U en note la présence une seule fois, p. 305, année
dans les temps de la fièvre, où presque tous les autres vomisseat, il ne le peut faire; et dans sa grande maladie maligne, et dont par conséquent le vomissement est un des plus ordinaires accidents, l't^métique le sauva en le purgeant par en bas, sans le faire presque vomir. Il n'est que très-rare^ ment dégoûté, même dans ses grandes maladies, et son appétit, dans toutes les saisons et à toutes les heures du jour, est également grand, et souvent il ne Ta pas moins la nuit, quand ses affaires l'ont engagé à prendre ce temps pour manger, et, en général, il est plutôt excessif que médiocre. Son ventre est resserré, quelquefois très-constipé, et jamais lâche que par le trop d'aliments, par leur mélange ou par leur qualité. Personne au monde n'a été maître de soi-même autant que le roi. Sa patience, sa sagesse et son sang-froid ne l'ont jamais abandonné, et avec une vivacité et une promptitude d'esprit qui le font toujours parler très-juste et répondre sur-le-champ avec une netteté et une précision si surprenantes, qne la plus longue préparation n'en saurait approcher. Il n'a jamais dit un mot qui pût marquer de la colère ou de l'emportement. Si l'on joint à toutes ces circonstances un courage inébranlable dans la douleur, dans les périls et dans la vue des plus grandes et des plus embarrassantes affaires qui soient jamais arrivées à personne, et une fermeté sans exemple à soutenir ses résolutions, malgré les occasions et la facilité de satisfaire ses passions ^ peut-on douter que le tempérament du roi ne soit celui des héros et de tous les grands hommes, et que l'humeur tempérée, mélancolique du sang n'en compose le mélange dans sa santé, et que, étant altérée dans ses maladies, l'humeur mélancolique n'y ait toujours prédominé?»
Ce sont bien là les traits que nous retrouvons sur le visage de Louis XIV dans les peintures du temps et
1. On sait ce qu'il faut croire de ceUe fuite des occasions. Fagon a voulu racheter « l'appétit excessif » par w la fermeté sans exemple, a
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dans les portraits de la Galerie de mademoiselle de Monipensier. Fagon y mêle des flatteries où le médecin lai-méme peut discerner qaelqaes signes diagnostiques. Il est certain que le roi Louis XIV n'sTait pas le tempérament bilieux, comme le soutenait â*Aqnin; mais il est également hors de doute qu*il n'était pas doué du tempérament mélancolique qne lui attribue Fagon dans ce style pompeux et comme enchevêtré à dessein, ainsi quest le style des médecins de Molière^ je veux dire des médecins du temps. La meilleure raison que j'en puisse alléguer (elle me dispense même de toutes les autres) pour refuser ce tempérament à Louis XIV, c'est qu'il n'existe point d'humeur mélancolique; cette humeur est une création systématique des anciens qui l'ont logée dans la rate, et à la prédominance de laquelle ils ont attribué une espèce particulière de tempérament. A tous les signes que rapporte Fagon on reconnaît dans Louis XFV un tempérament composé : lymphatico-sanguin^ comme est celui de tous les Bourbons. S'il peut y avoir quelque hésitation sur la nature de ce tempérament après avoir
1 . Le tempérament de Louis XIV n*e8t pas resté identique à luimême : Jusqu'aux environs de 1665, le sanguin prédomine, 6t, depuis cette époque, le lymphatique prend le dessus, non pas naturellement, mais par suite des excès de toutes sortes auxquels se ilTrait S. M. — Vallot, D'Aquin et Fagon notent que le roi saignait facilement du nei, même dans son lit et en priant Dieu ( p. 247, 254) ; d'autres fois, ces saignements de nez se produisaient après quelques contrariétés ou contention d'esprit (Voyez, par exemple, p. 108). Ce phénomène est au«8i Kouvenl un i^igne de faiblesse que de pléthore. Notez aussi qu'à partir de 1665, les plaies ou autres affeetiont chirurgiealec sont longues à guérir et se compliquent de suppurations difliciles.
la le Journal des médecins et le Journal de Dangeau, il ne reste aucun doute sur la force de constitution de ce monarque : il a résisté à toutes les fatigues corporelles, à toutes les agitations de Tesprit, aux maladies et aux médecins avec plus d'héroïsme encore et plus de succès qu'à ses ennemis ligués pour ruiner son empire et abattre son orgueil; il n*est mort qu*à soixantequinze ans, et a survécu plus de vingt ans à sa gloire et à sa puissance. On serait presque tenté d'absoudre le roi des infractions de toute espèce qu'il a faites à Thygiène, puisqu'il est resté beau aux yeux des femmes et grand aux yeux du peuple ébloui par ses premiers succès et par les magnificences prolongées de Fontainebleau ou de Versailles; mais si la majesté royale n'a pas été amoindrie, la dignité de l'homme a beaucoup souffert. En tout cas la recette n'est pas assez sûre pour que nous osions la recommander pas plus à la ville qu'à la cour. Nous tenons pour la modération dans le régime en dépit des soixante-quinze ans du roi Louis XIV et malgré l'éclat dont l'histoire s'est plu à l'entourer.
Les trois grandes maladies accidentelles du roi * portent, pour ainsi parler, la livrée du tempérament sanguin; elles sont toutes violentes, ou mieux, pour me servir d'une expression familière à Vallol, elles sont a toutes héroïques. » Ces maladies se terminent
1. Petite vérole, 1647 : maladie de Calais, 16S8; rougeole, 1663.
rapidement et sans accidents secondaires, malgré le peu de précautions qu'on prend dans la convalescence; la terminaison môme en est si prompte et si nette, qu'on douterait volontiers de l'exactitude des rapports de Vallot, si les détails n'étaient pas donnés scrupuleusement, si la description, un peu embellie sans doute par le premier médecin pour augmenter ses mérites aux yeux du roi, ne présentait pas tous les caractères généraux d*une observation régulière. La petite vérole commence le 8 novembre 1647, et le 29® jour du môme mois la convalescence était franchement établie; cependant la confluence des pustules avait été extrême (le roi en porta les stigmates non équivoques; on les voit sur un buste récemment découvert); ces pustules avaient «mauvaise couleur; » la fièvre et le délire avaient été intenses, la soif inextinguible, et la gangrène se mettant de la partie, on fut obligé de faire des incisions aux orteils, de sorte que rien ne manqua à cette première maladie de Louis XIV pour en faire une petite vérole tout à fait digne d'un grand roi.
La maladie de Calais n'est pas moins formidable : c'est une fièvre pourprée, comme on disait alors *. Les prodromes (lassitudes, insomnies, moiteurs, nausées, douleurs de tête, douleurs des reins) sont fort contrariés
1, M. le docteur Raynaud {Médec. au temps de Molière , p. 204) écrit : « Il n'y a pas moyen de s'y méprendre : ce fut ce qu*on appellerait aujourd'hui une fièvre typhoïde et des mieux caractérisées. » La marche de la maladie ne permet guère de conGrmer un tel diagnostic, et la nature des symptômes me porte à croire qu'il s'agit ou d'une scarlatine anormale, ou peut-être de la maladie que uous appelons typhus pétéchial, La question est dlfticile à résoudre.
par rindocilité du roi ; dès le jour où S. M. se met au lit, on note des défaillances extraordinaires, des agitations continuelles, les inquiétudes les plus fatigantes, rinégalité du pouls, un froid glacial aux extrémités, une grande difficulté de respirer, des rêveries, un transport furieux, une fièvre ardente à redoublements marqués, des mouvements convulsifs, une enflure ou plutôt une bouffissure du corps entier, comme s'il y avait eu une piqûre de scorpion; et tout cet appareil «d'extrême malignité » se présente avant qu'aucune tache ne se soit manifestée. Enfin l'éruption apparaît vers la fin du cinquième jour sur presque tout le corps ; elle est violacée et même noirâtre; la soif est vive, la langue est épaisse et noire; la gorge était restée fortement enflammée depuis le début de la maladie; le sixième jour l'éruption disparaît, à la réserve de celle du dos et des reins; les redoublements deviennent plus fréquents et plus terribles. Le roi s'était alité à Calais le l" juillet 16S8 ; le 13, il était presque sans fièvre; il n'y avait plus que de la faiblesse. Quelques jours après, une crise notable s'opérait, et le 22 du même mois le roi exigeait qu'on le transportât à Boulogne, où il arriva en une seule journée ; cinq jours après il chassait la perdrix! Je ne crois pas qu'aujourd'hui un médecin oserait accepter la responsabilité d'une pareille imprudence pour le plus misérable de ses malades, ni que beaucoup de convalescents d'une telle maladie puissent courir impunément une telle aventure ; mais il n'y avait pas moyen de résister à un commandement «d'une puissance absolue. »
La rougeole du roi (1663) se prêle aux mêmes ré-
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flexions. Vallot note une éraption furieuse, accompagnée de sueurs extraordinaires, une défaillance perpétuelle, une fièvre ardente, des vomissements continuels, des mouvements convulsifs, un accablement extrême ; le mal avait commencé le 28 mai, et le {''juin tous ces accidents étaient apaisés.
Après la rougeole (1663), la scène change assex brusquement : le roi n*a plus de maladies franchement aiguës, mais seulement des infirmités ou des affections qui toutes revêtent la forme chronique au fur et à mesure qu*elles se produisent, sans s'exclure et sans jamais disparaître complètement. Pour procéder par ordre chronologique, nous trouvons d*abord les vapeurs et vertiges^ qui jouent un si grand rôle dans la vie i» Louis XIV, qui offrent de telles singularités et dont Tétiologie est si curieuse, que nous devons y insister plus que sur aucune autre des infirmités auxquelles S. M. a été en proie.
Yallot les avait toujours attribuées à Texcès du travail ou à des exercices violents; d'Aquin y laisse entrevoir d'autres causes, et Fagon en cherche péniblement la véritable explication ^ II va même jusqu'à les attribuer une fois ^ à d'anciens papiers très-par fumés q^e le roi avait remués et feuilletés à plusieurs reprises. Pauvre roi, qui ne peut relire ses billets doux^ peutêtre en cachette de madame de Maintenon, sans être a saisi de vapeurs accompagnées de nonchalances et de bâillements! » Mais craignant d'en avoir trop dit, Fagon se hâte d'ajouter qu'un ver mort, long de