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Peut-être Détnocrite

i7€ DE LA CBCClATiO?! BU SÂHG

trayasatioii da sang Teinenx dans les artères; de sorte que la nature, en abouchant les artères aux yônes par nne maltitade de yaisseanx cajHlIaires, n*aiirait ea d antre but que de faciliter le déTeloppement d'une des maladies les plus répandues, de celle qui fait partie intégrante de presque toutes les autres !

Comment a pris naissance cette singulière opinitm que les artères contiennent de l'air? Les premières dissections, même les plus grossières, en établissant la distinction anatomique entre les artères et les yeînes, montrèrent en même temps une certaine analogie de structure entre la tradvét- artèrt et le plus gros yaisseau du corps, Xaortt^ entre les bronches et les artères de m(^dre calibre ; d*un autre côté , on n'eut pas de peine à constater que la trachée et les bronches sont les premiers canaux de Tair ; on crut yoir que trachée et bronches communiquaient à trayers le tissu pulmonaire ayec le cœur au moyen des veines pulmonaires. On le crut peut-être a /irtbrt, et peut-être aussi parce qu'après la mort les artères sont à peu près yides de sang.

Un obstacle non moins grand à la découy^te de la circulation, et qui parait s'être formé en même temps que naissait Tidée de la présence de Tair dans toute une moitié du système yasculaire, c'est l'obstination des anciens à chercher aux yaisseaux une ou plusieurs origines, ce qui exclut toute idée de cercle , puisque, dans un cercle, il n'y a ni commencement ni iSn. Après bien des tâtonnements, qu'Hippocrate et Âristote nous ont fait connaître, on assigna enfin le foie pour origine aux yeines, et le cœur comme point de départ des

artères; de sorte que les deux courants devaient se diriger incessamment en sens contraire, le sang et Tair partant de deux points h peu près opposés et ne se rencontrant plus qu'à la périphérie du corps. On comprend, du reste, comment le foie, qu*on a comparé à du sang coagulé et que traversent une multitude innombrable de vaisseaux, a pu être pris comme point d'origine des veines.

Après ce que j'ai dit de la théorie moderne de la circulation, il n'est pas très-difficile maintenant de se rendre compte de celle des anciens. Le cœur se continue avec le poumon par les veines pulmonaires^ ou artères veineuses^ et par V aorte avec toutes les artères qui se rami6ent dans le corps de l'animal; les veines pulmonaires, s'abouchant avec les dernières radicules des bronches, apportent l'air au cœur, qui, à son tour, l'envoie à travers les artères issues de Taorte, dans toutes les parties de l'organisme. Quant à V artère puir monaire ou veine artérieuse, elle n'a guère d'autre office que de nourrir le poumon du sang qu'elle reçoit du cœur droit. Les veines naissent de la substance du foie et forment un vaste tronc, dont la partie qui descend se distribue à toute la moitié inférieure du corps, et dont l'autre, qui monte, doit alimenter toute la partie supérieure. Chemin faisant, la partie ascendante rencontre l'oreillette droite du cœur, dans laquelle elle verse son trop plein; le ventricule droit reçoit ce trop-plein, s'en nourrit lui-même, et envoie le reste au poumon pour le nourrir également et pour que l'acte de la respiration dissipe les matières fuligineuses accumulées dans le sang. Ainsi le sang s'arrête

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d^une part au poumon, et de Tautre à toute )a périphérie du corps; il ne revient pas vers lui-même, il ne circule pas j et les deux courants veineux et artériels se dirigent tous les deux vers la périphérie. Pour nous, les artères sont les canaux mêmes de la vie; ce sont elles qui transportent les matériaux de la nutrition du centre à la périphérie ; les veines ne sont que des voies de retour pour un sang appauvri, qui va reprendre dans le poumon ses qualités vivifiantes au contact de Tair. Au contraire, pour les anciens^ les veines sont chargées de la nutrition, tandis que les artères n'ont qu'un rôle tout à fait secondaire.

Galien n'avance pas beaucoup la question ; cependant il détruit en partie Terreur d'Érasistrate, puisqu'il admet dans les artères beaucoup d'air et un pçu de sang, et, dans les veines, beaucoup de sang et un peu d'air. « G^est ainsi, dit-il, que les choses se passent à Tétat normal ; mais quand une artère est ouverte, Tair s'échappe d'abord , puis, par suite de Vhorreur du vide et en raison de la communication des veines avec les artères, le sang remplace l'air et s'échappe à flots. » A côté de cette demi-vérité, Galien crée ou laisse deux énormes erreurs, auxquelles l'autorité de son nom devait donner plusieurs siècles de durée. D'abord il maintient que les veines partent du foie et conduisent le sang du cœur aux parties pour les nourrir, tandis qu'en réalité elles le ramènent de toutes les parties au cœur à travers le poumon. La réunion des artères et des veines dans l'intimité des tissus a pour but un échange de sang et d'air entre ces deux ordres de vaisseaux; l'air des artères passe en partie d^ns

les Teiaes, et le sang des veines arrive en partie aux artères, attendu que certains organes réclament un sang ténu et certains autres un sang plus épais. Mais la communication des artères avec les veines ne suffisant pas à Galien pour expliquer et la présence normale d'un peu de sang dans les artères et les flots de ce liquide après la blessure d'un tronc artériel, il imagine une communication latérale et directe entre les deux ventricules; personne ne la jamais vue, lui moins que tout autre ; mais ici la théorie commande ; il invente, il suppose, pour obéir à la théorie.

Ainsi rien ne manque pour fortifier le s^vstème de Galien , pour en lier les diverses parties, pour lui donner toutes les apparences de la vérité. Cependant un fait, un seul fait que Galien observait chaque jour, donnait à tout ce système le plus formel démenti : dans la saignée, les veines se gonflent au-dessous de la ligature pour le bras et la jambe, et au-dessus pour le cou. Gomment donc expliquer que le sang monte à travers les veines, du foie à la tête, et descende du foie aux parties inférieures? C'est précisément ce fait qui parait avoir mis les premiers observateurs sur la voie , de la découverte de la circulation. Mais, avant la fin du seizième siècle, tous les yeux étaient fermés et Galien régnait en maître !

11 fallut attendre jusque vers 1550 pour que l'implacable antagoniste de Galien, le réformateur de Tanalomie, Vésale, qui regarde encore les veines comme chargées de porter le sang et par conséquent Taliment aux parties, vienne déclarer timidement que

les deux ventricules du cœur ne communiquent pas directement ; pour que Servet, brûlé vif par' Calvin, pour crime d'hérésie, ose établir un fait que Galien et Vésale avaient à peine entrevu : la circulation pulmonaire, c'est-à-dire le circuit complet que le sang, arrivant des veines dans le ventricule droit du cœur, accomplit à travers le poumon pour revenir au ventricule gauche. Ce n'est pas seulement la circulation à travers le poumon que Servet découvre : il soutient que le lieu où s'opère la sanguification est, non pas le foie, comme le croyait Galien, mais le poumon, comme Bichat devait le démontrer plus de deux siècles après. Le triste sort réservé à Servet et à son livre a certainement retardé la découverte de la circulation, puisque ni l'auteur ni l'ouvrage * n'ont pu exercer aucune influence sur les contemporains.

Quelques années après le supplice de Servet, Columbo de Padoue, et Cesalpin d'Arezzo, découvraient aussi chacun de leur côté la petite circulation, ou circulation pulmonaire; même Cesalpin seisertpour la première fois du mot circulation; de plus, il soupçonne la grande circulation, c'est-à-dire le retour du sang veineux au cœur, pour y recevoir la dernière perfection et revenir aux parties à travers les artères. Mais en même temps Cesalpin croit comme les anciens à la communication directe des ventricules, et Columbo professe avec Galien que le sang vient du foie aux parties à travers les veines.

1. Un exemplaire du Christianismi restitution où sont notés les passages incriminés, et dont les pages sont roussies par le feu, se trouve à la Bibliothèque Impériale.

Jasqn'ici les anatomistes et les physiologistes n'ont encore ouvert que des sections isolées de la grande Toie que doit parcourir le sang ; il fallait, avant de trouyer le cercle complet, découvrir une disposition anatomique qui chez Thomme et les grands animaux est la condition essentielle du retour du sang vers le cœur : je veux parler des valvules ou espèces de cloisons partielles qui 8*échelonnent dans les veines, et dont le jeu pousse le sang de la périphérie au centre, tandis qu^elles lui interceptent, en s'abaissant, le retour du centre à la périphérie. Fabrice d*Aquapendente a découvert les valvules, et il a été le maître de Harvey ' , ce sont là deux grands titres de gloire ; mais comme toujours Tenvie s'attache à la gloire, on a revendiqué pour Sarpi, de Venise, la découverte des valvules, et contradictoirement on a accusé Harvey d'avoir volé cette découverte à Fabrice, ou du moins d'en avoir profité sans l'avoir rapportée à sa véritable origine; accusation et revendication que M. Flourens n'a pas de peine à détruire par les raisons les plus convaincantes.

Les valvules sont la preuve anatomique de la circulation du sang; mais, comme le remarque M. Flourens, Fabrice vit le fait et non la preuve ; c'est à son disciple Harvey qu'était réservé de tirer de toutes ces découvertes successives fa grande et complète conséquence par des raisons anatomiques et physiologiques appuyées sur des expériences peu nombreuses, il est

1. Harrey est né à FolkstODe en 1578, et mourut en 1658, dans U retraite et dans la pauvreté, pour être resté fidèle à la cause de Charles l«r, dont U avait été le médecin, et qui avait mis libéralement à sa disposition tons les animaux du parc de Windsor pour ses expériences physiologiques et ses recherches anatomiques.

vrai, mais décisives, a G*est là le génie, » dit M. Flourens avec autant d'énergie que de laconisme.

Mais que d'étapes lentement parcourues, que de temps écoulé ! Et quel singulier mélange de vérités et d'erreurs qui s'entre*choquent ! Ce sont à la fois des faits matériellement faux, d'autres mal observés, des théories nées de toute pièce dans le cerveau des savants, et d'autres qui reposent sur des phénomènes incomr plétement étudiés... Comment dire maintenant que la circulation du sang est un phénomène si simple que chacun aurait bien pu le découvrir? Avant Harvey, tout avait été soupçonné, indiqué, mais rien n'était établi; toutes les découvertes restaient dans le plus complet isolement. Pour trouver et démontrer la circulation, il a fallu d'abord, rendant à la nature tous ses droits, refaire en partie Tanatomie de l'appareil circulatoire, puis détruire tout un système admirablement lié, battre en brèche les plus graves et les plus nombreuses autorités, rompre avec vingt siècles detra* ditions mensongères, en un mot prendre exactement le contre-pied de toutes les assertions de l'antiquité, en osant substituer définitivement dans les sciences la critique et l'expérience à la foi et à la théorie ! Enfin pour tirer de nouvelles conséquences de la grande découverte de Harvey, on a^dù attendre de nouveaux progrès dans la science de l'organisation , de nouvelles expériences habilement conçues, et par-dessus tout rinlervention directe de la chimie et du microscope pour expliquer le phénomène si complexe de la for* mation du sang, et son rôle dans la respiration ainsi que dans la nutrition.

Il ne s'agissait pas seulement de faire circuler le sang, il fallait encore Tentretenir et trouver la voie par laquelle les produits de la digestion arrivent dans ce tourbillon où se résume le double mouvement de la vie : décomposition et recomposition incessantes. Les anciens pensaient que Y aliment arrivait au foie par les veines de Testomac et des intestins; cette notion était fausse comme toutes les autres, La découverte des matériaux premiers de la nutrition, je veux dire du chyle et de la lymphe, de leurs canaux et de leurs réservoirs, de leur point de départ et de leurs aboutissants, devait compléter la grande découverte do Harvey. Le système veineux recueille au sein des tissus les débris de la nutrition accomplie par le sang artériel ; le système lymphatique absorbe par ses racines certaines particules que le mouvement de décomposition détache de nos organes, et par sa partie centrale reçoit directement du canal intestinal les produits de la digestion. Le tout est porté au cœur (le sang par de grosses veines, la lymphe et le chyle par deux canaux volumineux), et du cœur au poumon, pour y être transformé en sang artériel.

Cet admirable réseau lymphatique chargé ou de compléter le travail des veines ou de servir de réservoir pour Tentretien du sang a été découvert, à des époques assez éloignées les unes des autres. En 1622, Âselli, de Crémone, découvrit les vaisseaux chylifères, un demi-siècle (1563) après qu'Eustachi, de San- Severino, avait trouvé le canal thoracique. Il était réservé à un Français, à Pecquet (1649), que madame de Sévigné appelle amicalement son petit Pec-

quetj de rejoindre ces deux faits isolés par la découyerle du réservoir du chyle, et de nous démontrer le cours de ce fluide, comme Harvey avait démontré le cours du sang. A la fin du dix-septième siècle, les vaisseaux lymphatiques ont été décrits pour le foie par le Suédois Rudbeck, et pour tout le corps par le Danois Bartholin. C*est, si je ne me trompe, à M. Sappey que revient, de nos jours, Thonneur d'avoir suivi tous ces milliers de vaisseaux par les procédés les plus délicats et les plus ingénieux, et d'en avoir fait de magnifiques préparations qui sont conservées au musée de la Faculté de Médecine.

Ainsi, pour me servir des expressions de M. Flourens, on voit la suite des progrès. Tordre des noms, la filiation des idées. Et Ton peut ajouter avec lui que « Thisloire scientifique est la chronologie de l'esprit humain. »

Les erreurs sont comme les o^i dit qui se propagent, se perpétuent, se fortifient par le nombre des adhérants jusqu'au moment où un esprit critique, remontant la chaîne de ces on dit^ finit par découvrir que le premier anneau ne tient à rien qu'à un esprit prévenu ou crédule qui a fait tout le bruit. Mais il faut du courage et de la persévérance pour une pareille entreprise; on s'expose à passer pour un sceptique, un révolutionnaire, un hérétique. Harvey a eu ce courage et cette persévérance : aussi les attaques et les épithëtes ne lui ont pas plus manqué qu'à Jenner, l'immortel auteur de la vaccine.

Les attaques contre la vaccine et la circulation sont

les deux grands arguments qu*on invoque chaque jour en faveur du magnétisme, des tableS tournantes et parlantes, des esprits frappeurs, et de toute espèce de magie et de sorcellerie. A cela il n*y,a que deux mots à répondre : De leur vivant, Harvey et Jenner ont triomphé de toutes les résistances, ont mis à néant toutes les calomnies ; le monde croit à la vaccine , à la circulation, qui ne sont que d*hier ; chaque jour, à chaque heure, on peut vérifier le phénomène de la circulation ; — la découverte de ce phénomène a transformé la médecine; — l'observation répétée, les faits multipliés démontrent chaque jour aussi l'efficacité de la vaccine. Harvey et Jenner ont rendu service à l'humanité; ils ont, comme ce philosophe de l'antiquité, prouvé le mouvement en marchant. Mais, de gr&ce , dites-nous enfin quels services a rendu la magie, qui remonte à l'origine même du monde ; dites-nous quelle est l'autorité de ses adeptes ; dites aussi si la foi en la magie peut être comparée à la foi en la science, et si les faits de la magie peuvent subir le contrôle que chaque jour subissent ou peuvent subir les faits de la science?

Le plus fougueux, le plus caustique et le plus injuste antagoniste qu'ait rencontré la circulation, c'est Guy-Patin. Guy-Patin est par excellence l'homme de la renaissance de la restauration des anciens, de la réaction des Grecs contre les Arabes. Il est fort de l'avis de Fouquet, qui disait des théories nouvelles : « Ce sont de jeunes personnes, et me voilà devenu si vieux, que ce n'est pas la peine de faire connaissance avec elles n ; il répéterait volontiers, avec le rival de

Cléante, « qu'il s'attache aveuglément aux opinions de ses anciens, et que jamais il n'a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de ce siècle, n II combat les modernes par dévotion pour les anciens ; — et c'est bien la seule dévotion que je lui connaisse : ses saints sont Galien, Fernel et M. Piètre; — il ne veut ni de la circulation, ni de la chimie, puisqu'elles ne se trouvent ni dans Hippocrate, ni dans Galien; il combat l'antimoine parce qu'il vient des chimistes, et le quinquina parce qu'il vient des jésuites ; en revanche, il combat la dé*monomanie et l'astrologie judiciaire. Il ne veut ni charger son symbole de beaucoup d'articles, ni sa thérapeutique de beaucoup de formules. Grand ennemi des apothicaires, il ne connaît guère que la lancette et le séné ; aussi en use-t-il largement pour ses malades, pour sa famille et pour lui-même. On en peut juger par le passage suivant, que j^emprunte à M. Flourens:

« Il fait saigner à tout âge les enfants, les vieillards^ il fait saigner trente-deux fois pour une maladie; il se fait saigner lui-môme jusqu*à sept fois pour un rhume; il fait saigner [tt belle-mère, qui a quatre-vingts ans, jusqu'à quatre fois; Il fait saigner un enfant de trois jours ; il fait saigner sa propre femme huit fois des veines du bras; il la fait saigner ensuite des veines du pied; elle en réchappe, et il s'écrie: « Vive la bonne méthode de Galien et le beau vers de Joachim de Bellay :

« 0 bofine, ô saincte, ô divine saignée ! »

« Venons aux purgations : c'est d'abord un malade qui est purgé trente-deux fois de deux jours l'un, puis c'est un autre qui a été saigné en tout vingt-deux fois et purgé quarante $ puis c'est la doctrine d'Hij^pocrate et de Galien ? On peut

parger tous les jours, à condition poui*tant qu*on purge avec du séné ; le séné et la saignée sont toute la médecine.

« Nous guérissons beaucoup plus de malades, dit Guy-Patin, avec une bonne lancette et une livre de séné, que ne pourraient faire les Arabes avec tous leurs sirops et leurs opiats; et ces malades (car, à coup sûr, ils ne guérissent pas tous) meurent comme ceux du médecin de Boileau :

« L'on meurt vide de lang, l'autre plein de séné, p

Guy-Patin montre un acharnement particulier contre les circulateurs ; sa passion Tentraîne aux injures et même affaiblit les traits acérés qu*il sait ordinairement si bien décocher. Yoici un échantillon de ses invectives, que je prends dans ses Lettres :

« S'il revient, dit-il en parlant de son confrère Duryer, et que je le puisse voir, je lui tâterai finement le pouls; les messieurs de cour s'imaginent qu'il leur est permis de mentir, et que nous autres gens de bien, nous ne voudrions ni n'oserions pas :

DIscedat ab aula Qui Yolet esse plus.

« Si M. Duryer ne savait que mentir et la circulation du sang, il ne saurait que deux choses, dont je bais fort la première, et ne me soucie guère de la seconde. S'il revient, je le mènerai par d'autres chemins plus impoitantsenlabonne médecine que la prétendue circulation. Le docteur Bourdelot est aussi de ce genre. Il ment presque autant qu'il parle, et, quand il peut, il trompe ses malades aussi. Il s'est ici vanté, en de bonnes maisons, qu'il était l'inventeur de la circulation du sang, et que ses compagnons faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour lui en Oter le nom. II est courtisan à yeux enfoncés, grand valet d'apothicaire et de toute la forfanterie arabesque ; menteur effroyable, joueur et piqueur. Il a été garçon apothicaire, élevé en la boutique de son père; il a

été plusieurs ans eu Italie. A quoi peut être bon, cet homme? »

C'est en vain qu'on répéterait à Guy-Patin, avec mademoiselle Angélique : «Les anciens, Monsieur, sont les anciens, et nous sommes des gens de maintenant » ; c*est vainement aussi qu*on argumente en lui citant a ses chers amis, n les anciens eux-mêmes, et Horace surtout, qui disait si finement :

Quod si tam Gratis novitas invisa fulsset

Quam nobis, quid nunc esset vêtus? aut quid haberet

Quod legeret tereretque yiritim publicus usus ?

Guy-Patin veut bien admettre la prescription pour les K nouveautés des anciens, » mais sa condescendance ne va pas au delà ; il dépense en pure perle beaucoup d'esprit et beaucoup de verve pour attaquer, en compagnie de son maître et ami Rioland, a fort bon gros homme et fort mordant naturellement, » la circulation, comme a paradoxale, inutile à la médecine, fausse, impossible, inintelligible, absurde, nuisible à la vie de Thomme! s> Cependant, comment se fâcher contre Guy-Patin, dont les Lettres sont si amusantes, si instructives, si remplies d'intérêt? Ne faut -il pas lui trouver au moins autant de critique qu'à ce J. Dubois (autrement dit Sylvius), qui répète, sans sourciller^ qae Galien étant infaillible, c'est la structure de l'homme qui a changé depuis Galien, quand Galien et la nature ne sont plus d'accord? Quels que soient d'ailleurs les préjugés dont Guy-Patin soit rempli, quelque résistance qu'il fasse contre les faits les plus évidents, il mérite, aujourd'hui surtout, grande indulgence et

grande admiralion pour son ardeur à l'étude, pour son érudition, pour son amour des belles-lettres, pour son attachement, même puéril, aux «vrais anciens, » ces maîtres des « grandes idées, » pour sa recherche constante « de toute particularités et curiosités non-seulement dans la médecine, mais aussi dans l'histoire. » C'est lui qui a écrit, non certes sans faire un retour sur lui-même : «Feu M. Piètre, qui a été un homme incomparable tant en bonté qu'en science, disait qu'il faisait la débauche lorsqu'il lisait Gicéron et Sénèque, mais qu'il se réduisait aisément à son devoir avec Galien etFemel. »

Qui se préoccupe maintenant des attaques contre la circulation, et qui n'aimerait faire débauche avec Tesprit gatllois et la malignité de Guy- Patin? A qui n*aurait pas lu ses Lettres^ l'ouvrage de M. Flourens inspirera le goût de les lire; à qui les a déjà lues, il donnera envie de les relire une seconde fois. Puisse cet ouvrage faire naître môme temps l'idée de donner enGn de ces précieuses Lettres une édition complète digne à la fois de Guy-Patin et de notre siècle !

Pour ce qui est de la circulation, il ne s'agit plus maintenant de la défendre, mais de marquer avec impartialité^ et le flambeau de la critique à la main, la part que chaque siècle et que chaque homme ont prise à cette grande découverte. C'est ce que M. Flourens a voulu faire, et il Ta fait de telle façon, qu'on peut dire de son livre que c'est une page désormais close de l'histoire des sciences.

DE

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