain, ouest faux et entaché de fraude. » — « Combien est grande l'erreur de ceux qui pensent qu'ils peuvent soumettre les esprits à leur volonté, ou qui se figurent qu'à l'aide des choses naturelles on évoque les esprits malins. y> Il semble que cela ait été écrit à l'adresse de notre époque, où chacun se figurera bientôt avoir un esprit familier qu'il peut faire parler et agir à volonté.
Cependant, et malgré les nombreuses applications que Bacon fit de sa méthode, soit par lui-même, soit par ses disciples, l'influence de VOpus mafus a été presque nulle au treizième siècle, tant ce siècle était encore mal préparé pour une semblable réforme.
Par un singulier hasard, c'est à un homonyme, à F. Bacon de Yerulam qu'était réservée la gloire de faire prévaloir la méthode expérimentale. Du reste, il faut avouer que si Roger Bacon est érudit, profond, que s'il a lui-même fait d'importantes découvertes, son style est lourd, décoloré, que son ouvrage présente beaucoup d'erreurs, qu'il y est trop souvent sacrifié aux superstitions de l'époque, tandis que F. Bacon est animé, pressant, riche en métaphores, et qu'il est impitoyable pour toutes les fausses croyances de son siècle.
Quoique sur beaucoup de points de détail et sur l'idée générale d'une histoire des sciences naturelles, enfin sur la place qu'Albert doit occuper dans cette histoire, je diffère de M. Pouchet, je n'en applaudis pas moins
a ses efforts, à sa persévérance et à son sentiment vif pour les études historiques. Son livre est d'autant plus méritoire qu'il est écrit à une époque où Ton s'occupe beaucoup plus des applications pratiques que du côté littéraire et historique des sciences.
SON TEMPERAMENT, SON GARACTiSRE ET SES MALADIES*.
On était aux premiers mois de Tannée 1655, a la santé du roi donnait de très-beaux commencements et de très-belles espérances; S. M. était dans le plus beau de ses jours et dans une jeunesse tendre et florissante, » lorsqu'un «mal, le plus étrange du monde et de la plus grande conséquence, » vient tout à coup jeter Vallot, premier médecin du roi Louis XIV, « dans la dernière confusion, dans un tel accablement et dans une interdiction si extraordinaire, » qu'il se trouve obligé de confesser « que les plus grands rois ne sont point exempts des atteintes des maladies et des infir-
1. Journal de la santé du roi Louis XI V, de Tannée 1647 à l'année 1711, écrit par Vallot, d*Aquin et Fagon, tous trois ses premiers médecins; avec introduction, notes, réflexions critiques et pièces justiflcatives, par J.-A. Le Roi, conservateur de la bibliotiièque de la ville de Versailles. Paris, 1862, librairie d'Auguste Durand. — Les Médecins au temps de Molière , par M. le docteur M. Ravnaud. Paris, 1862, librairie Didier.